Les conservateurs et les droits de la personne Avancer par en arrière !

Mis en ligne le 30 mars 2010

mardi 30 mars 2010, par Gazette de la Mauricie

Voilà qu’on découvre que les droits sociaux et les droits de la per­sonne peuvent être remis en ques­tion par un gou­ver­ne­ment aux idées conser­va­trices voire rétrogrades.

Éditorial de la Gazette de la Mauricie (édi­tion du 24 mars 2010)

Les gou­ver­ne­ments ne font pas de cadeaux ! C’est vrai en toute chose. Ainsi en est-il des sociaux et de droits de la per­sonne. Ceux-ci sont habi­tuel­le­ment l’aboutissement de longues luttes menées, au fil des années, par les citoyens regrou­pés au sein de d’organisations, voire de coalitions.

C’est le cas notam­ment des droits de la per­sonne qui , résul­tats des luttes de dif­fé­rents groupes, notam­ment les syn­di­cats et les orga­ni­sa­tions fémi­nistes, ont constam­ment pro­gressé au Canada. La décri­mi­na­li­sa­tion de l’homosexualité avec l’adoption en 1969 du fameux « bill omni­bus » et, pour les femmes, le droit à l’avortement suite à une série de déci­sions des tri­bu­naux en consti­tuent des exemples éloquents.

Ces gains et d’autres ont fait en sorte que, excep­tion faite des condi­tions de vie des autoch­tones pour les­quelles il est régu­liè­re­ment blâmé, le Canada s’est acquis, sur la scène inter­na­tio­nale, une répu­ta­tion enviable en matière de droits de la per­sonne. Mais, plus impor­tant encore, les pre­miers béné­fi­ciaires de cette évo­lu­tion ont été les gens qui ont ainsi pu échap­per à la dis­cri­mi­na­tion, à l’arbitraire et à l’injustice.

Alors qu’on croyait ces droits comme des acquis solides parce que cor­res­pon­dant aux valeurs par­ta­gées par la majo­rité, voilà qu’on découvre qu’ils peuvent être remis en ques­tion par un gou­ver­ne­ment aux idées conser­va­trices voire rétro­grades, tel que nous le démontre le gou­ver­ne­ment conser­va­teur de Stéphane Harper.

Ainsi on a appris que le bureau du ministre fédé­ral de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, bien connu pour sa ferme oppo­si­tion au mariage gai, était inter­venu pour faire biffer du nou­veau guide remis aux immi­grants qui demandent la citoyen­neté cana­dienne toute réfé­rence aux droits des homo­sexuels. Et ce en dépit de l’avis défa­vo­rable d’un haut fonc­tion­naire à l’égard de cette directive.

Il y aussi cette crise qui per­dure au sein de l’organisme fédé­ral Droit et démo­cra­tie. Cet orga­nisme reconnu, ici comme ailleurs, pour la grande qua­lité de ses pro­grammes et ses inter­ven­tions. Voilà qu’il s’est vu imposé par le gou­ver­ne­ment Harper des admi­nis­tra­teurs qui sont mani­fes­te­ment plus pré­oc­cu­pés par la défense incon­di­tion­nelle des poli­tiques israé­liennes que par la pro­mo­tion des droits de la per­sonne. Le zèle démon­tré par cette fac­tion mili­tante pour inflé­chir les orien­ta­tions de l’organisme a pro­vo­qué une crise telle que la Fédération inter­na­tio­nale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), qui regroupe 155 orga­nismes dans le monde, a jugé per­ti­nent d’émettre un avis s’inquiétant d’une situa­tion « qui met en péril le tra­vail de cette organisation ».

Et que dire du dos­sier Omar Kadr, ce jeune Canadien cap­turé en Afghanistan à l’âge de 15 ans par les Américains. Dans ce dos­sier les conser­va­teurs bafouent les enga­ge­ments inter­na­tio­naux du Canada et ses obli­ga­tions envers ses propres citoyens. Accusé, sous des élé­ments preuves vive­ment contes­tés, d’avoir tué un soldat amé­ri­cain, le jeune homme n’a jamais eu droit à un procès et a fait l’objet de mau­vais trai­te­ments. Le gou­ver­ne­ment conser­va­teur a tou­jours fait la sourde oreille aux nom­breux appels pour son rapa­trie­ment adres­sés par une mul­ti­tude de groupes qui, au Canada, s’occupent des droits de la per­sonne. Même après que les tri­bu­naux aient jugé que l’inaction du Canada dans ce dos­sier contre­ve­nait à la Charte cana­dienne des droits et des liber­tés ainsi qu’aux conven­tions inter­na­tio­nales de pro­tec­tion des droits de l’enfant et contre la tor­ture, le gou­ver­ne­ment a mul­ti­plié les mesures dila­toires pour éviter de se confor­mer à ses obli­ga­tions inter­na­tio­nales et à celles qui lui incombent à l’égard de ses ressortissants.

Le peu de consi­dé­ra­tion démon­tré par les conser­va­teurs de Stephen Harper pour les droits de la per­sonne, les ins­ti­tu­tions qui en font la pro­mo­tion ou celles qui veillent à en assu­rer le res­pect démontre à quel point la vigi­lance s’impose quand il s’agit de droits de la per­sonne. Qu’arrive au pou­voir, avec un agenda caché, un gou­ver­ne­ment réfrac­taire aux avan­cées sociales en quelque matière que ce soit, il fera tout en son pou­voir pour nous faire avan­cer par arrière.

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