PENSER LA GRANDE TRANSITION, UTOPIES ET STRATÉGIES

Les classes sociales au prisme de la financiarisation

La crise des crises

Par Mis en ligne le 14 novembre 2019

Dans ce texte, nous pro­po­sons quelques pistes de réflexion pour repen­ser les classes sociales. Il s’agit ainsi de regar­der la concep­tua­li­sa­tion des classes sociales au prisme des trans­for­ma­tions éco­no­miques récentes et par là com­prendre les nou­velles formes d’exploitation finan­cière.

Le schéma de Marx

Dans les tra­vaux de Marx, qui ont forgé la pensée sur les classes sociales dans la moder­nité, le concept de classes sociales réfère à deux classes sociales (pro­lé­ta­riat et bour­geoi­sie), dont la rela­tion de dépen­dance est réci­proque, conflic­tuelle et anta­go­niste. Le conflit prend place dans le mode de pro­duc­tion lui-même et s’organise autour du rap­port capi­tal-tra­vail. Marx dis­tingue les classes « en soi » et les classes « pour soi » ; les pre­mières étant le résul­tat d’un décou­page dicho­to­mique des posi­tions réelles dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, sans que ce décou­page implique a for­tiori une repré­sen­ta­tion par­ta­gée de la situa­tion par les indi­vi­dus, alors que les secondes vont de pair avec la conscience d’intérêts com­muns[1]. La conscience de classe n’advient alors que lorsque les classes sont vécues et repré­sen­tées sous le mode d’intérêts qui opposent l’une à l’autre.

Marx n’est tou­te­fois pas le pre­mier théo­ri­cien à uti­li­ser la notion de classes sociales[2], mais il est le pre­mier à théo­ri­ser la sub­jec­ti­vité poli­tique que cette notion peut conte­nir. Cette dis­tinc­tion entre classes sociales nomi­nales (en soi) et classes sociales comme puis­sance d’agir (pour soi) tra­verse évi­dem­ment les tra­vaux de la socio­lo­gie au cours du XXe siècle.

Les tra­vaux théo­riques suc­cé­dant à Marx ont tou­te­fois mar­gi­na­lisé le carac­tère anta­go­niste des classes, ini­tia­le­ment posé par lui. En effet, le déve­lop­pe­ment de la grande entre­prise et de l’État a donné lieu à une mul­ti­pli­ca­tion intra-orga­ni­sa­tion­nelle des ins­tances de déci­sion et à une pro­fes­sion­na­li­sa­tion de cer­tains groupes de tra­vailleurs et tra­vailleuses. La dif­fu­sion dans la hié­rar­chie sociale de l’exercice de l’autorité, de la déten­tion de moyens de coer­ci­tion et de res­sources diverses (poli­tiques, édu­ca­tion­nelles, média­tiques, etc.), ainsi que de l’accès à un cer­tain capi­tal a amené des socio­logues à remettre en ques­tion l’existence d’un conflit social struc­tu­rant autour du capi­tal et du tra­vail. Certains d’entre eux, comme Pierre Bourdieu ou Erik Olin Wright, invitent à repen­ser la hié­rar­chie sociale en inté­grant des théo­ries mar­xistes autant que wébé­riennes. Bourdieu a pro­posé le concept d’habi­tus pour rendre compte de la manière d’agir et de penser des indi­vi­dus, une manière liée à l’héritage et à l’actualisation conti­nuelle de dif­fé­rents types de capi­taux (cultu­rel, sym­bo­lique, éco­no­mique, social) dans divers champs où sont repro­duits les rap­ports de classe, sui­vant des logiques spé­ci­fiques à chaque champ[3]. Wright a, quant à lui, tenté de résoudre cette énigme théo­rique en pro­po­sant une lec­ture des rela­tions sociales à partir de trois pro­prié­tés dis­tinctes et com­plé­men­taires : les rela­tions sociales d’autorité propres au procès de pro­duc­tion, de déten­tion dif­fé­ren­ciée du capi­tal liquide et de déten­tion dif­fé­ren­ciée du capi­tal immo­bile. L’occupation d’une posi­tion pri­vi­lé­giée à l’intérieur d’un type ou de plu­sieurs de ces types de rela­tions sociales donne lieu à ce que Wright appelle des « posi­tions de classes contra­dic­toires », qui ont notam­ment pour consé­quence que les tra­vailleurs et les tra­vailleuses s’identifient aux inté­rêts du capi­tal[4]. Les tra­vaux de ces deux socio­logues ont tou­te­fois ten­dance à nous lais­ser sans réponse quant à la puis­sance d’agir des indi­vi­dus, se retran­chant plutôt dans la tra­di­tion nomi­na­liste des classes sociales, dans laquelle les occu­pa­tions socio­pro­fes­sion­nelles sont consi­dé­rées comme le fac­teur déter­mi­nant.

Resituer le débat dans l’espace éco­no­mique, d’où émerge le concept mar­xien de classes sociales, implique de se ques­tion­ner sur les nou­veaux modes d’exploitation éco­no­mique qui se sont déve­lop­pés de façon conco­mi­tante au procès de pro­duc­tion tra­di­tion­nel. Dans le champ de l’exploitation éco­no­mique, l’exploitation finan­cière rendue pos­sible par la finan­cia­ri­sa­tion est un déve­lop­pe­ment tout à fait récent dans le capi­ta­lisme, qui doit être pris en compte dans le renou­vel­le­ment de la pensée sur les classes sociales.

La financiarisation

La finan­cia­ri­sa­tion est « le pro­ces­sus d’accumulation par lequel les pro­fits sont géné­rés à partir de canaux finan­ciers plutôt que par le com­merce ou la pro­duc­tion de biens[5] ». Ce mode d’accumulation n’implique pas que le mode de pro­duc­tion indus­trielle n’existe plus, mais bien qu’il soit encas­tré et trans­formé par un cir­cuit finan­cier qui devient déter­mi­nant. Ce cir­cuit finan­cier ne s’accroche pas uni­que­ment au schéma A-M-A’[6], mais repose sur une série de trans­for­ma­tions ins­ti­tu­tion­nelles et struc­tu­relles qui ont trans­formé les entre­prises et incité la popu­la­tion à y jouer un rôle déter­mi­nant, par leur inclu­sion finan­cière. Ainsi, la finan­cia­ri­sa­tion implique un régime d’accumulation finan­cière plutôt qu’industrielle, la pri­mauté de la créa­tion de valeur action­na­riale dans l’orientation des acti­vi­tés des entre­prises et, fina­le­ment, l’accroissement de l’emprise de la finance dans la vie quo­ti­dienne[7].

L’exploitation finan­cière se dis­tingue de l’exploitation éco­no­mique en pre­nant appui sur les méca­nismes de l’exploitation du tra­vail, tout en tirant son expan­sion et sa force du salaire et de l’insuffisance de ce salaire pour atteindre les normes de consom­ma­tion et de pro­duc­tion du capi­ta­lisme contem­po­rain. En effet, le déve­lop­pe­ment du néo­li­bé­ra­lisme s’est accom­pa­gné d’une forte répres­sion des mou­ve­ments syn­di­caux dont une des consé­quences a été la stag­na­tion des salaires par rap­port à la pro­duc­ti­vité et au coût de la vie, une stag­na­tion qui a nourri l’exploitation finan­cière.

Ce que j’ai appelé l’inclusion finan­cière désigne pre­miè­re­ment la col­lecte ban­caire de l’épargne, sa mas­si­fi­ca­tion et son pla­ce­ment sur les mar­chés finan­ciers par des orga­ni­sa­tions ges­tion­naires d’épargne. Une partie du salaire, devenu épargne, fait donc l’objet d’une exploi­ta­tion finan­cière qui permet à une nou­velle frange du milieu finan­cier de déve­lop­per des acti­vi­tés de pla­ce­ments, en réin­jec­tant dans le cir­cuit de valo­ri­sa­tion finan­cière la partie du salaire qui n’est pas consa­crée à la consom­ma­tion. Deuxièmement, de nou­velles règles finan­cières ont permis aux banques et aux socié­tés cotées de déve­lop­per des ins­tru­ments de crédit qui leur per­mettent de dimi­nuer leur expo­si­tion au risque de non-rem­bour­se­ment. La pro­li­fé­ra­tion des formes de cré­dits ban­caires (hypo­thèques, hypo­thèques inver­sées pour les aînées, marge, prêt-auto, prêts étu­diants) et non ban­caires (cartes de crédit de com­pa­gnies) est rendue pos­sible par la dif­fu­sion du recours à la titri­sa­tion des créances des par­ti­cu­liers[8].

L’inclusion finan­cière s’est accom­pa­gnée d’un dis­cours uto­pique sur la fin des classes sociales. Ce dis­cours s’est d’abord appuyé sur l’accès géné­ra­lisé à la pro­priété fon­cière grâce aux prêts hypo­thé­caires après la Deuxième Guerre mon­diale. En même temps, la crois­sance des entre­prises cotées en bourse a fait miroi­ter la pro­messe de démo­cra­ti­sa­tion des acti­vi­tés finan­cières, notam­ment les acti­vi­tés de pla­ce­ment, par l’actionnariat. La pro­duc­ti­vité des entre­prises, la montée des salaires et la sécu­ri­sa­tion du statut de sala­rié-e résument la confi­gu­ra­tion éco­no­mique et ins­ti­tu­tion­nelle de la pre­mière période d’inclusion finan­cière, qui s’est éten­due des années 1950 aux années 1970.

L’accumulation financiarisée

La deuxième période d’inclusion finan­cière est propre au régime d’accumulation finan­cia­ri­sée. Les ges­tion­naires de fonds ainsi que les autres inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels (banques, fonds spé­cu­la­tifs, fonds de pen­sion, etc.) ont acquis une puis­sance sans pré­cé­dent sur les acti­vi­tés éco­no­miques des entre­prises. En pri­vi­lé­giant le cir­cuit finan­cier duquel ils tirent leur pou­voir par rap­port aux autres acteurs éco­no­miques, plus dépen­dants du cir­cuit indus­triel, les inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels militent pour trans­for­mer les déci­sions d’investissement des entre­prises non finan­cières autant que finan­cières, dont les prin­ci­pales réper­cus­sions sont la flexi­bi­li­sa­tion des emplois, le recours à la sous-trai­tance et plus géné­ra­le­ment la valo­ri­sa­tion des acti­vi­tés finan­cières aux dépens des acti­vi­tés indus­trielles. Cette muta­tion au sein des entre­prises a permis un décro­chage entre les pro­fits des grandes firmes et le salaire des tra­vailleurs et tra­vailleuses, qui se sont tour­nés vers des ins­tru­ments et des modes de revenu finan­ciers pour main­te­nir leur niveau de consom­ma­tion.

Le ralen­tis­se­ment de la crois­sance éco­no­mique et la stag­na­tion des salaires dans l’économie finan­cia­ri­sée ont exa­cerbé, ali­menté et géné­ra­lisé les moyens d’exploitation finan­cière. L’endettement des ménages est inhé­rent à la dyna­mique d’exploitation finan­cière, et son taux a gran­de­ment aug­menté depuis les années 1990, comme le démontre entre autres le temps de tra­vail néces­saire au rem­bour­se­ment des hypo­thèques qui a doublé depuis 1980[9]. Le patri­moine immo­bi­lier est uti­lisé de plus en plus comme un actif finan­cier et une pos­si­bi­lité d’endettement, plutôt que comme un bien d’usage, inci­tant les indi­vi­dus à déve­lop­per un esprit spé­cu­la­tif à l’égard de leur pro­priété[10]. Bien que mar­gi­nal, les pla­te­formes de loca­tion et de par­tage de voi­tures, de loge­ments ou autres actifs déte­nus par les indi­vi­dus ont pro­li­féré au cours des der­nières années pour deve­nir, au-delà du dis­cours bon enfant, un revenu incon­tour­nable pour cer­tains.

La crise finan­cière ici et ailleurs a d’ailleurs ali­menté ces ten­dances et a ébranlé plus que jamais ces fon­de­ments iden­ti­taires de la classe moyenne que sont l’accès à la pro­priété et le statut de sala­rié-e. Cela peut s’illustrer autant dans les indi­ca­teurs d’emploi et de contrats d’emploi non conven­tion­nels qui ont crû dans le régime finan­cia­risé, dans le recul de la pro­priété fon­cière au profit du loge­ment loca­tif que dans la dimi­nu­tion du nombre des ménages s’identifiant à la classe moyenne.

Pour les bas reve­nus, l’inclusion finan­cière se pré­sente sous la forme d’un crédit stig­ma­ti­sant à des taux d’intérêt usu­riers, qui entraîne un endet­te­ment insou­te­nable. Pour les hauts reve­nus, l’inclusion finan­cière se révèle par un endet­te­ment qui sert d’effet levier pour engen­drer d’autres reve­nus, ainsi que des acti­vi­tés de pla­ce­ment accrues et diver­si­fiées, dont cer­taines servent d’abris fis­caux. On promet ainsi, par la culture de l’investissement, l’accès à la pro­priété et à la mobi­lité sociale par l’endettement pour les classes moyennes et l’enrichissement spé­cu­la­tif pour les plus nantis. Combinées à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics, à leur tari­fi­ca­tion plus coû­teuse, ainsi qu’à la dimi­nu­tion de l’accès pour cer­tains d’entre eux, les poli­tiques néo­li­bé­rales et aus­té­ri­taires contri­buent à l’accentuation de l’exploitation finan­cière.

Le rap­port entre débi­teur et créan­cier s’est éga­le­ment trans­formé avec la géné­ra­li­sa­tion d’une éva­lua­tion indi­vi­duelle du risque qui clas­si­fie et hié­rar­chise les indi­vi­dus et déter­mine l’imposition de taux d’intérêt dif­fé­ren­ciés. La pri­va­tion des moyens de sub­sis­tance et de repro­duc­tion qui est la condi­tion d’existence à l’origine de l’entrée dans le sala­riat est, dans le régime finan­cia­risé, conju­guée à l’endettement comme second inci­ta­tif qui ren­force la rela­tion de dépen­dance au tra­vail. Les orga­ni­sa­tions finan­cières déter­minent les condi­tions d’accès au crédit et d’insertion du sala­riat comme condi­tion préa­lable au rem­bour­se­ment. Toutefois, la décon­nexion spa­tiale entre le lieu de lutte pour le salaire et le lieu de lutte pour le prêt contri­bue à l’impuissance des indi­vi­dus face aux créan­ciers.

Sur le plan des dis­cours et des repré­sen­ta­tions sociales, l’inclusion finan­cière est asso­ciée à une dif­fu­sion de l’esprit entre­pre­neu­rial et comp­table, une forte res­pon­sa­bi­li­sa­tion indi­vi­duelle, une stig­ma­ti­sa­tion de la per­sonne endet­tée et une aver­sion pour le recours à la faillite per­son­nelle. Une norme basée sur les grands prin­cipes de l’investisseur finan­cier se dif­fuse autant au tra­vers des conseils et ser­vices finan­ciers que dans les cours de lit­té­ra­tie finan­cière dis­pen­sés dans les écoles pri­maires et secon­daires au Canada, où l’endettement est tour à tour décrié pour les dépenses cou­rantes, mais encou­ragé pour les études ou l’accès à la pro­priété parce qu’il assu­re­rait l’égalité des chances. Force est de consta­ter d’ailleurs qu’après les décen­nies 1960 et 1970, lors des­quelles l’État était l’instance légi­time d’endettement afin d’assurer le déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social de la col­lec­ti­vité, la forme d’endettement accep­table à l’époque contem­po­raine est indi­vi­duelle et axée sur la pro­priété immo­bi­lière et la diplo­ma­tion.

Avec leur inclu­sion finan­cière contrainte, les indi­vi­dus, hommes et femmes, exercent des posi­tions contra­dic­toires qui s’ajoutent aux posi­tions pré­exis­tantes d’exploitation éco­no­mique. Ils sont tou­jours sala­riés et ven­deurs de leur force de tra­vail. Mais, par les média­tions juri­diques et orga­ni­sa­tion­nelles du capi­ta­lisme finan­cia­risé, ils deviennent en même temps action­naires et pro­prié­taires fon­ciers. La pro­priété change elle aussi de forme, et les orga­ni­sa­tions de pla­ce­ment tirent leur pou­voir d’exploitation finan­cière du contrat juri­dique qui place les épar­gnants sous le statut de mineur délé­guant les déci­sions de pla­ce­ment au seul ges­tion­naire de l’organisation. Comme sala­riés, les indi­vi­dus sou­haitent une aug­men­ta­tion de salaire, mais comme déten­teurs d’actions par le biais de fonds de pen­sion, ils tra­vaillent à frei­ner leur rap­port de force contre le capi­tal. Comme déten­teurs de pro­priété fon­cière qui leur sert de revenu, ils cherchent éga­le­ment à sécu­ri­ser leur posi­tion sur le marché immo­bi­lier en aug­men­tant l’attrait de leur pro­priété.

Idéologie néolibérale axée sur l’individualisation

Ces contra­dic­tions dans les rôles mul­tiples que l’inclusion finan­cière attri­bue aux indi­vi­dus posent la ques­tion de la capa­cité col­lec­tive de construc­tion d’un uni­vers poli­tisé, qui per­met­trait d’affronter un champ de l’exploitation éco­no­mique somme toute peu déve­loppé dans la lit­té­ra­ture. Si l’usine a été le lieu de cris­tal­li­sa­tion de l’exploitation éco­no­mique, per­met­tant en même temps une expé­rience col­lec­tive par­ta­gée de l’exploitation, nous pou­vons à juste titre nous deman­der si l’exploitation finan­cière, elle, peut s’inscrire dans un lieu col­lec­tif et poli­tisé, car elle semble trou­ver sa force de coer­ci­tion dans l’espace privé qu’est deve­nue la famille, avec le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme d’après-guerre.

La finan­cia­ri­sa­tion intro­duit une dis­ci­pline ali­men­tée à la fois par une idéo­lo­gie néo­li­bé­rale axée sur l’individualisation et par l’enfermement du souci finan­cier dans l’espace privé de la maison et de la quo­ti­dien­neté. En somme, quels sont les leviers de poli­ti­sa­tion de l’expérience de l’exploitation finan­cière qui per­met­trait l’émergence d’une conscience de classe ? Quels outils concep­tuels sont sus­cep­tibles d’être mobi­li­sés dans la construc­tion d’une « classe pour soi » à l’ère du capi­ta­lisme finan­cia­risé ? Il semble que la finan­cia­ri­sa­tion pose un véri­table défi de pro­duc­tion d’une contre-force sus­cep­tible de mobi­li­ser les indi­vi­dus sur la base de leurs condi­tions éco­no­miques et de leurs condi­tions d’exploitation finan­cière. Dans ces cir­cons­tances, les moyens mis en œuvre par les col­lec­ti­vi­tés pour conti­nuer de sécu­ri­ser l’accès des indi­vi­dus au loge­ment, à la nour­ri­ture et à l’éducation consti­tuent des rem­parts néces­saires contre l’inclusion et l’exploitation finan­cières.

Audrey Laurin-Lamothe, pro­fes­seure adjointe au dépar­te­ment de science sociale de l’Université York


  1. Karl Marx, Œuvres 1. Misère de la phi­lo­so­phie, Paris, Gallimard, p. 134-135.
  2. Pour François Quesnay (1694-1774), la société est divi­sée entre classe pro­duc­tive, classe des pro­prié­taires et classe sté­rile. Saint-Simon (1760-1825) pos­tu­lait trois classes : les nobles, les bour­geois et les indus­triels.
  3. Pierre Bourdieu, Le sens pra­tique, Paris, Éditions de Minuit, 1980, p. 88.
  4. Eric Olin Wright, Class Structure and Income Determination, New York, Academic Press, 1979, p. 19-55.
  5. Greta Krippner, « Financialization of the American eco­nomy », Socio-Economic Review, vol. 3, n° 2, 2005, p. 174.
  6. Argent-Marchandise-Argent accom­pa­gné de plus-value. (NdR).
  7. Natascha van der Zwan, « Making sense of finan­cia­li­za­tion », Socio-Economic Review, vol. 12, n° 1, 2014, p. 99-129.
  8. La titri­sa­tion est le méca­nisme par lequel banques et com­pa­gnies créent des titres à partir des dettes des ménages (et des entre­prises), per­met­tant à l’organisation cré­di­trice de se débar­ras­ser du risque de non-rem­bour­se­ment en les met­tant à la dis­po­si­tion d’autres acteurs finan­ciers à la recherche d’un ren­de­ment spé­cu­la­tif.
  9. Fletcher Baragar et Mario Seccareccia, « Financial restruc­tu­ring : impli­ca­tions of recent Canadian macroe­co­no­mic deve­lop­ments », Studies in Political Economy, vol. 82, n° 1, 2016, p. 61-83.
  10. Louis Gaudreau, « Quand le domi­cile devient un actif finan­cier. Économie poli­tique de la finan­cia­ri­sa­tion du marché de l’habitation au Canada », Revue Française de Socio-Économie, vol. 18, n° 1, 2017, p. 143-163.

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