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L’éducation est-elle une priorité pour le gouvernement québécois ?

Par , Mis en ligne le 27 février 2016

education_policy_outlook_2015Pour Monsieur Couillard, l’éducation est une prio­rité, enten­dait-on lundi soir, 22 février, à RDI. Avec quatre ministres en moins de quatre ans, on pour­rait en douter. Le der­nier en liste, un avocat, n’est pas issu du milieu de l’éducation, cumule deux minis­tères bien qu’il ne soit pas un ministre sénior et, fait remar­quable, est un homme dans un domaine où les femmes sont lar­ge­ment majo­ri­taires. Ah, oui, il ne faut pas l’oublier, il est le père de jeunes enfants… À la défense de l’actuel pre­mier ministre, on peut dire que ce minis­tère est le lieu par excel­lence de la chaise musi­cale : 29 ministres depuis 1964 (en 52 ans), soit envi­ron un tous les six mois et neuf au cours des dix der­nières années. Révélateur !

Nous qui étu­dions les poli­tiques édu­ca­tives de ce minis­tère depuis 30 ans, par­ti­cu­liè­re­ment en ce qui a trait aux pro­grammes d’études du pri­maire et du secon­daire, et plus spé­ci­fi­que­ment à l’enseignement du fran­çais (dis­ci­pline pré­ten­du­ment impor­tante, car socle de l’acquisition des savoirs et de la construc­tion de l’identité per­son­nelle et sociale), nous n’avons vu que trois ministres qui aient pris le temps de réflé­chir au sens de l’éducation dans notre société et qui aient pro­posé des poli­tiques consé­quentes. Triste bilan.

Au cours des vingt der­nières années, nous avons accepté deux contrats du minis­tère de l’Éducation, l’un, en 1994, pour la rédac­tion de diverses par­ties du pro­gramme d’études de fran­çais du secon­daire et l’autre, en 2011, pour la pro­duc­tion d’un docu­ment pres­crip­tif rela­tif à la pla­ni­fi­ca­tion de l’enseignement des conte­nus du pro­gramme de fran­çais. Dans les deux cas, notre entente avec le Ministère a été bafouée par ce der­nier, en dépit du strict bon sens et en contra­dic­tion avec la plus élé­men­taire rigueur scien­ti­fique. Dans le second cas, il s’agissait de demandes de cor­rec­tions du docu­ment, accep­tées par les fonc­tion­naires en poste, mais jamais ren­dues publiques par le Ministère auprès des per­sonnes concer­nées (ensei­gnants de fran­çais, conseillers péda­go­giques et édi­teurs sco­laires). Lors de la publi­ca­tion du pro­gramme de fran­çais du pri­maire lié au « renou­veau péda­go­gique », en 2001, Le Devoir a publié à la une le 29 aout le texte signé par Suzanne-G. Chartrand coiffé du titre « Un cha­pitre rempli d’erreurs et d’approximations ». Quinze ans plus tard, ce pro­gramme est encore en vigueur et n’a tou­jours pas été cor­rigé. Incompétence, dites-vous ?

À partir de notre expé­rience et de nos obser­va­tions, notam­ment dans le domaine de l’évaluation, nous en sommes venues à la conclu­sion que le Ministère (peu importe son nom – pas­sons sur l’association avec les loi­sirs et le sport… – et le titu­laire du por­te­feuille) n’a aucun souci de pro­duire des docu­ments valides sur les plans scien­ti­fique et péda­go­gique, qu’il permet à n’importe qui de prendre des déci­sions sur les pro­grammes comme sur les manuels accré­di­tés par lui. Il est, comme d’autres minis­tères, sans doute, le ter­rain du copi­nage, de l’esbroufe et de la sou­mis­sion aux idéo­lo­gies du jour qui ont peu à voir avec la recherche de la qua­lité de l’éducation, laquelle devrait pour­tant être une des prio­ri­tés d’un gou­ver­ne­ment dans une société dite démo­cra­tique.

Suzanne-G. Chartrand, didac­ti­cienne du fran­çais, pro­fes­seure titu­laire asso­ciée à l’Université Laval

Marie-Christine Paret, pro­fes­seure hono­raire de l’Université de Montréal

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