L’eau, source de vie ou de profits ?

Par Mis en ligne le 11 mars 2012

Marseille accueillera en mars pro­chain le Forum mon­dial de l’eau, qui s’apparente à une « grande foire com­mer­ciale inter­na­tio­nale, pour vendre les solu­tions des mul­ti­na­tio­nales de l’eau et de leurs action­naires ». Il était donc logique et néces­saire qu’en paral­lèle se tienne un forum alter­na­tif où les débats se concen­tre­ront sur l’accès et la ges­tion de l’eau, « source de vie, pas de profit ».
Quoi de plus simple et de plus vital que l’eau ? Elle coule à flots de nos robi­nets et tombe gra­tui­te­ment du ciel. Derrière cette abon­dance se cache pour­tant l’une des pro­blé­ma­tiques les plus impor­tantes pour la pla­nète. L’Organisation mon­diale de la santé (OMS) consi­dère que l’eau souillée consom­mée chaque jour est res­pon­sable d’ « eau » moins la moitié des mala­dies qui touchent l’humanité. De nos jours, l’eau reste l’une des prin­ci­pales causes de mor­ta­lité dans le monde et plus ou moins 1 mil­liard de per­sonnes n’ont pas accès à une eau saine et salubre. L’atteinte à l’horizon 2015 des Objectifs du mil­lé­naire pour le déve­lop­pe­ment, qui encadre la poli­tique de déve­lop­pe­ment humain des Nations unies, se jouera donc notam­ment sur la ques­tion de l’eau. Elle fait donc logi­que­ment partie de toutes les bonnes inten­tions inter­na­tio­nales, et ceci, depuis de nom­breuses années. En témoignent les décla­ra­tions du G8 au G20 en pas­sant par le Forum éco­no­mique de Davos, mais aussi, au niveau ins­ti­tu­tion­nel, par le nombre d’agences et orga­ni­sa­tions des Nations unies qui tra­vaillent sur la ques­tion, 24 en tout regrou­pée sous un même secré­ta­riat, « UN-WATER ».
Le forum officiel

Les pré­oc­cu­pa­tions autour de la ges­tion de l’eau sont réelles, et c’est dans ce contexte que se dérou­lera à Marseille, du 12 au 17 mars pro­chain, le 6e Forum mon­dial de l’eau. Depuis 1997, il ras­semble tous les trois ans l’ensemble des acteurs inter­na­tio­naux de l’eau dans le but offi­ciel d’offrir « aux poli­tiques et aux déci­deurs concer­nés le seul espace inter­na­tio­nal de débat et de contri­bu­tions d’experts ».

Le forum est orga­nisé par le Conseil mon­dial de l’eau (CME), une pla­te­forme inter­na­tio­nale créée en 1995 à l’initiative des prin­ci­paux acteurs inter­na­tio­naux. A l’issue du pre­mier forum, en 1997 à Marrakech (Maroc), le Conseil a été investi du mandat « d’assurer la conti­nuité de la Vision mon­diale de l’eau, de la vie et de l’environnement au 21e siècle ». Sur son site Web, on peut lire que « les témoi­gnages pré­sen­tés dans la Déclaration de Marrakech confèrent au Conseil la supré­ma­tie dans le domaine de la ges­tion des res­sources en eau ». Le Conseil n’a cepen­dant pas reçu de mandat offi­ciel international.

Les membres de cette pla­te­forme multi-acteurs sont très variés, du Corps des ingé­nieurs de l’armée des États-Unis à l’UNESCO, en pas­sant par AQUAFED (la fédé­ra­tion inter­na­tio­nale des opé­ra­teurs privés en matière d’eau ou, plus clai­re­ment, les mul­ti­na­tio­nales de l’eau) ou des orga­nismes comme le Comité inter­na­tio­nal de la Croix Rouge… Le budget de fonc­tion­ne­ment du CME est ali­menté par les dona­tions de ses membres et les déci­sions sont prises par deux ins­tances que sont le Comité sur les sciences et tech­no­lo­gies et celui sur les ins­ti­tu­tions et la gou­ver­nance, l’ensemble étant piloté par l’assemblée géné­ral qui encadre et oriente toute l’institution.

Au pro­gramme du forum, cette année, des objec­tifs ambi­tieux, tel que pro­mou­voir l’eau comme prio­rité dans les agen­das poli­tiques ou débattre des solu­tions aux pro­blèmes d’eau dans le monde. Il se pen­chera donc sur la pro­mo­tion du droit à l’eau dans le monde et ten­tera, entre autres, de mettre en place un méca­nisme inter­na­tio­nal de coopé­ra­tion et de coor­di­na­tion tenant compte des enjeux locaux de l’eau. Le forum accueillera 140 délé­ga­tions minis­té­rielles qui devraient accou­cher d’une décla­ra­tion. Avec plus de 180 pays repré­sen­tés, 800 confé­ren­ciers et 25 000 par­ti­ci­pants, la ren­contre se pose donc comme un évé­ne­ment majeur de l’agenda inter­na­tio­nal de ce début d’année, un rendez-vous que les mul­ti­na­tio­nales du sec­teur ne comptent pas man­quer. En effet, l’eau douce est une res­source rare et inéga­le­ment répar­tie, donc source de profits.
Une réponse alternative !

Les mul­ti­na­tio­nales de l’eau ne sont pas des anges. La ges­tion privée de l’eau par Suez, Veolia, ou d’autres grands acteurs, a confirmé de nom­breuses craintes : aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive du prix de l’eau (de 20% à plus de 200% dans cer­tains cas), réseaux et infra­struc­tures en état catas­tro­phique, accès inégal et prio­ri­taire pour les consom­ma­teurs sol­vables. Malgré un recul majeur de la pri­va­ti­sa­tion en Bolivie, au Maroc, mais éga­le­ment en Italie où un refe­ren­dum a vu 95% des citoyens se pro­non­cer en faveur d’une ges­tion publique de l’eau en 2011, ou encore en France – la ville de Paris a re-muni­ci­pa­lisé l’eau après des années de ges­tion privée –, les mul­ti­na­tio­nales conti­nuent de cher­cher à s’approprier l’or bleu. Face à ces modes de ges­tion qui visent à faire de l’eau un pro­duit de consom­ma­tion comme tous les autres, qui doit donc être ren­table et source de profit, les asso­cia­tions citoyennes opposent le res­pect des popu­la­tions locales et l’accès à cette res­source vitale pour tous. « L’eau, source de vie, pas de profit », c’est der­rière ce slogan que se réunira le Forum alter­na­tif mon­dial de l’eau (FAME), du 14 mars au 17 mars, en paral­lèle au forum offi­ciel. Il se pose en alter­na­tive concrète aux débats par­fois trop orien­tés du forum offi­ciel et tente d’apporter des solu­tions concrètes et res­pon­sables aux pro­blèmes d’eau dans le monde. Il ras­semble les membres de la société civile, ONG impli­quées dans le sec­teur, mais aussi des asso­cia­tions de citoyens du monde entier.

Pour le FAME, le Forum mon­dial de l’eau s’apparente à une « grande foire com­mer­ciale inter­na­tio­nale, pour vendre les solu­tions des mul­ti­na­tio­nales de l’eau et de leurs action­naires ». Le FAME permet de mon­trer des exemples fruc­tueux de ges­tion de l’eau pour tous et de mettre en exergue la mau­vaise ges­tion faite par ces mul­ti­na­tio­nales. Au pro­gramme du forum alter­na­tif, sont prévus de nom­breux débats tels que l’accès à l’eau en ter­ri­toires pales­ti­niens, les effets des chan­ge­ments cli­ma­tiques sur la répar­ti­tion des res­sources en eau, le droit à l’eau, la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, la finan­cia­ri­sa­tion des biens com­muns, ou encore la pré­pa­ra­tion du pro­chain Sommet de la Terre, qui aura lieu en juin à Rio. Le FAME se veut un lieu ouvert à tous (contrai­re­ment au Forum mon­dial où les droits d’entrée sont exor­bi­tants), un lieu d’échanges et de dia­logue abor­dant les enjeux de la ges­tion de l’eau. Mais pas seule­ment ! C’est aussi un lieu de lutte citoyenne et sociale, avec un tri­bu­nal de l’eau et, en clô­ture du forum, une marche de pro­tes­ta­tion contre la ten­ta­tive de main­mise du forum offi­ciel sur le débat de l’eau dans le monde.

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