Le « triomphe » de Pauline Marois

Par , Mis en ligne le 27 février 2012

Après des mois de batailles internes dont chaque vir­gule a été relayée sur la place publique, Pauline Marois a réussi son pari. D’une part les oppo­sants au sein du PQ ont mis leurs cri­tiques de côté, à l’exception de Lisette Lapointe et de Martin Aussant. D’autre part, le PQ connaît une remon­tée dans les son­dages alors qu’il était dans la « cave » depuis des mois. Certes, cette remon­tée tient davan­tage à la lamen­table per­for­mance de François Legault et de ses caquistes. Mais quand même, Pauline Marois peut se réjouir.

Jouer la « game »

Pour autant et sur le fond, rien n’a changé au PQ. Le même sys­tème de « contrôle » interne pré­vaut, peut-être avec un peu plus de déli­ca­tesse, mais sans chan­ge­ments sub­stan­tiels. Et ce n’est pas par « méchan­ceté » de la part de Pauline Marois. Le PQ joue la « game », qui est celle des for­mules faciles, des images simples, des mes­sages « ras­su­rants ». Avec des médias hos­tiles et une opi­nion publique insé­cu­ri­sée par la crise, la « game », c’est qu’il faut en dire le moins pos­sible, sachant que le gou­ver­ne­ment Charest, le plus impo­pu­laire dans l’histoire du Québec, va se des­cendre tout seul. L’indépendance ? Il faut la ren­voyer à la semaine des quatre jeudis. Les réformes sociales ? S’engager le moins pos­sible. Sur les grands enjeux envi­ron­ne­men­taux ? Disons la même chose et son contraire. Les experts et conseillers le répètent, il faut éviter que le PQ ne fasse des « vagues ». Il ne faut sur­tout pas confron­ter les domi­nants et leurs roquets, Labeaume, Mario Dumont et tous les autres… Et c’est ainsi, disent-ils, que le PQ pourra se fau­fi­ler entre le PLQ et la CAQ, par défaut si on peut dire.

Le dilemme

Mais le PQ peut-il sim­ple­ment se pré­sen­ter comme un parti « comme les autres » ? Il y a mal­heu­reu­se­ment des réa­li­tés incon­tour­nables. D’abord et malgré les rêves (de Parizeau entre autres), les domi­nants qué­bé­cois ne feront jamais confiance au PQ parce que ce parti est né non pas comme une vague « alter­nance », mais pour chan­ger le Québec tant sur le plan « social » que « natio­nal ». Sur le plan social, des partis cen­tristes sont passés à droite sous la pres­sion des domi­nants (le « New Labour » de Tony Blair par exemple). Ils ont pré­senté ce tour­nant néo­li­bé­ral comme une « néces­sité », comme l’a fait Lucien Bouchard en 1995 et comme le répètent aujourd’hui les « lucides » du PQ ainsi que les ex-péquistes pré­sen­te­ment recy­clés dans la CAQ. Mais à date en tout cas, la majo­rité de la société qué­bé­coise n’est pas convain­cue. Un PQ recen­tré à droite pour­rait-il chan­ger cela ? Ça reste à voir. Mais il y aussi un deuxième nœud : il fau­drait éga­le­ment « flu­sher » la ques­tion natio­nale ! C’est tout un défi puisque ce projet est dans le « code géné­tique » du PQ, si on peut dire. En évi­tant un énoncé clair, le PQ de Pauline Marois parle des deux coins de la bouche. D’où un sérieux risque de déra­page. Depuis plus de 10 ans, les élec­tions n’ont pas été gagnées par le PLQ, elles ont été per­dues par le PQ, ce qui n’est pas la même chose. Le vote pour le PQ s’est dis­sipé dans la confu­sion, l’amertume et la décep­tion. On voit l’étroitesse de la marge de manœuvre.

Le PQ au pouvoir ?

Malgré tout, Marois pour­rait peut-être passer « entre les mailles ». Mais arrê­tons-nous une minute … Que ferait un gou­ver­ne­ment péquiste dans les cir­cons­tances actuelles ? L’establishment promet l’enfer si la ques­tion natio­nale est remise au menu. Les entour­lou­pettes de la « loi sur la clarté » seront des pea­nuts à côté de ce que fera le gou­ver­ne­ment néo­con­ser­va­teur à Ottawa. La « gou­ver­nance sou­ve­rai­niste » ? Cela sera une mau­vaise blague ou une série d’affrontements sans fin. Marois et ses « com­pé­tents » sont-ils prêts à cela ? Sur le côté social, une admi­nis­tra­tion pro­vin­ciale aura les mains liées par les cou­pures dans le sys­tème de péréqua­tion sans comp­ter les poli­tiques éco­no­miques qui sont déci­dées à Ottawa, pas à Québec. Sans être pro­phète de mal­heur, il est pré­vi­sible que vont se pour­suivre les tur­bu­lences qui attendent le capi­ta­lisme « réel­le­ment exis­tant ». Que fera un gou­ver­ne­ment Marois ? Couper dans les salaires des fonc­tion­naires ? Abolir les pro­tec­tions sociales qui res­tent contre le capi­ta­lisme sau­vage ? Accélérer la pri­va­ti­sa­tion de la santé et de l’éducation ? Même tenu par la « dame de fer », le PQ pourra-t-il être autre chose que le bateau sans pilote qu’il est depuis 1995 ?

Quelles options ?

Qu’est-ce qui pour­rait chan­ger cela ? Le fait qui pour­rait faire la dif­fé­rence nous semble poten­tiel­le­ment venir de l’extérieur du PQ. Ainsi, une résis­tance plus forte que prévue des classes popu­laires pour­rait peut-être enrayer ou au moins ralen­tir le bull­do­zer néo­li­bé­ral et néo­con­ser­va­teur, en créant une autre dyna­mique dans la société. D’autre part, le sur­gis­se­ment de Québec soli­daire pour­rait aussi chan­ger la donne, en struc­tu­rant un véri­table pôle à gauche. Mais il y a aussi des fac­teurs inté­rieurs au PQ. Malgré l’apparente arro­gance de Marois, un cer­tain réa­lisme pour­rait s’imposer. Par exemple, il faudra bien un jour cesser de pré­tendre que le PQ est la seule force pou­vant mener le Québec à une pleine sou­ve­rai­neté. À ce réa­lisme pour­rait s’ajouter une réelle volonté de réfor­mer le sys­tème poli­tique pro­fon­dé­ment anti-démo­cra­tique qui bloque le Québec. La société qué­bé­coise, il faut le dire, reste ancrée sur des valeurs pro­gres­sistes, n’en déplaisent aux Pierre Karl Péladeau et Paul Desmarais de ce monde. Elle n’est pas prête à capi­tu­ler devant la contre-révo­lu­tion tranquille.

C’est aux élé­ments sains du PQ d’en prendre note.

Une réponse à “Le « triomphe » de Pauline Marois”

  1. Jocelyn dit :

    Bonjour,

    j’ai de la misère à com­prendre la per­ti­nence de ce type de billet pour les NCS… c’est disons *pas mal* loin d’une réflexion sur le socia­lisme que de dis­cu­ter de petite poli­tique PQ/QS non ?