Le « triomphe » de Pauline Marois

Après des mois de batailles internes dont chaque virgule a été relayée sur la place publique, Pauline Marois a réussi son pari. D’une part les opposants au sein du PQ ont mis leurs critiques de côté, à l’exception de Lisette Lapointe et de Martin Aussant. D’autre part, le PQ connaît une remontée dans les sondages alors qu’il était dans la « cave » depuis des mois. Certes, cette remontée tient davantage à la lamentable performance de François Legault et de ses caquistes. Mais quand même, Pauline Marois peut se réjouir.

Jouer la « game »

Pour autant et sur le fond, rien n’a changé au PQ. Le même système de « contrôle » interne prévaut, peut-être avec un peu plus de délicatesse, mais sans changements substantiels. Et ce n’est pas par « méchanceté » de la part de Pauline Marois. Le PQ joue la « game », qui est celle des formules faciles, des images simples, des messages « rassurants ». Avec des médias hostiles et une opinion publique insécurisée par la crise, la « game », c’est qu’il faut en dire le moins possible, sachant que le gouvernement Charest, le plus impopulaire dans l’histoire du Québec, va se descendre tout seul. L’indépendance ? Il faut la renvoyer à la semaine des quatre jeudis. Les réformes sociales ? S’engager le moins possible. Sur les grands enjeux environnementaux ? Disons la même chose et son contraire. Les experts et conseillers le répètent, il faut éviter que le PQ ne fasse des « vagues ». Il ne faut surtout pas confronter les dominants et leurs roquets, Labeaume, Mario Dumont et tous les autres… Et c’est ainsi, disent-ils, que le PQ pourra se faufiler entre le PLQ et la CAQ, par défaut si on peut dire.

Le dilemme

Mais le PQ peut-il simplement se présenter comme un parti « comme les autres » ? Il y a malheureusement des réalités incontournables. D’abord et malgré les rêves (de Parizeau entre autres), les dominants québécois ne feront jamais confiance au PQ parce que ce parti est né non pas comme une vague « alternance », mais pour changer le Québec tant sur le plan « social » que « national ». Sur le plan social, des partis centristes sont passés à droite sous la pression des dominants (le « New Labour » de Tony Blair par exemple). Ils ont présenté ce tournant néolibéral comme une « nécessité », comme l’a fait Lucien Bouchard en 1995 et comme le répètent aujourd’hui les « lucides » du PQ ainsi que les ex-péquistes présentement recyclés dans la CAQ. Mais à date en tout cas, la majorité de la société québécoise n’est pas convaincue. Un PQ recentré à droite pourrait-il changer cela ? Ça reste à voir. Mais il y aussi un deuxième nœud : il faudrait également « flusher » la question nationale ! C’est tout un défi puisque ce projet est dans le « code génétique » du PQ, si on peut dire. En évitant un énoncé clair, le PQ de Pauline Marois parle des deux coins de la bouche. D’où un sérieux risque de dérapage. Depuis plus de 10 ans, les élections n’ont pas été gagnées par le PLQ, elles ont été perdues par le PQ, ce qui n’est pas la même chose. Le vote pour le PQ s’est dissipé dans la confusion, l’amertume et la déception. On voit l’étroitesse de la marge de manœuvre.

Le PQ au pouvoir ?

Malgré tout, Marois pourrait peut-être passer « entre les mailles ». Mais arrêtons-nous une minute … Que ferait un gouvernement péquiste dans les circonstances actuelles ? L’establishment promet l’enfer si la question nationale est remise au menu. Les entourloupettes de la « loi sur la clarté » seront des peanuts à côté de ce que fera le gouvernement néoconservateur à Ottawa. La « gouvernance souverainiste » ? Cela sera une mauvaise blague ou une série d’affrontements sans fin. Marois et ses « compétents » sont-ils prêts à cela ? Sur le côté social, une administration provinciale aura les mains liées par les coupures dans le système de péréquation sans compter les politiques économiques qui sont décidées à Ottawa, pas à Québec. Sans être prophète de malheur, il est prévisible que vont se poursuivre les turbulences qui attendent le capitalisme « réellement existant ». Que fera un gouvernement Marois ? Couper dans les salaires des fonctionnaires ? Abolir les protections sociales qui restent contre le capitalisme sauvage ? Accélérer la privatisation de la santé et de l’éducation ? Même tenu par la « dame de fer », le PQ pourra-t-il être autre chose que le bateau sans pilote qu’il est depuis 1995 ?

Quelles options ?

Qu’est-ce qui pourrait changer cela ? Le fait qui pourrait faire la différence nous semble potentiellement venir de l’extérieur du PQ. Ainsi, une résistance plus forte que prévue des classes populaires pourrait peut-être enrayer ou au moins ralentir le bulldozer néolibéral et néoconservateur, en créant une autre dynamique dans la société. D’autre part, le surgissement de Québec solidaire pourrait aussi changer la donne, en structurant un véritable pôle à gauche. Mais il y a aussi des facteurs intérieurs au PQ. Malgré l’apparente arrogance de Marois, un certain réalisme pourrait s’imposer. Par exemple, il faudra bien un jour cesser de prétendre que le PQ est la seule force pouvant mener le Québec à une pleine souveraineté. À ce réalisme pourrait s’ajouter une réelle volonté de réformer le système politique profondément anti-démocratique qui bloque le Québec. La société québécoise, il faut le dire, reste ancrée sur des valeurs progressistes, n’en déplaisent aux Pierre Karl Péladeau et Paul Desmarais de ce monde. Elle n’est pas prête à capituler devant la contre-révolution tranquille.

C’est aux éléments sains du PQ d’en prendre note.