Le syndicat des enseignantes et enseignants du cégep Montmorency dénonce la judiciarisation du conflit étudiant

Par Mis en ligne le 13 mai 2012

Le Collège Montmorency, l’Association géné­rale des étu­diantes et étu­diants du col­lège Montmorency (AGEM) et le Syndicat des ensei­gnantes et des ensei­gnants du cégep Montmorency (SEECM) ont reçu 110 nou­velles demandes d’injonction hier. Le juge en chef de la Cour supé­rieure, François Rolland, a inté­gré ces injonc­tions comme amen­de­ment à l’ordonnance de sau­ve­garde qu’il a rendue le ven­dredi 4 mai 2012 dans le cas des 24 pre­mières requêtes dépo­sées contre le Collège.

Le mandat d’appui

Tout au long de ces pro­cé­dures, le SEECM a res­pecté le mandat voté en assem­blée géné­rale, celui d’appuyer l’AGEM qui a choisi, la semaine der­nière, de faire une entente afin que les 24 requé­rants puissent avoir accès à leur cours.

Le Syndicat a accepté aussi de ne pas entra­ver le dérou­le­ment des cours concer­nés afin de res­pec­ter son enga­ge­ment.

Hier (mer­credi), le Collège, en accord avec l’AGEM, a consenti à aller de l’avant pour que les 110 étu­diants qui ont déposé de nou­velles injonc­tions puissent suivre leurs cours, selon le juge­ment du 4 mai. Le Syndicat des ensei­gnantes et ensei­gnants se voit donc dans l’obligation de res­pec­ter son mandat, compte tenu de l’ordonnance ini­tiale.

Les injonc­tions sont un piège

Cependant, nous tenons à dénon­cer avec toute la véhé­mence pos­sible le cul-de-sac dans lequel se trouvent les pro­fes­seurs et l’impossibilité de résis­ter de quelque façon que ce soit à cette vague d’injonctions, sous peine de nous retrou­ver dans l’illégalité et sous la menace de suites extrê­me­ment coû­teuses pour les ensei­gnantes et les ensei­gnants.

Si nous avons accepté de col­la­bo­rer à cette entente, malgré les très fortes réserves que nous avions, c’est que nous croyions que la négo­cia­tion de la semaine der­nière entre le gou­ver­ne­ment et les fédé­ra­tions étu­diantes avaient suf­fi­sam­ment de chances d’aboutir à une véri­table solu­tion pour mettre fin au conflit.

Aujourd’hui, nous sommes bien conscients que cette col­la­bo­ra­tion a empri­sonné les pro­fes­seurs dans un carcan dont il est impos­sible de sortir sans entrer dans l’illégalité.

Nous dénon­çons la judi­cia­ri­sa­tion de ce conflit, encou­ragé par un tri­bu­nal dont les déci­sions vont à l’encontre de votes démo­cra­tiques, pris par des asso­cia­tions recon­nues parla loi.

Présence poli­cière contraire à la rela­tion péda­go­gique

Nous dénon­çons le climat qui règne dans notre col­lège, où des poli­ciers armés ont assisté aux assem­blées géné­rales des étu­diants qui se déroulent pour­tant dans le calme, alors que d’autres poli­ciers enva­hissent les ter­rains du col­lège, à la recherche d’on ne sait trop qui, sans comp­ter la mul­ti­pli­ca­tion des agents de sécu­rité par­tout dans le Collège.

Nous dénon­çons le climat tota­le­ment inadé­quat dans lequel doivent ensei­gner des pro­fes­seurs qui sont bou­le­ver­sés par ces condi­tions inad­mis­sibles et qui vivent un stress incom­pa­tible avec la séré­nité néces­saire à la rela­tion péda­go­gique. Notre mis­sion édu­ca­tive est per­ver­tie par une situa­tion mal­saine qui dégé­nère de plus en plus.

Appel aux ins­tances poli­tiques

Nous exi­geons que ce conflit poli­tique soit réglé par les ins­tances poli­tiques, en l’occurrence la ministre de l’Éducation et le pre­mier ministre. Nous en appe­lons à leur sens de femme et d’homme d’État dont la res­pon­sa­bi­lité est d’assurer la cohé­sion et la paix dans la société.

Pris dans un piège juri­dique qui ne laisse aucune porte de sortie, nous allons prendre tous les moyens qui res­tent à notre dis­po­si­tion pour dénon­cer cette situa­tion into­lé­rable, inac­cep­table et qui per­ver­tit consé­quem­ment notre mis­sion.

Manifestation d’appui le 11 mai

Nous invi­tons tous les ensei­gnantes et ensei­gnants du Collège, de même que tous les citoyens et citoyennes, à faire une marche silen­cieuse autour du Collège ven­dredi matin, de 7 h jusqu’à l0 h. H faudra lais­ser les portes libres, mais rien ne nous empêche de mani­fes­ter. Nous devons être très nom­breux. Invitez parents, amis à vous accom­pa­gner. Cela ne peut plus durer.

– 30 –

Source : Michel Duchesne, pré­sident
Syndicat des ensei­gnantes et des ensei­gnants du cégep Montmorency (SEECM)
450 668-1344

Le syn­di­cat repré­sente 790 ensei­gnantes et ensei­gnants et son assem­blée géné­rale a adopté les pro­po­si­tions sui­vantes :

Propositions rela­tive à la grève étu­diante adop­tée par l’assemblée géné­rale du Syndicat des ensei­gnantes et ensei­gnants du cégep Montmorency (SEECM)

Considérant la posi­tion de la Fédération natio­nale des ensei­gnantes et ensei­gnants du Québec (FNEEQ) et celle du SEECM, adop­tées en sep­tembre 2011, d’appuyer la lutte des étu­diants pour un gel des droits de sco­la­rité ;

Considérant la posi­tion adop­tée lors de l’assemblée géné­rale du Syndicat des ensei­gnantes et ensei­gnants du cégep Montmorency (SEECM) du 13 mars der­nier qui appuie la lutte des étu­diantes et des étu­diants contre la hausse des droits de sco­la­rité uni­ver­si­taire ;

Considérant la posi­tion adop­tée à l’unanimité par le conseil d’administration (CA) du col­lège Montmorency le 28 mars 2012, deman­dant au gou­ver­ne­ment de négo­cier avec le mou­ve­ment étu­diant pour un retour en classe dans les plus brefs délais ;

Considérant la dimen­sion sociale inhé­rente à notre tâche péda­go­gique qui consiste à encou­ra­ger la réflexion et à former la pensée cri­tique de nos étu­diantes et de nos étu­diants en vue de leur par­ti­ci­pa­tion à la vie citoyenne ;

Considérant la dégra­da­tion du climat social engen­dré par l’attitude condes­cen­dante et mépri­sante du Premier ministre Jean Charest et de la ministre Line Beauchamp dans ce conflit et leur refus sys­té­ma­tique et entêté de négo­cier une entente avec les repré­sen­tantes et les repré­sen­tants étu­diants ;

Considérant l’utilisation de plus en plus grande de la bru­ta­lité poli­cière en réac­tion à des mani­fes­ta­tions paci­fiques ;

Considérant les nom­breux appuis de la société civile en faveur d’une négo­cia­tion ;

Considérant la judi­cia­ri­sa­tion du conflit qui a entraîné des déra­pages mal­heu­reux dans plu­sieurs ins­ti­tu­tions et qui a démon­tré l’impossibilité de res­pec­ter les ordres de la Cour tout en main­te­nant un climat pro­pice à l’enseignement ;

Considérant les six votes de grève for­te­ment majo­ri­taires des étu­diantes et des étu­diants du col­lège Montmorency ;

Considérant la légi­ti­mité des quatre asso­cia­tions qui repré­sentent les étu­diantes et les étu­diants dans le conflit actuel ;

Considérant l’urgence de reprendre les cours dans les plus brefs délais pour éviter un enli­se­ment du conflit qui aura des consé­quences péda­go­giques, éco­no­miques et poli­tiques catas­tro­phiques pour la popu­la­tion étu­diante et la société dans son ensemble ;

L’assemblée géné­rale du SEECM man­date l’exécutif pour deman­der au gou­ver­ne­ment :

  • de recon­naître la légi­ti­mité des asso­cia­tions étu­diantes et de conve­nir que seule une déci­sion prise en assem­blée géné­rale pourra garan­tir un retour en classe har­mo­nieux ;
  • de négo­cier sur la ques­tion de la hausse des droits de sco­la­rité uni­ver­si­taire avec les repré­sen­tantes et les repré­sen­tants de toutes les asso­cia­tions étu­diantes, incluant la CLASSE ;
  • d’annuler la hausse des droits de sco­la­rité uni­ver­si­taire prévue pour les cinq pro­chaines années ;
  • de mettre en place une ins­tance visant à revoir l’ensemble de la ges­tion de l’enseignement supé­rieur au Québec et visant à défendre son carac­tère public et sa mis­sion ;
  • de mettre en place les condi­tions néces­saires à l’atteinte de la gra­tuité sco­laire.

Que l’assemblée géné­rale col­la­bore à la mise en œuvre de la posi­tion de l’association étu­diante et affirme que les étu­diantes et étu­diants en grève ne devront en aucun cas être lésés par les injonc­tions.

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