Le social est dans l’écologie

Par Mis en ligne le 05 octobre 2010

Les hommes vont mal et pour­raient aller encore plus mal demain, inca­pables qu’ils sont de sortir des impasses qu’ils ont eux-mêmes fabri­quées. Ce que nous révèle la marche du monde en ces temps de dégra­da­tion mas­sive de l’environnement – tant éco­lo­gique que social – tient en ceci : l’écologie et ses acteurs conti­nuent d’être envi­sa­gés – sou­vent à juste titre – comme les enne­mis du pro­grès social. On ne sor­tira de cette impasse qu’au prix d’une arti­cu­la­tion solide entre le social et l’écologique. Mais, il faudra d’abord aban­don­ner les défi­ni­tions étri­quées de ces deux faces d’un même pro­blème. Le social et l’écologique méritent mille fois mieux que les cari­ca­tures que l’on en fait si souvent.

Quelques naïfs superbes ont cru un temps que le Grenelle de l’environnement mar­que­rait en France – et en Europe tant qu’on y était – un tour­nant déci­sif dans le rap­port de la société à « la chose éco­lo­gique ». Près de trois ans après cette pitoyable mas­ca­rade ils en sont bien sûr tous reve­nus. A les entendre ils y étaient tous allés en sachant que cela ne ser­vi­rait à rien. Cette naï­veté mani­feste du moment tra­ves­tie a pos­te­riori en clair­voyance avisée révèle que pour nombre d’ONG envi­ron­ne­men­tales l’action éco­lo­gique n’a d’égale que leur mécon­nais­sance – voire leur mépris – de la ques­tion sociale. Pour que la société dans son ensemble s’empare avec sérieux du credo éco­lo­gique, l’élargissant bien au-delà du petit cercle des ini­tiés, encore convien­dra-t-il de per­sua­der la part la plus modeste de ladite société que c’est sur­tout elle qui a le plus à gagner d’un chan­ge­ment de para­digme. C’est d’abord pour ce défaut-là qu’il ne fal­lait croire en rien à la sin­cé­rité affi­chée de M. Sarkozy. Comment « le can­di­dat des riches » fraî­che­ment élu au moment du Grenelle pou­vait-il prôner une éco­lo­gie sou­la­geant d’abord les pauvres ? Accepter le dia­logue dont il maî­tri­sait toutes les limites était for­cé­ment sus­pect aux yeux de qui consi­dère qu’aucun autel ne jus­ti­fie que l’on y sacri­fie la ques­tion sociale.

Il existe donc un inté­grisme éco­lo­gique, frère jumeau de l’intégrisme éco­no­mique. Tous deux croient pou­voir triom­pher en fai­sant fi de la réa­lité sociale ou en la fai­sant ployer sous le far­deau de leur exor­bi­tante pré­ten­tion. On ne sau­vera pas la pla­nète et l’humanité qu’elle porte sans remettre en cause le sys­tème éco­no­mique tota­li­taire qui les ruine à grands feux désor­mais. Il appa­raît de plus en plus abject de consi­dé­rer que la crise éco­lo­gique est prio­ri­taire quand la crise sociale ne serait que secon­daire. Il faut tenir les deux fers au feu pour forger un monde tout à la fois éco­lo­gi­que­ment et socia­le­ment vivable. Par les condi­tions maté­rielles de leur exis­tence, par les lieux géo­gra­phiques où ils vivent et tra­vaillent, par le défaut de leur accès à l’information néces­saire, par le regard de plus en plus hos­tile qui leur est jeté, les pauvres sont par­tout les pre­mières vic­times des mul­tiples dimen­sions de ce que l’on nomme intem­pes­ti­ve­ment la crise éco­lo­gique. Ils seront les der­niers béné­fi­ciaires de solu­tions aso­ciales appor­tées illu­soi­re­ment à cette crise.

La Justice sociale plaide en faveur de l’écologie pour tous quand le règne sans par­tage du Marché écarte logi­que­ment tous les fief­fés insol­vables. Le renon­ce­ment pro­gres­sif des pou­voirs publics à jouer leur rôle de cor­rec­tion des méfaits du fonc­tion­ne­ment de l’économie sur les plus faibles est incom­pa­tible avec la néces­sité de bâtir une éco­lo­gie socia­le­ment res­pon­sable. Le constat est ter­rible : nous sommes à des années-lumière de l’écologie sociale. Pour l’atteindre il faudra faire vivre la dia­lec­tique grâce à laquelle les hommes sau­ront mettre du social dans l’écologie et de l’écologie dans le social, et cela à tous les étages de l’édifice social. Ainsi, on rem­pla­ce­rait les défi­ni­tions et les actions sépa­rées du social et de l’écologique par une (ré)conciliation des actes aujourd’hui sou­vent incon­ci­liables. Seuls la relo­ca­li­sa­tion de l’économie et le des­ser­re­ment de l’emprise des machines mor­ti­fères que sont l’OMC ou le FMI per­met­tront d’espérer réa­li­ser cette gageure. C’est à ces condi­tions, que la pensée ortho­doxe juge incon­grues ou déme­su­rées, que l’on obtien­dra une autre récon­ci­lia­tion : celle des acteurs œuvrant, tous sin­cè­re­ment, dans des champs tenus sou­vent dis­tincts arti­fi­ciel­le­ment. Ecologistes et syn­di­ca­listes ne font que com­men­cer de se parler. Il leur faut pour s’enfoncer dans un dia­logue fécond un autre contexte, un autre monde à construire.

Alors, plus aucun res­pon­sable d’ONG sou­cieux du sort des géné­ra­tions à venir et de la pla­nète ne pourra encore dire demain à un sala­rié qu’il le paie au SMIC car il n’a pas le droit de le payer moins. Que demain la pla­nète n’ait plus jamais aussi bon dos sou­la­ge­rait assu­ré­ment la peine des hommes.

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