Le Québec et la question du NPD

La nécessité d’une alternative progressiste au niveau fédéral nous apparaît comme une évidence. L’arrogance éhontée avec laquelle le gouvernement conservateur a jeté à la poubelle les droits élémentaires à la négociation du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes l’été dernier, en complicité avec Postes Canada qui a utilisé le subterfuge du lock-out, nous indique à elle seule l’importance d’organiser une riposte.

Dans cette perspective, sortir de la simple défense des intérêts du Québec est fondamental. C’est le carcan dans lequel le BQ a enfermé le Québec, en dénonçant à tour de rôle les Libéraux et les Conservateurs sans aucune perspective de changement. C’est d’ailleurs ce vide qui a provoqué, finalement, la chute du Bloc Québécois le 2 mai dernier. Peut-être conscient de l’usure de son slogan « Défendre les intérêts du Québec », et placé devant la perspective d’un gouvernement majoritaire conservateur, Gilles Duceppe répétait que l’appui au BQ devait être lié à l’appui au PQ aux prochaines élections. Il espérait sans doute ainsi trouver une porte de sortie à cette impasse en faisant miroiter la perspective d’un éventuel Québec souverain avec l’élection du PQ.

Mais cette carte-là s’est avérée également trop usée. La gouvernance du PQ, avec sa pâleur référendaire qui renvoyait la souveraineté aux calendes grecques, n’offrait pas de garanties suffisantes pour permettre de se retrancher et de se sentir en sécurité dans une perspective uniquement québécoise. Les appels aux souverainistes que lance encore Gilles Duceppe aujourd’hui à se rallier derrière le PQ et le BLOC ne semblent pas trouver beaucoup d’écho. La situation a changé.

Nous ne devons plus nous contenter d’agir en observateurs, comme si la situation dans le reste du Canada nous était étrangère. Notre sort est lié et nous devons développer des perspectives avec les progressistes du Canada anglais. C’est dans cette optique que nous devons prendre en compte la situation au NPD.

La course à la direction permet de constater la faiblesse structurelle du NPD au Québec malgré sa performance inégalée du 2 mai dernier, par rapport au reste du Canada. Le nombre de membres au Québec est très bas. Donc malgré le fait que le NPD soit maintenant le parti de l’opposition officielle à cause des votes du Québec, un candidat provenant du Québec n’a pas beaucoup de chances d’être élu à la direction du parti. Mais ce qui gêne le plus c’est le fait que plusieurs candidats ne comprennent pas l’importance d’être bilingue, un électeur NPD sur quatre ne le croit pas non plus. Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle n’est cependant pas spécifique au NPD. Les organisations syndicales du reste du Canada, représentées par le CTC, ont toujours eu de la difficulté à comprendre le Québec au point où la majorité des syndiqués FTQ ont presque toujours boudé les congrès du CTC. Le droit à l’autodétermination du Québec n’est pas reconnu sauf en de rares exceptions, comme dans le cas du STTP. Lors des congrès, la majorité des membres du reste du Canada n’utilisent pas le système de traduction, ce qui oblige les québécois à intervenir en anglais ou de n’être compris que par les francophones. Le NPD est d’une certaine façon le reflet de cette mentalité. Cela ne l’excuse pas, mais place la situation dans son contexte.

Il ne suffit donc pas de décrire les travers et les limites du NPD. Nous ne sommes pas des observateurs au-dessus de la mêlée. Les enjeux sont trop importants. Nous devons changer les mentalités ou à défaut construire autre chose et cela ne pourra se faire sans une transformation au sein même du mouvement syndical du reste du Canada.

Mais à ce chapitre le Québec n’est pas en reste. Les directions syndicales au Québec sont restées liées à un programme néfaste pour le mouvement ouvrier en soutenant le PQ, parti qui a baissé les salaires des employés-es du secteur public de 20% en 1985 sous le gouvernement Lévesque, qui a débuté le démantèlement du système de santé et d’éducation sous le gouvernement Bouchard,(ouvrant la voie aux décrets de Charest en 2005) et qui a refusé d’appuyer les revendications des syndiqués-es du Front commun l’an dernier après que ceux-ci aient subi 7 ans de décret salarial du gouvernement Charest.

La nécessité d’une alternative progressiste demeure un défi. Au Québec nous avons créé Québec Solidaire qui peut maintenant répondre à la situation mais qui doit se tailler une place. Au niveau fédéral, le NPD demeure l’alternative à construire jusqu’à preuve du contraire, auquel cas d’autres tâches attendront les progressistes. On doit se débarrasser de Harper et il est hors de question de revenir aux Libéraux.