Lettre d’opinion collective

Le Québec et l’environnement après 7 ans : remettons les pendules à l’heure !

Mis en ligne le 27 février 2010

Depuis Copenhague, l’ineptie mon­dia­le­ment recon­nue du gou­ver­ne­ment Harper en matière d’environnement fait en sorte que le gou­ver­ne­ment Charest est perçu comme LE grand défen­seur de l’environnement. Si Jean Charest a certes démon­tré que les pro­vinces n’endossent pas la poli­tique hon­teuse de Stephen Harper dans la lutte aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, il reste qu’après 7 ans à gou­ver­ner le Québec, son bilan envi­ron­ne­men­tal, malgré cer­tains bons coups, est beau­coup plus sombre qu’il ne le laisse entre­voir.

Dossier nucléaire :

même si en 2003, Jean Charest avait promis qu’il ne nous enga­ge­rait plus dans le nucléaire, Hydro-Québec pro­jette d’acquérir la cen­trale Pointe Lepreau au Nouveau-Brunswick. De plus, il veut construire un nou­veau réac­teur nucléaire sur le site de Gentilly-2 au coût offi­ciel de $2 mil­liards (mon­tant qui sera lar­ge­ment dépassé) sans aucun débat public. Nous alour­di­rons ainsi notre héri­tage dans cette source d’énergie aux déchets très pol­luants, dan­ge­reuse pour la santé et dont les coûts sont recon­nus comme les plus élevés au monde.

Dossier des forêts :

l’année 2010 a été décré­tée l’année de la bio­di­ver­sité par l’ONU. Or seule­ment 5,1% de notre forêt boréale com­mer­ciale est pro­té­gée. Malgré plu­sieurs amé­lio­ra­tions pré­sen­tées dans le projet de loi 57 sur l’aménagement durable des forêts, les efforts en matière de conser­va­tion des forêts intactes pour la bio­di­ver­sité res­tent minces. 88% de nos forêts publiques pro­duc­tives seront réal­louées à l’exploitation indus­trielle sans même qu’il n’y ait de marge de manœuvre pour pro­té­ger ce qui reste de plus pré­cieux, soit les der­nières forêts n’ayant pas été encore exploi­tées c’est à dire 10% de notre ter­ri­toire fores­tier.

Dossier transport :

alors qu’au Québec, entre 1998 et 2008, la popu­la­tion a crû de 6 %, le nombre de voi­tures et camions légers a crû de 31 %, soit 5 fois plus ! La pre­mière source d’émissions de CO2 du Québec est le trans­port (40 %) et elles ont aug­menté de 36,7 % entre 1990 et 2007. Pourtant, le Ministère des Transports du Québec dépen­sera $15 mil­liards en infra­struc­tures pour le trans­port indi­vi­duel, contre $2 mil­liards en trans­port col­lec­tif, sans tenir compte des plans d’urbanisme muni­ci­paux. 3 exemples : le pont de l’autoroute 25, les recons­truc­tions de l’autoroute Notre-Dame et de l’échangeur Turcot.

Dossier des mines :

comme l’a démon­tré le Vérificateur géné­ral, non seule­ment nous avons payé plus de $600 mil­lions entre 2002 et 2008 pour que des com­pa­gnies minières exploitent NOS res­sources (non-renou­ve­lables), mais nous avons éga­le­ment hérité au fil des ans d’un lourd passif envi­ron­ne­men­tal, pré­sen­te­ment évalué à plus de $300 mil­lions pour res­tau­rer des cen­taines de sites aban­don­nés. Le Québec s’apprête à se lancer dans l’exploitation de 6 à 8 méga­mines à ciel ouvert à « faible teneur – forts impacts », sans pour­tant obli­ger leur res­tau­ra­tion com­plète, ni res­treindre leur consom­ma­tion phé­no­mé­nale d’eau, d’énergie et de pro­duits chi­miques. Autre enjeu cru­cial : le gou­ver­ne­ment refuse tou­jours d’imposer un mora­toire sur les mines d’uranium, alors que le temps presse et que les impacts sur la santé et l’environnement l’exigeraient.

Les barrages contre l’efficacité énergétique :

après l’Islande, c’est au Québec qu’il se consomme le plus d’électricité par habi­tant sur la pla­nète. L’électricité la plus ren­table est celle que nous éco­no­mi­sons. Suite à la com­mis­sion par­le­men­taire sur l’énergie de 2005, l’Agence d’Efficacité Énergétique a de nou­veau reçu des bud­gets dignes de ce nom. Or, le plan de l’agence cou­vrant la période de 2007 à 2010 se fait tou­jours attendre… En pleine période de sur­plus éner­gé­tique, le gou­ver­ne­ment relance des pro­jets de méga-cen­trales comme La Romaine et relance les pro­jets tant décriés de petites cen­trales hydro­élec­triques dont il est déjà prévu que le coût mar­gi­nal dépas­sera la valeur à l’exportation. Ainsi, nous allons détruire des éco­sys­tèmes de façon durable pour perdre col­lec­ti­ve­ment de l’argent…après que les amé­ri­cains aient statué que cette éner­gie n’est pas verte. L’indépendance face au pétrole …et la dépen­dance au gaz natu­rel : le lobby du gaz natu­rel semble avoir pris le contrôle de ce gou­ver­ne­ment. Après le Suroît, la cen­trale de Bécancour (fermée après 1 an, alors que nous paie­rons à TCE Energy au moins $1,5 mil­liard sur 10 ans pour NE PAS qu’elle pro­duise d’électricité), les ports métha­niers Rabaska et Cacouna d’importation de gaz natu­rel ainsi que l’exploration et l’exploitation tous azi­muts de gaz dans le golfe du St-Laurent et les schistes (très pol­luants et sans rede­vance pen­dant 5 ans), voilà main­te­nant que le gou­ver­ne­ment finance une tour­née pan­qué­bé­coise sur l’indépendance face au pétrole avec comme par­te­naire Gaz Métro, qui veut nous débar­ras­ser du pétrole… pour le rem­pla­cer par du gaz natu­rel.

Dossier changements climatiques :

malgré une énième aug­men­ta­tion annuelle des GES, Québec pré­tend encore qu’une réduc­tion de 6 % en 2012 par rap­port à 1990 est à notre portée. Or, les objec­tifs de Kyoto ne sont pas de -6 % pour 2012, mais bien pour d’une baisse de 6% en moyenne durant les 5 années incluses entre 2008 et 2012 ! Si les sec­teurs autres que le trans­port tel que le sec­teur indus­triel (32 % des émis­sions) qui a réussi à bais­ser ses émis­sions de 6,2 % depuis 1990 se main­tiennent, le sec­teur des trans­ports devra réduire les siennes de 24 % ! Malgré l’application posi­tive des normes cali­for­niennes, les objec­tifs de Kyoto ne seront de toute évi­dence pas atteints.

Autres dossiers problématiques :

7 ans après l’avoir promis…le non-éti­que­tage des OGM et l’application de la poli­tique natio­nale de l’eau ; le tablet­tage de la révi­sion du règle­ment sur la qua­lité de l’air ; le Plan Nord ; le BAPE rendu inof­fen­sif ; le déve­lop­pe­ment anar­chique de l’éolien ; sans oublier l’amiante, qui, pre­mière cause de décès des tra­vailleurs du Québec, mine notre cré­di­bi­lité inter­na­tio­nale ; et, pour cou­ron­ner le tout, le nou­veau sou­tien aux entre­prises qui veulent « pro­fi­ter des occa­sions d’affaires dans les sables bitu­mi­neux ».

Conclusion :

se com­pa­rer au gou­ver­ne­ment cana­dien pour démon­trer com­bien nous sommes verts équi­vaut à se com­pa­rer à l’idiot du vil­lage global pour illus­trer notre génie. Notre bilan envi­ron­ne­men­tal est bien moins relui­sant que le gou­ver­ne­ment le pré­tend. C’est pour­quoi, avec l’aide de ce com­mis­saire à l’éthique qu’il nous promet depuis 7 ans, ce gou­ver­ne­ment devra se dis­tan­cer des lob­bies miniers, fores­tiers, de génie-conseil, de la construc­tion et de l’énergie pour se concen­trer sur des actions réel­le­ment fidèles à l’esprit du VRAI déve­lop­pe­ment durable. À la veille du budget et en pleine négo­cia­tion sur plu­sieurs des dos­siers évo­qués ici, ceci est essen­tiel pour l’avenir éco­lo­gique ET éco­no­mique du Québec.

Daniel Breton, Xavier Daxhelet, Vincent François, Denis L’Homme/ « Maîtres chez nous-21e siècle », Henri Jacob/​Action Boréale Abitibi-Témiscamingue, Nicolas Mainville, Melissa Filion, Virginie Lambert-Ferry/Greenpeace, Maryse Pallascio/​Fondation Rivières, François Lapierre/​Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, Sophie Thiébaut/co-fon­da­trice de Mobilisation Turcot, Michel Duguay, Philippe Giroul, Michel Fugère, Nicole Béland/​Mouvement Sortons le Québec du nucléaire, Yvan Croteau/​Réseau Québécois des Groupes Écologistes, Pierre Jasmin et Daniel-Jean Primeau/​Artistes pour la paix, Pierre Lambert/​Mouvement Vert Mauricie, Jean-Guy Vaillancourt/​sociologue, Pierre Gauthier/​urbaniste, Jean Décarie/​urbaniste, Eric Notebaert/​Professionnels de la Santé pour la Survie Mondiale, Jacques Levasseur/​Coalition Stop au Méthanier

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