Regards sur la CAQ

Le projet économique de François Legault

Par Mis en ligne le 07 décembre 2011

L’ex-souverainiste François Legault a choisi sa nou­velle patrie : la valeur. Legault dit en effet vou­loir « encou­ra­ger la créa­tion de valeur » au Québec : « Le succès éco­no­mique du Québec dépend des com­pé­tences des Québécois, de leur volonté à inves­tir pour le futur, de leur capa­cité à inno­ver et de leur créa­ti­vité ». En clair, le nou­veau projet mobi­li­sa­teur n’est pas l’indépendance natio­nale, mais bien la course à l’innovation. On sait, et ce n’est pas nou­veau pour François Legault, père des contrats de per­for­mance en édu­ca­tion, que la rhé­to­rique de « l’économie du savoir » allie le leit­mo­tiv de la créa­ti­vité per­son­nelle à la mobi­li­sa­tion des ins­ti­tu­tions d’enseignement supé­rieur dans le but de pro­duire des décou­vertes com­mer­cia­li­sables et d’attirer les inves­tis­se­ments en capi­tal de risque. Il faut être « créa­tif » pour déve­lop­per des bre­vets et atti­rer les inves­tis­se­ments étrangers.

(tiré du site de l’IRIS)

Legault pré­tend que cela rendra l’économie qué­bé­coise « plus pro­duc­tive ». Mais on sait que le modèle de « l’innovation ouverte » signi­fie sur­tout que les entre­prises cherchent à pro­fi­ter de recherches pour les­quelles elles ne veulent pas débour­ser en recherche et déve­lop­pe­ment (R-D). Dans l’ancien modèle « d’innovation interne », la grande entre­prise avait son labo­ra­toire maison et déve­lop­pait de nou­veaux pro­duits. L’open inno­va­tion pré­co­nise plutôt le déve­lop­pe­ment d’un « réseau », d’une col­la­bo­ra­tion uni­ver­sité-entre­prise, où les fonds publics servent à déve­lop­per une recherche qui est ensuite pri­va­ti­sée avant d’être com­mer­cia­li­sée : socia­li­ser les coûts, pri­va­ti­ser les pro­fits. Loin de réin­ves­tir, les entre­prises conservent cet argent dans le but d’acheter d’autres bre­vets, des entre­prises concur­rentes ou de spé­cu­ler en bourse. Il s’agit d’une forme de détour­ne­ment de fonds publics.

Par exemple, il est ques­tion d’augmenter les cré­dits d’impôts aux entre­prises qui inves­tissent en tech­no­lo­gie. Ces cré­dits d’impôts sont sou­vent offerts comme inci­ta­tifs à la col­la­bo­ra­tion uni­ver­sité- entre­prise, ce qui signi­fie : détour­ner les uni­ver­si­tés de leur mis­sion d’enseignement, faire déve­lop­per des nou­velles tech­no­lo­gies au moyen de fonds et de res­sources publiques, puis les céder au privé. Les gains de pro­duc­ti­vité annon­cés ne sont pas au rendez-vous, mais les gains des entre­prises se portent bien, puisqu’elles se font sub­ven­tion­ner leur R-D.

Au détour­ne­ment des uni­ver­si­tés, Legault ajoute le tou­risme et le diver­tis­se­ment, bref, l’économie spec­ta­cu­laire. Plutôt que de consa­crer des fonds publics à déve­lop­per des ser­vices pour la popu­la­tion, il fau­drait, dans le but d’attirer des inves­tis­se­ments étran­gers, mettre tout en œuvre pour trans­for­mer le Québec en plaque tour­nante du tou­risme et du jeu vidéo. Cette nou­velle éco­no­mie du tou­risme et du numé­rique risque, elle aussi, d’engloutir quan­tité de fonds publics sans se tra­duire en meilleures condi­tions de vie pour les québécois-e-s.

Le mantra de l’économie du savoir est une idéo­lo­gie. Même L’OCDE recon­naît qu’aucun indi­ca­teur ne permet de prou­ver que le déve­lop­pe­ment d’une éco­no­mie « de l’innovation » amé­liore le sort des pays qui l’appliquent. À n’en pas douter, par contre, il s’agit d’une façon de satis­faire une demande émise par les entre­prises de capi­tal de risque, qui veulent réduire leurs coûts de R-D, prin­ci­pa­le­ment dans la recherche explo­ra­toire et le déve­lop­pe­ment pré­com­mer­cial de bre­vets, ce qui repré­sente la phase la plus coû­teuse et la plus ris­quée de la recherche.

Pour créer de la valeur en bourse pour les star­tups de l’économie du savoir, pour atti­rer des tou­ristes et des com­pa­gnies infor­ma­tiques, François Legault pro­pose de détour­ner les uni­ver­si­tés et les infra­struc­tures publiques vers l’attraction d’investissements inter­na­tio­naux, alors que les théo­ries éco­no­miques qui vantent ce genre de modèle n’ont révélé aucun impact posi­tif pour les popu­la­tions. Ici, encou­ra­ger la créa­tion de valeur signi­fie avant tout prendre des richesses publiques, du bien commun, et le mettre au ser­vice d’objectifs dictés par les besoins des acteurs cor­po­ra­tifs de l’économie finan­cia­ri­sée . L’adéquation appa­rente entre aug­men­ta­tion de la valeur s’effondre, et l’on découvre que ce qui consti­tue de la valeur pour les ges­tion­naires a tous les airs d’une perte pour les peuples.

Éric Martin

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