Le PQ et QS proposent des voies différentes pour accéder à la souveraineté

Par Mis en ligne le 28 août 2012

Le Parti qué­bé­cois et Québec soli­daire pro­posent des voies de nature dif­fé­rente pour per­mettre l’accession du Québec à la sou­ve­rai­neté.

Le PQ a évi­dem­ment comme objec­tif de réa­li­ser la sou­ve­rai­neté du Québec. Mais sa stra­té­gie réfé­ren­daire et le calen­drier de réa­li­sa­tion de ce projet res­tent flous. Le pro­gramme éta­blit que ce sera « à la suite d’une consul­ta­tion de la popu­la­tion par réfé­ren­dum tenu au moment jugé appro­prié par le gou­ver­ne­ment ». Non seule­ment n’y pré­cise-t-on pas qui déci­de­rait de la date du réfé­ren­dums mais on ne sait pas non plus ce qui arri­ve­rait après une vic­toire du « oui ».

De plus, l’adoption par le Conseil natio­nal du parti d’une réso­lu­tion per­met­tant la convo­ca­tion de réfé­ren­dums d’initiative popu­laire (RIP), suite à la signa­ture d’un registre par au moins 15% de l’électorat, a ajouté à la confu­sion. À l’origine, cette requête devait être exé­cu­toire mais la volte-face de Pauline Marois, annon­çant qu’un gou­ver­ne­ment péquiste pour­rait refu­ser un réfé­ren­dum même si 15% de la popu­la­tion en récla­mait un par le méca­nisme des RIP, a sus­cité tout un embrouilla­mini. Malgré la cam­pagne élec­to­rale, le député sor­tant Bernard Drainville a contre­dit sa chef sur-le-champ. Cette ques­tion névral­gique crée­rait donc des remous consi­dé­rables dans un éven­tuel gou­ver­ne­ment péquiste. Voilà où conduisent les ambi­guï­tés de la posi­tion de ce parti.

Un processus qui serait enclenché dès la prise du pouvoir

Quant au pro­gramme de Québec soli­daire, il vise l’objectif « de faire Québec un pays » en enclen­chant, dès son arri­vée au pou­voir, un pro­ces­sus d’accession à la sou­ve­rai­neté qui se tra­dui­rait par la créa­tion d’une Assemblée consti­tuante dont les membres seraient élus au suf­frage uni­ver­sel. Le mode de scru­tin assu­re­rait la repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle des ten­dances et des dif­fé­rents milieux socio-éco­no­miques de la société qué­bé­coise. Celle-ci aurait comme mandat d’élaborer une ou des pro­po­si­tions sur l’avenir poli­tique du Québec, ainsi que sur les valeurs, les droits et les prin­cipes sur les­quels devrait repo­ser la vie com­mune. De plus, cette Constituante pro­po­se­rait une défi­ni­tion de ses ins­ti­tu­tions en pré­ci­sant les pou­voirs, les res­pon­sa­bi­li­tés et les res­sources qui leur seront délé­gués.

Point capi­tal : Après son élec­tion, la Constituante aurait d’abord la tache de mener une vaste démarche de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive pour consul­ter la popu­la­tion du Québec sur son avenir poli­tique et consti­tu­tion­nel, de même que sur les valeurs et les ins­ti­tu­tions poli­tiques qui y seront rat­ta­chées. En fonc­tion des résul­tats de la consul­ta­tion, dont l’Assemblée consti­tuante aurait l’obligation de tenir compte, cette der­nière éla­bo­re­rait ensuite un projet de consti­tu­tion dont l’approbation serait sou­mise à un réfé­ren­dum exé­cu­toire. En somme, il s’agit de lancer une démarche -appe­lée à se déployer simul­ta­né­ment à la gran­deur du Québec du niveau natio­nal jusqu’aux régions, villes, vil­lages et quar­tiers – qui serait sus­cep­tible de faci­li­ter la par­ti­ci­pa­tion de tous les citoyens. Cette der­nière pren­drait évi­dem­ment plu­sieurs mois.

La souveraineté politique doit se conjuguer avec la souveraineté populaire

Il est clair que la démarche péquiste et celle des soli­daires réfèrent à des para­digmes dif­fé­rents.

Au PQ, elle emprunte les sen­tiers battus du pro­sé­ly­tisme. Les diri­geants y semblent convain­cus que le Québec pour­rait accé­der à la sou­ve­rai­neté grâce à une conjonc­ture poli­tique momen­ta­né­ment favo­rable dont on pro­fi­te­rait astu­cieu­se­ment pour aller décro­cher une majo­rité réfé­ren­daire. Suite aux échecs de 1980 et 1995, les pre­miers ministres Bouchard et Landry ont ajouté la néces­sité de « condi­tions gagnantes » pour le déclen­che­ment d’un réfé­ren­dum et ont tenté vai­ne­ment de les créer grâce au « défi­cit zéro ». Dans le cas de Pauline Marois, c’est sa poli­tique de « gou­ver­nance sou­ve­rai­niste » qui vise à créer ces der­nières.

À Québec soli­daire, au contraire, on est convaincu qu’un règle­ment durable de la ques­tion natio­nale doit se conju­guer avec la sou­ve­rai­neté popu­laire ; non seule­ment dans l’urne réfé­ren­daire mais tout au cours du pro­ces­sus qui y mènera. Cette posi­tion repose sur le pos­tu­lat que nos com­pa­triotes n’ont pas besoin d’être endoc­tri­nés par des por­teurs de la bonne nou­velle. Ils ont plutôt besoin d’être infor­més de la manière la plus objec­tive pos­sible, de com­prendre les enjeux, de com­pa­rer les dif­fé­rents points de vue, d’en dis­cu­ter entre eux, de se faire leur propre opi­nion et d’exprimer ce qu’ils dési­rent au plus pro­fond d’eux-mêmes. Il signi­fie aussi que la ques­tion réfé­ren­daire ne pro­vien­drait pas des offi­cines péquistes. mais serait rédi­gée suite à la par­ti­ci­pa­tion de l’ensemble des citoyens.

Cette voie inno­va­trice découle du prin­cipe selon lequel le seul pou­voir légi­time vient du peuple. Elle repose sur la diver­sité des expres­sions de la sou­ve­rai­neté popu­laire et s’inspire de la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive. Cela implique que les citoyens puissent exer­cer avec les élus, issus de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, une véri­table coges­tion des affaires publiques et déci­der des chan­ge­ments à appor­ter aux ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques.

Certains péquistes estiment qu’une telle démarche serait ris­quée et qu’elle pren­drait trop de temps. Nous répon­dons que le contenu de l’éventuelle consti­tu­tion – a for­tiori si elle pré­voit la créa­tion d’une répu­blique qué­bé­coise – néces­si­te­rait l’appui indé­fec­tible d’une large partie de la popu­la­tion. Ce genre d’appui ne pour­rait pro­ve­nir que de convic­tions for­gées à partir de réflexions per­son­nelles, d’échanges entre pairs et d’actions com­munes. Il fau­drait certes du temps pour per­mettre le déploie­ment adé­quat de ce vaste exer­cice de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, mais quand il s’agit de l’avenir d’une nation l’impatience n’est jamais bonne conseillère.

Au secré­taire du SPQ libre, Pierre Dubuc, qui joue à la réal­po­li­tique en qua­li­fiant de « fleur bleue » la démarche de Québec soli­daire et en se moquant de sa « concep­tion idyl­lique de la société», nous posons la ques­tion sui­vante. Qu’adviendrait-il à la cause sou­ve­rai­niste après un troi­sième réfé­ren­dum perdu ou même après une vic­toire fra­gile où une partie signi­fi­ca­tive des tenants du « oui » se dégon­fle­raient devant les obs­tacles que ne man­que­ront pas de dres­ser les adver­saires ?

Québec soli­daire fera vigou­reu­se­ment cam­pagne en faveur de la sou­ve­rai­neté durant toute la démarche de la Constituante, mais il est conscient que cette der­nière pour­rait abou­tir à un résul­tat autre. Cette admis­sion démo­cra­tique ne fait pas de ses par­ti­sans de « mau­vais » sou­ve­rai­nistes pour autant. Nous sommes per­sua­dés, au contraire, que le pro­ces­sus confé­re­rait à l’aspiration à la sou­ve­rai­neté du Québec un carac­tère uni­ver­sel grâce à la confiance renou­ve­lée qu’elle sus­ci­te­rait dans le pou­voir citoyen. Nous sommes convain­cus que cette démarche d’émancipation col­lec­tive don­ne­rait lieu à la plus grande mobi­li­sa­tion de l’histoire du Québec. Cette der­nière per­met­trait de sur­mon­ter à coup sûr les tac­tiques déloyales et les machi­na­tions fédé­ra­listes.

Paul Cliche, membre de Québec soli­daire
Montréal, 27 août 2012

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