Le pouvoir de Wall Street

Par Mis en ligne le 04 mars 2011

Comment com­prendre la timi­dité des réformes du sys­tème ban­caire et finan­cier malgré l’ampleur de la crise ? Simon Johnson et James Kwak répondent dans leur livre qu’il faut regar­der du côté des conflits d’intérêts entre les tech­no­crates de Washington et les grandes banques d’investissement.

En sep­tembre 2008, Simon Johnson assiste à la chute de Lehman Brothers alors qu’il vient d’achever son mandat en tant qu’économiste en chef du Fonds Monétaire International. Ce pro­fes­seur à la Business School du Massachusetts Institute of Technology décide alors de créer un blog pour com­men­ter l’actualité finan­cière et contri­buer au débat sur la poli­tique éco­no­mique et la régu­la­tion ban­caire. Il s’associe pour cela à James Kwak, fin connais­seur des nou­velles tech­no­lo­gies ayant un talent pour déchif­frer et vul­ga­ri­ser les concepts finan­ciers qui sont alors au cœur du débat [1]. The Baseline Scenario se veut un blog simple, sans images tape-à-l’œil, avec des articles argu­men­tés, docu­men­tés, et acces­sibles à tous. En sui­vant ainsi l’actualité éco­no­mique au quo­ti­dien, ils se rendent compte que les débats sont déme­su­ré­ment influen­cés par l’opinion des grandes banques (et de leurs pré­si­dents, « treize ban­quiers » puis­sants) et ils dénoncent ce fait dans leur blog. Ils appellent en par­ti­cu­lier à limi­ter la taille des banques. Johnson est alors contacté pour réa­li­ser des entre­tiens télé­vi­sés et il publie dans le maga­zine The Atlantic un long article inti­tulé « Le coup d’état silen­cieux » (The Quiet Coup) [2], dans lequel il cri­tique la manière dont une « oli­gar­chie finan­cière » a lit­té­ra­le­ment pris le pou­voir au sein du Congrès et du gou­ver­ne­ment. Le reten­tis­se­ment est tel que Johnson et Kwak sont ensuite invi­tés à écrire un livre pour étayer davan­tage leur thèse : c’est ainsi qu’est né 13 Bankers, The Wall Street Takeover and the Next Financial Meltdown, qui se pré­sente donc à la fois comme un essai engagé et une ana­lyse infor­mée et rigou­reuse des liens inces­tueux entre la finance et la poli­tique.

État des lieux des réformes

Deux ans après un effon­dre­ment spec­ta­cu­laire du sys­tème finan­cier qui a exposé au grand jour les fai­blesses de la régu­la­tion ban­caire inter­na­tio­nale, les contours du nouvel ordre finan­cier mon­dial ont été des­si­nés en 2010, notam­ment par le vote au Sénat amé­ri­cain de la loi Dodd-Frank en juillet [3], et la conclu­sion des accords de Bâle III par les pays du G20 en fin d’année [4]. Tout porte à croire que ce nouvel ordre res­sem­blera de près à celui d’avant-crise. Fin 2008, après la chute de la banque Lehman Brothers et l’élection pré­si­den­tielle amé­ri­caine, un virage idéo­lo­gique sem­blait pour­tant pos­sible, un virage d’ampleur com­pa­rable à celui impulsé par Ronald Reagan et Margareth Thatcher au début des années 1980, mais dans une direc­tion oppo­sée. Pour de nom­breux éco­no­mistes, la déré­gu­la­tion finan­cière ini­tiée à l’époque était allée trop loin et était res­pon­sable de la crise. L’unique façon d’éviter une nou­velle catas­trophe était donc de régu­ler mieux, voire davan­tage [5] – en limi­tant la taille et le niveau d’endettement des banques, en leur inter­di­sant de prendre des risques immo­dé­rés avec les dépôts de leurs clients, en chan­geant le mode de finan­ce­ment des agences de nota­tion pour éviter les conflits d’intérêt avec les ins­ti­tu­tions finan­cières dont elles éva­luent les pro­duits, en régle­men­tant les mar­chés de pro­duits déri­vés, en ren­for­çant la coopé­ra­tion inter­na­tio­nale pour éviter les « arbi­trages de régu­la­tion », etc. Si cer­taines de ces réformes seront effec­ti­ve­ment mises en place, elles le seront seule­ment de manière modeste : par exemple, les nou­veaux minima de fonds propres impo­sés par Bâle III res­tent pro­ba­ble­ment en deçà de ce qui aurait été néces­saire pour éviter la faillite de Lehman Brothers [6], et ne repré­sentent aujourd’hui de réelle contrainte pour aucune des grandes banques d’investissement. [7]

Régulation bancaire et conflit d’intérêts

La crise finan­cière a beau­coup coûté aux pays qu’elle a tou­chés. Dans une récente étude du Fonds Monétaire International [8], les éco­no­mistes Luc Laeven et Fabian Valencia estiment qu’en France et aux États-Unis, le PIB est 25% plus faible, et la dette publique 25% plus élevée, qu’ils n’auraient été sans la crise. Pour d’autres pays le choc néga­tif a été bien plus fort encore : ainsi l’Irlande et l’Islande ont été entraî­nées dans la chute de leurs banques en ten­tant de les sauver. Aujourd’hui le contraste est fort dans les pays occi­den­taux entre l’économie réelle, dont la reprise tarde à s’amorcer, et les banques d’investissement que les gou­ver­ne­ments ont sau­vées, et qui ont presque retrouvé leurs niveaux de pro­fits (et de bonus [9]) d’avant-crise. Cela appelle à se poser la ques­tion : pour­quoi les réformes n’ont-elles pas eu plus d’ampleur ? Par exemple, pour­quoi n’a-t-on pas imposé aux banques des ratios de fonds propres plus contrai­gnants ?

À cause du conflit d’intérêts extrê­me­ment fort exis­tant entre les tech­no­crates de Washington et (treize) grandes banques d’investissement amé­ri­caines, répondent Simon Johnson et James Kwak dans leur livre. L’importance sys­té­mique de ces banques fait qu’elles dis­posent désor­mais d’une garan­tie expli­cite de l’État contre la faillite, leur per­met­tant de se finan­cer à des taux d’intérêt injus­te­ment faibles et de prendre des risques incon­si­dé­rés. Ce fai­sant, elles peuvent dès aujourd’hui engen­drer de larges pro­fits que se par­ta­ge­ront les ban­quiers et leurs action­naires jusqu’à la pro­chaine crise, lorsque le gou­ver­ne­ment sera à nou­veau obligé de venir au secours de la finance – s’il en a encore les moyens. Il faut donc inter­ve­nir pour mettre fin à cette situa­tion inac­cep­table en limi­tant la taille des banques, et par là leur impor­tance sys­té­mique ainsi que leur influence poli­tique, nous disent Johnson et Kwak.

Pour les auteurs de 13 Bankers, les conflits d’intérêts entre la finance et le pou­voir poli­tique se retrouvent à trois niveaux. D’abord, les banques contri­buent au finan­ce­ment des cam­pagnes poli­tiques : ainsi en 2006, les partis poli­tiques ont reçu 260 mil­lions de dol­lars du sec­teur finan­cier, bien plus que n’importe quel autre sec­teur (p. 90). Et les contri­bu­tions les plus géné­reuses sont appor­tées aux élus en charge de la régu­la­tion finan­cière, comme Christopher Dodd et Barney Frank. Ensuite, Washington a ten­dance à placer aux posi­tions clés des anciens de cer­taines grandes banques de Wall Street, offi­ciel­le­ment parce que la finance est deve­nue si com­plexe que seuls des ini­tiés peuvent la com­prendre. Les exemples les plus connus sont ceux des anciens direc­teurs de Goldman Sachs, Robert Rubin et Hank Paulson. Le pre­mier a notam­ment eu une impor­tance capi­tale dans la déci­sion du Congrès, en 2000, de ne pas régu­ler les mar­chés de pro­duits déri­vés, ce qui aurait contraint les acti­vi­tés de Wall Street (p. 9). Le second était aux com­mandes pen­dant toute la crise finan­cière et a notam­ment décidé de reca­pi­ta­li­ser les banques en des termes très avan­ta­geux pour elles (p. 154). 13 Bankers cite encore bien d’autres exemples de va-et-vient de per­son­nel entre Wall Street et Washington (p. 95). Enfin, ce qui est plus diffus et peut-être plus dan­ge­reux, le gou­ver­ne­ment a pro­gres­si­ve­ment adopté l’idéologie de Wall Street, selon laquelle l’innovation finan­cière est for­cé­ment une bonne chose, et selon laquelle ce qui est dans l’intérêt des banques est aussi dans l’intérêt du peuple amé­ri­cain. En bref, comme le sou­lignent les auteurs, le régu­la­teur a été « cap­turé » (cap­tu­red) par l’industrie qu’il régule, comme le pré­voit la théo­rie de la régu­la­tion déve­lop­pée par George Stigler [10].

Johnson et Kwak ne sont pas seuls à avan­cer cet argu­ment : la plu­part des ouvrages sur la crise finan­cière par­tagent leur point de vue. Dans un livre paru en fran­çais sous le titre Le triomphe de la cupi­dité (Freefall), le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz fait une ana­lyse et pro­pose des solu­tions remar­qua­ble­ment simi­laires à celles des blog­geurs du Baseline Scenario. Le conflit d’intérêts est aussi évident dans les conver­sa­tions entre ban­quiers et régu­la­teurs au sommet de la crise, que relate Andrew Ross Sorkin, jour­na­liste au New York Times, dans son roman qui décrit la crise finan­cière, Too Big To Fail. Et le der­nier film de Charles Ferguson, Inside Job, dans lequel Simon Johnson fait d’ailleurs une courte appa­ri­tion, dénonce lui aussi cet état de fait. 13 Bankers est proche du livre de Stiglitz : il donne un cadre d’analyse théo­rique, tente de conser­ver une approche aca­dé­mique, rela­ti­ve­ment modé­rée et très bien docu­men­tée (plus de 600 notes de bas de page !) et il fait aussi une pro­po­si­tion concrète de réforme. Mais alors que Le Triomphe de la cupi­dité place la régu­la­tion finan­cière au côté de nom­breuses autres idées de réformes macroé­co­no­miques, Johnson et Kwak sont plus prag­ma­tiques : leur livre traite entiè­re­ment de l’interaction entre la poli­tique et la finance, sujet sur lequel ils font preuve d’une exper­tise indé­niable. L’originalité de 13 Bankers tient d’une part à son niveau de pré­ci­sion et de détails, d’autre part à ses qua­li­tés péda­go­giques (la des­crip­tion des méca­nismes finan­ciers au cœur de la crise est par­ti­cu­liè­re­ment lim­pide), enfin à sa mobi­li­sa­tion adé­quate de réfé­rences à la lit­té­ra­ture aca­dé­mique. C’est là sans doute un signe de la com­plé­men­ta­rité des deux auteurs.

Histoire des relations entre les banques et l’état fédéral américain

13 Bankers se foca­lise sur les États-Unis – un lec­teur fran­çais pourra le regret­ter. Un de ses thèmes récur­rents est ainsi la confron­ta­tion entre Thomas Jefferson, le troi­sième pré­sident des États-Unis, très méfiant envers les ban­quiers, et Alexander Hamilton, favo­rable au déve­lop­pe­ment finan­cier de son pays. Les auteurs montrent com­ment la ten­sion entre ces deux points de vue a marqué l’histoire de l’industrie et de la finance en Amérique, dont un élé­ment impor­tant a été la loi « Glass-Steagall ». Votée à la suite de la crise de 1929 sous Franklin Delano Roosevelt, cette loi exige une sépa­ra­tion entre les acti­vi­tés com­mer­ciales et spé­cu­la­tives des banques et limite leur éten­due géo­gra­phique. En s’appuyant notam­ment sur les tra­vaux de Thomas Philippon et Ariell Reshef [11], Johnson et Kwak montrent que, pen­dant les cin­quante ans qui ont suivi, l’économie amé­ri­caine a pros­péré alors même que ses banques ont été remar­qua­ble­ment stables – les métiers de la finance étaient alors rela­ti­ve­ment peu com­plexes et peu rému­né­ra­teurs, « ennuyeux » en somme (p. 61-64).

À partir des années 1980, les règles limi­tant les acti­vi­tés des banques ont com­mencé à tomber. La nou­velle idéo­lo­gie de la déré­gu­la­tion, prônée par Milton Friedman et Eugene Fama, visait à limi­ter le rôle de l’État dans tous les sec­teurs de l’économie. Leur ana­lyse de cette période, si elle n’est pas nou­velle, est très péda­go­gique et détaillée, expli­quant les inno­va­tions finan­cières de l’époque et met­tant en lumière le rôle de fac­teurs éco­no­miques comme l’inflation des années 1970 (p. 66) et celui de per­son­na­li­tés poli­tiques comme Donald Regan, l’ancien PDG de Merrill Lynch choisi par Ronald Reagan comme secré­taire au Trésor. La part des pro­fits des entre­prises attri­buables au sec­teur finan­cier a crû for­te­ment entre le début des années 1980 et les années 2000, où elle a atteint 40% [12]. Ceci a eu deux consé­quences impor­tantes : la finance a pu accroître son pou­voir poli­tique en finan­çant les cam­pagnes et en embau­chant des lob­byistes, et elle a pu atti­rer une part crois­sante de diplô­més des grandes uni­ver­si­tés, séduits par les pers­pec­tives de salaires et de bonus élevés et par la culture dyna­mique et méri­to­cra­tique de Wall Street (p. 113-118). Par ailleurs, les anciens de Wall Street se sont retrou­vés pro­gres­si­ve­ment aux com­mandes à Washington. Un point culmi­nant pen­dant cette période a été l’annulation offi­cielle de la loi Glass-Steagal en 1999, qui était indis­pen­sable pour vali­der la fusion de Citicorp avec Travelers en 1998. Cette annu­la­tion a été notam­ment défen­due par Robert Rubin, qui plus tard est devenu membre du direc­toire de Citigroup, ainsi que par Phil Gramm, qui est ensuite entré chez UBS.

Démanteler les banques

S’étant libé­rées des contraintes régle­men­taires, les nou­velles méga-banques ont pu gran­dir libre­ment, et elles ont financé leur crois­sance en s’endettant. Cette stra­té­gie leur a permis d’accroitre leur levier, c’est à dire d’augmenter les ren­de­ments du capi­tal de leurs action­naires. Des ren­de­ments élevés, supé­rieurs à 15% par an, sont rapi­de­ment deve­nus la norme – et ne pou­vaient être conser­vés qu’en main­te­nant de forts niveaux de dette : celle-ci repré­sen­tait entre 30 et 40 fois le capi­tal pour de nom­breuses banques à la veille de la crise [13]. Mais plus d’endettement vou­lait aussi dire plus de risques : une chute de moins de 3% de la valeur de leurs actifs suf­fi­sait désor­mais pour mettre ces banques en faillite.

Aujourd’hui, les réformes de Bale III ne changent pas fon­da­men­ta­le­ment la donne, comme le sou­lignent les auteurs dans leur blog [14] : au contraire, la garan­tie de l’État deve­nue expli­cite ne fait qu’encourager les banques à s’endetter davan­tage, en main­te­nant de faibles taux d’emprunt et en leur assu­rant un sau­ve­tage en cas de faillite. De nom­breux éco­no­mistes pensent qu’on devrait inter­dire aux banques de s’endetter autant. Cela fait même l’objet, depuis peu, d’un fort consen­sus dans la com­mu­nauté aca­dé­mique réunie autour d’Anat Admati de l’Université de Stanford [15]. Johnson et Kwak sont favo­rables à une autre mesure, qu’ils détaillent dans 13 Bankers : selon eux, il fau­drait limi­ter la taille des banques – ils avancent les chiffres de 2% du PIB amé­ri­cain pour les banques d’investissement, et de 4% du PIB pour les banques com­mer­ciales. C’est peut-être la partie la moins convain­cante du livre – l’argument en faveur de cette limite est un des moins détaillés, et de nom­breuses cri­tiques peuvent lui être oppo­sées. Par exemple, on peut ima­gi­ner une très grande banque, bien capi­ta­li­sée et ayant un profil de risque limité : en la déman­te­lant, on ris­que­rait de détruire des éco­no­mies d’échelle sans pour autant rendre le sys­tème finan­cier plus sûr. Par ailleurs, si cette règle des 2% et 4% n’impliquerait qu’une restruc­tu­ra­tion rela­ti­ve­ment modeste de six banques amé­ri­caines dont aucune ne dépasse 16% du PIB (p. 217), que faire des banques euro­péennes qui, telle BNP Paribas, sont nom­breuses à avoir des actifs équi­va­lents à 100% PIB de leur pays d’origine ? [16]. Cependant, cette mesure a le mérite de contri­buer au débat – de même que la pro­po­si­tion encore plus extrême for­mu­lée par un autre éco­no­miste, Larry Kotlikoff, de trans­for­mer toutes les banques en fonds com­muns de pla­ce­ment [17], ou celle prônée par Benjamin Friedman de pro­cé­der à une ana­lyse com­plète des coûts et des béné­fices du sys­tème ban­caire pour déci­der s’il a sa place dans notre société [18].

Alors que l’État amé­ri­cain s’est désen­gagé du capi­tal de Citigroup, qu’il avait sauvée de la faillite en novembre 2008 [19], et que Barack Obama a récem­ment choisi pour direc­teur de cabi­net un ancien direc­teur de la banque JP Morgan [20], les pers­pec­tives d’un chan­ge­ment radi­cal en matière de régu­la­tion finan­cière et d’une gou­ver­nance moins favo­rable aux grandes banques semblent s’être défi­ni­ti­ve­ment éloi­gnées. Un chan­ge­ment de fond néces­si­te­rait à la fois l’adhésion de l’opinion publique et de la com­mu­nauté aca­dé­mique. 13 Bankers, qui réus­sit à être à la fois péda­go­gique et sérieux sur le plan aca­dé­mique, est en mesure de convaincre des deux côtés.

Notes

[1] Voir par exemple sur le blog la sec­tion de James Kwak inti­tu­lée « Crise finan­cière pour débu­tants » (http://​base​li​nes​ce​na​rio​.com/​f​i​n​a​n​c​i​a​l​-​c​r​i​s​i​s​-​f​o​r​-​b​e​g​i​n​ners/) [2] http://​www​.theat​lan​tic​.com/​m​a​g​a​z​i​n​e​/​a​r​c​h​i​v​e​/​2​0​0​9​/​0​5​/​t​h​e​-​q​u​i​e​t​-​c​o​u​p​/​7​3​64/4/ [3] Les prin­ci­pales mesures de la loi Dodd-Frank sont les sui­vantes : 1) créa­tion d’une agence amé­ri­caine de pro­tec­tion des consom­ma­teurs de ser­vices finan­ciers, 2) créa­tion d’un comité de super­vi­sion de la sta­bi­lité finan­cière, ayant l’autorité d’imposer des sanc­tions aux ins­ti­tu­tions d’importance sys­té­mique jugée trop grande (notam­ment en les for­çant à limi­ter leur levier d’endettement) 3) inter­dic­tion des opé­ra­tions de marché pour compte propre (« règle Volcker »), 4) contrôle accru d’institutions aupa­ra­vant non régu­lées comme les hedge funds 5) contrôle accru des mar­chés de pro­duits déri­vés de gré-à-gré, notam­ment en intro­dui­sant des chambres cen­trales de com­pen­sa­tion pour les swaps. Détails sur http://www.weil.com/files/upload/Weil%20Dodd-Frank%20Overview.pdf [4] Les prin­ci­pales mesures de Bâle III sont les sui­vantes : 1) redé­fi­ni­tion et har­mo­ni­sa­tion des concepts régle­men­taires de fonds propres (Tier 1, Tier 2), 2) aug­men­ta­tion des ratios minima de fonds propres qui deviennent pro­cy­cliques et plus impor­tants pour les grandes banques, 3) accord pour sur­veiller direc­te­ment, au delà des ratios de fonds propres usuels, le levier d’endettement (non pon­dé­rée par le risque) 4) intro­duc­tion d’un ratio mini­mal de liqui­dité. Les chan­ge­ments seront plei­ne­ment effec­tifs en 2019. Détails sur http://​www​.bis​.org/​p​r​e​s​s​/​p​1​0​0​9​1​2.htm [5] Il faut noter que cer­tains éco­no­mistes, tel John Taylor, ne par­tagent pas cet avis. Pour ce pro­fes­seur de Stanford, ce sont les régu­la­teurs amé­ri­cains eux-mêmes qui sont à l’origine de la crise, en ayant d’une part mené une poli­tique moné­taire trop laxiste à partir de 2001 qui conduit au déve­lop­pe­ment d’une bulle sur les prix de l’immobilier, et d’autre part encou­ragé l’accession à la pro­priété pour des mil­liers d’américains qui n’en avaient pas les moyens. La réserve fédé­rale a ensuite ampli­fié la crise en se trom­pant de diag­nos­tic (met­tant en place des moyens pour trai­ter un pro­blème de liqui­dité alors que la crise résul­tait d’un pro­blème de risque de contre­par­tie). Taylor déve­loppe ces argu­ments dans son livre sur la crise : Getting Off Track : How Government Actions and Interventions Caused, Prolonged, and Worsened the Financial Crisis (Hoover Institution Press, 2009). [6] Comme l’a rap­pelé The Economist (« Reforming Banking : Base Camp Basel », 21 Janvier 2010, http://​www​.eco​no​mist​.com/​n​o​d​e​/​1​5​3​2​8​8​8​3​?​s​t​o​r​y​_​i​d​=​1​5​3​28883), Lehman Brothers dis­po­sait, cinq jours avant sa faillite, d’un ratio de capi­tal « Tier 1 » de 11%. Les minima de Bâle III ne dépas­se­ront pas 9.5%. [7] Voir Financial Times, « Banks meet new mini­mum capi­tal stan­dards », 16 Décembre 2010 (http://​www​.ft​.com/​c​m​s​/​s​/​0​/​a​4​d​8​8​0​6​e​-​0​8​f​9​-​1​1​e​0​-​9​e​7​a​-​0​0​1​4​4​f​e​a​b​d​c​0​.​h​t​m​l​#​i​x​z​z​1​8​P​H​PJkEM) et Basel III : The impact on bank capi­tal, 19 Novembre 2010, (http://​www​.ft​.com/​c​m​s​/​s​/​0​/​a​5​2​6​e​4​8​2​-​e​c​0​e​-​1​1​d​f​-​b​5​0​f​-​0​0​1​4​4​f​e​a​b​4​9​a​.​h​t​m​l​#​i​x​z​z​1​8​P​S​kylbm) [8] Luc Laeven et Fabian Valencia, « Resolution of Banking Crises : The Good, The Bad and The Ugly », IMF Working Paper 10/146 ; Juin 2010 (www​.imf​.org/​e​x​t​e​r​n​a​l​/​p​u​b​s​/​f​t​/​w​p​/​2​0​1​0​/​w​p​1​0​1​4​6.pdf) [9] En ce qui concerne le sujet des bonus, les banques d’investissement semblent cepen­dant exer­cer une cer­taine res­treinte. Ainsi JP Morgan n’aurait mis de côté « que » 37% de ses pro­fits pour le paie­ment des bonus, contre 40 à 50% avant la crise (Financial Times, « JP Morgan Profits increase 47% », 14 jan­vier 2010 http://​www​.ft​.com/​c​m​s​/​s​/​0​/​c​d​e​5​e​9​d​a​-​1​f​d​6​-​1​1​e​0​-​b​4​5​8​-​0​0​1​4​4​f​e​a​b​4​9​a​.​h​t​m​l​#​i​x​z​z​1​B​9​d​i0JBH) [10] George Stigler, « The Theory of Economic Regulation », The Bell Journal of Economics and Management Science, Vol 2, No. 1, 1971 [11] Thomas Philippon et Ariell Reshef, « Wages and Human Capital in the U.S. Financial Industry : 1906-2006 », NBER Working Paper 14644, Avril 2010 [12] Voir The Quiet Coup, page 1, op. cit. [13] Voir, pour les banques fran­çaises, la Figure 4 de l’étude du FMI par Yingbin Xiao, « French Banks amid the Global Financial Crisis », IMF Working Paper 09/201 (http://​www​.imf​.org/​e​x​t​e​r​n​a​l​/​p​u​b​s​/​f​t​/​w​p​/​2​0​0​9​/​w​p​0​9​2​0​1.pdf) [14] Voir par exemple http://​base​li​nes​ce​na​rio​.com/​2​0​1​0​/​0​9​/​1​6​/​b​a​s​e​l​-​i​i​i​-​t​h​e​-​f​a​t​a​l​-​flaw/. Voir aussi, sur le même point, le der­nier Rapport sur la Stabilité Financière de la Banque d’Angleterre, Section 5 (http://​www​.ban​ko​fen​gland​.co​.uk/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​f​s​r​/​2​0​1​0​/​f​s​r​f​u​l​l​1​0​1​2.pdf) [15] Voir par exemple la lettre qu’elle, ainsi qu’une ving­taine des plus grandes figures de la finance aca­dé­mique, publiée en novembre et recom­man­dant une réduc­tion dra­ma­tique des ratios de levier des banques (http://​www​.gsb​.stan​ford​.edu/​n​e​w​s​/​r​e​s​e​a​r​c​h​/​a​d​m​a​t​i​o​p​e​n​.html). Eugene Fama lui-même est signa­taire, ce qui illustre l’étendue du consen­sus. Les éco­no­mistes vendus aux inté­rêts des gou­ver­ne­ments et dénon­cés dans Inside Job semblent être plutôt l’exception que la règle. [16] Cet argu­ment nous a d’ailleurs été sug­géré par Simon Johnson lui-même lors d’une conver­sa­tion privée. Pour des don­nées inter­na­tio­nales sur la taille du sec­teur ban­caire rela­tive au PIB du pays hôte, voir la figure No 9 sur http://​ftal​pha​ville​.ft​.com/​b​l​o​g​/​2​0​0​8​/​1​1​/​1​2​/​1​8​1​2​2​/​s​p​o​t​-​o​f​-​s​wiss/ ainsi que http://​www​.zero​hedge​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​p​r​e​s​e​n​t​i​n​g​-​t​o​t​a​l​-​b​a​n​k​-​a​s​s​e​t​s​-​p​e​r​c​e​n​t​a​g​e​-​h​o​s​t​-​c​o​u​n​t​r​i​e​s-gdp [17] Bien que radi­cale, l’idée du “limi­ted pur­pose ban­king” a reçu un cer­tain inté­rêt dans la com­mu­nauté aca­dé­mique et poli­tique. Voir Laurence Kotlikoff, Jimmy Stewart is Dead, John Wiley and Sons, 2010 [18] Benjamin Friedman, « Is our finan­cial system ser­ving us well ? (On the finan­cial crisis & eco­no­mic Policy) », Dædalus, Vol. 139, No. 4, Automne 2010 [19] « US Treasury sells remai­ning Citi shares », Financial Times, 6 décembre 2010 (http://​www​.ft​.com/​c​m​s​/​s​/​0​/​f​8​d​4​2​e​0​4​-​0​1​8​1​-​1​1​e​0​-​9​b​2​9​-​0​0​1​4​4​f​e​a​b​4​9​a​.​h​t​m​l​#​i​x​z​z​1​8​l​A​Zqaaw) [20] « Daley Named as Obama Chief of Staff », Financial Times, 6 Janvier 2011(http://​www​.ft​.com/​c​m​s​/​s​/​0​/​3​d​9​8​8​6​8​c​-​1​9​d​f​-​1​1​e​0​-​b​9​2​1​-​0​0​1​4​4​f​e​a​b​4​9​a​.​h​t​m​l​#​i​x​z​z​1​A​y​G​KM6ly)


Recensé : Simon Johnson et James Kwak, 13 Bankers. The Wall Street Takeover and the Next Financial Meltdown, New-York, Pantheon, 2010, 304 p., 21 euros (en ver­sion poche, Vintage Books Edition, 2011, 316 p., avec un nouvel épi­logue trai­tant en par­ti­cu­lier de la loi Dodd-Frank)


Le pou­voir de Wall Street (PDF – 241.8 ko)


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