Le Pentagone des démocrates : la guerre est là mais elle ne se voit pas

Mis en ligne le 12 juin 2010

Manlio Dinucci

Le sou­rire de Barack Obama est plus doux que celui de George W. Bush, mais son bel­li­cisme est plus agres­sif encore. A l’ère des res­tric­tions bud­gé­taires et de la com­mu­ni­ca­tion, la Maison-Blanche a aban­donné les bom­bar­de­ments en prime-time et leur pré­fère l’intervention secrète tous azi­muts. Via leurs actions spé­ciales, les Etats-Unis sont aujourd’hui en guerre dans 75 pays.

La guerre n’est pas que celle qui se voit. En plus des opé­ra­tions mili­taires en Irak et en Afghanistan, le Pentagone conduit une guerre secrète où l’Iran est un des objec­tifs cen­traux. Elle est coor­don­née par le Commandement des opé­ra­tions spé­ciales (UsSoCom), qui dis­pose d’environ 57 000 spé­cia­listes des quatre Armes (Terre, Mer, Air, Marines). Leur mis­sion offi­cielle com­prend : le recueil d’informations sur l’ennemi ; l’action directe pour détruire des objec­tifs, éli­mi­ner ou cap­tu­rer des enne­mis ; la guerre non conven­tion­nelle conduite par des forces externes, entraî­nées et orga­ni­sées par l’Ussocom ; la contre-insur­rec­tion pour aider des gou­ver­ne­ments alliés à répri­mer une rébel­lion ; les opé­ra­tions psy­cho­lo­giques pour influen­cer l’opinion publique étran­gère afin d’appuyer les actions mili­taires états-uniennes. Comme il res­sort d’une enquête du Washington Post, les forces pour les opé­ra­tions spé­ciales sont aujourd’hui déployées dans 75 pays, par rap­port à 60 il y a un an [1]. Leur impor­tance crois­sante est prou­vée par le fait que « les com­man­dants des forces spé­ciales sont aujourd’hui plus pré­sents à la Maison-Blanche que ce qu’ils ne l’étaient à l’époque de Bush ».

L’aire où se concentrent ces opé­ra­tions, dont le finan­ce­ment se monte offi­ciel­le­ment à 10 mil­liards de dol­lars, com­prend le Proche-Orient, l’Asie cen­trale et l’Afrique orien­tale. Il existe cepen­dant « des plans d’attaque pré­ven­tive ou de repré­saille dans de nom­breux endroits du monde, à mettre en œuvre quand on découvre un com­plot ou après une attaque ». L’utilisation des forces pour les opé­ra­tions spé­ciales offre l’ « avan­tage » de ne pas deman­der l’approbation du Congrès et de rester secrète. Ces opé­ra­tions, selon des fonc­tion­naires de l’administration cités par l’agence UPI, « pour­raient ouvrir la voie à des attaques mili­taires contre l’Iran si la confron­ta­tion sur le pro­gramme nucléaire de Téhéran se fait plus aigüe ».

Dans le cadre de la « guerre non-conven­tion­nelle », l’UsSoCom emploie des com­pa­gnies mili­taires pri­vées, comme Xe Services (ex-Blackwater, connue pour ses actions en Irak) qui s’avère employée dans diverses opé­ra­tions spé­ciales parmi les­quelles le recueil d’informations en Iran. Ici l’UsSoCom sou­tient direc­te­ment ou indi­rec­te­ment les groupes rebelles, sur­tout ceux qui sont dans la zone sud-orien­tale à majo­rité sun­nite. Sans trop aller dans la nuance : un de ces groupes, les « Guerriers sacrés du peuple », figure dans la liste des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes rédi­gée par Washington. La même poli­tique est menée en Afghanistan, où les forces pour les opé­ra­tions spé­ciales se servent de sei­gneurs de la guerre locaux. L’un de ceux-ci —rap­porte le New York Times [2]— est Matiullah Khan : avec son armée privée, il combat les insur­gés avec les forces spé­ciales états-uniennes (dont le quar­tier géné­ral est à une cen­taine de mètres de celui de Matiullah Khan) et assure le tran­sit des convois de l’OTAN, qui lui verse un paie­ment de 1.200 dol­lars par camion. Il est ainsi devenu, dans sa pro­vince, le plus puis­sant et le plus riche sei­gneur de la guerre. Grâce à ce que le Pentagone appelle une « guerre non-conven­tion­nelle ».

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