Le Parti Québécois entre la dislocation et le « recentrage »

Par Mis en ligne le 04 février 2010

Depuis plus de qua­rante ans, le PQ a été au centre de la vie poli­tique qué­bé­coise. Aujourd’hui par contre, ce parti semble pressé de toutes parts. La droite natio­na­liste qui consti­tue un camp impor­tant au sein du PQ tire de son côté, soit pour exiger un « recen­trage » du PQ vers la droite, soit pour mena­cer de s’en reti­rer pour former un nou­veau parti « lucide», soit pour se ranger der­rière les « auto­no­mistes » du PLQ et de l’ADQ (du moins, ce qu’il en reste). Du côté de la gauche, la dis­so­cia­tion avec le PQ est pro­fonde, notam­ment dans le mou­ve­ment syn­di­cal. Cette situa­tion peut s’aggraver du fait qu’il existe main­te­nant une alter­na­tive pro­gres­siste au PQ autour de Québec soli­daire.

Premières fractures

Il importe de reve­nir briè­ve­ment en arrière. Au départ, le Québec des années 1960 se met en mou­ve­ment. Des luttes sociales énormes s’activent contre le pou­voir répres­sif d’un régime pourri, celui de Maurice Duplessis. Une partie des élites de l’époque est en rup­ture avec le régime et de ces enga­ge­ments, le Parti Libéral du Québec (PLQ) arrive au pou­voir avec la fameuse « équipe du ton­nerre ». Les ambi­tions de cette « équipe du ton­nerre » sont vastes : appro­fon­dir la révo­lu­tion tran­quille, donc « moder­ni­ser » le sys­tème poli­tique et le « désen­gluer » de l’affreuse « machine » de cor­rup­tion et de népo­tisme qu’avaient mis en place Duplessis et ses asso­ciés, de concert avec la grande bour­geoi­sie anglo-cana­dienne qui domine à l’époque ; ériger des infra­struc­tures « modernes » dans le domaine de l’éducation et de la santé (ter­ri­ble­ment en retard sur le reste du Canada) ; réac­ti­ver l’économie autour de sec­teurs struc­tu­rants, notam­ment l’hydro-électricité ; enfin, réta­blir un dia­logue avec la société, y com­pris avec les mou­ve­ments sociaux, notam­ment le syn­di­ca­lisme.

Mais rapi­de­ment au tour­nant des années 1960, ce projet arrive à une impasse. La fameuse « équipe du ton­nerre » est mise en mino­rité au sein du gou­ver­ne­ment libé­ral. Jean Lesage et d’autres per­son­na­li­tés-clés du gou­ver­ne­ment pensent en effet qu’il faut « mettre la pédale douce » sur les chan­ge­ments et ne pas « effrayer » les élites et la popu­la­tion. Ces frac­tures ont un impact dévas­ta­teur à court terme. Vidé d’une partie de son élan, le gou­ver­ne­ment libé­ral est défait en 1966 par l’Union natio­nale, bien que celle-ci ait obtenu moins de votes que son adver­saire. Une des rai­sons impor­tantes de cette défaite est l’essor d’un petit parti indé­pen­dan­tiste mili­tant, le Rassemblement pour l’indépendance natio­nale (RIN), com­posé sur­tout de jeunes, d’intellectuels, de syn­di­ca­listes, qui estiment que le temps était venu de mettre de l’avant une véri­table alter­na­tive poli­tique et qui vont cher­cher un pour­cen­tage du vote, ce qui enlève des votes au PLQ.

Essor du PQ

La défaite crève-cœur de 1966 pré­ci­pite une autre frac­ture. Pour les réfor­mistes du PLQ en effet, il appa­raît que, pour se déve­lop­per, l’État qué­bé­cois doit affir­mer sa sou­ve­rai­neté, au mini­mum récu­pé­rer une partie impor­tante des pou­voirs de l’État fédé­ral, plus encore et si néces­saire, « faire » un pays, quitte à main­te­nir avec le Canada d’étroits liens poli­tiques et éco­no­miques (c’est ce qui devient sous l’influence de René Lévesque la « sou­ve­rai­neté-asso­cia­tion ». C’est donc au confluent de ces deux pro­jets, conti­nuer et appro­fon­dir la révo­lu­tion tran­quille, et construire un État qué­bé­cois, que le PQ naît fina­le­ment en 1967. De facto, l’utopie de Lévesque est de recréer la « grande coa­li­tion » du début des années 1960, en allant cher­cher une partie des élites, notam­ment celles issues jus­te­ment de la révo­lu­tion tran­quille et avides de ren­for­cer leurs outils de trans­for­ma­tion du pou­voir. Les ancêtres de Québec inc, dont les grands tech­no­crates de l’État comme Jacques Parizeau, veulent en effet ériger au Québec un capi­ta­lisme « moderne», dyna­mique, ce qui sup­pose un État fort, capable d’intervenir (dans la tra­di­tion key­né­sienne) dans l’économie et la société.

Mais la coa­li­tion veut éga­le­ment inclure les classes popu­laires et ouvrières, les couches moyennes (ensei­gnants, fonc­tion­naires, intel­lec­tuels), en attente de grandes trans­for­ma­tions, plus ou moins dans l’optique d’une social-démo­cra­tie rela­ti­ve­ment peu défi­nie, mais asso­ciée à des poli­tiques pour assai­nir le climat social, « civi­li­ser » les rela­tions de tra­vail, et effec­tuer des réformes dans divers domaines comme l’éducation supé­rieure. Jusqu’en 1976 au moment où le PQ est fina­le­ment élu, cette « grande coa­li­tion » réus­sit à tenir le coup. Une gauche sur­tout sociale est plutôt cri­tique, mais elle décide fina­le­ment d’appuyer le PQ, qui met de l’avant des per­son­na­li­tés de gauche comme Robert Burns, Lise Payette, Jacques Couture, etc.

L’épreuve du pouvoir

Assez rapi­de­ment cepen­dant, le gou­ver­ne­ment du PQ se retrouve dans une large mesure aux prises avec les mêmes contra­dic­tions de l’«équipe du ton­nerre ». Il y a effec­ti­ve­ment un consen­sus pour enga­ger de grandes réformes, mais jusqu’où cela peut-il aller ? Les élites qué­bé­coises pro­fitent de cet État pour se fau­fi­ler au sommet d’une partie de l’économie « réel­le­ment exis­tante», donc capi­ta­liste. Elle n’a pas inté­rêt à ce que le nou­veau pou­voir n’aille trop loin à gauche, d’où des tiraille­ments qui mènent à plu­sieurs départs de l’aile gauche. Par ailleurs, le projet de sou­ve­rai­neté est confronté par l’État cana­dien et les élites cana­diennes, qui refusent tout com­pro­mis, avec ou sans l’«association » pro­mise par Lévesque dans l’optique de créer une sorte de pacte Canada-Québec. De cette confron­ta­tion l’État qué­bé­cois et le projet du PQ res­sortent très affai­blis lors de la défaite du réfé­ren­dum de 1980.

Par la suite, pour se main­te­nir au pou­voir, René Lévesque tente un grand virage. Il s’éloigne des grands pro­jets de trans­for­ma­tion sociale, en confron­tant dure­ment le mou­ve­ment syn­di­cal (1982). Il pré­co­nise avec l’État fédé­ral un dia­logue crain­tif, qui mène à une autre défaite impor­tante (le rapa­trie­ment uni­la­té­ral de la consti­tu­tion sans l’appui du Québec). Lorsque les conser­va­teurs fédé­raux de Brian Mulroney gagnent les élec­tions (1985), le PQ s’engage dans la poli­tique dite du « beau risque», en remi­sant le projet de sou­ve­rai­neté pour négo­cier avec Mulroney une auto­no­mie élar­gie pour le Québec.

Devant cette évo­lu­tion, la base popu­laire du PQ s’effrite. Une partie impor­tante des élec­teurs péquistes désertent le bateau, et le PLQ revient au pou­voir. Dans l’opposition, le PQ post-René Lévesque se déchire. La droite (les « lucides » avant la lettre) s’impose d’abord, puis est ren­ver­sée par une autre confi­gu­ra­tion regrou­pant les tech­no­crates et les sec­teurs popu­laires.

Deuxième échec

On en est là en 1995 à la veille du deuxième réfé­ren­dum. Le PQ dirigé par Jacques Parizeau revient au pou­voir (1994), mais de jus­tesse. Il tente de créer un vaste assem­blage pour tenter le coup pour le coup, encore une fois. Il cherche à ral­lier les « natio­na­listes » mous, déçus de l’échec de Brian Mulroney à décen­tra­li­ser le pou­voir fédé­ral (l’accord dit du Lac Meech) et est « gra­ti­fié » par l’arrivée dans le décor de Lucien Bouchard et de toute une équipe de natio­na­listes mous déçus, et qui a véri­ta­ble­ment le goût du pou­voir. En bon homme d’état qu’il est, Parizeau cherche à se gagner l’appui de la gauche et des mou­ve­ments sociaux, qu’il inclut comme les « par­te­naires » de la sou­ve­rai­neté, et qui voient le projet d’un État indé­pen­dant comme une étape néces­saire dans la lutte pour la jus­tice et la dignité.

Contre la grande coa­li­tion du oui s’érige à nou­veau le camp du non, État et partis fédé­raux (toutes ten­dances confon­dues), grande bour­geoi­sie cana­dienne, classes moyennes anglo-cana­diennes et anglo-qué­bé­coises, sou­te­nus par une immense machine média­tique. La bour­geoi­sie qué­bé­coise, Québec inc, est très ambi­guë. Elle est consciente qu’elle a besoin d’un État qué­bé­cois fort. Mais en même temps, elle sait que dans ce monde « glo­ba­lisé», et dans le contexte de l’intégration de l’économie cana­dienne (et qué­bé­coise) aux Etats-Unis, il est dan­ge­reux de bras­ser la cage. En bref, Québec inc se tient loin de la cause du oui, en dépit des efforts et des espoirs de Parizeau. Devant tout cela, le rap­port de forces est défa­vo­rable. Bien sûr, la défaite du oui est courte, mais c’est une défaite quand même. Parizeau démis­sionne (notam­ment pour ses décla­ra­tions far­fe­lues), et est rem­placé par Lucien Bouchard, qui veut « redres­ser » le PQ.

Entrée et sortie de Lulu

Vaincu mais non rési­gné, Bouchard espère recon­fi­gu­rer l’équation en impo­sant à tout le monde, y com­pris aux mou­ve­ments sociaux, le virage néo­li­bé­ral déjà lar­ge­ment entamé par le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment libé­ral. Sous cou­vert du « défi­cit zéro » et de l’assainissement des finances publiques, il réus­sit à impo­ser aux diverses fac­tions du PQ une nou­velle orien­ta­tion de droite, en fai­sant miroi­ter l’idée d’un nou­veau réfé­ren­dum. Mais la chape de plomb impo­sée par Lulu ne tient pas le coup, ni d’un côté, ni de l’autre.

Pour les élites, l’idée d’un État indé­pen­dant ou semi-indé­pen­dant doit être remis aux oubliettes, peut-être pas défi­ni­ti­ve­ment, mais cer­tai­ne­ment à beau­coup plus tard. La prio­rité est d’«ajuster » l’économie et l’État du Québec aux « réa­li­tés » de la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, avec tout ce que cela com­porte. Pour les classes popu­laires, passée l’émotion de la quasi vic­toire, le « normal » revient à la sur­face, sur­tout lorsque des lea­ders du mou­ve­ment social, comme Françoise David, décident de dire non au virage néo­li­bé­ral. Réélu (avec une mino­rité des voix), Bouchard fait un constat d’échec et démis­sionne avec fracas, lais­sant le PQ dans une pro­fonde para­ly­sie.

De défaite en défaite

Bernard Landry, en bon conti­nua­teur de l’œuvre bou­char­dienne, tente péni­ble­ment, sans le cha­risme et la déma­go­gie, de garder le cap, mais fina­le­ment le PQ est défait lors des élec­tions géné­rales de 2003. Encore une fois, se pro­duit le même phé­no­mène qui conduit à la défaite du PQ dans les années 1980. Ce n’est pas tel­le­ment que le PLQ gagne des votes, c’est plutôt que le PQ en perd, en partie par une grande pro­gres­sion des abs­ten­tion­nistes et une cer­taine éro­sion vers la « bou­tique » de Mario Dumont. Landry parti, le PQ se déchire entre diverses fac­tions très peu défi­nies, ce qui appa­raît comme une pure lutte de pou­voir.

Le PQ est défait une pre­mière fois en 2003. Puis, un navrant épi­sode éclate lorsque le PQ est mené par un aven­tu­rier nommé André Boisclair, d’où la reten­tis­sante défaite (2007), le parti per­dant son rôle d’opposition offi­cielle au profit d’une bande de clowns autour de Mario Dumont, conseillé « en douce » par Lucien Bouchard. Le pire coup est encore à venir cepen­dant : « réin­venté » par Pauline Marois qui espère reve­nir aux ori­gines glo­rieuses, le PQ est de nou­veau défait par le PLQ en 2009, ce qui consacre l’émiettement élec­to­ral, la confu­sion, et le désen­ga­ge­ment d’une grande partie de la popu­la­tion, notam­ment au niveau des couches moyennes et popu­laires, à l’égard du PQ. Maigre conso­la­tion, la baloune de l’ADQ est dégon­flée.

L’impasse

Pauline Marois se retrouve donc aujourd’hui devant un dilemme ter­rible. L’érosion de sa base est un pro­ces­sus pro­fond. Certes dans notre sys­tème poli­tique pro­fon­dé­ment anti-démo­cra­tique, un parti dans l’opposition peut tou­jours espé­rer reve­nir au pou­voir, si ce n’est que par quelques pour­cen­tages de votes. On peut donc espé­rer que le PLQ, après trois man­dats (fait assez rare dans les annales du Québec) ne résiste pas à l’usure du pou­voir. Par contre, il serait assez dan­ge­reux de miser sur ce simple jeu d’alternance.

Le pre­mier sérieux pro­blème qui se pose est la pres­sion qui vient de la droite à l’intérieur du PQ même. Une droite natio­na­liste, qu’on iden­ti­fie à cer­taines per­son­na­li­tés comme Joseph Facal, ne cesse de s’agiter. Dans les cou­loirs et les bureaux d’avocats, on sonde la pos­si­bi­lité de créer un nou­veau parti. La ligne rouge n’est pas encore fran­chie, car l’opération est ris­quée et exi­geante.

L’«occasion »

Il n’est pas cer­tain que les Lucien Bouchard et d’autres du même acabit vou­draient pas mettre en péril leurs juteux contrats à $450 de l’heure avec le gou­ver­ne­ment et les patrons pour se lancer dans une telle aven­ture. Mais on sent que cela leur tente. En effet, il y a comme une « occa­sion » avec l’implosion de l’ADQ. Mais cette « occa­sion » n’est pas une « voie royale ». Certes l’ADQ a implosé à cause de la piètre qua­lité de ses acteurs et de la bouf­fon­ne­rie de ses chefs, mais aussi par le carac­tère extré­miste de son iden­tité et de son dis­cours. Il est en effet bien dif­fi­cile d’arracher de la tête de la majo­rité de la popu­la­tion l’idée que nos acquis sociaux sont quelque chose d’épouvantable qu’il faut abso­lu­ment sup­pri­mer.

Il n’en reste pas moins qu’il peut être ten­tant de penser un parti natio­na­liste « modéré», marqué à droite (mais sans insis­tance), « lucide», avec un pro­gramme cohé­rent pour « remettre le Québec au tra­vail » et dont le nar­ra­tif serait de briser la force du mou­ve­ment syn­di­cal, de jouer sur les peurs iden­ti­taires (pour cibler les immi­grants). À savoir si un tel espace peut se déga­ger rapi­de­ment, cela reste à voir. Il fau­drait que des fac­teurs contin­gents affai­blissent encore plus le PQ (une nou­velle offen­sive fédé­rale, la conti­nua­tion de la crise éco­no­mique, etc.).

Risques et opportunités pour la gauche

À gauche, la grogne est visible. En réa­lité, Pauline Marois, une figure énor­mé­ment plus sym­pa­thique que ses pré­dé­ces­seurs, n’a pas de marge de manœuvre pour « réin­ven­ter » le PQ à gauche, comme l’ont rêvé les Syndicalistes pour un Québec libre (SPQ-L). Dans un sens, elle a raison de penser que cela serait un sui­cide, élec­to­ra­le­ment par­lant, vu l’état des forces et des rap­ports de forces qui sont lar­ge­ment défa­vo­rables aux mou­ve­ments sociaux et aux forces de gauche actuel­le­ment. Elle n’a donc devant elle un choix qui n’en est pas un, soit de recen­trer le parti à droite. Mais le pari pour­rait être impos­sible devant la déter­mi­na­tion des « lucides ».

Il est cer­tain que l’érosion du PQ peut favo­ri­ser, du moins en partie, l’essor de Québec soli­daire. Cependant, il ne faut pas se faire d’illusion. La majo­rité des élec­teurs désen­chan­tés n’ira pas vers la gauche, du moins à court terme. On peut donc pré­voir que les taux d’abstention élevés vont se main­te­nir. On peut pré­voir aussi que, avec la force des médias de plus en plus « ber­lus­co­ni­sés » par Pierre-Karl Péladeau et l’empire Desmarais, la droite lucide draine une partie du vote péquiste, en pro­met­tant n’importe quoi et en s’affichant, vague­ment s’il le faut, sou­ve­rai­niste.

Une « grande coalition » alternative ?

Tout en res­tant réa­listes, il est impor­tant de prendre conscience de l’opportunité qui se pré­sente. Québec soli­daire en fin de compte pour­rait être au centre d’une nou­velle « grande coa­li­tion», d’une part pour aug­men­ter son influence, sur­tout si une partie impor­tante du mou­ve­ment social s’implique acti­ve­ment (c’est ce qui s’est passé récem­ment en Allemagne), d’autre part pour regrou­per tous ceux et celles qui peuvent tra­vailler ensemble contre la droite.

Dans ce contexte, il ne fau­drait pas célé­brer trop naï­ve­ment la lente des­cente du PQ. L’échec de ce parti, voire son éven­tuelle dis­lo­ca­tion, sera dur à absor­ber pour tout le monde, y com­pris pour le mou­ve­ment social. Le résul­tat à court terme au moins sera la conso­li­da­tion de la droite, « ancienne » ou « nou­velle», avec les consé­quences que l’on peut ima­gi­ner : assauts fron­taux contre les droits sociaux chè­re­ment acquis, désyn­di­ca­li­sa­tion, accé­lé­ra­tion de la pri­va­ti­sa­tion en tout ou en partie de l’éducation et de la santé. Il y aura éga­le­ment la reprise sans fin et sous tous les pré­textes d’une cam­pagne contre les immi­grants, par­ti­cu­liè­re­ment les immi­grants « visibles » (Africains, Arabes, etc.), pré­sen­tés comme une « grave menace » contre notre « iden­tité ».

Également, il fau­drait pré­voir une attaque en règle contre la gauche, et sur tous les plans. Déjà dans les médias ber­lus­co­ni­sés, la gauche est ciblée comme un « obs­tacle » à lever, au mieux, comme des « nos­tal­giques » dépas­sés par le temps.

Se préparer

Cette force de la droite doit être vue avec nuances. Nous avons déjà, au Québec et au Canada un gou­ver­ne­ment de droite. Mais à date, leur utopie réac­tion­naire a été entra­vée. Avec un gou­ver­ne­ment mino­ri­taire ou même majo­ri­taire, la droite ne peut pas « restruc­tu­rer » à sa guise. D’une part parce que la résis­tance est forte. D’autre part parce que le ter­rain poli­tique est frag­menté, d’où la pos­si­bi­lité d’un retour de l’opposition cen­triste (à Ottawa) ou social-libé­rale (à Québec).

Dans ces oppo­si­tions, à com­men­cer par le PQ, il y a encore des « rési­dus » de l’ancienne coa­li­tion, « conta­mi­nés», selon la droite, par les « virus » de la social-démo­cra­tie. Certes, le cou­rant social-démo­crate au sein du PQ est bien faible, mais ce parti est encore capable de mener quelques com­bats contre la droite, si ce n’est que pour mieux paraître aux yeux d’une popu­la­tion qui com­mence à être lassée du dis­cours néo­li­bé­ral pur et dur à la « lucide ». Bref, le jeu n’est pas fait. C’est dans ce sens qu’il faut porter atten­tion aux remous poli­tiques actuels. Un « nou­veau » projet de droite pour­rait tenter de se « fau­fi­ler » en se pré­sen­tant comme « moderne», « fac­teur de chan­ge­ment » (cela a été réussi récem­ment en France, en Italie, au Chili et dans d’autres pays capi­ta­listes).

Pour la gauche donc, il faut pré­voir et se pré­pa­rer. Nous avons un projet, qui n’est pas par­fait, mais qui devient plus attrayant et com­pré­hen­sible pour beau­coup de gens qui main­te­nant ont l’opportunité de visua­li­ser cela sous la figure d’Amir Khadir. Nous avons des idées et nous pou­vons les arti­cu­ler mieux. Nous avons des racines pro­fondes. Ici au Québec, nous avons une masse cri­tique de gens qui sont atta­chés aux idéaux de jus­tice sociale, d’une grande partie des baby-boo­mers de la révo­lu­tion tran­quille jusqu’à des masses de jeunes de sen­si­bi­lité alter­mon­dia­liste, éco­lo­giste et fémi­niste d’aujourd’hui.

À l’échelle de notre vaste mou­ve­ment social et poli­tique, nous com­men­çons à penser les ques­tions de poli­tique et de pou­voir, même si, ici et là, il y a encore des hési­ta­tions, des inhi­bi­tions, une cer­taine pudeur (mal placée) en s’engager sur le ter­rain (miné) du poli­tique. Bref nous avons beau­coup d’actifs, mais aussi des pas­sifs que nous par­vien­drons à sur­mon­ter et à dépas­ser, avec un peu de chance, d’imagination et sur­tout de tra­vail

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