Thomas Mulcair et les « amis » israéliens

Le NPD et ses impasses

Par Mis en ligne le 14 février 2012

La « révo­lu­tion » de droite conti­nue à Ottawa. Le bull­do­zer Harper s’entête et pour­suit, notam­ment pour accen­tuer la par­ti­ci­pa­tion cana­dienne à la « guerre sans fin » qui risque de recom­men­cer bien­tôt. En effet, les rumeurs à Washington et à Tel-Aviv font état d’un nou­veau consen­sus sur l’idée d’attaquer l’Iran. En 2007, les géné­raux états-uniens s’étaient oppo­sés à l’aventure, jugeant le plan irréa­liste compte tenu de la capa­cité de l’Iran de se défendre et des déboires mili­taires en Irak et en Afghanistan. Mais main­te­nant l’idée resur­git.

En effet, l’Iran est à nou­veau en crise. Les pays arabes sont divi­sés sur la crise syrienne. La Libye « libé­rée » est en proie aux fac­tions. Le « prin­temps arabe » en Égypte et en Tunisie stagne puisque les anciens pou­voirs sou­te­nus par les États-Unis s’accrochent en se parant du dra­peau du chan­ge­ment sans rien chan­ger. On se dit à Washington, peut-être que le moment est pro­pice pour porter un autre grand coup. En fait, le « rêve » est de faire « écla­ter » des pays comme l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Palestine en autant de mini enti­tés confes­sion­nelles hos­tiles les unes aux autres. Certes, ce projet est d’autant plus pen­sable du fait que les régimes auto­cra­tiques comme ceux de l’Iran ou de la Syrie (comme l’était celui de Saddam Hussein) ont peu à pro­po­ser aux popu­la­tions locales à part plus de répres­sion et plus de pré­da­tion. Est-ce pos­sible ? Est-ce pen­sable ? Est-ce que les réti­cences des mili­taires vont pré­va­loir sur l’appétit de diri­geants va-t-en-guerre ? Il faudra voir.

Mais tout cela nous amène à parler d’un autre sujet : le NPD !

Thomas Mulcair et les « amis » israéliens

Plus la cham­pagne au lea­der­ship du NPD s’étiole, plus le débat s’enlise et fait res­sor­tir l’impasse dans laquelle se retrouve ce parti qu’on qua­li­fie par­fois de gauche. On est au loin des espoirs que cer­tains avaient expri­més en mai der­nier puisque sur la plu­part des ques­tions de fonds, le NPD peine à for­mu­ler une vision alter­na­tive, y com­pris sur des ques­tions très impor­tantes comme la guerre sans fin jus­te­ment. Cela est fla­grant dans le cas de Thomas Mulcair qui pré­tend avoir une lon­gueur d’avance sur les autres can­di­dats à la chef­fe­rie. Mulcair ne s’en cache pas, c’est le meilleur ami d’Israël et cela, l’a-t-il dit, « de manière incon­di­tion­nelle » (Canadian Jewish News, 30 avril 2008). L’occupation des ter­ri­toires pales­ti­niens, la répres­sion sans limite contre la popu­la­tion, les agres­sions mul­tiples contre le Liban et d’autres pays de la région, cela n’est pas l’affaire de Mulcair qui adopte sur tout cela des posi­tions iden­tiques à celles de Harper.

Comme la droite états-unienne et cana­dienne, Mulcair asso­cie toute cri­tique de la conduite de l’État israé­lien à une forme d’antisémitisme (voir à ce sujet l’analyse du réseau « Canadiens pour la jus­tice et la paix au Moyen Orient » de jan­vier 2012). Cette épou­van­table déma­go­gie est tota­le­ment men­son­gère, consi­dé­rant le fait de l’opposition d’une grande partie de la popu­la­tion israé­lienne et de com­mu­nau­tés juives par­tout dans le monde à la poli­tique actuelle de l’État.

Mais Mulcair n’écoute pas ces voix bien sûr. On l’a vu ces der­nières années à Ottawa mener bataille au sein du caucus du NPD pour isoler la dépu­tée Libby Davis, qui avait osé appuyer des cam­pagnes de pres­sion contre ce qu’il appelle la « seule démo­cra­tie au Moyen-Orient ». Dans la même lignée, Mulcair a réussi à bâillon­ner le NPD lors de l’attaque israé­lienne contre Gaza (jan­vier 2009) durant laquelle plus de 1500 civils ont été tués. Lorsque les sol­dats israé­liens ont atta­qué en mai 2010 un bateau rempli d’aide huma­ni­taire qui vou­lait forcer le blocus de Gaza (9 civils tués), Mulcair s’est retrouvé sur la même lon­gueur d’onde que Harper pour condam­ner les « ter­ro­ristes anti-israé­liens ».

Sur la ques­tion pales­ti­nienne, le NPD a tou­jours été fri­leux, y com­pris à l’époque où les partis sio­nistes de « gauche » au pou­voir en Israel se pro­me­naient dans les cor­ri­dors de l’Internationale socia­liste. Depuis, le NPD a cher­ché à esqui­ver les ques­tions, se conten­tant d’appuyer de manière vague et irré­so­lue cer­taines réso­lu­tions de l’ONU, en gros en phase avec les poli­tiques des gou­ver­ne­ments libé­raux qui ont été au pou­voir à Ottawa si long­temps. Mais main­te­nant que la droite cherche à inflé­chir ces poli­tiques, le NPD pour­rait être dans l’eau chaude, sur­tout si Mulcair emporte la course au lea­der­ship.

Face à l’offensive impérialiste

Lors de la crise en Libye l’été der­nier, le NPD s’est rangé der­rière Harper pour applau­dir la par­ti­ci­pa­tion du Canada dans l’opération de l’OTAN, encore là drapée de l’humanitarisme. Pourtant après la débâche en Irak et en Afghanistan, on aurait pu se méfier un peu. Il est vrai que sous Jack Layton, la posi­tion contre la guerre en Afghanistan a été plus ferme. Mais main­te­nant où s’en va-t-on ?

Il était certes légi­time de s’opposer à la dic­ta­ture de Kadhafi, mais fal­lait-il pour autant armer une coa­li­tion bric-à-brac qui depuis n’a démon­tré aucune habi­lité à recons­truire le pays et qui pra­tique allè­gre­ment la tor­ture et les empri­son­ne­ments arbi­traires ? Et pour­quoi, si on est sou­cieux de la pro­tec­tion des droits humains, ne pas s’opposer aux États-Unis et à leurs subor­don­nés de l’OTAN qui conti­nuent de pro­té­ger les dic­ta­tures en Arabie saou­dite, à Bahreïn et dans les autres pétro­mo­nar­chies du Golfe, sans comp­ter l’occupation de la Palestine évi­dem­ment ? Pourquoi tolère-t-on la per­pé­tua­tion du régime mili­taire en Égypte alors que la popu­la­tion demande de vrais chan­ge­ments ?

En réa­lité, la mili­ta­ri­sa­tion actuelle qu’Obama n’a pu ralen­tir, relance la guerre sans fin tout en pré­ten­dant ter­mi­ner des opé­ra­tions comme celle de l’Afghanistan. L’ONU, l’institution qui par défi­ni­tion doit trou­ver des solu­tions est para­ly­sée par les États-Unis. Encore récem­ment, les États-Unis et leurs alliés ont orga­nisé l’intervention en Libye sous le com­man­de­ment de l’OTAN. Mais alors que cette opé­ra­tion était annon­cée pour des fins huma­ni­taires, elle s’est trans­for­mée en une entre­prise pour ren­ver­ser le régime. On ne peut pas être sur­pris dans ce contexte que les pays « émer­gents » comme la Chine, la Russie et le Brésil se soient objec­tés, non pas parce qu’ils « aimaient » Kadhafi (comme l’ont répété les roquets habi­tuels de Quebecor) mais parce qu’ils esti­maient que cet uni­la­té­ra­lisme crée de dan­ge­reux pré­cé­dents. Harper pour sa part res­sort les tirades de Bush : « Dieu est de notre côté », la « civi­li­sa­tion occi­den­tale » doit pré­va­loir sur les « bar­bares », etc. Comment expli­quer le silence assour­dis­sant du NPD sur cela ?

S’il existe encore dans ce parti une aile pro­gres­siste avide de déve­lop­per une alter­na­tive réelle au projet néo­con­ser­va­teur à Ottawa, on aime­rait bien l’entendre.

Une réponse à “Le NPD et ses impasses”

  1. Pierre dit :

    Bien évi­dem­ment, Thomas Mulcair est loin d’être tout le NPD. Les choses sont plus nuan­cées avec Peggy Nash, Brian Topp, Niki Ashton, Paul Dewar, Nathan Cullen…