Le NPD et le Québec

Dans chacune des grandes confrontations avec le Québec autour de la réforme constitutionnelle, le NPD s’est retrouvé dans le camp du gouvernement fédéral. Ainsi sous la direction d’Ed Broadbent, le NPD a appuyé le rapatriement unilatéral de la Constitution par le gouvernement Trudeau et l’adoption d’une nouvelle Constitution qui prive le Québec de son droit de veto sur les modifications constitutionnelles tout en imposant une Charte des Droits pouvant invalider des parties importantes de la Charte de la langue française. Au moment du référendum de 1995, le NPD s’est coalisé avec les autres partis fédéralistes contre la souveraineté, finalement en 2000 lors d’une initiative pour bloquer la souveraineté (la loi dite sur la « Clarté »), les députés du NPD (sauf deux) ont appuyé le gouvernement fédéral libéral.

La « Déclaration de Sherbrooke »

Dans cette histoire à géométrie variable entre le NPD et le Québec, des changements ont été apportés par Jack Layton en 2003. La petite section québécoise du NPD a adopté le texte aujourd’hui connu sous le nom de la Déclaration de Sherbrooke, qui prétend offrir une vision nouvelle pour « permettre au Québec d’embrasser le cadre constitutionnel canadien ». La Déclaration constate que la volonté des Québécois de « bâtir un projet de société solidaire… s’est faite principalement autour de l’État québécois », ce qui amène le NPD à préconiser « le fédéralisme asymétrique » qui pourrait vouloir dire un « droit de retrait avec compensation » sans « conditions ou normes appliquées au Québec sans son consentement » là où le fédéral « intervient dans des champs de juridiction exclusive des provinces ».

Ce « fédéralisme asymétrique » n’est pas une réattribution des pouvoirs, mais un processus permanent de négociation des politiques et programmes entre le Québec, Ottawa et les autres provinces et territoires, négociations qui impliquent que le Québec peut se retrouver seul contre les dix autres gouvernements. Néanmoins, la Déclaration de Sherbrooke représente une certaine ouverture de la part du NPD face aux aspirations et préoccupations du Québec qui explique sans doute la vague orange de 2011. Pour le moment en tout cas, la direction du NPD est convaincue d’être sur la bonne voie. Le projet droitier du gouvernement Harper avec son vernis de social conservatisme laisse une certaine marge de manœuvre à Mulcair qui peut alors prétendre occuper le centre de l’échiquier politique canadien. Ce recentrage est facilité du fait que la pression venant de la gauche et des mouvements sociaux reste très faible au Canada anglais.

Cette réflexion de Richard Fidler a été publiée dans la revue no.9 des NCS, Février 2013