Résumé d'une présentation à venir dans le cadre de l’Université populaire d’été des NCS

Le mouvement populaire contre l’État

Par Mis en ligne le 23 août 2011

Les mou­ve­ments sociaux, « cette nébu­leuse aux contours incer­tains et à la den­sité variable » (A. Melucci) entre­tiennent des rap­ports fort variés à l’État : de la com­plé­men­ta­rité obli­gée et piégée à la confron­ta­tion ouverte en pas­sant par la col­la­bo­ra­tion libre­ment consen­tie et toutes les décli­nai­sons du par­te­na­riat conflic­tuel sans oublier l’indifférence/ignorance et la mise à dis­tance. Il convient d’abord de dis­tin­guer le fait d’être contre tel ou tel gou­ver­ne­ment au pou­voir, contre telle poli­tique, pro­gramme ou loi et le fait d’être contre l’État : l’un n’équivaut pas à l’autre. Il convient aussi d’examiner au mérite cha­cune de ces pos­tures car, n’étant pas tou­jours mutuel­le­ment exclu­sives, elles sont néan­moins por­teuses de pro­jets sociaux et poli­tiques dif­fé­rents.

Par exemple, dans le sec­teur de la santé et des ser­vices sociaux, l’affirmation Nous ne sommes pas du sec­teur public, mais nous sommes d’intérêt public » mainte fois expri­mée par les orga­nismes com­mu­nau­taires dits de « ser­vices » lors des audiences de la Commission Rochon en 1985, demeure d’actualité. Malgré des dérives cer­taines, elle invite à ne pas clas­ser ce com­mu­nau­taire dans le pro­ces­sus de « pri­va­ti­sa­tion » mais plutôt dans un mou­ve­ment d’élargissement de l’espace publique et démo­cra­tique. On pour­rait aussi exa­mi­ner ce que les mou­ve­ments fémi­nistes en par­ti­cu­lier contri­buent à la dyna­mique État-mou­ve­ments sociaux (D. Lamoureux).

Au Canada et au Québec, comme dans la plu­part des pays occi­den­taux (à quelques heu­reuses excep­tions près en Amérique latine) les droites sont au pou­voir : en quoi ces droites sont-elles en train de « refon­der » l’État libé­ral ou ce qui reste de l’État-providence et quels défis alors pour les mou­ve­ments sociaux ? En quoi aussi non seule­ment les régimes de droite mais les idées de droite ont-ils péné­tré les mou­ve­ments sociaux, leurs membres et les popu­la­tions en géné­ral, trans­for­mant les citoyen-ne-s en « sujets néo­li­bé­raux » dociles (Dardot et Laval) ? Comment les mou­ve­ments sociaux peuvent-ils y résis­ter, répli­quer et re-pro­po­ser des alter­na­tives non « pol­luées » par ces idées ? Comment ces mou­ve­ments attestent-ils de l’aspiration à en finir avec le mono­pole du pou­voir éta­tique ? Comment les nou­velles pra­tiques vécues dans plu­sieurs mou­ve­ments peuvent-elles contri­buer à l’invention de nou­velles façons de « vivre ensemble » en exer­çant une vigi­lance constante et exi­geante face à la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, en met­tant de l’avant des formes plus radi­cales de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive et déli­bé­ra­tive et de stra­té­gies d’actions directes non vio­lentes et de déso­béis­sance civile, renou­ve­lant ainsi le rap­port au pou­voir éta­tique et à tous les pou­voirs ?

S’il faut « tout un vil­lage pour édu­quer un enfant » comme dit le pro­verbe afri­cain, il faut une variété de mou­ve­ments sociaux et poli­tiques et une diver­sité de stra­té­gies et de tac­tiques d’action pour tirer une société à gauche. Ceci, contre la « nos­tal­gie des grands récits » (C. St-Hilaire) où « une » classe, « un » mou­ve­ment, « un » groupe, « un » parti pour­rait pré­tendre pos­sé­der seul la clé de cet « autre monde » plus juste, plus soli­daire, plus éga­li­taire, plus éco­lo­gique… plus citoyen.

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