Valleyfield, mémoires et résistances

Le mouvement étudiant et « l’école de Valleyfield »

Les enjeux pour le mouvement populaire

Par Mis en ligne le 23 mars 2020

Historiquement recon­nue comme un des mou­ve­ments de masse les plus impor­tants du Québec[1], la mobi­li­sa­tion citoyenne du prin­temps 2012, qui s’est ter­mi­née par la défaite élec­to­rale du gou­ver­ne­ment libé­ral de Jean Charest, a com­mencé avec la grève du mou­ve­ment étu­diant et elle fut sou­te­nue par dif­fé­rentes autres actions col­lec­tives. La soli­da­rité étu­diante a su conver­tir des reven­di­ca­tions étu­diantes en enjeux socio­po­li­tiques élar­gis, ce qui consti­tue sa plus grande réa­li­sa­tion. Elle est notam­ment inter­ve­nue dans la lutte contre les poli­tiques d’austérité et la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale, afin de fédé­rer d’autres orga­ni­sa­tions de la société civile et inter­pel­ler un nombre impor­tant de citoyennes et de citoyens sur ces enjeux[2].

Le pré­sent article porte sur l’histoire récente de l’Association géné­rale étu­diante du Collège de Valleyfield (AGECoV), la toute pre­mière asso­cia­tion étu­diante à convo­quer ses membres en assem­blée géné­rale à l’hiver 2012 afin de tenir un vote de grève et de faire accep­ter une pro­po­si­tion en faveur d’une grève géné­rale illi­mi­tée[3]. Plus pré­ci­sé­ment, le texte traite de deux idées fortes qui per­mettent de saisir la place occu­pée par l’AGECoV dans l’espace mili­tant du ter­ri­toire de la muni­ci­pa­lité de Salaberry-de-Valleyfield. Première idée, l’AGECoV serait une « école » du mili­tan­tisme : les per­sonnes qui y militent s’engageraient ensuite dans d’autres mou­ve­ments sociaux et orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Deuxièmement, cette asso­cia­tion étu­diante a su déve­lop­per et main­te­nir des liens concrets avec les autres com­po­santes de l’espace mili­tant cam­pi­val­len­sien depuis sa créa­tion malgré le rou­le­ment des per­sonnes membres du comité exé­cu­tif, une carac­té­ris­tique intrin­sèque à ce type d’association.

Deux élé­ments métho­do­lo­giques carac­té­risent cet article. La période rete­nue s’étend de 2001 à 2014 mais nous fai­sons éga­le­ment un retour sur la période de la fon­da­tion de l’association. Enfin, nous avons effec­tué plu­sieurs entre­vues semi-diri­gées afin de recueillir des don­nées per­ti­nentes.

À l’origine de l’AGECV[4]

La fon­da­tion de l’association étu­diante en 1973 s’inscrit dans un contexte socio­his­to­rique plutôt favo­rable aux reven­di­ca­tions sociales tant à l’échelle natio­nale que sur le plan local. À l’échelle locale, trois élé­ments prin­ci­paux carac­té­risent l’esprit mili­tant de cette muni­ci­pa­lité. Celle-ci pos­sède une his­toire ouvrière et syn­di­cale déter­mi­nante, ce qui fait dire à cer­taines et cer­tains que la région pos­sède un « gène syn­di­cal ». Par ailleurs, la région com­prend, à cette époque, un nombre impor­tant de membres actifs dans les ins­tances d’un nou­veau parti poli­tique au pro­gramme social-démo­crate, le Parti qué­bé­cois (PQ). Enfin, contrai­re­ment à la réa­lité qué­bé­coise alors en muta­tion, les familles de la classe ouvrière plutôt que celles de la classe moyenne consti­tuent la majo­rité sta­tis­tique, d’où une conscience de classe forte dans la popu­la­tion.

Issus de ce contexte social par­ti­cu­lier et prin­ci­pa­le­ment rat­ta­chés à la jeu­nesse péquiste, douze étu­diantes et étu­diants et plu­sieurs anciennes et anciens étu­diants mili­tants du cégep de Valleyfield se ren­contrent dans un chalet de la région à l’été 1972 et conçoivent un plan d’action pour l’année sco­laire à venir. Ce plan d’action com­porte une réflexion sur l’importance d’une esca­lade des moyens de pres­sion et pro­pose la créa­tion d’une asso­cia­tion étu­diante. L’une des per­sonnes du groupe rap­porte deux faits mar­quants de l’année sco­laire 1972-1973. La toute pre­mière mobi­li­sa­tion étu­diante avait comme objec­tif prin­ci­pal la prise de contrôle du café étu­diant, car on crai­gnait que la direc­tion ne le trans­forme en salles de cours. Cette mobi­li­sa­tion a impulsé l’organisation de la com­mu­nauté estu­dian­tine.

La lutte pour la recon­nais­sance par la direc­tion du col­lège qui suivra la mise sur pied de l’association étu­diante consti­tue la deuxième mobi­li­sa­tion. Plus de 200 étu­diantes et étu­diants mobi­li­sés se donnent rendez-vous et occupent le bureau de la direc­tion géné­rale pen­dant deux semaines. Elles et ils ne par­ti­ront qu’au moment où un contin­gent poli­cier les sor­tira de force. Les reven­di­ca­tions sociales por­tées par le mou­ve­ment étu­diant étaient, bien sûr, la recon­nais­sance de l’association, mais éga­le­ment le droit des étu­diantes et étu­diants à la repré­sen­ta­tion et à leur auto­no­mie orga­ni­sa­tion­nelle. Peu de temps après cette occu­pa­tion, elles et ils auront gain de cause et l’AGECV sera recon­nue par l’ensemble des ins­tances admi­nis­tra­tives du col­lège. Nouvellement orga­nisé, le mili­tan­tisme étu­diant cam­pi­val­len­sien par­ti­cipe au mou­ve­ment de grève de l’automne 1974. Ce mou­ve­ment réclame le retrait des tests d’aptitude aux études uni­ver­si­taires. Sous la pres­sion étu­diante, le gou­ver­ne­ment les retire. Forte de cette vic­toire, l’AGECoV par­ti­cipe à une nou­velle mobi­li­sa­tion qui vise à abolir les frais de sco­la­rité et à amé­lio­rer le sys­tème des prêts et bourses. Cette fois-ci, l’administration du cégep de Valleyfield, comme celle des autres cégeps en grève, ne cède pas et va deman­der à la police anti­émeute d’intervenir afin de briser la grève.

La grève de 2005

Au début de 2001, le mou­ve­ment étu­diant du Québec se recon­fi­gure. On assiste à la créa­tion, au Collège de Valleyfield, d’une asso­cia­tion étu­diante qui reven­dique l’héritage du syn­di­ca­lisme de combat étu­diant. Nouvelle dans le pay­sage qué­bé­cois, l’Association pour une soli­da­rité syn­di­cale étu­diante (ASSÉ) revient au syn­di­ca­lisme étu­diant comme fon­de­ment de son iden­tité et opte pour une stra­té­gie de confron­ta­tion. Cela répond au besoin criant, selon cer­tains étu­diants et étu­diantes, de se dis­tan­cier des deux fédé­ra­tions exis­tantes, la Fédération étu­diante uni­ver­si­taire du Québec (FEUQ) et la Fédération étu­diante col­lé­giale du Québec (FECQ), ainsi que de leurs dis­cours de concer­ta­tion et de par­te­na­riat avec l’État[5].

À l’échelle locale, l’AGEGoV n’est pas, en 2005, une com­po­sante aussi impor­tante au sein de l’ASSÉ qu’elle ne le sera en 2012. Par contre, le tra­vail mili­tant effec­tué par le comité exé­cu­tif de l’époque sur­prend. Selon plu­sieurs, l’orientation prise par l’association étu­diante de Salaberry-de-Valleyfield et l’inscription de sa mobi­li­sa­tion dans un mili­tan­tisme de lutte sociale n’est pas le fruit du hasard. Même si on constate une plus grande hété­ro­gé­néité des classes sociales sur le ter­ri­toire, les familles d’origine ouvrière sont majo­ri­taires. Cette ori­gine ouvrière favo­rise l’engagement des étu­diantes et des étu­diants, une sorte de repro­duc­tion sociale de l’activité poli­tique des parents. En effet, la région se carac­té­rise par un grand nombre de mili­tantes et mili­tants péquistes ainsi que par la pré­sence du Parti com­mu­niste ouvrier (PCO). Ces élé­ments contri­buent à ce que les étu­diantes et les étu­diants soient plus sen­sibles à la réa­lité des pro­lé­taires et veuillent mili­ter acti­ve­ment contre les inéga­li­tés sociales.

Ainsi, les étu­diantes et étu­diants mili­tants ne s’engagent pas seule­ment dans la cause étu­diante et à l’intérieur de leur cégep. Elles et ils tissent des liens impor­tants avec les syn­di­cats et les orga­nismes com­mu­nau­taires du ter­ri­toire. Elles et ils par­ti­cipent, entre autres, à cer­taines ren­contres de l’intersyndicale COTON 46. Outre leur mili­tan­tisme au sein des ins­tances de leur syn­di­cat étu­diant, cer­taines et cer­tains aident leurs col­lègues de la poly­va­lente de la Baie-Saint-François à débrayer. La reven­di­ca­tion portée par les élèves du secon­daire en grève est la même : s’opposer à la conver­sion en prêts de plu­sieurs mil­liers de dol­lars de bourses. Aux dires de cer­taines per­sonnes alors membres de l’exécutif de l’AGECoV, même si plu­sieurs pen­saient qu’une grève dans une poly­va­lente était inutile, un réel rap­port de force a été créé puisque les ser­vices – auto­bus, café­té­ria – et les salaires du per­son­nel ensei­gnant et de sou­tien devaient être payés afin d’honorer les contrats. Au cours de cette grève, une idéo­lo­gie a orienté l’action de l’association étu­diante. Encore aujourd’hui, l’exécutif s’appuie sur l’idéalisme prag­ma­tique pour mettre en oeuvre ses stra­té­gies d’action. Les mili­tantes et mili­tants de l’AGECoV défi­nissent cette idéo­lo­gie de la manière sui­vante : la capa­cité de remettre en ques­tion tous les dis­cours, même le nôtre et ceux de nos alliés-e-s. Autrement dit, appli­quer un esprit d’analyse poli­tique de façon sys­té­ma­tique, peu importe la vision pri­vi­lé­giée.

La grève de 2012

En 2012, l’AGECoV est la pre­mière asso­cia­tion étu­diante au Québec à convo­quer une assem­blée géné­rale et à faire voter un mandat de grève géné­rale. Comment expli­quer cela ?

D’une part, il y a la conscience de classe des étu­diantes et étu­diants décou­lant des condi­tions de vie de leurs parents et de leur entou­rage. En effet, cer­taines et cer­tains affirment qu’avoir grandi à Salaberry-de-Valleyfield permet d’avoir été immergé très jeune dans la culture ouvrière locale. De ce fait, les jeunes sont rapi­de­ment en contact avec la pau­vreté et ses consé­quences néga­tives sur les tra­jec­toires de vie et sont ainsi sen­si­bi­li­sés aux inéga­li­tés sociales. Cette sen­si­bi­li­sa­tion favo­rise la volonté chez cer­taines et cer­tains de mili­ter afin de trans­for­mer la société. L’AGECoV devient alors une porte d’entrée inté­res­sante au mili­tan­tisme.

D’autre part, le pro­ces­sus de repro­duc­tion du mili­tan­tisme et du par­tage du savoir explique éga­le­ment cette sortie hâtive en grève. La direc­tion de l’association reçoit un coup de main sou­tenu des membres des exé­cu­tifs pré­cé­dents. Dans ce cas précis, il y a trans­fert des com­pé­tences acquises en mobi­li­sa­tion et stra­té­gie d’action. Par exemple, des mili­tantes et mili­tants impli­qués en 2005 dis­pensent des ate­liers de for­ma­tion sur l’éducation et le sys­tème qué­bé­cois, la dégra­da­tion des ser­vices publics, le syn­di­ca­lisme de combat, le natio­na­lisme et le modèle qué­bé­cois de déve­lop­pe­ment. Ces ate­liers visent à conscien­ti­ser les étu­diantes et étu­diants et à aider l’exécutif à mettre en œuvre une stra­té­gie de mobi­li­sa­tion et d’action adap­tée à la réa­lité cam­pi­val­len­sienne, mais qui s’arrime éga­le­ment à celle conçue à l’échelle natio­nale. De plus, l’AGECoV est sou­te­nue par l’ASSÉ, tant au plan maté­riel qu’au plan phy­sique. Durant la grève, l’exécutif de l’association natio­nale a mobi­lisé plu­sieurs per­sonnes qui ont aidé le comité exé­cu­tif local. Par exemple, l’ASSÉ a envoyé un grand nombre de mili­tantes et de mili­tants au Collège de Valleyfield afin de contre­car­rer le désir de l’administration d’ouvrir le cégep malgré un vote de grève.

L’élargissement du mou­ve­ment à d’autres enjeux socio­po­li­tiques permet aux étu­diantes et étu­diants mili­tants de se livrer à une réflexion glo­bale sur l’ensemble des consé­quences du sys­tème capi­ta­liste. « Une recon­fi­gu­ra­tion de la cri­tique sociale a suivi. Centrée au départ sur la cause étu­diante, elle en est venue à élar­gir la base de la contes­ta­tion[6]. » Cette recon­fi­gu­ra­tion permet aux étu­diantes et aux étu­diants d’être conscien­ti­sés par l’analyse de la situa­tion des autres mou­ve­ments sociaux et d’en tenir compte dans leur propre ana­lyse. Le comité exé­cu­tif de l’AGECoV par­ti­cipe de manière sou­te­nue à des alliances avec des orga­nismes com­mu­nau­taires locaux, liens qui ont sub­sisté après la grève. Par exemple, les étu­diantes mili­tantes, influen­cées par leur lien avec les orga­ni­sa­tions de femmes de la région, ont mis sur pied un comité femmes au Collège de Valleyfield. Ce comité a été très actif durant la grève et a orga­nisé, entre autres, un évè­ne­ment auquel plu­sieurs syn­di­cats et orga­nismes com­mu­nau­taires ont par­ti­cipé. Plusieurs mili­tantes et mili­tants d’organismes et de syn­di­cats locaux pré­sents à cet évè­ne­ment ont d’abord été des mili­tantes et mili­tants au cégep. Au cours de cette grève géné­rale illi­mi­tée, les étu­diantes et les étu­diants ont pris conscience qu’un mou­ve­ment social élargi fort peut influen­cer de manière effi­cace les ins­tances déci­sion­nelles gou­ver­ne­men­tales et éco­no­miques.

La mobilisation du printemps 2015

À la suite du prin­temps étu­diant de 2012, la mobi­li­sa­tion a connu, dans plu­sieurs asso­cia­tions locales, un ressac lors de l’élection à la ses­sion d’automne 2012 d’étudiantes et d’étudiants issus de la mou­vance des « carrés verts[7] ». Cependant, ce ressac a été de courte durée et le mili­tan­tisme étu­diant d’allégeance syn­di­cale a repris en force dès 2014. Ce nou­veau souffle s’inscrit dans une cam­pagne natio­nale plus large lancée par l’ASSÉ contre les mesures d’austérité du gou­ver­ne­ment libé­ral de Philippe Couillard. Une nou­velle phase de mili­tan­tisme se construit sur les avan­cées du prin­temps 2012. En effet, l’élargissement du mili­tan­tisme étu­diant à d’autres enjeux socio­po­li­tiques que la cause étu­diante permet de construire une réponse sociale à l’orientation néo­li­bé­rale du gou­ver­ne­ment. C’est ainsi que le « prin­temps 2015 » prend forme avec son col­lec­tif Refusons l’austérité.

Dans ce contexte élargi du mili­tan­tisme étu­diant, l’exécutif de l’AGECoV par­ti­cipe à plu­sieurs actions en col­la­bo­ra­tion avec les autres acteurs de la société civile du ter­ri­toire cam­pi­val­len­sien, notam­ment avec l’intersyndicale COTON 46. D’abord, il y a la cir­cu­la­tion de péti­tions sur les enjeux de l’exploitation des hydro­car­bures et sur les mul­tiples coupes annon­cées par le gou­ver­ne­ment Couillard. Par la suite ont été menées des actions plus fortes, comme l’occupation des bureaux du minis­tère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de la région afin de dénon­cer les pro­jets d’oléoduc Trans Mountain et Énergie-Est. Plus tard, une quin­zaine d’étudiantes et d’étudiants campent sur le ter­rain du col­lège durant plus d’un mois pour dénon­cer les coupes dans le sec­teur public. À ces actions se mêle une cam­pagne d’appui aux pro­fes­seur-e-s du cégep pour la négo­cia­tion de leur conven­tion col­lec­tive. L’appui des étu­diantes et des étu­diants ira jusqu’à voter une pro­po­si­tion de déclen­che­ment d’une grève en cas d’adoption par le gou­ver­ne­ment d’une loi spé­ciale. Sur fond de grève sociale illi­mi­tée, en col­la­bo­ra­tion avec COTON 46, l’AGECoV mobi­lise les étu­diantes et étu­diants et par­ti­cipe à grand un ras­sem­ble­ment régio­nal de plus de 1000 per­sonnes, orga­nisé pour dénon­cer l’austérité libé­rale.

Ressac et reprise

Parce que cette période mili­tante offre des gains minimes, la période sui­vante (2015-2019) consti­tue un creux durant lequel les efforts de l’AGECoV sont plutôt déployés à tra­vers des reven­di­ca­tions « internes » au col­lège. De plus, l’association prend une orien­ta­tion dans le sens d’une pro­fes­sion­na­li­sa­tion.

Dès le début de l’année sco­laire 2018-2019, l’association étu­diante réins­crit son action poli­tique dans le champ des luttes élar­gies. Poussée par l’urgence cli­ma­tique et la néces­sité de penser la tran­si­tion cli­ma­tique, l’association effec­tue un impor­tant tra­vail de mobi­li­sa­tion. Ce tra­vail culmine avec l’adoption d’une jour­née de grève afin que l’ensemble de la com­mu­nauté estu­dian­tine puisse aller mani­fes­ter. Cette période d’urgence cli­ma­tique sera-t-elle l’occasion d’une nou­velle phase de la soli­da­rité syn­di­cale étu­diante ?

Pour ne pas conclure

Revenons briè­ve­ment sur quelques carac­té­ris­tiques fon­da­men­tales du mou­ve­ment étu­diant de Salaberry-de-Valleyfield. D’abord, ce mou­ve­ment étu­diant s’inscrit dans un espace mili­tant construit autour de l’origine ouvrière de la muni­ci­pa­lité. En effet, l’articulation entre luttes étu­diantes et enjeux socio­po­li­tiques rend pos­sibles sur ce ter­ri­toire régio­nal des alliances fortes et effi­caces de mou­ve­ments sociaux (orga­nismes com­mu­nau­taires, syn­di­cats et asso­cia­tion étu­diante), ce qui permet d’obtenir des gains tant à l’échelle natio­nale qu’à l’échelle locale. C’est de là que vient l’expression « l’école de Valleyfield », une expres­sion vali­dée par les mili­tantes et mili­tants étu­diants, anciens et actuels, dont plu­sieurs sont impli­qués au sein de dif­fé­rentes ins­tances syn­di­cales ou regrou­pe­ments com­mu­nau­taires de la région.

Laissons la parole à deux d’entre eux.

« L’école de Valleyfield » : cette expres­sion repré­sente bien ce que je retiens de mon pas­sage à l’AGECoV, un lieu où on apprend énor­mé­ment, entouré de mili­tantes et mili­tants très réflé­chis. Valleyfield est une ville éton­nam­ment poli­ti­sée, où plu­sieurs ont com­mencé leur vie mili­tante, sur­tout pen­dant leur pas­sage au cégep. L’« école de Valleyfield », c’est un peu l’école de la vie mili­tante et poli­tique, mais ça repré­sente aussi, pour moi, un lieu de ren­contres extra­or­di­naire où peuvent se nouer des ami­tiés et des soli­da­ri­tés très fortes.

Il y a pro­ba­ble­ment un lien à faire avec le fait que la ville héberge un cégep des plus « prolo ». Les per­sonnes les plus tou­chées par les vio­lences capi­ta­listes sont néces­sai­re­ment les plus prag­ma­tiques face à elles : il s’agit moins d’un radi­ca­lisme sys­té­mique ou d’une culture de gauche que d’une pos­si­bi­lité de mobi­li­sa­tion accrue par des condi­tions objec­tives indé­niables de pré­ca­rité.

Trycia Lanthier et Jonathan Scott, res­pec­ti­ve­ment per­ma­nente socio­po­li­tique à l’AGECoV et pro­fes­seur de socio­lo­gie au Collège de Valleyfield


  1. Pierre-André Tremblay, Michel Roche et Sabrina Tremblay (dir.), Le prin­temps qué­bé­cois. Le mou­ve­ment étu­diant de 2012, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2015.
  2. Jean-Marc Fontan, « D’un prin­temps à l’autre », dans Le prin­temps qué­bé­cois. Le mou­ve­ment étu­diant de 2012, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2015, p. 35-56.
  3. Arnaud Theurillat-Cloutier, Printemps de force, Montréal, Lux, 2017.
  4. Avant les années 2000, l’acronyme s’écrivait sans « o ».
  5. Maxim Fortin, « Syndicalisme et mou­ve­ment étu­diant : le rôle des orga­ni­sa­tions de tra­vailleurs pen­dant le Printemps érable », dans James D. Thwaites (dir.), Travail et syn­di­ca­lisme. Origine, évo­lu­tion et défis d’une action sociale, 4e éd., Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2014, p. 616-626.
  6. Fontan, op. cit., p. 52.
  7. Les carrés verts, ainsi nommés, étaient ceux et celles qui s’opposaient à la grève menée par les carrés rouges.

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