Droits de scolarité

Le mouvement étudiant a raison

Par Mis en ligne le 25 février 2012

Les étu­diantes et les étu­diants du Québec relancent, par une grève que le gou­ver­ne­ment fait tout pour casser, le débat sur la hausse des droits de sco­la­rité. Ils ont raison, et cette ques­tion ne concerne pas uni­que­ment les étu­diantes et les étu­diants uni­ver­si­taires, actuels ou futurs. Il s’agit en fait d’un authen­tique choix de société, qui dans d’autres pays a conduit à la gra­tuité com­plète des études supé­rieures : ces der­nières ne doivent pas être consi­dé­rées comme un luxe réservé à une élite, mais bien comme un par­cours normal, et de plus en plus fré­quenté, vers le marché du tra­vail. Dans ce contexte, l’accès aux études supé­rieures devrait être un droit pur et simple.

On aurait tort de réduire la ques­tion des droits de sco­la­rité à un bras de fer vague­ment cor­po­ra­tiste entre le mou­ve­ment étu­diant et le gou­ver­ne­ment. La place de l’enseignement supé­rieur dans les socié­tés modernes est appe­lée à gran­dir. Évolution tech­no­lo­gique oblige : la durée moyenne des études s’allonge avant que l’être humain ne devienne « pro­duc­tif ». Nécessité est ainsi faite à davan­tage de jeunes d’étudier de plus en plus long­temps avant d’entrer sur le marché du travail.

Comme société, ne devrions-nous pas avoir le réflexe de les sou­te­nir ? Une pro­por­tion crois­sante de la popu­la­tion jeune est aux études et le phé­no­mène va s’amplifier. On parle ici d’un véri­table bou­le­ver­se­ment, qui devrait nous conduire à revoir le statut social des étu­diantes et des étu­diants, ainsi que l’ensemble de leur condi­tion finan­cière. Il fau­drait davan­tage de rési­dences, de véri­tables tarifs réduits en matière de trans­ports en commun ou d’accès à la culture. Et, pour­quoi pas, un salaire étudiant ?

Au lieu de bras­ser ce genre idées, le gou­ver­ne­ment nous pro­pose le réflexe mer­can­tile. Les jeunes doivent étu­dier plus long­temps ? Parfait ! Il y a là une clien­tèle cap­tive dont il fau­drait mieux pro­fi­ter. Qu’ils s’endettent ! Peu importe que cela écorche au pas­sage la mixité socio-éco­no­mique des facul­tés contin­gen­tées, une carac­té­ris­tique de l’université qué­bé­coise dont nous devrions pour­tant être fiers. La logique mar­chande der­rière cette approche ne fait aucun doute. Une page de publi­cité payée dans les jour­naux à l’appui d’une hausse des droits par… la Chambre de com­merce de Montréal (!) en témoi­gnait il y a quelques mois.
Un véri­table débat de société

C’est pour­tant un véri­table débat de société qui devrait être refait autour de cette ques­tion. Le forum orga­nisé par la ministre Beauchamp, il y a un an, posait comme incon­tour­nable la hausse des droits de sco­la­rité. L’exercice tenait davan­tage de la parade poli­tique que d’un authen­tique forum social, où cir­culent des argu­ments fondés devant des déci­deurs ouverts à la réflexion.

Quand on parle de droits de sco­la­rité, les échanges sont sou­vent pol­lués par des argu­ments sim­plistes, voire men­son­gers. On com­pare la fré­quen­ta­tion à l’enseignement supé­rieur au Québec à celle des autres pro­vinces cana­diennes… en oubliant les cégeps, qui nous per­mettent de faire mieux de 9 % que nos voi­sins à cet égard ! On oublie soi­gneu­se­ment de men­tion­ner l’étendue actuelle du registre socio-éco­no­mique des effec­tifs étu­diants, beau­coup plus éten­due chez nous à cause des frais de sco­la­rité bas. On parle de rame­ner les droits à la hau­teur de ceux des années soixante, en oubliant que les frais affé­rents n’existaient pra­ti­que­ment pas à cette époque, en omet­tant de dire que la contri­bu­tion à l’assiette fis­cale par les entre­prises pri­vées (qui pro­fitent direc­te­ment de la qua­lité de notre sys­tème d’éducation en embau­chant des diplô­més fins prêts pour le tra­vail) était à l’époque consi­dé­ra­ble­ment plus élevée qu’aujourd’hui.

Mais sur­tout, les tenants d’une hausse des droits reviennent sys­té­ma­ti­que­ment sur l’obligation natu­relle, pour les étu­diantes et les étu­diants, de contri­buer finan­ciè­re­ment à une for­ma­tion dont ils seront après tout les prin­ci­paux bénéficiaires.

Ce rai­son­ne­ment est per­ni­cieux, parce que le véri­table débat n’est pas seule­ment celui du « qui », il est aussi celui du « quand » et du « com­ment ». Qu’on fasse payer celles et ceux qui choi­sissent d’étudier plus long­temps, soit. Mais en ins­tau­rant une fis­ca­lité plus équi­table : méde­cins, avo­cats et autres ingé­nieurs paie­ront pour leurs études par la voie des impôts, lorsqu’ils seront actifs sur le marché du travail.

On n’aura pas, de cette manière, fermé la porte des uni­ver­si­tés à celles et à ceux qui n’ont pas les moyens… de s’endetter tout de suite par-dessus la tête.

Jean Trudelle
Président
Fédération natio­nale des ensei­gnantes et des ensei­gnants du Québec (FNEEQ-CSN)

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