Le méga projet de Ray-Mont Logistiques : un enjeu montréalais

Dans Hochelaga-Maisonneuve, les travaux de réhabilitation nécessaires à l’implantation du projet de plateforme intermodale de Ray-Mont Logistiques vont bon train. Cette semaine, l’asphaltage d’une partie du site a débuté, provoquant d’importantes nuisances sonores et des odeurs nauséabondes dans les rues avoisinantes.
Des mesures de bruits effectuées par des citoyens le 5 octobre indiquent des niveaux supérieurs à 55 décibels, alors que la norme autorisée pour ces travaux est de 50 dB. Les résidents dont les maisons sont situées à une centaine de mètres de la zone de travaux s’inquiètent qu’il s’agisse là d’un avant-goût des nuisances que provoquera la plateforme lorsqu’elle sera en service. Rappelons que le projet de Ray-Mont Logistiques prévoit des opérations 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 1000 déplacements de camion par jour ainsi que le transbordement de 100 wagons, de même que l’entreposage de 10 000 conteneurs. Il a été qualifié de « catastrophe » pour les résidents par le p.-d.g. de l’entreprise lui-même, Charles Raymond, lors d’une rencontre avec les citoyens du quartier.
Au printemps dernier, le regroupement citoyen Mobilisation 6600 Parc-nature MHM a interpellé le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, pour qu’il soumette le projet de Ray-Mont Logistiques à une étude d’impact menant à un BAPE. La réponse du ministre : nous ne pouvons nous y engager puisqu’aucun projet global n’a été soumis au ministère par l’entreprise. Depuis, même si une pétition rassemblant plus de 8000 signatures a été déposée par le député Alexandre Leduc à l’Assemblée nationale et que tous les partis d’opposition ont appuyé une demande pour que la commission des transports et de l’environnement ait comme mandat d’étudier la question, la réponse est demeurée la même : nous devons attendre le dépôt d’un projet par l’entreprise.
Pendant que le ministre attend, l’entreprise, elle, poursuit ses travaux. Ayant obtenu du ministère les certificats d’autorisation nécessaires pour la réhabilitation du site, l’asphaltage et la pose de rails, on se demande bien ce qui manquera au site pour être opérationnel une fois cette « réhabilitation » terminée. Les modifications à la Loi sur la qualité de l’environnement de 2018 permettent maintenant le fractionnement des demandes de permis. Utilisées de manière judicieuse par les entreprises, les demandes de permis à la pièce peuvent se transformer en stratégie du « fact on the ground », plaçant le ministre (et les citoyens !) devant le fait accompli : comment peut-on espérer l’arrêt ou la limitation d’un projet industriel si des millions ont été investis et que celui-ci est déjà bien ancré sur le terrain ?
Pas de projet ?
N’en déplaise au ministre, le projet de Ray-Mont Logistiques est bien connu. Il a été présenté aux citoyens par le p.-d.g. de l’entreprise à de nombreuses reprises. Des plans du futur site, indiquant les nuisances environnementales attendues (bruits et vibrations sonores, nuisance visuelle, pollution lumineuse, nuisance atmosphérique, îlot de chaleur, parasites et vermines), ont été déposés par l’entreprise à l’Instance de concertation mise en place par la Ville. Des scénarios de mitigation (bien pauvres, selon les citoyens) ont aussi été présentés à l’Instance. Il est clair que les enjeux environnementaux soulevés par le projet de Ray-Mont Logistiques sont majeurs et que les préoccupations du public sont immenses. La mobilisation citoyenne ne cesse de grandir, multipliant les manifestations et les actions symboliques, réitérant le manque total d’acceptabilité sociale du projet.
La balle est dans le camp du ministre. Tout indique que le promoteur veut mettre le gouvernement au pied du mur. En maintenant sa posture d’attente, le ministre abdique à ses responsabilités de protéger le droit à un environnement sain des habitants de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.