Le libéralisme contre l’émancipation ?

Sur Domenico Losurdo, Contre-histoire du libéralisme, La Découverte, 2013.

Par Mis en ligne le 23 décembre 2013

Philosophe, his­to­rien et mili­tant com­mu­niste, Domenico Losurdo consi­dère que les grands auteurs libé­raux, loin d’être des défen­seurs consé­quents de la liberté indi­vi­duelle, n’ont cessé de jus­ti­fier l’oppression lorsqu’ils se sont pro­non­cés sur les ques­tions poli­tiques de leur temps. La réflexion est sti­mu­lante, mais manque sans doute trop sou­vent de pré­ci­sion.

Dans plu­sieurs de ses ouvrages pré­cé­dents (notam­ment Le révi­sion­nisme en his­toire et Le péché ori­gi­nel du XXe siècle), Domenico Losurdo s’est déjà prêté à une étude d’histoire poli­tique cri­tique des deux pays de la tra­di­tion libé­rale clas­sique, l’Angleterre et les États-Unis. Contre-his­toire du libé­ra­lisme prend pour objet d’étude la tra­di­tion libé­rale elle-même.

Paru ini­tia­le­ment en ita­lien en 2006 sous le titre Controstoria del libe­ra­lismo, l’ouvrage de Domenico Losurdo se posi­tionne à l’encontre « des » his­toires du libé­ra­lisme qui, selon lui, sont « déjà publiées et qui de plus en plus nom­breuses, conti­nuent de paraître » (p. 7). Se pré­sen­tant comme une contre-his­toire, ce livre s’attache cepen­dant moins à réécrire l’histoire du libé­ra­lisme, qu’à poin­ter cer­tains de ses aspects qui ont été géné­ra­le­ment négli­gés.

Cette occul­ta­tion explique, selon l’auteur, que les his­toires du libé­ra­lisme tombent habi­tuel­le­ment dans l’hagiographie. Par hagio­gra­phie il faut tout d’abord entendre une his­toire qui adopte un « registre apo­lo­gé­tique et édi­fiant » (p. 383), et quitte ainsi le ter­rain de l’histoire que l’ouvrage de Losurdo s’attache au contraire à res­sai­sir, afin de pro­duire une démys­ti­fi­ca­tion du libé­ra­lisme.

Losurdo s’attaque à ce qu’il consi­dère comme le mythe généa­lo­gique consti­tu­tif de l’idéologie libé­rale. Cette his­toire hagio­gra­phique, promue et mise en œuvre, selon lui, par les cher­cheurs libé­raux eux-mêmes, ferait notam­ment du libé­ra­lisme, et c’est sur cet aspect qu’il se concentre, une « tra­di­tion de pensée qui place la liberté de l’individu au centre de ses pré­oc­cu­pa­tions » (p. 9), plus pré­ci­sé­ment une tra­di­tion qui défen­drait la pos­si­bi­lité d’une « égale jouis­sance par tout indi­vidu d’une sphère de liberté [i.e. une sphère de liberté privée] garan­tie par la loi » (p. 101, nous sou­li­gnons).

L’auteur pro­pose éga­le­ment une dis­cus­sion, au cours de l’ouvrage, des caté­go­ries conco­mi­tantes ou arti­cu­lées à cette idée qu’utilisent « d’habitude », selon lui, les défen­seurs de ce cou­rant de pensée pour retra­cer l’histoire de l’Occident libé­ral (outre l’idée indi­quée, il s’attaque à la concep­tion de la liberté comme liberté néga­tive, ou encore aux caté­go­ries d’antiétatisme et d’individualisme) (p. 334) mais éga­le­ment des caté­go­ries uti­li­sées dans une inten­tion cri­tique mais qui manquent leur but (notam­ment la caté­go­rie d’« indi­vi­dua­lisme pro­prié­taire » ou « pos­ses­sif »).

La thèse que l’auteur s’attache à défendre, par la mise au jour de ces élé­ments occul­tés du libé­ra­lisme, est que ce der­nier se carac­té­rise par une « dia­lec­tique d’émancipation/désémancipation » (p. 385). Il s’agit pour lui d’interroger le poten­tiel d’émancipation du libé­ra­lisme lui-même. L’enquête menée par Losurdo permet ainsi d’interroger à nou­veaux frais les pro­messes d’émancipation liées au capi­ta­lisme contem­po­rain issu de la guerre froide qui se réclame de cette tra­di­tion de pensée.

Appréhender le libé­ra­lisme dans sa réa­lité concrète

L’auteur refuse de consi­dé­rer le libé­ra­lisme uni­que­ment comme un ensemble d’élaborations concep­tuelles, et de l’étudier seule­ment « dans sa pureté abs­traite » (p. 8). De fait, l’auteur ne pro­duit pas une his­toire des théo­ries libé­rales. Il est néces­saire selon lui, d’analyser le libé­ra­lisme avant tout dans sa « réa­lité concrète », et ce, sous deux pers­pec­tives.

D’une part, l’auteur ana­lyse la manière dont le libé­ra­lisme s’affirme sur le « plan poli­tique concret » (p. 332), c’est-à-dire dans les deux pays qui ont emprunté la « voie du libé­ra­lisme », l’Angleterre et les États-Unis, et ce, de la période allant de la Glorieuse révo­lu­tion au début de la Première Guerre mon­diale.

D’autre part, il se penche sur la manière dont les auteurs des éla­bo­ra­tions concep­tuelles du libé­ra­lisme, qu’il nomme, non sans ironie, les « grands esprits de la tra­di­tion et du pan­théon libé­raux », se sont expri­més sur cer­tains pro­blèmes poli­tiques et sociaux de leur temps et de ces socié­tés dites libé­rales.

L’auteur cite et ana­lyse les déve­lop­pe­ments d’un grand nombre d’entre eux, notam­ment Grotius (ses écrits sont évo­qués dans la mesure où il consacre deux de ses ouvrages à la révolte contre Philippe II et au pays, la Hollande, qui en est issu), Locke, Burke, Smith, Constant, ou encore Tocqueville. Ce fai­sant, on com­prend que l’auteur s’attache à mon­trer ce que leurs éla­bo­ra­tions concep­tuelles, qui touchent notam­ment à leur concep­tion de la liberté, signi­fient « concrè­te­ment ».

C’est sur ce ter­rain de l’histoire que Losurdo va donc prin­ci­pa­le­ment concen­trer ses ana­lyses, car c’est là qu’il est néces­saire, selon lui, de pro­duire un examen cri­tique des his­toires du libé­ra­lisme pro­duites par les défen­seurs de cette tra­di­tion de pensée.

Comme il le pré­cise dans l’article « Avec Gramsci, par-delà Marx et par-delà Gramsci » (Nouvelles fon­da­tions, 3/4, 2007), « éla­bo­rer une pensée et un projet d’émancipation équi­vaut à tracer un bilan his­to­rique des mou­ve­ments d’émancipation qui se sont mani­fes­tés et déve­lop­pés concrè­te­ment ». Il consi­dère suivre, ce fai­sant, « la leçon de Hegel et de Marx ». La ques­tion est pré­ci­sé­ment de savoir, dans l’ouvrage, si l’on peut inclure le libé­ra­lisme dans ces mou­ve­ments. L’auteur ne consacre pas de cha­pitre à une pré­sen­ta­tion de ses adver­saires et n’en cite expli­ci­te­ment que quelques uns.

Il cri­tique par exemple la des­crip­tion de la société anglaise que John Gray, dans son ouvrage Liberalism (Open University Press, Milton Keynes, 1986), pré­sente comme « le para­digme his­to­rique de la civi­li­sa­tion libé­rale » (p. 332).

Il expose les aspects de l’histoire du libé­ra­lisme qui, selon lui, ont été injus­te­ment négli­gés et qui per­mettent de répondre à nou­veaux frais à la ques­tion « qu’est-ce que le libé­ra­lisme ? » : ces aspects, que l’auteur s’attache à révé­ler par une enquête riche et fouillée, touchent prin­ci­pa­le­ment à l’institution de l’esclavage, à la traite des Noirs, à la condi­tion des Noirs non soumis à l’esclavage et donc « théo­ri­que­ment libres » (p. 64), au sort réservé aux peuples colo­niaux (cha­pitre un, deux et sept), aux contraintes impo­sées aux vaga­bonds et aux pauvres notam­ment dans les wor­khouses, au trai­te­ment infligé aux enfants de condi­tion pauvre, aux condi­tions de tra­vail des ouvriers (cha­pitre trois).

Si l’auteur se concentre sur cer­tains grands moments impor­tants ponc­tuant ce mou­ve­ment his­to­rique du libé­ra­lisme, l’organisation de l’ouvrage n’obéit cepen­dant pas stric­te­ment à un ordre chro­no­lo­gique. Il s’agit avant tout de poin­ter ces élé­ments négli­gés, de faire entendre les souf­frances endu­rées par ces popu­la­tions, et ce, tout le long de ces deux siècles de libé­ra­lisme, ainsi que de révé­ler les pro­cé­dés de jus­ti­fi­ca­tion éla­bo­rés par les auteurs libé­raux rela­ti­ve­ment à ces élé­ments – la manière dont Locke a pu légi­ti­mer par exemple le sort réservé aux Indiens, en assi­mi­lant ces der­niers à des « bêtes sau­vages » (p. 35) ; ou encore la manière dont Smith jus­ti­fie l’interdiction des ras­sem­ble­ments ouvriers et de la for­ma­tion de liens de soli­da­rité entre eux (p. 104).

Le carac­tère foi­son­nant de cette Contre-his­toire est propre à donner l’impression au lec­teur que toute la tra­di­tion libé­rale, du moins dans sa dimen­sion « concrète », est enta­chée de ces souf­frances et vio­lences, dont l’exposition sans fard est bien faite pour mar­quer dura­ble­ment l’esprit du lec­teur (il n’est qu’à se réfé­rer à la cou­ver­ture par­ti­cu­liè­re­ment frap­pante, et plus géné­ra­le­ment au goût de l’auteur pour les for­mu­la­tions pro­vo­cantes).

Mettre au jour les clauses d’exclusion de la tra­di­tion libé­rale

L’auteur s’appuie sur ces élé­ments pour révé­ler ce qu’il carac­té­rise comme un « para­doxe » consti­tu­tif de la tra­di­tion libé­rale, et qu’il expose dès le pre­mier cha­pitre de l’ouvrage, pour ensuite donner les moyens d’en rendre compte.

Ce para­doxe se mani­feste dans tout son éclat dans les « trois révo­lu­tions libé­rales » (la révolte des Pays-Bas contre l’absolutisme de Philippe II, consi­dé­rée comme un pré­lude aux deux révo­lu­tions sui­vantes et de ce fait peu étu­diée dans l’ouvrage, la Glorieuse Révolution et la Révolution amé­ri­caine) : à chaque fois, la reven­di­ca­tion de la liberté, la jus­ti­fi­ca­tion de l’esclavagisme et la déci­ma­tion des popu­la­tions qua­li­fiées à l’époque de « bar­bares » sont étroi­te­ment mêlées (p. 38).

L’auteur s’attache à sou­li­gner ce fai­sant l’existence d’un curieux mélange d’émancipation et de « dés­éman­ci­pa­tion » au sein de la tra­di­tion libé­rale elle-même (la Hollande libé­rale s’engage par exemple immé­dia­te­ment dans son expan­sion outre-mer et dans le com­merce des esclaves).

Ce para­doxe, selon Losurdo, s’explique du fait que cette tra­di­tion s’est déve­lop­pée sur la base d’un cer­tain nombre de clauses ou de règles d’exclusion qui lui sont consti­tu­tives : la pleine jouis­sance, non seule­ment des droits civils, mais éga­le­ment de la liberté néga­tive, est le pri­vi­lège d’une petite mino­rité (p. 101).

La « com­mu­nauté des hommes libres » fait l’objet de déli­mi­ta­tions raciales et sociales très strictes : les « peuples colo­niaux » comme les couches les plus pauvres de la com­mu­nauté blanche en sont exclues. Il s’agit de la com­mu­nauté des pro­prié­taires blancs et mâles (p. 112).

Même au sein de cette com­mu­nauté, l’auteur en vient à poin­ter d’autres règles de res­tric­tion, par exemple celle qu’entérine la clause consti­tu­tion­nelle des « trois cin­quièmes » selon laquelle, « pour cal­cu­ler le nombre de sièges reve­nant aux États du Sud, on tient par­tiel­le­ment compte du nombre des esclaves lui-même » (Ibid.) et qui pri­vi­lé­giait de fait les pro­prié­taires d’esclaves.

La caté­go­rie qu’il consi­dère par consé­quent comme la plus adap­tée pour décrire cette his­toire du libé­ra­lisme est celle de « démo­cra­tie qui ne vaut que pour le peuple des sei­gneurs ». Il insiste, dans cette pers­pec­tive, dans le cha­pitre quatre, sur le fait que le « libé­ra­lisme » est introu­vable dans l’Angleterre et les États-Unis du XVIIIe et XIXe siècle, si l’on entend par libé­ra­lisme la défense d’une égale jouis­sance de la liberté par tout indi­vidu et que l’on occulte donc les clauses d’exclusion qui le consti­tuent.

Cette démarche permet à l’auteur de pré­ci­ser ce en quoi consiste cette hagio­gra­phie qu’il entend mettre à mal dans son ouvrage. Il indique que, dans son « sens tech­nique », il s’agit d’un « dis­cours entiè­re­ment centré sur ce qui, pour la com­mu­nauté des hommes libres, est l’espace sacré res­treint » (p. 333), c’est-à-dire un dis­cours qui fait siennes, sans les expo­ser comme telles, les clauses d’exclusion évo­quées.

Le fait que ces clauses soient consti­tu­tives du libé­ra­lisme devient d’autant plus évident lorsque l’on prête atten­tion au fait que la pleine cri­tique et le dépas­se­ment de ces clauses au cours de l’histoire ne furent pas le fait des pro­ta­go­nistes du libé­ra­lisme. Il oppose ainsi, dans le cin­quième cha­pitre, les révo­lu­tions anglaises et amé­ri­caines aux révo­lu­tions en France et à Saint-Domingue, met au jour le rôle du radi­ca­lisme fran­çais ou encore celui du radi­ca­lisme amé­ri­cain ali­menté par le chris­tia­nisme.

Assumer l’héritage du libé­ra­lisme ?

Pourquoi écrire cette contre-his­toire ? Une pre­mière réponse consis­te­rait à affir­mer qu’il s’agit pour l’auteur de révé­ler la dimen­sion idéo­lo­gique des his­toires qu’il entend mettre à mal. L’auteur sou­ligne à cet égard l’importance de cette entre­prise de démys­ti­fi­ca­tion des dis­cours que le libé­ra­lisme pro­duit car « l’idéologie n’est jamais ano­dine » (p. 53).

Il faut croire, selon lui, à son inci­dence sur la « réa­lité concrète » (p. 53), en l’occurrence son inci­dence sur le pro­ces­sus d’émancipation lui-même. Cependant, l’auteur n’en vient pas à consi­dé­rer le libé­ra­lisme uni­que­ment comme un obs­tacle à ce pro­ces­sus.

Losurdo sou­ligne certes prin­ci­pa­le­ment les élé­ments de « dés­éman­ci­pa­tion », de manière à mettre à mal l’histoire « hagio­gra­phique » (on pourra de ce point de vue confron­ter l’ouvrage de Losurdo à celui de Jennifer Pitts, Naissance de la bonne conscience colo­niale.

Les libé­raux fran­çais et bri­tan­niques et la ques­tion impé­riale (1770-1870), Les édi­tions de l’atelier, 2008, qui pro­pose une ana­lyse, si ce n’est plus nuan­cée, du moins plus com­plète, en invo­quant, plus que Losurdo ne le fait, la manière dont des auteurs libé­raux, notam­ment au XVIIIème, ont réflé­chi sur les condi­tions concrètes de l’émancipation).

Mais il entend bien, dans le cha­pitre conclu­sif, « assu­mer l’héritage du libé­ra­lisme ». Pour ce faire, il faut notam­ment prendre au sérieux cette idée de para­doxe consti­tu­tif du libé­ra­lisme, qui consiste bien en une dia­lec­tique d’émancipation/désémancipation : ce para­doxe n’est pas qu’apparent, et ne se dis­sout donc pas par la mise en évi­dence des clauses d’exclusion évo­quées, si fortes que soient ces der­nières.

Elles ne viennent que l’éclairer. Il s’agit donc de mettre au jour ce qui, dans le libé­ra­lisme, doit être conservé, et ce qui doit être sévè­re­ment cri­ti­qué, pour éla­bo­rer une pensée et un projet d’émancipation. C’est dans cette pers­pec­tive que l’auteur s’attache à déga­ger deux formes du libé­ra­lisme, com­pris comme « idéaux-types », dans le cha­pitre huit, entre les­quels les auteurs libé­raux oscil­lent eux-mêmes.

Ils cor­res­pondent tous deux à une cer­taine concep­tion de la liberté : la liberté reven­di­quée par une petite mino­rité, et qui coïn­cide avec l’exercice d’une domi­na­tion par cette mino­rité sur d’autres popu­la­tions (la liberté qui est ini­tia­le­ment celle du sei­gneur sur sa famille, ses biens et ses ser­vi­teurs) ; la liberté qui cor­res­pond à la sup­pres­sion des rap­ports d’oppression dans la société civile (p. 313). Losurdo pri­vi­lé­gie l’exemple d’Adam Smith qui condamne les coa­li­tions ouvrières mais s’exprime par ailleurs en faveur de l’abolition de l’esclavage.

Si sti­mu­lante que soit cette inves­ti­ga­tion, de par les contra­dic­tions et ten­sions qu’elle met au jour, on se deman­dera si elle n’aurait pas gagné à com­plé­ter ses ana­lyses par une étude plus pous­sée des prin­cipes théo­riques du libé­ra­lisme.

La « réa­lité concrète » du libé­ra­lisme révèle en effet de manière frap­pante et per­cu­tante ces contra­dic­tions, mais dit-elle tout du cou­rant de pensée du libé­ra­lisme pris dans sa tota­lité dont cherche à rendre compte l’auteur, c’est-à-dire du libé­ra­lisme y com­pris comme ensemble d’élaborations concep­tuelles ?

On pour­rait par exemple se deman­der si ces contra­dic­tions ne trouvent pas leur source, ne serait-ce qu’à titre de condi­tion de pos­si­bi­lité, dans ces prin­cipes théo­riques eux-mêmes. Cependant, Losurdo ne s’engage pas dans une telle enquête et, à cer­tains égards, on peut se deman­der si le second « idéal-type » de libé­ra­lisme que l’auteur dis­tingue n’est pas celui qu’expriment peu ou prou, tels qu’il les pré­sente, les prin­cipes du libé­ra­lisme dans leur « pureté abs­traite ».

Le libé­ra­lisme qu’il pro­meut, celui qui échappe à l’emprise des clauses d’exclusion révé­lées dans son ouvrage, n’est-il pas celui qu’il décèle dans les prin­cipes théo­riques du libé­ra­lisme eux-mêmes ? En outre, et dans la conti­nuité de cette pre­mière remarque, on se deman­dera si l’articulation entre ces deux niveaux du libé­ra­lisme que l’auteur carac­té­rise comme celui des éla­bo­ra­tions concep­tuelles et celui de sa réa­lité concrète ne gagne­rait pas à être plus expli­ci­tée et affer­mie.

La ques­tion que l’on posera pour conclure sera de ce point de vue la sui­vante : à quel point les élé­ments de dés­éman­ci­pa­tion que sou­ligne l’auteur peuvent-ils être tenus comme rele­vant du libé­ra­lisme lui-même ? Pour le dire autre­ment : un libé­ra­lisme qui se renie autant lui-même dans son appli­ca­tion, dans sa dimen­sion concrète, peut-il encore être tenu pour un « libé­ra­lisme » ? L’argument avancé contre l’ « his­to­ri­cisme vul­gaire » au début de l’ouvrage livre quelques élé­ments de réponse à cette ques­tion. On atten­drait cepen­dant plus de pré­ci­sions métho­do­lo­giques sur ce point.

le 28 novembre 2013

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