Libre-échange canado-européen :

Le gouvernement Marois laissera t-il les fromages québécois sacrifiés au profit du bœuf de l’Ouest ?

Par Mis en ligne le 18 octobre 2013

C’est suite à un com­pro­mis sur les impor­ta­tions de fro­mage euro­péens et les expor­ta­tions de bœuf cana­dien qu’une entente de prin­cipe vient de sur­ve­nir dans les négo­cia­tions de libre-échange entre le Canada et l’Union euro­péenne, annonce t‘on. Le contenu de cette entente, qui n ‘a pas été dévoilé jusqu’ici, est pré­sen­te­ment entre les mains des pro­vinces pour appro­ba­tion. L’alarme est lancée. Le gou­ver­ne­ment Marois lais­sera-t-il le gou­ver­ne­ment Harper sacri­fier les fro­mages qué­bé­cois, un fleu­ron de notre éco­no­mie, au profit du bœuf de l’Ouest ?

Cet accord est l’aboutissement de plus de quatre années de négo­cia­tions, tenues secrè­te­ment, aux­quelles a par­ti­cipé un repré­sen­tant qué­bé­cois, l’ex-premier ministre péquiste Pierre-Marc Johnson nommé par le gou­ver­ne­ment Charest et dont le mandat a été recon­duit par le gou­ver­ne­ment Marois. C’est un déblo­cage sur les ques­tions agri­coles qui l’a rendu pos­sible. Notamment, les impor­ta­tions totales de fro­mages libres de droits de douane au Canada pas­se­raient d’environ 20 000 tonnes à 37 000 tonnes. L’entente a déjà été dénon­cée par la Fédération des pro­duc­teurs de lait du Québec parce que des 17 000 tonnes d’importations sup­plé­men­taires 16 000 tonnes seront des fro­mages fins, un domaine où les Québécois occupent actuel­le­ment 60% du marché.

Que fera main­te­nant le gou­ver­ne­ment Marois ? Le mini­mum est qu’il rende le texte de l’accord public et qu’il engage un large débat dans les meilleurs délais avant que ne sur­vienne sa rati­fi­ca­tion, urgent les alter­mon­dia­listes du Réseau qué­bé­cois sur l’intégration conti­nen­tale. Et j’ajoute : Autrement, il prou­vera défi­ni­ti­ve­ment que la gou­ver­nance sou­ve­rai­niste, qui a servi de fer de lance au Parti qué­bé­cois lors de la der­nière cam­pagne élec­to­rale, n’est qu’un hochet des­tiné à calmer les mili­tants de son aile pro­gres­siste qui rongent de plus en plus leur frein.

On se rap­pelle que, dès le 5 octobre 2012, le ministre des Relations inter­na­tio­nales et du Commerce exté­rieur, Jean-François Lisée avait fait connaitre l’appui sans réserve du nou­veau gou­ver­ne­ment péquiste au libre-échange avec l’Europe. Puis le 31 octobre sui­vant, lors du dis­cours d’ouverture de la ses­sion, la pre­mière ministre Marois a confirmé cet appui de façon non-équi­voque. Elle a pré­cisé que — comme sous le gou­ver­ne­ment Charest — le Québec par­ti­ci­pera en concer­ta­tion avec Ottawa au dérou­le­ment des négo­cia­tions de l’entente canado-euro­péenne. En affi­chant d’entrée de jeu ses cou­leurs, le gou­ver­ne­ment Marois a indi­qué donc qu’il va pour­suivre la liai­son que le PQ entre­tient avec le néo­li­bé­ra­lisme depuis un quart de siècle. Cette der­nière a été amor­cée sous le gou­ver­ne­ment Bouchard puis pour­sui­vie sous le gou­ver­ne­ment Landry.

Paul Cliche,
Montréal, 17 octobre 2013

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