Le gaz de la colère

Par Mis en ligne le 06 octobre 2010

Des cen­taines de citoyennes et citoyens en colère dans une salle trop petite pour les conte­nir tous, une cli­ma­ti­sa­tion défi­ciente, le grand mani­tou des gaz de schiste, André Caillé, qui s’éclipse durant la moitié de l’assemblée sous pré­texte qu’il y a trop de ten­sion dans la salle, des réponses gran­di­lo­quentes et vides à des ques­tions pré­cises et pertinentes…voilà la soirée que je viens de passer à St-Hyacinthe.

Il est minuit et je ne m’endors pas, gal­va­ni­sée par ce que j’ai vu ce soir. Quelque chose de beau s’est passé : une popu­la­tion inquiète, à qui on ne peut plus racon­ter n’importe quoi, a décidé de se lever et de contes­ter haut et fort ses élites éco­no­miques et poli­tiques. On a entendu quelques gros mots. Mais sur­tout on a applaudi à tout rompre Christian Vanasse, zapar­tiste et conseiller muni­ci­pal de St-Jude, qui a demandé : « Puisque le gou­ver­ne­ment du Québec, après deux ans d’études assor­ties d’un mora­toire, a décidé de ne pas per­mettre l’exploration et l’exploitation pétro­lière et gazière dans le St-Laurent, pour­quoi n’autorise-t-il pas un mora­toire sur les gaz de schiste ? Les humains seraient-ils moins impor­tants que les bélu­gas ? »

On a applaudi tout autant la citoyenne qui a demandé com­ment elle ferait pour assu­rer sa maison. Et celui qui était inquiet pour la nappe phréa­tique. Et l’autre qui récla­mait la natio­na­li­sa­tion de l’industrie gazière. Et celle qui disait que l’on devrait com­men­cer par envi­sa­ger des éner­gies alter­na­tives. Les gens étaient infor­més, conscients. Ils n’avaient pas confiance en l’industrie du gaz ni en le gou­ver­ne­ment de Jean Charest. Ils récla­maient un mora­toire et une réflexion appro­fon­die sur la néces­sité-même du gaz de schiste au Québec. Comme ils avaient raison !

Quelque chose m’a frap­pée dans l’assemblée de St-Hyacinthe. On n’a pas vu les figures de proue habi­tuelles, les André Bélisle et Daniel Breton. Les per­sonnes qui sont allées au micro habi­taient la région et crai­gnaient pour leurs mai­sons, leurs terres, leurs vil­lages, leurs routes. Elles ont répété : « Nous sommes des gens ordi­naires et nous avons des ques­tions et des com­men­taires. Nous vou­lons de vraies réponses et pas nous faire endor­mir » Comment un gou­ver­ne­ment pourra-t-il résis­ter à cette marée humaine qui a choisi de se tenir debout ?

C’est vrai­ment la déroute pour l’Association gazière et pétro­lière du Québec. Son mes­sage ne passe pas. Celui de Nathalie Normandeau non plus. Rien ne va plus pour tous ceux et celles-là qui ont choisi de brader le sous-sol du Québec pour satis­faire les inté­rêts de quelques-uns.

Comment ne pas être fière de mon peuple ce soir ? Comment ne pas croire que tout est pos­sible lorsque nous sommes nom­breux et orga­ni­sés ? Cette bataille-là, nous la gagne­rons !

Les commentaires sont fermés.