Le FSM en Palestine

Par Mis en ligne le 25 octobre 2010

Cette semaine dans une dou­zaine de villes pales­ti­niennes a lieu le Forum social sur l’éducation, un embran­che­ment, si on peut dire du FSM. Plusieurs mou­ve­ments sociaux et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales impli­quées sur l’éducation sont au rendez-vous, dont une impor­tante délé­ga­tion de la Fédération natio­nale des ensei­gnants et ensei­gnants du Québec (FNEEQ). Seront aussi pré­sentEs des Québécois et des Québécoises de la CSN, d’Alternatives, des mou­ve­ments étu­diants, de la Coalition pour la paix et la jus­tice en Palestine et bien d’autres.

Rendez-vous international

Les ren­contres où sont atten­dus envi­ron 10 000 per­sonnes seront l’occasion de faire le point sur la vaste gamme de thèmes qui confrontent les mou­ve­ments œuvrant dans une pers­pec­tive alter­mon­dia­liste et anti néo­li­bé­rale. On peut espé­rer notam­ment une cri­tique assez sys­té­ma­tique de la mar­chan­di­sa­tion de l’éducation qui dévaste actuel­le­ment les col­lèges et uni­ver­si­tés au Québec, en France, en Italie, aux États-Unis. Une large part sera faite aux expé­riences d’éducation « alter­na­tives » en Amérique latine (Brésil, Venezuela, Mexique) et en Asie (Inde, Bangladesh, Thaïlande). Les « acteurs prin­ci­paux » que sont les syn­di­cats ensei­gnants, les mou­ve­ments étu­diants, les ONG œuvrant en édu­ca­tion popu­laire seront au pre­mier plan.

Un Forum en Palestine

Ce Forum qui ne porte pas sur la Palestine a cepen­dant lieu en Palestine, ce qui lui donne une impor­tance par­ti­cu­lière. Dans les années 1980, la grande révolte pales­ti­nienne (Intifada) avait expé­ri­menté, avant bien d’autres, les formes de luttes qui ont été depuis adop­tées par le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste : résis­tance civique et de masse non-vio­lente, hori­zon­ta­lité des struc­tures de par­ti­ci­pa­tion popu­laire, émer­gences de nou­veaux sec­teurs sociaux tra­di­tion­nel­le­ment mar­gi­na­li­sés (les femmes, les jeunes, les réfu­giés). Depuis et malgré le main­tien de l’occupation israé­lienne qui prend des formes de plus en plus bru­tales, les Palestiniens sont en mesure de se main­te­nir la tête au-dessus de l’eau essen­tiel­le­ment par la force de ce mou­ve­ment popu­laire qui agit à la fois comme sys­tème de défense, filet de sécu­rité sociale, incu­ba­teur de nou­velles méthodes de résistance.

Convergences

Selon des moda­li­tés diverses, ces mou­ve­ments tra­vaillent avec les grands partis de gauche (le Front popu­laire, le Front démo­cra­tique, le Parti com­mu­niste, l’Initiative natio­nale) pour recons­truire de nou­velles pers­pec­tives. Dans le cadre de la pré­pa­ra­tion du Forum sur l’éducation, plu­sieurs cen­taines de mou­ve­ments se sont mis ensemble et vont réa­li­ser cette semaine des acti­vi­tés à Gaza, Jérusalem, Hébron, Bethléem, Ramallah, Jenin, Naplouse, Haïfa et même à Beyrouth (Liban) où sont situés plu­sieurs cen­taines de mil­liers de réfu­giés palestiniens.

Le défi

Certes, le défi est immense. L’occupation de la Palestine s’est ren­for­cée depuis une dizaine d’années, même si l’État israé­lien, en dépit des offen­sives mili­taires bru­tales, n’a pas été en mesure de conso­li­der sa domi­na­tion. La construc­tion du Mur (appelé en Palestine le mur de l’apartheid) enferme les ter­ri­toires pales­ti­niens en des enclaves déta­chées les uns des autres qui font penser aux ban­tous­tans de l’Afrique du Sud. Plus de 10 000 Palestiniens et Palestiniennes sont déte­nues dans les geôles israé­liennes sans procès ni accu­sa­tion. Une grande partie de la popu­la­tion est dépen­dante de l’aide huma­ni­taire puisque les infra­struc­tures éco­no­miques ont été lar­ge­ment détruites. L’état israé­lien qui parle de « négo­cia­tions » ne cesse de pré­pa­rer de nou­velles agressions.

La Palestine est plus qu’un territoire occupé

Pour l’impérialisme états-unien, le main­tien de la « prison israé­lienne » dans laquelle sont enfer­més 5 mil­lions de per­sonnes est une opé­ra­tion stra­té­gique, des­ti­née à ver­rouiller l’ensemble de la région (le Moyen-Orient). La « guerre sans fin » amor­cée par Bush et conti­nuée par Obama est néces­saire pour éviter la rébel­lion dans toute la région, et plus encore, pour empê­cher les com­pé­ti­teurs éven­tuels (dont la Russie, la Chine et l’Inde) de prendre trop de place dans une région stra­té­gique. Il est donc tout à fait évident que le Forum sur l’éducation appor­tera de nou­veaux éclai­rages sur ces stra­té­gies impé­ria­listes et sur les moyens de les confronter.

L’importance du processus du FSM

Le FSM comme réseau de réseaux est en train de s’enraciner dans le monde arabe, en Palestine, au Liban, en Égypte, au Maroc et ailleurs. Il doit fran­chir une nou­velle étape en Afrique sub­sa­ha­rienne (le pro­chain Forum mon­dial a lieu à Dakar en février 2011). Il com­mence à s’adapter aux condi­tions fort dif­fé­rentes qui confrontent le mou­ve­ment social en Asie. Il garde ses fortes racines en Amérique du Sud, au Québec, en Europe latine et même aux États-Unis. C’est un pro­ces­sus labo­rieux, contra­dic­toire, un peu impré­vi­sible, que plu­sieurs trouvent trop lent ou inco­hé­rent. Mais sur le fond, le Forum reste irrem­pla­çable. Le Forum faci­lite une culture de la conver­gence, ne se sub­sti­tue pas aux mou­ve­ments, ouvre des espaces de dis­cus­sion. C’est une entre­prise de longue haleine, une grande bataille des idées, une « guerre de posi­tion», disait Gramsci en son temps.

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