Le FSE déclare la guerre à l’austérité

Par Mis en ligne le 06 juillet 2010

Confrontés dans chacun de leur pays aux effets de la crise, les alte­reu­ro­péens ont fait de cette ques­tion le cœur du 6e Forum social euro­péen à Istanbul. La mobi­li­sa­tion euro­péenne du 29 sep­tembre promet d’être décisive.

C’est l’une des vertus du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. Même à bout de souffle et affai­bli, comme vient de le démon­trer à l’échelle conti­nen­tale le sixième Forum social euro­péen (FSE) qui s’est achevé ce week-end à Istanbul (Turquie), il s’en sort tou­jours pour prendre les maux néo­li­bé­raux à la racine. Pendant quatre jours, dans une pagaille joyeuse ou exas­pé­rante – selon l’humeur –, des cen­taines de diri­geants et mili­tants syn­di­caux, asso­cia­tifs ou poli­tiques, venus en majo­rité de Grèce, de France, de Belgique, d’Allemagne et d’Europe de l’Est, ont aus­culté la soupe à la gri­mace que, sous cou­vert de « rigueur » ou d’« aus­té­rité », leur servent les gou­ver­ne­ments dans la vais­selle de l’Union euro­péenne et du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI). D’un sémi­naire à l’autre, ils ont copieu­se­ment craché dedans, et ont éla­boré un menu de résis­tances et d’alternatives afin d’échapper aux cures annon­cées et, au fond, chan­ger de régime.

Bataille pour l’hégémonie culturelle

Pour les alters, c’est très net : les impé­ra­tifs et les dik­tats liés à l’aggravation de la « dette publique », au nom de laquelle la plu­part des États s’apprêtent, dans toute l’Europe, à sacri­fier des pans entiers de la pro­tec­tion sociale (retraite, chô­mage, etc.), des garan­ties col­lec­tives et du ser­vice public, doivent donner lieu à une bataille pour l’hégémonie cultu­relle. Pour Élisabeth Gauthier (Espaces Marx), « aux gou­ver­ne­ments, nous devons dire : “Ou vous êtes avec les mar­chés finan­ciers ou vous êtes avec les peuples” ! Si nous sommes capables de retour­ner le débat public sur la dette, on va mar­quer des points. Mais si on en reste à cette pro­blé­ma­tique, on va nous lais­ser nous divi­ser, nous oppo­ser. Et cela fera le lit de la droite et de l’extrême droite. »

Alors que les États cherchent à impo­ser l’austérité à tous pour ras­su­rer les mar­chés, Pierre Khalfa, syn­di­ca­liste SUD, dénonce une « poli­tique non seule­ment injuste, mais qui, en plus, n’a aucune chance de mar­cher » : « Il n’y a, à l’évidence, aucune chance que la Grèce puisse faire passer en trois ans son défi­cit public de 13 à 3 % ! » Membre de la Fondation Nikos-Poulantzas à Athènes, Haris Golemis approuve : « On nous a dési­gnés à la face de l’Europe comme des cochons, des Pigs (pour Portugal, Italie, Grèce, Espagne – NDLR), avec cet acro­nyme raciste inventé par les com­men­taires éco­no­miques, s’insurge-t-il, la voix cassée. À mes yeux, nous devrions nous mettre d’accord pour reven­di­quer ensemble l’abolition du pacte de sta­bi­lité et un mora­toire sur les dettes publiques. »

Rendez-vous le 29 septembre !

Dans ce contexte, l’appel à la mobi­li­sa­tion lancé par la Confédération euro­péenne des syn­di­cats (CES), partie pre­nante de plu­sieurs sémi­naires lors de ce FSE d’Istanbul, tombe, bon gré mal gré (lire aussi notre enca­dré), à pic. « Si par­tout en Europe, au nom de bud­gets mis en faillite à cause de la crise du capi­ta­lisme finan­cier, on taille dans les droits sociaux ou on coupe dans les retraites, il est illu­soire de penser qu’on aura une relance, avance Joël Decaillon, secré­taire géné­ral adjoint de la CES à Istanbul. Nous avons besoin de soli­da­rité. Le 29 sep­tembre, cela peut être et cela doit être le plus grand ras­sem­ble­ment social depuis que l’Union euro­péenne existe. » Au nom du réseau des Attac d’Europe, Aurélie Trouvé, copré­si­dente de l’association en France, appelle le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste à éla­bo­rer des « reven­di­ca­tions com­munes très claires et radi­cales » : « Le 29 sep­tembre est très utile comme point de départ des mobi­li­sa­tions, mais nous devons veiller à l’élargir à tous les mou­ve­ments sociaux, citoyens et éco­lo­gistes. » Ce dimanche, les alter­mon­dia­listes ont quitté Istanbul, lestés de la res­pon­sa­bi­lité poli­tique gigan­tesque qu’ils ont, eux-mêmes, voulu se donner. Un brin haras­sés, inquiets et en colère, mais encore et tou­jours, plus que jamais, épaule contre épaule.

Thomas Lemahieu
Istanbul (Turquie),
envoyé spé­cial de l’Humanité Quotidien

5 Juillet, 2010

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