Le décrochage scolaire : Jean Charest cible les parents

Par Mis en ligne le 19 février 2011

Les sujets de mécon­ten­te­ment envers le pre­mier ministre Jean Charest s’accumulent. Après les gaz de schiste, le finan­ce­ment des partis poli­tiques, les scan­dales dans la construc­tion et les muni­ci­pa­li­tés, voici que M. Charest blâme les parents dans le pro­blème du décro­chage sco­laire. Je ne suis pas parent mais cette sortie du pre­mier ministre m’a fait bondir.

Désigner des boucs émis­saires dans un domaine aussi sen­sible que l’éducation des enfants m’apparaît un pro­cédé des plus mépri­sables.

Certains ont parlé de mal­adresse. Je n’adhère pas à cette inter­pré­ta­tion car M. Charest a fait la même décla­ra­tion à au moins trois reprises : à l’Assemblée natio­nale, devant un ras­sem­ble­ment de gens d’affaires et dans un mes­sage à la radio. La ministre de l’Éducation elle-même, Mme Lyne Beauchamp, a confirmé que c’était bien là le mes­sage de M. Charest. [1]

Il est clair que le rôle des parents dans la réus­site et la per­sé­vé­rance sco­laire de leur enfant est fon­da­men­tal. Une enquête récente (2007) sur les per­cep­tions des jeunes et des parents en regard de l’école [2] com­man­dée par l’ex-Carrefour de lutte au décro­chage sco­laire, devenu le Réseau réus­site Montréal, confirme ce que d’autres études ont démon­tré. Cette enquête révèle que les jeunes se sentent appuyés (à 73 %) par leur famille dans leur che­mi­ne­ment sco­laire. Lorsqu’ils ont de la dif­fi­culté à l’école, ils se tournent prio­ri­tai­re­ment vers leurs parents (52 %) plutôt que vers leurs amis (27 %) et peu vers leurs pro­fes­seurs (7 %). Les parents (90 %), pour leur part, disent encou­ra­ger régu­liè­re­ment leurs enfants dans leurs études. Compte tenu de ce rôle essen­tiel des parents, la chose à faire, c’est les encou­ra­ger à ren­for­cer leurs inter­ven- tions et leur inté­rêt pour les études de leurs enfants, non de les stig­ma­ti­ser.

L’ensemble des études sur le décro­chage indique égale- ment que l’éducation est une valeur qui doit être portée par toute la société. Comme le dit le pro­verbe afri­cain, il faut tout un vil­lage pour édu­quer un enfant. Tous les groupes sociaux, gou­ver­ne­ments, médias, employeurs, syn­di­cats, com­mis­sions sco­laires, direc­tions d’école, pro­fes­seur-es et famille doivent lancer le mes­sage que l’éducation, c’est impor­tant. Or, c’est sur ce point que le bât blesse. Le tableau 1 démontre qu’au Québec, on ne valo­rise pas l’éducation autant qu’ailleurs au Canada : il y a un écart variant entre 13 et 22 % pour les trois cri­tères uti­li­sés (voir tableau 1).

L’ex-ministre de l’Éducation, Mme Courchesne, en sep­tembre 2009, avait pour­tant sou­li­gné au début de son plan de lutte contre le décro­chage, L’École, j’y tiens ! Tous ensemble pour la réus­site sco­laire, deux constats : l’école ne peut plus assu­mer seule la réus­site sco­laire et il y a néces­sité de valo­ri­ser l’éducation. On se serait attendu alors au lan­ce­ment d’une véri­table cam­pagne natio­nale de valo­ri­sa­tion de l’éducation menée sur une longue période ainsi qu’à un réin­ves­tis­se­ment dans l’école publique. Au lieu de cela, on fait des com­pres­sions dans les bud­gets avec la loi 100 et on choi­sit de cibler les parents. Ce choix est non seule­ment cho­quant, il est contre- pro­duc­tif. Il risque de défaire le tra­vail que les divers groupes et inter­ve­nants dans la lutte contre le décro­chage sco­laire ont entre­pris depuis plu­sieurs années dans toutes les régions du Québec, sans parler du drame per­son­nel que vivent les mil­liers de jeunes décro­cheurs et décro­cheuses face à leur avenir.

Tableau 1

Notes

[1] GERVAIS, Lisa-Marie. « Blâmer ou valo­ri­ser ? », Le Devoir, 13 novembre 2010 [2] Réseau réus­site Montréal

* Originalement paru dans le jour­nal du Syndicat des ensei­gnantes et ensei­gnants du Cégep Montmorency

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