Court état du marxisme en France

Le communisme n’est pas une Idée

Par Mis en ligne le 08 septembre 2010

« Le concept de révo­lu­tion, dans la théo­rie mar­xiste, téles­cope tout un cycle de l’histoire, qui englobe l’étape finale du capi­ta­lisme, la période tran­si­toire de la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, et l’étape ini­tiale du socia­lisme.

Au sens strict du terme, c’est un concept his­to­rique, puisqu’il pro­jette cer­taines ten­dances inhé­rentes à la société pré­sente ; et c’est un concept dia­lec­tique, puisqu’il pro­jette en même temps les ten­dances contraires à l’intérieur de la période his­to­rique envi­sa­gée, dans la mesure où ces cou­rants sont inhé­rents à cette période… »Le réexa­men » est donc un élé­ment du concept de révo­lu­tion, une partie inté­grante de son dérou­le­ment interne 1. »

Herbert Marcuse

« Réexamen du concept de révo­lu­tion », 1968

D’un dif­fé­rend l’autre

Les variés « retours de Marx » de ces der­nières années exigent un état des lieux global1 [1]. Mais pour prendre la mesure de ce qu’ils révèlent, mettre en relief leur struc­tu­ra­tion et leur signi­fi­ca­tion d’ensemble, plutôt qu’une des­crip­tion en exté­rio­rité de leurs thé­ma­tiques, je tente ici, évi­dem­ment selon des axes sché­ma­tiques, par­tiels et par­tiaux, de situer les natures, modes opé­ra­toires et impli­ca­tions de leurs usages du réfé­rent « Marx », pour les ques­tion­ner et en tirer quelques ensei­gne­ments.

Il y a presque dix ans, en 2001, S. Kouvélakis effec­tuait le constat sui­vant, une décen­nie après la chute du Mur : « De cet effon­dre­ment simul­tané des orthodoxies/​hérésies découle éga­le­ment l’autre fait frap­pant » qu’est « l’absence de « que­relle signi­fi­ca­tive » au sein de cet espace qui conti­nue à se recon­naître dans la constel­la­tion mar­xiste… comme si les « mille mar­xismes » dont parle André Tosel coexis­taient poli­ment, dans un pay­sage apaisé d’où le besoin de créer du dif­fé­rend semble étran­ge­ment absent » 2. L’idée d’une telle « constel­la­tion » mar­xiste sup­pose la perte d’un prin­cipe d’unité aupa­ra­vant fourni par l’intériorisation au plan théo­rique de la forme-parti, dont simul­ta­né­ment les effets sté­ri­li­sants, passés mais pas encore dépas­sés, sont connus. Ces dif­frac­tions sont encore aujourd’hui les indices d’une décon­nexion géné­rale de la théo­rie et du poli­tique orga­nisé, même si les années 2000 ont modi­fié en partie cette morne apa­thie : bien que timide, le tra­vail du dif­fé­rend sourd à nou­veau, expres­sion indi­recte mais natu­relle de la situa­tion objec­ti­ve­ment tran­si­toire dans laquelle se trouvent aujourd’hui les forces de gauche non acquises à la coges­tion de la misère capi­ta­liste.

Ce « retour à Marx » est pro­fon­dé­ment ambi­va­lent. Il révèle la fin de l’anesthésie social-démo­crate qui sévis­sait depuis la fin des années 1970, mais son écla­te­ment n’augure abso­lu­ment rien de tan­gible quant à ses ave­nirs pos­sibles : les lieux, temps, types et fina­li­tés entre­la­cés de cette nou­velle récep­tion sont très contras­tés. J’interrogerai briè­ve­ment, à titre d’exemple, le nou­veau topos du com­mu­nisme comme « Idée » dans la forme de dé-mar­xi­sa­tion, emblé­ma­tique de cette ambi­va­lence, du com­mu­nisme, qu’il véhi­cule, et qui pour­rait vite deve­nir dom­ma­geable pour le combat même dont il recon­duit pour­tant salu­tai­re­ment la légi­ti­mité 3 – topos uni­fi­ca­teur dont il faut assu­mer qu’on serait bien en peine d’imaginer, s’il était absent, ce que serait le champ d’une pensée radi­cale pos­sé­dant une audience rela­tive dans la sale ambiance du moment.

I. Extensions et natures d’une réfé­rence dif­frac­tée

Lorsque dans la sphère publique la plus média­ti­sée le nom de Marx est invo­qué, c’est pour dire géné­ri­que­ment un monde ébranlé et révélé dans sa sys­té­ma­ti­cité par une crise éco­no­mico-finan­cière majeure. Evocation de Marx comme « grand pen­seur clas­sique du capi­ta­lisme », dont le sym­bole est la pein­ture pro­po­sée il y a peu par J. Attali 4 : retour d’apparence théo­rique, en réa­lité poli­tique, dont la stra­té­gie sous-jacente reste de donner les moyens au capi­ta­lisme de suf­fi­sam­ment se mora­li­ser-régu­ler aux marges pour éviter l’implosion : retour contre-révo­lu­tion­naire par anti­ci­pa­tion. Dans les sphères plus res­treintes, ins­ti­tu­tion­nelle, para-ins­ti­tu­tion­nelle et mili­tante, les réap­pro­pria­tions qui s’opèrent révèlent des ambi­va­lences qui, pour être de nature dif­fé­rente, n’en sont pas moins fortes. Le nom de Marx fait d’abord retour au niveau dis­ci­pli­naire ou inter­dis­ci­pli­naire, dans le cadre d’enseignements, de sémi­naires voire de col­loques : en sciences sociales, de l’anthropologie à la psy­cha­na­lyse en pas­sant par l’histoire, la phi­lo­so­phie, et bien sûr l’économie. Retour à ne pas sur­dé­ter­mi­ner cepen­dant, très mino­ri­taire, et qui s’opère de facto par des biais suf­fi­sam­ment consen­suels pour être légi­times, et suf­fi­sam­ment légi­times pour faire consen­sus : par exemple cer­taines œuvres de Marx ont été au pro­gramme des concours de l’éducation natio­nale. Ainsi dans le champ phi­lo­so­phique ce retour est for­te­ment marqué du sceau de l’intégration poli­tique à l’existant, par exemple via sa réins­crip­tion dans le champ plus vaste d’une héri­tière de la « théo­rie cri­tique » franc­for­toise, la « phi­lo­so­phie sociale » 5 conduite par une nou­velle gauche uni­ver­si­taire plus ou moins liée à un mou­ve­ment social défiant à l’égard des « idéo­lo­gies un peu trop extrêmes » – mais cela posi­ti­ve­ment en lien non exclu­sif à d’autres retours, éga­le­ment contras­tés d’ailleurs, d’hétérodoxes du mar­xisme long­temps mino­rés, comme Sartre.

Ce retour ins­ti­tu­tion­nel, même timide, s’articule à une orga­ni­sa­tion para-ins­ti­tu­tion­nelle restée elle rela­ti­ve­ment stable depuis deux décen­nies, celle de la revue Actuel Marx et de ses congrès inter­na­tio­naux, à laquelle s’articule en ten­sion, résul­tat d’une scis­sion consom­mée en 2005, le sémi­naire « Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre » 6. Les liens avec le PCF et la LCR, et le NPA depuis 2006, ou avec des orga­ni­sa­tions du mou­ve­ment social comme ATTAC, de leurs pro­ta­go­nistes sont à la fois tra­di­tion­nels et souples. Et côté mili­tant cette fois, au sein des­dits partis ou de groupes plus mino­ri­taires ou plus infor­mels, la réfé­rence est de même pré­sente mais oscil­lante. Au-delà des petits groupes à l’intersection des deux champs ci-dessus, ce sont soit des usages cano­niques peu ques­tion­nés, et donc vieillis (Lutte Ouvrière, ou encore « l’aile mar­xiste » – greffe trots­kyste – du PCF La Riposte, dont l’orthodoxie est posi­ti­ve­ment inflé­chie par une atten­tion sou­te­nue aux actuels com­bats d’Amérique latine, en par­ti­cu­lier au Venezuela), des esquisses de refontes à la portée sub­ver­sive assez vir­tuelle (Fondation Gabriel Péri), ou encore, d’une pré­sence rela­ti­ve­ment confi­née, fai­sant par­fois l’objet, entre rené­ga­tion et anti-intel­lec­tua­lisme, d’une hos­ti­lité assu­mée, par exemple dans cer­taines franges du NPA ou du PCF.

Sorte d’écho à la média­ti­sa­tion dépo­li­ti­sante déjà évo­quée au début, l’autre facette majeure de ce « retour » est celui d’une pré­sence spec­trale fina­le­ment peu théo­rique : « Marx » opé­rant comme nom-sym­bole de la « révolte néces­saire » à l’égard d’une situa­tion qui « ne peut plus durer » – mais qui dure quand même. Les tra­vaux et récep­tions de Badiou, Zizek, Rancière, Negri, ou encore Jameson, etc., dans la foulée de leur rela­tive popu­la­ri­sa­tion au cours des années 2000, sont les prismes majeurs de cette spec­tra­li­sa­tion. « Marx » ne rime pas cette fois avec « clas­sique du capi­ta­lisme », mais avec un hori­zon, une ligne-de-monde plus ou moins impli­cite, plus ou moins vel­léi­taire, ou encore plus ou moins spé­cu­la­tive (d’ailleurs dif­frac­tée dans le champ édi­to­rial sous cette forme poin­tilliste), d’interrogation et d’élaboration des crises et conflits. La déno­mi­na­tion majeure de cet hori­zon pen­dant la décen­nie 2000 fut la ques­tion de la « démo­cra­tie », qui depuis peu, à l’image de la confé­rence de Londres en 2009, s’infléchit sur un retour de « l’Idée » du com­mu­nisme 7. Présence para­doxale qui exprime une situa­tion essen­tielle : nous sor­tons enfin de l’autocensure du long hiver post-1968, nous réas­su­mons l’idiome du Manifeste, mais nous savons que, legs du court XXe siècle (1917-1989), les mon­tagnes de débris à net­toyer, d’errances à com­prendre plus avant sont encore devant nous : dans une période de tran­si­tion auto­ri­taire post-néo­li­bé­rale diver­se­ment ter­ro­ri­sante, elles imposent moins pru­dence qu’elles n’induisent réel­le­ment fébri­lité en matière de stra­té­gie révo­lu­tion­naire. L’injonction stra­té­gique est lit­té­ra­le­ment pré­sente, la sortie du nar­cis­sisme de la défaite est à l’œuvre, mais cette lit­té­ra­lité fonc­tionne un peu comme le « concret » des der­nières phi­lo­so­phies bour­geoises de l’entre-deux-guerres, qui lou­chaient vers la gauche sans savoir vrai­ment com­ment s’y enga­ger 8 : un concret bien abs­trait donc, dont la re-maté­ria­li­sa­tion échappe encore et brûle les doigts, son habi­tude étant perdue, ou tout sim­ple­ment, pour la jeune géné­ra­tion, n’ayant jamais encore été expé­ri­men­tée.

Cette réfé­rence à Marx, aussi contras­tée, écla­tée et trans­ver­sale, objec­ti­ve­ment ralen­tie malgré son carac­tère d’ensemble de facto socia­le­ment et cultu­rel­le­ment accep­table soit-elle, com­mence à sus­ci­ter plus de vitu­pé­ra­tions répres­sives, à droite comme dans la droite de la gauche (c’est-à-dire sa partie la plus impor­tante), que d’indifférence mépri­sante comme c’était le cas encore il y a une décen­nie. Un ins­truc­tif indice de cette proto-repo­li­ti­sa­tion est le retour – bien mal­aisé – de l’édition de ses œuvres. La volonté mani­feste et salu­taire de cette re-publi­ci­sa­tion se heurte, dans l’efficace ratio­na­li­sa­tion qu’elle tente d’organiser, à des réti­cences par­tiel­le­ment voi­lées par les iner­ties du champ édi­to­rial 9. Ce qui témoigne à la fois de ce que la force sub­ver­sive atta­chée au nom de « Marx » reste bien pré­sente dans les esprits, mais que sa repo­li­ti­sa­tion en est encore à un stade tel que des heurts publics de ce type peuvent rester majo­ri­tai­re­ment sous-jacents. Mais déjà peut-on dire, même si les prin­cipes de divi­sion entre orthodoxies/​hérésies sont effec­ti­ve­ment deve­nus inopé­rants, que la ques­tion du « révi­sion­nisme » reste, au moins en creux, active à deux titres. D’abord il est dif­fi­cile de ne pas au moins tiquer devant une réfé­rence à Marx qui fait l’impasse sur l’indissolubilité dans son toute son œuvre du projet scien­ti­fique et du projet révo­lu­tion­naire 10. Ensuite, lorsque cette indis­so­lu­bi­lité est assu­mée, elle se tra­duit alors par le fait que toute refonte de « l’hypothèse com­mu­niste » s’accompagne néces­sai­re­ment de celle de son hypo­thèse contra­dic­toire, « l’hypothèse gau­chiste » selon la for­mule de B. Bosteels 11 – l’alternative ne pou­vant évi­dem­ment être énon­cée de façon anhis­to­rique, concen­trant comme telle le pro­blème du rap­port entre le diag­nos­tic du capi­ta­lisme actuel et des mou­ve­ment et forces de résis­tance qui se font jour, et leurs pos­sibles.

II. Le double réfé­rent man­quant

Ces (rela­tifs) retours à Marx sont très exac­te­ment inver­se­ment pro­por­tion­nels à la baisse (rela­tive) d’influence des thèmes et pos­tures alter­mon­dia­listes, et notam­ment celui des « mul­ti­tudes ». « La » « gauche » intel­lec­tuelle et mili­tante, à cheval entre un mou­ve­ment social aux non-para­digmes fis­su­rés et des orga­ni­sa­tions poli­tiques en mal de légi­ti­mité, révèle actuel­le­ment qu’un dépla­ce­ment s’opère de la double décom­po­si­tion de sa théo­rie et de ses appa­reils poli­tico-syn­di­caux d’un autre âge (par leur cen­tra­lisme non démo­cra­tique, leurs iner­ties struc­tu­relles, leur coges­tion, élec­to­ra­liste notam­ment, des dif­fé­rents appa­reils d’Etat, etc.) au croi­se­ment des restes du mou­ve­ment ouvrier et de la social-démo­cra­tie petite-bour­geoise, le propre du der­nier quart ayant été de brouiller la fron­tière entre ces der­niers. Pourtant cer­tains dis­cours de l’antagonisme tra­vail-capi­tal, bien qu’ils soient encore impres­sion­nistes, font retour, accom­pa­gnant une conflic­tua­lité sociale exa­cer­bée en mal de conscience de classe. Le sen­ti­ment d’urgence pousse à inves­tir cet éclec­tisme en termes de refontes poli­tiques, tout par­ti­cu­liè­re­ment chez une jeune géné­ra­tion dont l’activisme et le besoin de cadres théo­riques et mili­tants se dis­tri­bue en des formes gra­duées, allant de l’intégration prag­ma­tique aux struc­tures orga­ni­sées du NPA ou du PCF (dans l’UEC par exemple) à un cer­tain « insur­rec­tion­nisme » néo-blan­quiste stylé – selon la pro­por­tion jugée adé­quate, entre affect et projet, entre le chan­ge­ment de ton et de pos­ture jugé indis­pen­sable à l’égard des habi­tudes sclé­ro­sées prê­tées aux pre­mières, et le rejet éthico-tac­tique de l’avant-gardisme prêté au second.

Au sein d’une société civile échau­dée par le popu­lisme auto­ri­taire du repré­sen­ta­tif pou­voir sar­ko­zyste, la période reste en-deçà d’une re-maté­ria­li­sa­tion effec­tive de ce que le slogan « un autre monde est pos­sible » a naguère véhi­culé, mais tend à rendre visible un vide que, dès lors, elle ins­ti­tue for­mel­le­ment comme champ sus­cep­tible d’appropriation. Mais cela se heurte à des obs­tacles théo­riques et socio-his­to­riques objec­tifs et pro­fonds : si les vocables du « post-capi­ta­lisme », démo­cra­tico-com­mu­nistes en l’espèce, ré-émergent contre le fata­lisme d’une his­toire idéo­lo­gi­que­ment éter­ni­sée sous le joug du capi­tal, ce n’est encore le plus sou­vent qu’en creux que la ques­tion de la maté­ria­lité du « Que faire ? » léni­niste reloa­ded 12 pointe de nou­veau son nez – même si Lénine ou Mao, comme Robespierre d’ailleurs, resur­gissent via Zizek, sur un mode crypto-pop mal­ai­sé­ment maniable au demeu­rant. Notons dès main­te­nant en ce sens que l’un des moyens de se réap­pro­prier qua­li­ta­ti­ve­ment cette maté­ria­lité sera dans l’évidence de faire porter l’effort sur un double inven­taire théo­rique et poli­tique : sur la scien­ti­fi­cité du mar­xisme et cor­ré­la­ti­ve­ment sur le lien orga­nique entre pen­sées et pra­tiques d’appareils. Au-delà du retour à Marx, plus ou moins dépo­li­tisé, lit­té­ral, de pos­ture ou spec­tral, la chose est variable, c’est donc le pas­sage à l’acte au niveau du retour à ses pro­blèmes qui est en stand-by, et c’est d’ailleurs la mino­ra­tion de cette pro­blé­ma­ti­cité qui contri­bue à entre­te­nir la rela­tive (et inégale) sta­ri­sa­tion du cercle des Badiou-Zizek-Rancière-Negri-etc. Mais à cet effet de per­son­na­li­sa­tion et der­rière lui, s’articule natu­rel­le­ment le carac­tère encore très livresque des autres retours à, ou détours par, la géné­ra­tion des maîtres de ces der­niers, en laquelle « Marx » se dif­fracte (Lukács, Gramsci, Althusser, Sartre, Marcuse, jusqu’à Hegel y com­pris) ou dans laquelle il s’est bien sou­vent déjà car­ré­ment dis­sous (Foucault, Deleuze, Castoriadis, etc.), c’est-à-dire dans cette nébu­leuse « anti-tota­li­taire » qui a fini par croire qu’« assu­jet­tis­se­ment » suf­fi­sait pour dire « domi­na­tion », et par oublier que les Conseils d’Administration des ins­ti­tu­tions finan­cières mon­diales ou les Etats d’Urgence ne collent qu’inparfaitement avec l’indéfinie ter­ri­to­ria­li­sa­tion d’un pou­voir défi­ni­ti­ve­ment hori­zon­ta­lisé.

A l’intersection de l’horizon per­son­na­lisé, de ses dif­frac­tions éru­dites, et de ses hési­ta­tions mili­tantes et ins­ti­tu­tion­nelles, la rééla­bo­ra­tion pro­blé­ma­tique en mar­xiste de la réfé­rence « Marx » reste encore la por­tion congrue, malgré quelques impor­tants jalons-bilans 13 déjà pro­duits sans échos orga­ni­sa­tion­nels réels jusqu’à aujourd’hui, et ne se concré­ti­sera que sous béné­fice d’un inven­taire sub­stan­tiel objec­ti­ve­ment néces­sité par une situa­tion sociale en phase cri­tique. La situa­tion actuelle est en effet ouverte et ambi­guë. Sur fond de monde en feu, la France, en sa sin­gu­la­rité mais comme ses voi­sins euro­péens, voit tous ses sec­teurs éco­no­miques en dés­in­té­gra­tion et en révolte crois­santes, à tous les stades la pro­duc­tion, de l’industrie pri­maire aux ser­vices, et de part et d’autre de la fron­tière chaque jour plus abolie du public et du privé, dans les sec­teurs de la culture, de la santé, de l’éducation, de la recherche, de la jus­tice, etc. Mais face à la recon­quête décom­plexée par le capi­tal de sa pleine hégé­mo­nie, contre­car­rée depuis la Deuxième Guerre mon­diale par le com­pro­mis social de la guerre froide, le poids des classes moyennes déclas­sées (petite-bour­geoises) reste déter­mi­nant, sur fond d’une dépo­li­ti­sa­tion ou de révoltes éthico-cor­po­ra­tives qu’elles par­tagent avec les classes popu­laires, qui elles subissent une sur­pro­lé­ta­ri­sa­tion accen­tuée. L’absence tren­te­naire de point de vue de classes, l’inexistence de l’idiome de la lutte des classes depuis une longue géné­ra­tion, expliquent bien logi­que­ment l’absence de cette « conscience de classe » qui per­met­trait aujourd’hui de déga­ger de nettes lignes de frac­ture propres à struc­tu­rer des orga­ni­sa­tions poli­tiques renou­ve­lées. Prédire aujourd’hui si à court ou moyen terme une pro­por­tion suf­fi­sante des popu­la­tions petite-bour­geoises se rap­pro­chera des pro­lé­taires (ou de ceux qui sont rede­ve­nus pro­lé­taires, voire sous-pro­lé­taires) en refu­sant de « négo­cier » et de tran­si­ger plus avant, on le sait depuis Marx, serait une infé­rence des plus hasar­deuses. J’y reviens plus bas.

Autrement dit, à ce jour en 2010, l’état, assez repré­sen­ta­tif de la situa­tion des pays à la pointe du capi­ta­lisme avancé, du mar­xisme fran­çais est le carac­tère de « tota­lité déto­ta­li­sée », de non-orga­ni­cité de la pour­suite de l’écriture du Capital, de « l’Idée », des « masses », et des « forces maté­rielles » ima­gi­nables du faire révo­lu­tion­naire. Dans l’immense majo­rité des cas les récep­tions-retours à Marx ne sont pas des retours de Marx, c’est-à-dire des réap­pro­pria­tions dia­lec­tiques tota­li­sées selon le réfé­rent maté­ria­liste : la société, son esprit objec­tif, et les forces oppo­si­tion­nelles qui s’activent en eux, sont dans un état d’ensemble qui ne le permet encore qu’à la toute marge. Comme les brèches qua­li­ta­tives ouvertes peuvent autant s’élargir que cica­tri­ser, il faut se pré­pa­rer, même à l’improbable disait Lénine, en gar­dant à l’esprit le carac­tère tor­tueux de la société et le fait qu’elle dégage par­fois sans pré­ve­nir cer­taines lignes droites. L’heure est donc à orga­ni­ser cet écla­te­ment, théo­ri­que­ment et poli­ti­que­ment 14.

III. Possibilité réelle d’un reloa­ding Marx et ambi­va­lence du « com­mu­nisme »

Passer d’un retour dif­fracté à Marx à un renou­veau uni­taire de Marx, recon­duire « l’intelligence posi­tive de l’état de choses exis­tant » et du même mou­ve­ment « l’intelligence de sa néga­tion » 15, c’est réaf­fir­mer la stra­té­gie dia­lec­tique inau­gu­rale, cette pra­tique maté­ria­liste assu­mant l’Histoire en affron­tant ses sen­tences que les noms « mar­xisme » et « Marx » ont arrêté de déno­ter depuis trop long­temps. L’abolition des usages éthé­rés de ces der­niers, et le dépas­se­ment des impuis­sances et des révi­sion­nismes induits que ces usages enve­loppent, imposent de les ré-his­to­ri­ci­ser. Les phi­lo­so­phèmes acti­vistes et les idéo­lo­gèmes cri­tico-sco­las­tiques qui se recom­mandent aujourd’hui de ces deux noms sont dans l’ensemble symp­to­ma­tiques d’une situa­tion tran­si­toire de la société dans son ensemble, et il est impen­sable de rester spec­ta­teur passif de cette tran­si­tion. Mais l’organisation de cet écla­te­ment, son uni­fi­ca­tion dans et par la « raison stra­té­gique » à laquelle œuvrait D. Bensaïd, n’adviendra pas d’elle-même de façon mira­cu­leuse, ni ne se décrè­tera.

Immanence mutuelle de la cri­tique de l’économie poli­tique et de l’utopie concrète

Le noyau ration­nel de la stra­té­gie dia­lec­tique ce n’est ni la cri­tique de l’économie poli­tique toute seule, ni le projet révo­lu­tion­naire tout seul, c’est la dyna­mique de leur imma­nence mutuelle : celle-ci est la marque de fabrique his­to­rique du mar­xisme, qui s’est consti­tué contre la consi­dé­ra­tion des fins décon­nec­tée des condi­tions et condi­tion­ne­ments his­to­riques de leur façon­ne­ment, c’est-à-dire entre autres contre l’approche clas­si­que­ment « uto­piste » du « socia­lisme ». Pourtant la spec­tra­lité du com­mu­nisme qui « han­tait l’Europe » en 1848 n’était-elle pas déjà la for­mule la plus claire de l’irréductibilité du pos­sible au réel, comme ce qui est à la fois réel­le­ment pos­sible, et pour­tant seule­ment poten­tiel­le­ment réel ? Les concepts éco­no­miques de Marx ne sont pas seule­ment des­crip­tifs, mais par défi­ni­tion construc­tifs. Ils servent à la com­pré­hen­sion de l’existant comme à l’exploration des pos­sibles indi­qués en lui par les ten­dances et contre-ten­dances à l’œuvre et cette explo­ra­tion même impli­cite des pos­sibles témoigne, à un titre ou un autre, d’un prin­cipe de « trans­cen­dance » imma­nente à l’opération de la cri­tique. L’intention de Marx est claire : consti­tuer une science qui soit l’arme des pro­lé­taires dans leur combat pour l’abolition de la société de classes. Produire le concept de cette inten­tion duale, c’est donc s’instruire de ce que, selon l’Idéologie alle­mande « le com­mu­nisme n’est… ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réa­lité devra se régler ». Pourtant ce « mou­ve­ment réel qui abolit l’état actuel » 16, est aussi un but, une fina­lité : l’association rai­son­nable d’hommes libres dans une société sans classes dans laquelle le libre épa­nouis­se­ment de chacun condi­tion­ne­rait le libre épa­nouis­se­ment de tous, « de chacun selon ses capa­ci­tés, à chacun selon ses besoins ». Le com­mu­nisme est donc à la fois la fin visée, et le pro­ces­sus d’autodestruction du capi­tal, le « mou­ve­ment réel » menant à cette fin : il est le concept pra­tique de la ten­sion entre fins et moyens, entre pros­pec­tive et diag­nos­tic, c’est la ratio­na­lité théo­rique et pra­tique agis­sante de leur imma­nence mutuelle.

L’Idée ou l’extériorisation mutuelle du diag­nos­tic et du pros­pec­tif

Que faire pour que l’idée, deve­nue Idée par la force des choses, rede­vienne cette imma­nence active, s’empare à nou­veau des masses et rede­vienne une force maté­rielle, ne pou­vant jaillir, de sur­croît, que de leur propre expé­rience conti­nuée de l’exploitation et de l’oppression ? Le com­mu­nisme n’est Idée que par défaut : ne plus subir les causes his­to­riques comme les effets théo­riques et poli­tiques de ce refuge, dans l’ensemble diver­se­ment per­sis­tant, dans la phi­lo­so­phie, dépas­ser le destin his­to­rique et qui ne dure que trop, du « mar­xisme occi­den­tal » 17, recons­truire théo­ri­que­ment et pra­ti­que­ment l’unité com­ba­tive de la théo­rie et de la pra­tique : voilà des ques­tions dont les réponses ne se décrè­te­ront pas, mais qui doivent rede­ve­nir incon­tour­nables. Les héri­tiers dudit « mar­xisme occi­den­tal » devront en tous cas ne pas confondre irré­duc­ti­bi­lité méca­nique du super­struc­tu­rel et du pros­pec­tif à l’infrastructurel, et auto­no­mi­sa­tion phi­lo­so­phico-éthico-poli­tique du pre­mier au détri­ment du second. La dis­pa­ri­tion de « l’économie poli­tique » comme pro­cé­dure de vérité et la réins­tau­ra­tion assu­mée de « la phi­lo­so­phie » comme lieu névral­gique de l’exposition et de la syn­thèse des clés de l’historicité et de la praxis éman­ci­pa­trice, chez Badiou, res­tent emblé­ma­tiques de ce risque. Principe de trans­for­ma­tion de l’idée en Idée, du rabat­te­ment du « mou­ve­ment réel » sur l’idéal régu­la­teur, de la réins­ti­tu­tion d’une forme d’extériorité entre diag­nos­tic et pros­pec­tive, la déma­té­ria­li­sa­tion et la dédia­lec­ti­sa­tion rap­pe­lées ci-dessus 18 du réfé­rent Marx sont la source, l’indice et le mode de repro­duc­tion d’une démarxi­sa­tion du com­mu­nisme dont nous devons mesu­rer les enjeux et anti­ci­per les effets pos­sibles au-delà de la situa­tion immé­diate.

IV. Pour une uni­fi­ca­tion

Que la soupe post­mo­derne est doré­na­vant froide

Ce que « Marx » doit vou­loir dire aujourd’hui, pour le dire sim­ple­ment, c’est : reve­nir aux fon­da­men­taux. « L’ordre pro­duc­tif » actuel (E. Mandel), dont il est bien dif­fi­cile de pro­nos­ti­quer l’avenir réces­sif ou expan­sif, n’est plus ni celui de « l’intégration » (réelle ou sup­po­sée, ou sup­po­sée homo­gène) d’une classe ouvrière embour­geoi­sée acquise au Welfare-State, ni celui d’un tra­vail en fin de règne qui lais­se­rait place à l’Empire d’un imma­té­riel auto-valo­ri­sant 19. C’est celui d’une dés­in­té­gra­tion crois­sante, sur fond de mili­ta­risme et de gou­ver­ne­ment mon­dial par l’antiterrorisme sys­té­ma­tique, de la majeure partie des formes de socia­lité non encore mar­chan­di­sées 20, celui d’une ère « finan­cière » du capi­ta­lisme, qui n’est pas le symp­tôme d’un « nou­veau » capi­ta­lisme, mais au contraire, un agent de sa para­doxale puri­fi­ca­tion, et dont la crise récente révèle les ten­dances prin­ci­pales : l’intensification de la concur­rence entre tra­vailleurs au plan inter­na­tio­nal et celle du taux de leur exploi­ta­tion – tout sim­ple­ment parce que seul le tra­vail vivant est pro­duc­teur de plus-value. La déné­ga­tion sys­té­ma­tique des besoins sociaux, quo­ti­dien­ne­ment scan­dée par la des­truc­tion des acquis du mou­ve­ment ouvrier ou du retour pur et simple au « temps des orgies » 21 et des procès d’accumulation pri­mi­tive éhon­tés qui feraient pâlir les maîtres de ceux mêmes que Marx avait sous les yeux, accom­pagne notoi­re­ment depuis long­temps, cause et effet, l’érosion de la capa­cité anté­rieure des tra­vailleurs à impo­ser des com­pro­mis aux classes pos­sé­dantes. Aux anti­podes de toute théo­rie de l’écroulement néces­saire du capi­ta­lisme, de toute répé­ti­tion incan­ta­toire et exclu­sive de la « loi de la baisse ten­dan­cielle du taux de profit », on peut résu­mer la situa­tion avec ces mots de M. Husson : si « la crise est cer­taine, la catas­trophe ne l’est pas » 22.

Transformer la crise du capi­ta­lisme en catas­trophe, c’est-à-dire en occa­sion de son abo­li­tion, ne se fera pas à coups d’Evénements sal­va­teurs. Comme Marx l’avait résumé en 1852, il faut repar­tir des bases les plus élé­men­taires, et il y a moyen dans la « constel­la­tion mar­xiste » de s’entendre sur le genre de lignes géné­rales 23 pro­pices à l’organisation de cet écla­te­ment en repar­tant du prin­cipe struc­tu­rel­le­ment et his­to­ri­que­ment tota­li­sant de la recons­truc­tion en pensée du « concret » comme syn­thèse de mul­ti­pli­ci­tés de déter­mi­na­tions 24. Cela n’augure en rien d’une nou­velle ortho­doxie, mais du moins « relire Le Capital » ne sau­rait-il consti­tuer à soi seul l’injonction sub­ver­sive que cela était encore il y a peu : le réécrire pour le capi­ta­lisme du XXIe siècle est évi­dem­ment le défi majeur, dont une série de tra­vaux ont déjà posé d’importants jalons 25, défi qui cepen­dant ne saura être réel­le­ment relevé qu’en arti­cu­la­tion étroite aux pra­tiques poli­tiques et aux refontes orga­ni­sa­tion­nelles actuelles.

Que les méta­phy­siques de la « Perte du Sujet » sont aussi las­santes que celle du « Sujet »

Parmi les grands absents du moment, Marcuse – dont n’a à peu près jamais été vue, notons-le en pas­sant, la proxi­mité avec les thèses de Trotsky sur le fas­cisme, l’URSS et le rap­port entre auto-orga­ni­sa­tion des tra­vailleurs et orga­ni­sa­tion poli­tique mili­tante, moins en tous cas que sa filia­tion luxem­bour­giste 26 – peut servir de point d’appui repré­sen­ta­tif de la façon dont il convient de poser le pro­blème aujourd’hui du com­mu­nisme et de son rap­port au mar­xisme. En 1973, tâchant de carac­té­ri­ser dans Contre-révo­lu­tion et Révolte la « période de tran­si­tion pour les forces sub­ver­sives » 27, Marcuse affi­nait et redou­blait son énoncé, qui avait fait tant jaser à l’occasion de L’Homme uni­di­men­sion­nel en 1964, selon lequel la classe ouvrière doré­na­vant « inté­grée » n’était plus le pro­lé­ta­riat révo­lu­tion­naire de jadis. La leçon du mai 1968 fran­çais ayant montré que cette inté­gra­tion n’était en réa­lité ni totale, ni abso­lue, les révoltes des out­si­ders, témoi­gné d’un retour du non-inté­grable, et enfin la géné­ra­li­sa­tion, sem­blant faite pour durer, à toutes les frac­tions des tra­vailleurs de l’aliénation au capi­tal, des plus exploi­tés aux cols blancs, augu­raient pour lui de la consti­tu­tion d’une nou­velle « classe » tra­vailleuse, d’un nou­veau « tra­vailleur col­lec­tif » 28, lut­tant moins contre la « pri­va­tion maté­rielle » en raison de l’élévation géné­rale du niveau de vie que contre la « satis­fac­tion mani­pu­lée des besoins maté­riels » 29. Ce tra­vailleur col­lec­tif seul appa­rais­sait pou­voir consti­tuer la nou­velle base de masse de la praxis révo­lu­tion­naire, et Marcuse espé­rait que son réfor­misme chro­nique pou­vait être qua­li­ta­ti­ve­ment contre­ba­lancé par la « nou­velle gauche » alors en essor. Il en appe­lait alors à la fois à un conseillisme auto­ges­tion­naire, et à la luci­dité sur l’incapacité de ce der­nier à spon­ta­né­ment orga­ni­ser une résis­tance apte à accom­plir la rup­ture qua­li­ta­tive avec l’ordre établi, rup­ture seule por­teuse de cette « utopie concrète », c’est-à-dire maté­riel­le­ment réa­li­sable, d’un socia­lisme authen­tique à la hau­teur de l’émancipation totale du tra­vail, de l’existence et de la sen­si­bi­lité esquis­sée dans le Cahier III des Manuscrits de 1844 – texte qui, aussi, fit tant jaser les ado­ra­teurs de cou­pures.

Cette sub­sti­tu­tion d’un « tra­vailleur col­lec­tif » au pro­lé­ta­riat, classe de tra­vailleurs forcés de vendre leur force de tra­vail parce qu’ils ne sont pro­prié­taires de rien d’autre, reste for­mel­le­ment conforme à la thèse mar­xiste de l’antagonisme capi­tal-tra­vail et à sa fon­da­tion sur l’exploitation. Pourtant si l’idée put être sédui­sante, l’état actuel du monde capi­ta­lisé marque plutôt que le carac­tère pro­lé­ta­rien des tra­vailleurs d’une part reste dans l’ensemble le carac­tère domi­nant, et d’autre part, que même dans ces socié­tés « indus­trielles avan­cées » comme Marcuse les appe­lait, la frac­tion non pro­lé­taire dudit tra­vailleur col­lec­tif subit depuis un temps cer­tain dif­fé­rents pro­ces­sus de pro­lé­ta­ri­sa­tion, de repro­lé­ta­ri­sa­tion plutôt – dont la « pré­ca­ri­sa­tion » n’est que la forme la plus recon­nue –, d’une dés­in­té­gra­tion inverse de ladite inté­gra­tion. Comme cela lui a été objecté (par exemple par Mandel lui-même 30) Marcuse semble ainsi avoir hypo­sta­sié en 1964 un moment conjonc­tu­rel du capi­ta­lisme, sa période glo­rieu­se­ment consu­mé­riste de l’après-guerre, en trans­for­ma­tion struc­tu­relle 31, et tout en ayant cri­ti­qué lui-même cette hypo­stase (c’est-à-dire plus exac­te­ment ses ambi­guï­tés sur ce point précis) après 1968, semble ne pas s’en être com­plè­te­ment départi.

Il a été l’un des rares depuis 1968 a tenter de pro­duire un concept posi­tif renou­velé de révo­lu­tion, esquis­sant un ensemble d’idées stra­té­giques en matière poli­tique, mues par l’idée que le socia­lisme authen­tique était à construire autant contre le capi­ta­lisme que contre l’URSS, mais sur la base des trans­for­ma­tions des classes qui à ses yeux sem­blaient issues des trans­for­ma­tions des rap­ports de pro­duc­tion – cela aux anti­podes du « roman­tisme » indi­vi­dua­liste qu’on lui prête par ailleurs en en fai­sant le tout de ses posi­tion­ne­ments, alors que cela en fut sur­tout le ton, aussi assumé fût-il, le plus visible. Pourtant il a pro­cédé à cette hypo­stase pro­blé­ma­tique dont il n’est pas dif­fi­cile de voir qu’elle a pour ori­gine une insuf­fi­sance en matière de cri­tique de l’économie poli­tique. Mais si cette carence est par­ti­cu­liè­re­ment visible chez lui, c’est parce que for­mel­le­ment par­lant, c’est jus­te­ment cette cri­tique de l’économie poli­tique qui était à ses yeux le pivot avancé de son dis­po­si­tif. C’est cela para­doxa­le­ment qui consti­tue l’une des plus grandes leçons de Marcuse : il nous montre aujourd’hui l’erreur à ne pas faire, sa grande force ayant été de rendre l’erreur visible – oublier l’élémentaire dans la minu­tie et la patience qu’il exige. L’examen des formes effec­tives de l’articulation capi­ta­liste des rap­ports de pro­duc­tion aux forces pro­duc­tives exige une actua­li­sa­tion per­ma­nente. Certes cet examen ne sau­rait être l’unique por­teur des Lumières de l’Histoire, mais il reste le point névral­gique de toute pros­pec­tive poli­tico-révo­lu­tion­naire anti­ca­pi­ta­liste.

Trente ans après Marcuse, le risque de retom­ber bien plus loin dans l’erreur, d’oublier que ce point névral­gique reste encore et tou­jours le point névral­gique, est grand. Faire du com­mu­nisme une Idée – sous quelque décli­nai­son que ce soit – pour éviter qu’il ne soit plus rien consti­tue une indis­pen­sable poche de résis­tance. Mais de l’Idée à la simple idée régu­la­trice il n’y a qu’un pas, que les géné­ra­tions acquises aux maîtres de l’Idée peuvent fran­chir bien plus vite que ces der­niers ne l’imaginent, au prix d’une inven­ti­vité en matière de révi­sion­nisme dont l’histoire montre qu’elle sait être inta­ris­sable.

« A chaque fois que je me suis trompé c’est que je n’ai pas été assez radi­cal » (Sartre)

A défaut de Prolétariat ou de Travailleur Collectif bien lisses, nous ne sommes pour­tant ni condam­nés à ima­gi­ner décep­ti­ve­ment le non-Sujet 32 d’une impos­sible révo­lu­tion, ni à en faire le para­doxal contre­coup fidèle d’un Evénement hypo­thé­tique, et l’heure n’est plus à verser dans les « mul­ti­tudes » au motif qu’un tel « sujet » ne sau­rait être autre que pro­fon­dé­ment hybride. Certes on récu­sera aisé­ment qu’il soit iden­ti­fiable à un type pri­vi­lé­gié de tra­vailleur ou d’acteur social, puisque la logique de l’exploitation se com­bine tou­jours avec des modes de domi­na­tions et d’aliénation dif­fé­ren­tiels irré­duc­tibles. Mais on pourra en par­ti­cu­lier dépas­ser l’alternative entre ce qui serait la lutte prin­ci­pale (classes contre classes) et des luttes « déri­vées » peu ou prou « sépa­ra­tistes » (éco­lo­giques, fémi­nistes, anti-racistes, etc.), en ayant à l’esprit que « dans une société alié­née, toutes les alié­na­tions, quel que soit leur niveau struc­tu­rel, sym­bo­lisent entre elles » selon le mot de Sartre. « Peu importe, pour­suit celui-ci, qu’on ne puisse les réduire toutes, par ana­lyse régres­sive, à l’aliénation domi­nante qui est condi­tion­née par le mode de pro­duc­tion… il suffit qu’elles se soient pro­duites, sous l’influence de fac­teurs divers et irré­duc­tibles, dans le milieu de cette alié­na­tion pre­mière [l’exploitation], pour qu’elles se struc­turent en fonc­tion d’elle et pour qu’elles finissent – dans leur indé­pen­dance même – par en deve­nir l’expression, même et sur­tout si elles la contre­disent » 33. La ques­tion stra­té­gique ne pou­vant alors se trai­ter que sous l’angle d’une unité opé­ra­tion­nelle et non « sub­stan­tielle » des frac­tions néces­sai­re­ment consti­tu­tives de la base de masse, c’est-à-dire d’alliances bien mûries en vertu même de l’intransigeance qui seule rendra pos­sible leur sou­plesse.

C’est donc tout un aujourd’hui (1) de tra­vailler à la recons­truc­tion d’une orga­ni­sa­tion poli­tique consciente du fait que la forme (éga­li­taire) d’un combat pré­dé­ter­mine la forme (éga­li­taire) de société qu’elle sera amenée à gou­ver­ner, (2) de recon­fi­gu­rer la puis­sance d’objectivation diag­nos­tique de la cri­tique de l’économique poli­tique en tant qu’elle est du même mou­ve­ment pros­pec­tive irré­duc­tible à une épis­té­mo­lo­gi­sa­tion du poli­tique révo­lu­tion­naire sur fond de « cou­pure », (3) d’identifier, en cor­ré­la­tion des nou­velles stra­ti­fi­ca­tions des classes, des méta­mor­phoses du sala­riat, et des chan­ge­ments (s’ils sont réels der­rière cer­taines appa­rences clai­re­ment hyper­tro­phiées et sur­dé­ter­mi­nées) des canaux domi­nants de pro­duc­tion de plus-value, les acteurs et agents sus­cep­tibles de porter radi­ca­le­ment et poli­ti­que­ment l’antagonisme au cœur de la pro­duc­tion et de la repro­duc­tion des formes d’existence actuelles.

Pour le dire briè­ve­ment, leçons dûment tirées d’un passé 34 qu’il serait cepen­dant bon de réhis­to­ri­ci­ser au lieu de le mar­te­ler sous le sceau de l’éternel, ce qu’impose la per­ma­nence de la dic­ta­ture du capi­tal, c’est rien moins qu’identifier, nommer et à la fois construire aujourd’hui, l’équivalent fonc­tion­nel de la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat dans l’économie dia­lec­tique du maté­ria­lisme révo­lu­tion­naire inau­gu­ral.

Que le qua­trième âge du capi­ta­lisme impose peut-être une Ve Internationale

Repolitiser les réfé­rences à Marx impose aujourd’hui de prendre la mesure de l’état du mar­xisme et de ses débats et de ses renou­veaux au plan euro­péen et inter­na­tio­nal, qui sont un indice par­lant de l’état des forces de gauche dans le monde d’aujourd’hui. Mais, plus avant, ne peut-on parler d’un qua­trième âge, post-ultra­li­bé­ral, du capi­ta­lisme, qui exi­ge­rait de tra­vailler, en l’espèce, à l’organisation d’une Ve Internationale ? Parler de « qua­trième âge » ne doit pas être pris au pied de la lettre : la ques­tion n’est pas de dire que nous sommes sortis de « l’onde longue » du « troi­sième âge » du capi­ta­lisme, de pré­tendre nommer par là un nou­veau stade, ou une nou­velle séquence de l’articulation des rap­ports capi­ta­listes de pro­duc­tion avec les forces pro­duc­tives, etc. J’entends juste des­crip­ti­ve­ment par là que, sur fond d’un post­mo­der­nisme en fin de règne, d’un désastre socio-éco­lo­gique crois­sant et d’une veillée funèbre pour les maigres restes du com­pro­mis key­né­sien, l’URSS en moins, la forme anti-ter­ro­riste de la mili­ta­ri­sa­tion du gou­ver­ne­ment mon­dial en plus, l’hégémonie finan­cière comme mode indi­rect d’intensification de l’exploitation au plan mon­dial et la sur­ve­nue de la crise malgré un taux de profit main­tenu, et fina­le­ment le retour ten­dan­ciel du capi­ta­lisme réel à sa sim­pli­cité bru­tale, exigent peut-être de fran­chir un cap en matière de refonte poli­tique.

Accomplir le réexa­men

L’heure est au moins au réexa­men tota­li­sant et métho­dique qui seul pourra faire de ces sug­ges­tions des pers­pec­tives dûment jus­ti­fiées, l’essentiel étant de tra­vailler à l’unification des cou­rants « froids » et « chauds » du mar­xisme dont le XXe siècle a pro­duit l’écartèlement ten­dan­ciel – la dédia­lec­ti­sa­tion – et donc la fra­gi­li­sa­tion. Ce n’est pas qu’une seule ver­sion du mar­xisme ou qu’une seule for­mule du com­mu­nisme ne soit légi­time ou valide, loin s’en faut. C’est juste qu’il n’y a qu’un seul capi­ta­lisme, et que cela auto­rise et impose la recherche d’un para­digme unifié apte à le com­prendre et l’abolir. Mais on ne décrète pas ce genre d’unification, et l’on ne sau­rait d’ailleurs que dan­ge­reu­se­ment en invo­quer ou pré­su­mer ante festum l’unicité. Que le besoin s’en fasse sentir exprime en tous cas une situa­tion objec­tive de la théo­rie et de la praxis, qui ont atteint les limites d’une période, et dont le deve­nir ne sau­rait sup­por­ter la pas­si­vité. Ces quelques remarques visent à contri­buer de façon pro­gram­ma­tique à cette tota­li­sa­tion, mais si déjà elles par­ve­naient à pro­duire un peu de dif­fé­rend, fût-ce mini­ma­le­ment, ce serait déjà ça de gagné.

1 [2] Article paru dans le n°7 (nou­velle série) de la revue ContreTemps, 3è tri­mestre 2010.

Notes

1 « Réexamen du concept de révo­lu­tion », Diogène, Gallimard, 1968, n° 64, « Nouvelle actua­lité du mar­xisme », p. 21-32.

2 E. Kouvélakis, « Crises du mar­xisme, trans­for­ma­tion du capi­ta­lisme », in J. Bidet, E. Kouvélakis (dir.), Dictionnaire Marx contem­po­rain, Paris, Puf, 2001, p. 50 ; la for­mule d’A. Tosel pro­vient de sa contri­bu­tion in ibid., « Devenir du mar­xisme : de la fin du mar­xisme-léni­nisme aux mille mar­xismes, France-Italie 1975-1995 », p. 57-78. La col­lec­tion du même nom de l’éditeur Syllepse trouve ici son ori­gine.

3 ContreTemps, n° 4, décembre 2009, dos­sier « De quoi com­mu­nisme est-il le nom ? ».

4 Karl Marx ou l’esprit du monde, Paris, Fayard, 2005.

5 F. Fischbach, Manifeste pour une phi­lo­so­phie sociale, Paris, La Découverte, 2009.

6 La scis­sion a enté­riné une dis­tor­sion entre un cer­tain mar­xisme inté­gré et un autre assu­mant plus volon­tiers une cer­taine voca­tion « léni­niste », mais leurs rat­ta­che­ments uni­ver­si­taires res­pec­tifs nuancent l’opposition. L’institution reste encore, en France mais ailleurs aussi, un pôle majeur d’organisation du champ mar­xiste : témoin à la fois d’une impuis­sance cer­taine à l’auto-organisation et d’une capa­cité com­ba­tive d’occuper les lieux non encore fermés de la « société civile ».

7 A. Badiou, S. Zizek (éd.), L’Idée du com­mu­nisme. Conférence de Londres 2009, Paris, Lignes, 2010. Cf. infra § III et IV.

8 J.-P. Sartre, Questions de méthode, 1957, Paris, Gallimard, 1986, p. 23.

9 J.-N. Ducange, « Editer Marx et Engels en France : mis­sion impos­sible ? », Revue Internationale des Livres et des Idées, n° 16, mars-avril 2010, p. 52-55.

10 Au motif de la pré­sence dans son œuvre tar­dive de la caté­go­rie anti-post­mo­derne par excel­lence de « tota­lité » et d’une forme géné­rique de « loi de la valeur » non incom­pa­tible avec le para­digme mar­xien, Jameson réaf­fir­mait l’appartenance d’Adorno à la constel­la­tion mar­xiste dans Late Marxism. Adorno or the Persistence of the Dialectic, 1990, London-New York, Verso, éd. 2007, p. 229-232 – l’idée étant qu’un capi­ta­lisme post­mo­derne ne pou­vait pro­duire qu’un mar­xisme post­mo­derne, le mar­xisme n’étant effec­ti­ve­ment que l’autre du capi­ta­lisme dans la théo­rie. Cela n’est plus de mise : non seule­ment nous sor­tons du post­mo­derne, mais indé­pen­dam­ment de cela même il est sur­tout urgent, comme le sug­gé­rait déjà E. Mandel, Le Troisième Age du capi­ta­lisme, Paris, Ed. de la Passion, éd. 1997, p. 402-403, de dres­ser le bilan de « l’impasse idéo­lo­gique » dans laquelle s’est enfer­rée l’Ecole de Francfort – Marcuse étant un cas à part, cf. infra § IV.

11 B. Bosteels, « L’hypothèse gau­chiste : le com­mu­nisme à l’âge de la ter­reur », in L’Idée du com­mu­nisme, op. cit., p. 49-92.

12 S. Budgen, S. Kouvélakis, S. Zizek (éd.), Lenin Reloaded : Towards a Politics of Truth, Durham-London, Duke University Press, 2007.

13 A. Tosel, Le Marxisme au XXe siècle, Paris, Syllepse, 2009. Egalement, E. Kouvélakis, Philosophie et Révolution de Kant à Marx, Paris, PUF, 2003, et I. Garo, L’Idéologie ou la pensée embar­quée, Paris, La Fabrique, 2009.

14 J’ai esquissé quelques contours d’une tota­li­sa­tion de ce genre sur une ques­tion « locale » dans E. Barot, Révolution dans l’Université. Quelques leçons théo­riques et lignes tac­tiques tirées de l’échec du prin­temps 2009, Montreuil, La Ville Brûle, 2010.

15 Le Capital, Livre I, post­face à la seconde édi­tion alle­mande, 1873, tr. fr. J.-P. Lefebvre (dir.), Paris, Puf, éd. 2006, p. 18.

16 K. Marx, L’Idéologie alle­mande, 1845, tr. fr., Paris, Editions Sociales, 1977, p. 69-70.

17 P. Anderson, Sur le mar­xisme occi­den­tal, 1976, tr. fr., Paris, Maspero, 1977, ch. II « Changements for­mels » p. 71 et suiv.

18 Sartre et Marcuse comptent aujourd’hui parmi les plus por­teurs de rema­té­ria­li­sa­tion et de redia­lec­ti­sa­tion du réfé­rent Marx : E. Barot, « Sartre, Marcuse et la stra­té­gie dia­lec­tique », mars 2010, www​.mar​xau21​.fr.

19 Cf. M. Husson, « Comprendre le capi­ta­lisme actuel », 2007, et « Le capi­ta­lisme contem­po­rain et la finance », 2009, www​.mar​xau21​.fr [3], qui four­nissent une bonne syn­thèse de son approche ; R. Keucheyan, Hémisphère gauche. Une car­to­gra­phie des nou­velles pen­sées cri­tiques, Paris, La Découverte (Zones), 2010, p. 170-174 ; E. Barot, « Remarques sur la maté­ria­lité de la culture imma­té­rielle », 2010, www​.mar​xau21​.fr.

20 Certes cette dés­in­té­gra­tion est dif­fé­ren­ciée et hété­ro­gène, et à la mesure induc­trice ici et là de formes variées de soli­da­ri­tés inno­vantes ou redé­cou­vrant d’anciennes pra­tiques – que l’on peut bien des­crip­ti­ve­ment appe­ler « mul­ti­tudes », mais dont l’éclatement à lui seul devrait suf­fire depuis long­temps à impo­ser de ne pas trans­for­mer cette des­crip­tion géné­rale en indi­ca­teur pré­sumé d’un nou­veau prin­cipe poli­tique – d’un nou­veau pou­voir consti­tuant, en résumé – fort hâti­ve­ment bap­tisé en l’espèce.

21 Le Capital, Livre I, op. cit., ch. VIII, § 6, p. 310.

22 M. Husson, « Comprendre le capi­ta­lisme actuel », op. cit., p. 15. Cf. « Le capi­ta­lisme contem­po­rain et la finance », op. cit., p. 1-3, sur ce taux de profit qui, contrai­re­ment à la plu­part des dis­cours domi­nants, ne baisse pas depuis vingt ans, mais ne donne pas lieu à accu­mu­la­tion, c’est-à-dire à trans­for­ma­tion du profit en capi­tal (pro­duc­tif par exemple sous forme d’investissements), mais à confi­ne­ment impro­duc­tif dans la sphère finan­cière, situa­tion assez inédite dont la « crise » révèle bien que der­rière la bulle finan­cière ce sont les rap­ports de pro­duc­tion réels qui sont en jeu.

23 R. Keucheyan, op. cit., « Capitalismes anciens et nou­veaux », p. 169-199, syn­thèse des grands axes suivis en la matière dans le cadre mar­xien depuis les années 1970 ; G. Duménil, D. Lévy, « Une théo­rie mar­xiste du néo­li­bé­ra­lisme », Actuel Marx, 2/2006, n° 40, p. 24-38 ; le col­lec­tif La Finance capi­ta­liste, Paris, PUF, 2006, témoigne de conver­gences sug­ges­tives de ce point de vue là.

24 Sur l’élévation « de l’abstrait au concret » des Grundrisse, qui a fait l’objet d’innombrables lec­tures : le bilan de Mandel dans Le Troisième Age du capi­ta­lisme, op. cit., chap. I « Lois de déve­lop­pe­ment et his­toire du capi­tal », p. 19-42, et B. Ollman, La Dialectique mise en œuvre. Le pro­ces­sus d’abstraction dans la méthode de Marx, tr. fr., Paris, Syllepse, coll. « Mille mar­xismes », 2005, rafraî­chi­ront uti­le­ment les mémoires, rap­pe­lant au pas­sage que le mar­xisme sans dia­lec­tique est le pire ennemi du mar­xisme.

25 Par exemple le récent A Companion to Marx’s Capital, London-New York, Verso, 2010 de D. Harvey, et A. Shaikh, « The Power of Profit », Social Research, vol. 71, n° 2, été 2004. On n’oubliera pas que les tra­vaux d’E. Mandel res­tent incon­tour­nables. En France, les tra­vaux de G. Duménil, D. Lévy et M. Husson, héri­tiers de la théo­rie des ondes longues de ce der­nier, sont parmi les plus connus, mais res­tent cepen­dant esseu­lés.

26 Pour toutes les remarques de ce para­graphe, cf. D. Kellner, Herbert Marcuse and the Crisis of Marxism, Berkeley-Los Angeles, University Of California Press, 1984, et par anti­ci­pa­tion E. Barot, Marcuse, Paris, Belles-Lettres (coll. Figures du Savoir), à paraître.

27 H. Marcuse, Vers la libé­ra­tion. Au-delà de l’homme uni­di­men­sion­nel, tr. fr., Paris, Minuit, 1969, titre du chap. III.

28 Ibid., p. 20-21. Marcuse reprend la for­mule à Marx, Capital, Livre I, op. cit., ch. XIII, § 4, p. 470.

29 Ibid., p. 24.

30 Critique que Marcuse évoque en ibid., p. 15, note 1. Il se réfère par ailleurs à Mandel p. 38, note 2, sur les fis­sures de l’hégémonie amé­ri­caine nées au tour­nant des années 1970.

31 Il s’inspire en partie, ibid. p. 14-15, de l’ouvrage impor­tant de P. Baran et P. Sweezy, Le Capitalisme mono­po­liste, 1966, tr. fr., Paris, Maspero, 1968. Cet ouvrage est pro­blé­ma­tique par la consé­quence de la sub­sti­tu­tion opé­ra­toire qui y est opérée d’un concept de « sur­plus » à celui de « plus-value » (la séman­tique des deux concepts étant en réa­lité très proche), qui est l’idée selon laquelle les mono­poles sem­ble­raient en train de s’affranchir des contraintes propres à la concur­rence mar­chande, dans la pro­duc­tion comme au niveau moné­taire, et pou­voir indé­fi­ni­ment s’autoalimenter – « extra­po­la­tion d’un phé­no­mène conjonc­tu­rel » dit Mandel dans Le Troisième Age, op. cit., p. 426, dont Marcuse semble ainsi repro­duire au plan de l’analyse de classes la même erreur. Cf. supra, note 23.

32 « Perte du Sujet » de l’émancipation qui consti­tue évi­dem­ment l’un des points cen­traux des nou­velles pen­sées cri­tiques : R. Keucheyan, op. cit., I, « Contextes », ch. 2.

33 J.-P. Sartre, L’Idiot de la famille, Paris, Gallimard, 1973, tome III, p. 306-307.

34 M. Lewin, Le Siècle sovié­tique, tr. fr., Paris, Fayard, 2003.

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