Le climat de Cancún

Par Mis en ligne le 13 décembre 2010

Les espoirs d’une issue positive au Sommet mondial sur le climat, qui s’est achevé hier à Cancún, étaient très faibles. C’est peut-être la raison pour laquelle l’accord annoncé hier matin dans la ville mexicaine a été salué par des applaudissements des délégués et des commentaires positifs des ministres, des négociateurs, et même de nombreuses organisations non gouvernementales. Tous, sauf un, la Bolivie, qui a accusé les autres gouvernements d’un « manque catastrophique d’ambition» et a voulu souligner son désaccord.

Du point de vue des négociations, les progrès sont indéniables: La 16e conférence de plus de 190 pays signataires de la Convention des Nations Unies sur le climat a « rétabli la confiance en un processus de négociation vers un avenir d’émissions faibles en carbone », indique le communiqué de presse final. Aussi parce que, cela a été reconnu, la présidence mexicaine a assuré un travail transparent – à la différence des négociations secrètes sur les documents qu’on avait vu à Copenhague. La négociation a été sauvée – a dit  Greenpeace – mais pas le climat.

Ce que l’ONU définit avec une solennité excessive comme les « accords de Cancún » reste un document faible. Sur les émissions de gaz à effet de serre, le document enregistre les engagements volontaires de divers pays pour la période allant jusqu’en 2020: à la fois ceux des pays industrialisés et ceux des pays en voie de développement, pour lesquels un registre sera mis en place. Ces engagements volontaires ne sont pas contraignants, et les mécanismes de vérification restent à préciser: la nouveauté politique, c’est que même les grands pays « émergents » comme la Chine et l’Inde ont accepté l’idée que, tôt ou tard, ils devront prendre des engagements vérifiables – et les USA aussi. C’était le principal point de confrontation entre les USA et la Chine, les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre dans le monde ; selon le New York Times les deux pays ont finalement trouvé une formule qui établit des normes sur la façon pour  chaque pays de quantifier et de rapporter les mesures prises, et c’est ce qui a débloqué l’accord. La «flexibilité» démontrée par l’Inde y a certainement aussi contribué: le ministre de l’Environnement indien Jairam Ramesh a déclaré que New Delhi n’ acceptera pas pour le moment des accords contraignants mais est disposé à participer à un processus multilatéral dans lequel chaque pays prendrait des engagements « sous la forme juridique appropriée. »

En ce sens il s’agit d’ un excellent résultat pour les USA, et on peut le voir dans les commentaires de Todd Stern, envoyé de l’administration Obama pour le climat: «Il est bon que l’accord inclue les grandes économies », a-t-il dit, citant la Chine. « L’engagement à agir et à le faire d’une manière transparente et vérifiable contribue à dissiper les inquiétudes des USA sur ce que les pays à croissance rapide sont  en train de faire pour lutter contre le changement climatique. » Traduction : Le fait que la Chine accepte de se soumettre à un certain type de vérification aidera l’administration Obama à faire passer au Congrès les mesures nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le document approuvé renvoie au prochain sommet (dans un an en Afrique du Sud) pour définir un accord contraignant pour l’après-2012, l’après-Protocole de Kyoto. À Cancún, le Japon et la Russie avaient annoncé qu’ils ne signeraient pas d’autres engagements prolongeant les engagements de Kyoto, mais ils ont fait marche arrière: de toute façon, on reparlera dans un an.

Le point concernant l’argent  n’est pas non plus précis. Le Sommet de Cancun réaffirme l’engagement des pays industrialisés (déjà pris à Copenhague) à mettre immédiatement  30 milliards de dollars d’ici à 2012, et ensuite 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pour aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique: mais il est difficile de savoir s’il s‘agit d’aide ou des prêts, ou comment les fonds seront gérés et par qui (beaucoup d’organisations internationales de la société civile font campagne pour qu’ils ne soient pas confiés à la Banque mondiale).

Le document parle d’un futur « Fonds vert pour le climat ». Et de «renforcer» les clean development mechanisms, mécanismes pour un développement propre, déjà mis en place par le traité de Kyoto (c’est le mécanisme par lequel un pays industrialisé investit dans des entreprises « durables » dans des pays en voie de développement  et déduit ensuite de son compte les émissions ainsi réduites ou économisées). Un Comité exécutif pour le transfert de technologies sera établi. Il y a eu aussi un accord sur un mécanisme de financement pour arrêter la déforestation, dont il reste à mieux comprendre les termes.

Voilà l’ accord que les délégués ont accueilli par des applaudissements à Cancún – et que la présidente de la réunion, la ministre des Affaires étrangères du Mexique Patricia Espinosa, a déclaré approuvé, malgré l’opposition de la Bolivie, qui a protesté (« les règles du consensus multilatéral ont été violées « ). Les délégués ont applaudi « parce qu’ils pensent en politiciens», a déclaré Pablo Solon, l’ambassadeur de Bolivie à l’ONU, qui a dirigé la délégation de son pays à Cancún. « Mais cet accord est insuffisant, cela n’empêchera pas que la température globale continue d’augmenter de 4 degrés Celsius, et nous savons tous que cela n’est pas viable.»

NdT : l’ambassadeur bolivien a annoncé que son pays porterait plainte contre l’accord de Cancún auprès de la Cour internationale de justice.



Merci à Tlaxcala
Source: http://www.ilmanifesto.it/archivi/fuoripagina/anno/2010/mese/12/articolo/3839/
Date de parution de l’article original: 13/12/2010
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2956

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