Le capitalisme vert ?

Le capitalisme « vert » sera abordé lors de la prochaine université populaire des NCS du 20 au 23 août prochain

Par Mis en ligne le 27 mai 2015

Les mesures d’austérité servent le projet néo­li­bé­ral, de même que ce qu’on appelle « l’économie verte », dans la mesure où cette der­nière s’inscrit dans une dyna­mique favo­rable au marché et au sec­teur privé, vus comme les moteurs de la tran­si­tion éco­lo­gique. Telle que concep­tua­li­sée au sein des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales et gou­ver­ne­men­tales, cette éco­no­mie vise l’amélioration des condi­tions de vie et l’équité sociale, tout en cher­chant à réduire les risques envi­ron­ne­men­taux et la pénu­rie des res­sources. On ne peut certes pas être contre ses vertus, sa volonté de rup­ture avec les éner­gies fos­siles en par­ti­cu­lier – un objec­tif qui fait conver­ger de nom­breuses luttes cru­ciales en ce moment au Québec.

Mais le hic, c’est que l’économie verte pré­co­nise, pour y arri­ver, l’expansion d’un capi­ta­lisme finan­cia­risé selon lequel, pour sauver la nature, il faut en faire un capi­tal – une idée qui fait magni­fi­que­ment l’impasse sur le fait que ce sont pré­ci­sé­ment le capi­ta­lisme et le pro­duc­ti­visme qui sont les racines de la crise cli­ma­tique et éco­lo­gique mon­diale. Selon cette vision, le pro­blème fait donc partie de la solu­tion et le salut envi­ron­ne­men­tal pla­né­taire néces­site d’attribuer enfin une valeur moné­taire aux ser­vices gra­tuits que les éco­sys­tèmes, les forêts, ou encore les insectes pol­li­ni­sa­teurs, par exemple, offrent à l’humanité. Après avoir mar­chan­disé la bio­di­ver­sité comme « res­source », il s’agit désor­mais de la mar­chan­di­ser aussi comme « ser­vice ».

Cette concep­tion mar­chande et tech­no­cra­tique de la nature est bien pré­sente dans le dis­cours de plu­sieurs groupes envi­ron­ne­men­ta­listes et dans la Stratégie gou­ver­ne­men­tale de déve­lop­pe­ment durable révi­sée 2015-2020, qui fai­sait l’objet de consul­ta­tions en février der­nier. Déployant des tré­sors de nov­langue mana­gé­riale, le Plan d’action 2013-2020 sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques du gou­ver­ne­ment du Québec affirme aussi, par exemple, que : « Le bien-être de la popu­la­tion qué­bé­coise et la pros­pé­rité éco­no­mique du Québec dépendent d’une foule de béné­fices offerts par les éco­sys­tèmes. Les milieux natu­rels nous pro­curent une vaste gamme de ser­vices, qui se déclinent en plu­sieurs types : les ser­vices d’approvisionnement (eau, pro­duits phar­ma­ceu­tiques, nour­ri­ture, maté­riaux, etc.), les ser­vices de régu­la­tion (contrôle du climat ou de l’érosion des berges, etc.), les ser­vices cultu­rels (récréa­tion, tou­risme, bien­faits psy­cho­lo­giques asso­ciés aux espaces verts, etc.) et enfin les ser­vices de sou­tien (for­ma­tion des sols, pro­duc­tion d’oxygène, etc.). »

Ce capi­ta­lisme vert, qui car­bure à l’innovation tech­no­lo­gique, à la finan­cia­ri­sa­tion et à la spé­cu­la­tion, sus­cite résis­tances et ques­tion­ne­ments à tra­vers le monde. Nous par­ta­geons l’inquiétude de ceux et celles qui y voient une impor­tante dérive, pour les pays du Sud en par­ti­cu­lier, et nous avons aussi la convic­tion que les crises – cli­ma­tique, éco­lo­gique, mais aussi sociale, éco­no­mique et démo­cra­tique – exigent une tout autre approche. Ce dos­sier, après plu­sieurs autres dans la même lignée, ouvre dif­fé­rentes portes pour conti­nuer d’y réflé­chir. Il s’agit bien de com­prendre, et de toute urgence, que la nature ne nous appar­tient pas : c’est nous qui appar­te­nons à la Terre. La perte de cette com­pré­hen­sion est en train de per­tur­ber non seule­ment le climat, mais notre capa­cité même de penser en d’autres termes que ceux de la valeur éco­no­mique, de penser notre rap­port au monde dans la conscience du fait que la nature est bel et bien une richesse, mais une richesse irrem­pla­çable et ines­ti­mable, à pro­té­ger du grand casino du monde.

Catherine Caron

Extraits d’un texte paru dans Relations no 777 , mars-avril 2015

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