Le capitalisme malade de sa gourmandise

Au Sud comme au Nord, de la grande transformation des années 1980 à la crise actuelle

Les excès de quelques banquiers sans scrupules sont-ils responsables de la crise financière mondiale, comme le prétend le président Obama ou l’arbre cache-t-il la forêt ? Les données réunies par l’économiste Éric Toussaint montrent qu’au contraire la crise est l’aboutissement d’un long processus de transformation des règles économiques depuis les années 80. Le capital est toujours mieux rémunéré, le travail toujours moins. Après avoir dévasté les pays du Sud, cette logique détruit à leur tour les pays du Nord. La crise est donc systémique. Qu’on le veuille ou non, elle marque un paroxysme dans la lutte des classes. Faute de changer les règles de répartition des richesses, de vastes affrontements sociaux deviennent inévitables.
Par Mis en ligne le 11 septembre 2009

Après la Seconde Guerre mon­diale, les années 1950-60 sont mar­quées, au Nord, par une période de forte crois­sante éco­no­mique (les « Trente glo­rieuses ») qui permet aux tra­vailleurs d’obtenir par la lutte des avan­cées sociales impor­tantes : nette aug­men­ta­tion du pou­voir d’achat, conso­li­da­tion du sys­tème de sécu­rité sociale, amé­lio­ra­tion des ser­vices publics en par­ti­cu­lier dans l’éducation et la santé… L’État pro­cède aussi à bon nombre de natio­na­li­sa­tions, ce qui ren­force son pou­voir d’intervention éco­no­mique. Les popu­la­tions pro­fitent davan­tage de la richesse créée à l’échelle natio­nale et la part des salaires dans le revenu natio­nal aug­mente.

Dans le même temps, au Sud, alors que les pays latino-amé­ri­cains sont en phase d’industrialisation rapide, l’indépendance —au moins offi­cielle— de la plu­part des pays asia­tiques et afri­cains est pro­cla­mée. Certains d’entre eux ébauchent une véri­table auto­no­mie poli­tique et éco­no­mique : les uns, comme l’Inde, l’Indonésie et l’Égypte, tout en res­pec­tant le sys­tème capi­ta­liste ; les autres, comme la Chine, Cuba et le Vietnam, optaient pour la rup­ture avec celui-ci. Mais la majo­rité des pays nou­vel­le­ment indé­pen­dants sont en fait encore lar­ge­ment soumis aux auto­ri­tés d’une grande puis­sance, sou­vent l’ancienne puis­sance colo­niale.

La dette est l’un des plus puis­sants vec­teurs de cette sou­mis­sion : au moment où l’administration et l’armée des pays colo­ni­sa­teurs doivent quit­ter phy­si­que­ment les pays ayant acquis leur indé­pen­dance, les gou­ver­ne­ments de ces der­niers sont for­te­ment inci­tés à s’endetter mas­si­ve­ment, les créan­ciers igno­rant —voire encou­ra­geant— les détour­ne­ments d’argent par les classes diri­geantes locales. Les pays du Sud, de plus en plus endet­tés, doivent pro­duire de plus en plus pour expor­ter et récu­pé­rer les devises des­ti­nées aux rem­bour­se­ments. Ce fai­sant, ils se font concur­rence entre eux en met­tant sur le marché des biens pri­maires (coton, café, cacao, bananes, sucre, ara­chide, mine­rais…) dont a besoin l’économie des pays du Nord. Cette sur­pro­duc­tion va se révé­ler dra­ma­tique quant à l’évolution des cours, d’autant que les pays du Nord connaissent à partir de 1973 la pre­mière grande réces­sion depuis la Seconde Guerre mon­diale.

Les années 1980 ont marqué un bou­le­ver­se­ment des rap­ports de force, tant entre pays les plus indus­tria­li­sés et pays de la péri­phé­rie qu’entre capi­ta­listes et sala­riés. C’est le résul­tat de la com­bi­nai­son de plu­sieurs fac­teurs :

  1. le coup de Paul Volcker, actuel conseiller éco­no­mique de Barack Obama, qui aug­menta bru­ta­le­ment les taux d’intérêt à partir de la fin de l’année 1979 quand il était direc­teur de la Réserve fédé­rale des États-Unis ;
  2. le contre-choc pétro­lier de 1981 qui mit fin à une poli­tique de prix élevés des matières pre­mières favo­rable aux pays de la péri­phé­rie qui en sont expor­ta­teurs (tous les prix des matières pre­mières et des pro­duits agri­coles connurent une ten­dance durable à la baisse de 1981 jusqu’au début des années 2000) ;
  3. l’offensive géné­ra­li­sée des gou­ver­ne­ments de Margaret Thatcher et Ronald Reagan contre les sala­riés, le tout dans un contexte de crise éco­no­mique géné­ra­li­sée en 1980-1982.

Les rap­ports de force se sont net­te­ment dété­rio­rés pour les pays de la péri­phé­rie ainsi que pour les sala­riés.

Acculé à rem­bour­ser de plus en plus avec des recettes en baisse, le Mexique, suivi plus tard par d’autres pays d’Amérique latine, doit stop­per momen­ta­né­ment le paie­ment de la dette en août 1982 [1] : c’est la « crise de la dette », qui va tou­cher tous les pays du Sud au fil des ans. Le nœud cou­lant se referme autour du cou des peuples du tiers-monde. Par la suite, le stock de la dette exté­rieure publique des PED s’accroît rapi­de­ment.

Des trans­ferts mas­sifs s’opérèrent des pays de la péri­phé­rie vers les pays les plus indus­tria­li­sés, notam­ment via le rem­bour­se­ment de la dette. De posi­tif, le trans­fert net sur la dette devint néga­tif au milieu des années 1980 : les pou­voirs publics des pays en déve­lop­pe­ment (PED) durent rem­bour­ser beau­coup plus chaque année que ce qu’ils rece­vaient comme nou­veaux prêts de la part des créan­ciers, sans réus­sir pour autant à se désen­det­ter. Au contraire, le stock de la dette ne fit que s’accroître.

C’est ce que montrent les deux gra­phiques ci-des­sous pour l’ensemble des PED.

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Évolution des trans­ferts nets sur la dette exté­rieure publique des PED
Source : Banque mon­diale, Global Development Finance, 2008. Graphique réa­lisé avec l’aide de Sébastien Dibling et Damien Millet. La dette exté­rieure publique inclut la dette exté­rieure publique à long terme et les cré­dits du FMI. Le trans­fert net sur la dette est la dif­fé­rence entre les prêts accor­dés et les mon­tants rem­bour­sés pen­dant une année donnée. Si le mon­tant est posi­tif, cela signi­fie que le mon­tant emprunté par les auto­ri­tés du pays a été supé­rieur au mon­tant total des rem­bour­se­ments. Si le mon­tant est néga­tif, cela signi­fie que le mon­tant rem­boursé a été supé­rieur au mon­tant total reçu sous forme de prêts.
Le gra­phique montre qu’entre 1985 et 2007, excep­tion faite de 1993 et 1998, le trans­fert net fut néga­tif : tous comptes faits, les gou­ver­ne­ments des PED ont rem­boursé beau­coup plus que ce qu’ils ont reçu sans pour autant réus­sir à se désen­det­ter, au contraire (voir plus bas).
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Evolution du stock total de la dette exté­rieure publique des PED (1970-2008)
Source : Banque mon­diale, Global Development Finance, 2008. Graphique réa­lisé avec l’aide de Sébastien Dibling et Damien Millet. Les PED ont trans­féré vers leurs créan­ciers l’équivalent de 7,5 plans Marshall (en mil­liards de dol­lars). Plan Marshall pour l’Europe après la Seconde Guerre mon­diale : 100 Mds $. Transfert net sur la dette exté­rieure publique pour la période 1985-2007 : -759 Mds $

L’augmentation du volume de la dette publique et des mon­tants à rem­bour­ser affecta aussi dura­ble­ment les pays les plus indus­tria­li­sés, ce qui entraîna au Nord un trans­fert massif des reve­nus des sala­riés au béné­fice des capi­ta­listes. En effet, les gou­ver­ne­ments rem­boursent les dettes qu’ils ont contrac­tées auprès des banques pri­vées et des autres inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels (assu­rances, fonds de pen­sion privés, « mutual funds ») en pré­le­vant une part de plus en plus impor­tante sur les impôts qui sont prin­ci­pa­le­ment payés par les sala­riés. Depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, les gou­ver­nants néo- ou social-libé­raux ont constam­ment réduit les impôts payés par les capi­ta­listes, ce qui aug­menta la part des impôts pro­ve­nant des tra­vailleurs dans l’ensemble des recettes fis­cales ser­vant à payer la dette.

Dans les pays les plus indus­tria­li­sés (c’est vrai éga­le­ment dans les pays du Sud), le patro­nat mul­ti­plia les agres­sions contre les sala­riés afin de faire remon­ter sub­stan­tiel­le­ment leurs béné­fices et, relayé par les gou­ver­ne­ments, il réus­sit à atteindre son objec­tif. C’est ce que montre très bien le tableau sui­vant. Le taux de profit, qui avait connu une ten­dance bais­sière au cours des années 1960 et 1970, recom­mença à aug­men­ter de manière durable à partir de 1981-1982.

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Évolution du taux de profit aux États-Unis et en Europe entre 1960 et 2007
Le taux de profit en Europe est com­posé par le taux moyen de profit en Allemagne, en France et au Royaume Uni. Le taux de profit est cal­culé selon le quo­tient entre l’excédent net d’exploitation natio­nale et le stock de capi­tal net du pays. Source : Elaboré par Nacho Alvarez et Bibiana Medialdea à partir de AMECO Commission euro­péenne

De son côté, la part des salaires dans le pro­duit inté­rieur brut connut une chute accen­tuée éga­le­ment à partir de 1981-1982 (la ten­dance bais­sière qui avait com­mencé en Europe avec la grande réces­sion de 1974-1975 s’approfondit à partir de 1981). Inversement, la part des reve­nus empo­chés par les capi­ta­listes aug­menta.

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Évolution de la part des salaires en % du PIB aux États-Unis et dans l’Union euro­péenne à 15, de 1960 à 2008
Source : Élaboré par Michel Husson à partir de Ameco, Commission euro­péenne

Si on ajoute le Japon et les quelques autres pays indus­tria­li­sés aux États-Unis et à l’Europe occi­den­tale, on constate grosso modo le même type d’évolution. La masse des salaires en pro­por­tion du PIB com­mença à bais­ser à partir de 1974-1975. La baisse s’accentua bru­ta­le­ment à partir de 1982.

Comme le montre la courbe de Saez (voir gra­phique 5), la part du revenu natio­nal des États-Unis qui revient aux 10 % les plus riches a crû de manière impres­sion­nante. L’accroissement est par­ti­cu­liè­re­ment brutal à partir du début des années 1980. Alors que le décile le plus riche s’accaparait 35 % du revenu natio­nal en 1982, sa part explose et atteint 50 % vingt-cinq ans plus tard, reve­nant ainsi à la situa­tion qui pré­céda le krach bour­sier de Wall Street en 1929.

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Évolution de la part du revenu total allant aux 10 % les plus riches aux États-Unis entre 1917 et 2006
Source : Saez E. (2008), “Striking it Richer : The Evolution of Top Incomes in the United States”.

La grande trans­for­ma­tion des années 1980 se mani­festa éga­le­ment par la dis­tance crois­sante qui sépare le taux de profit (qui aug­mente) du taux d’accumulation (qui baisse). Exprimé de manière simple : à partir de 1980, une part crois­sante des pro­fits n’est pas inves­tie dans la pro­duc­tion, elle est consom­mée par les capi­ta­listes ou est déviée vers la sphère finan­cière en lien avec un com­por­te­ment de ren­tier.

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Taux de profit et taux d’accumulation États-Unis + Union euro­péenne + Japon
Taux d’accumulation = taux de crois­sance du volume de capi­tal net. Taux de profit = profit/​capital (base 100 en 2000). Sources et don­nées des gra­phiques : [Michel Husson->http://​hus​so​net​.free​.fr/​t​o​x​i​c​a​p.xls°.

Une autre évo­lu­tion com­plète la grande trans­for­ma­tion : aux États-Unis, alors que la part des salaires dimi­nue dans le pro­duit inté­rieur brut, la consom­ma­tion privée aug­mente for­te­ment à partir de 1981-1982. Cela signi­fie deux choses :
-1. les sala­riés financent de plus en plus leur consom­ma­tion en s’endettant. Ce sont les 20 % de ménages les plus pauvres qui ont le plus aug­menté leur endet­te­ment (de 90 % entre 2000 et 2007) : c’était le maillon faible du dis­po­si­tif, le public natu­rel des sub­primes ;
-2. les capi­ta­listes consomment de plus en plus en uti­li­sant une part crois­sante de leurs pro­fits dans des dépenses somp­tuaires. Mais ils s’endettent aussi. En effet, en masse de crédit, les 20 % les plus riches ont contri­bué à eux seuls à la moitié de la pro­gres­sion de la dette des ménages enre­gis­trée entre 2000 et 2007. Les riches se sont endet­tés pour spé­cu­ler en Bourse ou dans d’autres sec­teurs comme l’immobilier tant que les prix étaient à la hausse.

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Part des salaires et de la consom­ma­tion privée dans le PIB aux États-Unis
Sources et don­nées : Michel Husson.
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Part des salaires et de la consom­ma­tion privée dans le PIB dans l’Union euro­péenne
Sources et don­nées : Michel Husson.

Ainsi que le montrent les deux gra­phiques ci-dessus , aux États-Unis, la consom­ma­tion s’est for­te­ment accrue alors que la masse sala­riale a baissé. Au sein de l’Union euro­péenne, la part des salaires a baissé de manière plus impor­tante tandis que la consom­ma­tion s’est main­te­nue. La dif­fé­rence entre les États-Unis et l’Union euro­péenne en ce qui concerne l’évolution de la consom­ma­tion tient au fait que si l’on excepte la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Irlande, l’endettement des ménages est resté net­te­ment infé­rieur à celui des États-Uniens (même s’il pro­gresse éga­le­ment). Donc il a financé la consom­ma­tion dans une moindre pro­por­tion.

Le gra­phique sui­vant montre qu’aux États-Unis, ce sont les banques, les assu­rances et les autres inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels qui ont connu une forte crois­sance de ren­ta­bi­lité tandis que le taux de profit du sec­teur indus­triel a moins pro­gressé.

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Taux de profit des socié­tés finan­cières et non-finan­cières aux États-Unis
Le taux de profit des socié­tés non finan­cières est cal­culé selon le rap­port entre leurs béné­fices et le stock net de capi­tal fixe de ces socié­tés. Le taux de profit des socié­tés finan­cières se cal­cule de manière ana­logue. Source : Elaboré par Nacho Alvarez et Bibiana Medialdea à partir de US Department of Commerce, BEA, National Economic Accounts.

En résumé, la grande trans­for­ma­tion qui a com­mencé dans les années 1980 suite à l’offensive lancée par le Capital contre le Travail sup­po­sait une crois­sance éco­no­mique dont les résul­tats étaient répar­tis de manière de plus en plus inéqui­table. La crois­sance était sou­te­nue par une accu­mu­la­tion de dettes dans le cadre d’une finan­cia­ri­sa­tion de plus en plus pous­sée de l’économie. Tôt au tard, ce modèle d’accumulation devait entrer en crise lorsque le maillon le plus faible de la chaîne d’endettement cède­rait (le marché des sub­primes). Ce fut le cas à partir de la mi-2007.

Loin d’être un acci­dent éco­no­mique ou la consé­quence des erre­ments de quelques-uns [2], il s’agit de la suite natu­relle de la logique qui pré­vaut dans le sys­tème capi­ta­liste. De plus, comme le dit Michel Husson : « La finance n’est pas un para­site sur un corps sain. Elle se nour­rit du profit non investi mais, avec le temps, elle acquiert un degré d’autonomie qui ren­force ce méca­nisme. Les capi­taux libres cir­culent à la recherche d’une ren­ta­bi­lité maxi­male (la fameuse norme de 15 %) et ils réus­sissent, au moins tem­po­rai­re­ment, à l’obtenir sur cer­tains seg­ments. Les banques elles-mêmes captent une partie crois­sante des pro­fits. Cette concur­rence pour un ren­de­ment maxi­mal élève la norme de ren­ta­bi­lité et raré­fie un peu plus les lieux d’investissement jugés ren­tables, déga­geant ainsi de nou­veaux capi­taux libres qui vont à leur tour partir à la recherche d’une hyper-ren­ta­bi­lité finan­cière. Ce cercle vicieux repose encore une fois sur une répar­ti­tion des reve­nus défa­vo­rable aux tra­vailleurs et à la recon­nais­sance de leurs besoins sociaux [3]. »

Pour com­prendre la crise qui a éclaté en 2007, il convient de ne pas s’arrêter à son déto­na­teur. La cas­cade de faillites finan­cières, si elle en est la partie visible, ne consti­tue pas la cause fon­da­men­tale de la crise.

Il y a 160 ans, Karl Marx a mis en garde contre une inter­pré­ta­tion super­fi­cielle des crises capi­ta­listes : « Les années 1843-1845 furent celles de la pros­pé­rité indus­trielle et com­mer­ciale, consé­quences néces­saires de la dépres­sion presque per­ma­nente de l’industrie dans la période de 1837 à 1842. Comme tou­jours, la pros­pé­rité lança bien­tôt la spé­cu­la­tion. Celle-ci surgit régu­liè­re­ment dans les périodes où la sur­pro­duc­tion bat déjà son plein. Elle four­nit à la sur­pro­duc­tion des débou­chés momen­ta­nés. Elle hâte en même temps l’irruption de la crise et en aug­mente la vio­lence. La crise elle-même éclate d’abord là où sévit la spé­cu­la­tion et ce n’est que plus tard qu’elle gagne la pro­duc­tion. L’observateur super­fi­ciel ne voit pas la cause de la crise dans la sur­pro­duc­tion. La désor­ga­ni­sa­tion consé­cu­tive de la pro­duc­tion n’apparaît pas comme le résul­tat néces­saire de sa propre exu­bé­rance anté­rieure mais comme une simple réac­tion de la spé­cu­la­tion qui se dégonfle [4]. »

La conclu­sion s’impose : la crise en cours trouve ses racines dans le sys­tème capi­ta­liste en tant que tel, et pas sim­ple­ment dans sa phase néo­li­bé­rale.

Alors, com­ment en sortir ? Il y a plu­sieurs issues capi­ta­listes à la crise car ce sys­tème ne s’effondrera pas de lui-même. L’issue recher­chée aujourd’hui par les gou­ver­ne­ments en place implique un appro­fon­dis­se­ment de l’offensive du capi­tal contre le tra­vail : aus­té­rité ou baisse sala­riale, aug­men­ta­tion du taux d’exploitation des tra­vailleurs et des petits pro­duc­teurs, uti­li­sa­tion d’une plus grande part des recettes fis­cales pour le sau­ve­tage des capi­ta­listes et pour le rem­bour­se­ment d’une dette publique qui a explosé depuis 2007-2008. Parallèlement à cette offen­sive en cours, cer­tains méca­nismes légers de régle­men­ta­tion des mar­chés finan­ciers sont en cours d’adoption et une mise sous statut public de quelques entre­prises finan­cières a été réa­li­sée (prin­ci­pa­le­ment aux États-Unis et en Grande-Bretagne).

Des mobi­li­sa­tions popu­laires mas­sives pour­raient débou­cher sur une inflexion de la poli­tique gou­ver­ne­men­tale plus ou moins com­pa­rable à ce que fut la poli­tique du New Deal ini­tiée par Franklin Roosevelt à partir de 1933, près de quatre ans après le krach de Wall Street, suivi par dif­fé­rents gou­ver­ne­ments d’Europe occi­den­tale (Grande-Bretagne, France) [5]. En sera-t-il de même cette fois-ci ? Rien ne le garan­tit. Tout va dépendre de la vigueur des résis­tances de celles et ceux qui sont vic­times de la crise. C’est la lutte des classes, cette réa­lité que la pensée unique veut faire dis­pa­raître, qui déci­dera de l’issue.

Pour leur part, les peuples des PED sont aussi direc­te­ment confron­tés à un retour en force de l’offensive du capi­tal contre le tra­vail. En effet, les années 2004-2007 avaient signi­fié dans de nom­breux pays, notam­ment les pays émer­gents, une légère amé­lio­ra­tion des condi­tions de vie, due prin­ci­pa­le­ment au niveau élevé des prix des matières pre­mières (y com­pris le pétrole) qui géné­raient des reve­nus impor­tants pour les pays expor­ta­teurs. Dans le cas de la Chine, c’est l’augmentation per­ma­nente des expor­ta­tions de pro­duits manu­fac­tu­rés vers les mar­chés inter­na­tio­naux qui en était la cause. Les tra­vailleurs chi­nois et russes avaient obtenu des aug­men­ta­tions de salaires. Les gou­ver­ne­ments de pays comme le Venezuela, l’Équateur, la Bolivie, l’Algérie, l’Argentine, le Brésil, l’Inde aug­men­taient les dépenses sociales. Les entre­prises embau­chaient et concé­daient des aug­men­ta­tions de salaires.

La crise ali­men­taire du pre­mier semestre 2008, suivie des retom­bées des crises finan­cières et éco­no­miques, a modi­fié radi­ca­le­ment la situa­tion, même si tous les pays ne sont pas affec­tés de la même manière. Dans l’ensemble des pays tou­chés, les luttes popu­laires seront déter­mi­nantes. Car sans attendre l’issue que les capi­ta­listes et les gou­ver­ne­ments à leur ser­vice veulent impo­ser, il faut mettre en avant une sortie anti-capi­ta­liste à cette crise et lutter au plus vite pour avoir une chance d’y par­ve­nir.

Notes


[1] Voir Eric Toussaint, Banque mon­diale, le Coup d’Etat per­ma­nent, coédi­tion CADTM-Syllepse-Cétim, 2006, cha­pitre 14, « La crise de la dette mexi­caine et la Banque mon­diale ». [2] Barack Obama a déclaré lors du G8 en Italie en juillet 2009 : « Les actions irres­pon­sables de quelques-uns ont engen­dré une réces­sion qui a balayé le globe » (voir Le Monde du 11 juillet 2009). Comme si ce n’était pas le sys­tème capi­ta­liste et la déré­gle­men­ta­tion finan­cière déci­dée par le gou­ver­ne­ment des USA et par les autres membres du G7 qui étaient res­pon­sables de la débâcle actuelle. [3] » Le capi­ta­lisme toxique « , Inprecor n° 541-542, sep­tembre-octobre 2008 [4] « Crise, pros­pé­rité et révo­lu­tions », Marx-Engels, Revue de mai à octobre 1850 in Marx-Engels, La crise, 10-18, 1978, p. 94. [5] Voir Eric Toussaint « Un coup d’œil dans le rétro­vi­seur pour com­prendre le pré­sent » (3/6) « L’éclipse libé­rale des années 1930 aux années 1970 », 9 juin 2009 et « Révolution key­né­sienne et contre-révo­lu­tion néo-libé­rale », 11 juin 2009,

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