Le bon, la brute et le truand

Par Mis en ligne le 07 février 2011

Quelques semaines avant la fuite du dic­ta­teur Ben Ali et des mani­fes­ta­tions au Caire et ailleurs, c’était « busi­ness as usual » à Ottawa, Washington, Paris et ailleurs où des gou­ver­ne­ments qu’on pré­tend démo­cra­tiques s’activaient à appuyer des voyou­cra­ties sans foi ni loi. Ce n’était pas « grave», car les grands médias avaient réussi à implan­ter l’idée que les régimes mal-aimés étaient un « moindre mal » face aux « hordes isla­miques ». On avait tou­jours une Denise Bombardier ou deux pour plaindre le sort des femmes voi­lées, qu’il fal­lait abso­lu­ment « sauver » des « bar­bares » par l’«ingérence huma­ni­taire ». Entre-temps, les États et les entre­prises occi­den­tales conti­nuaient de piller ces pays du Maghreb et du Moyen-Orient tout en s’assurant que l’«allié israé­lien » pou­vait conti­nuer à atta­quer, colo­ni­ser, tor­tu­rer à qui mieux mieux. Tout cela fai­sait partie de l’ordre « natu­rel » des choses.

Le bon

Dans cette ima­ge­rie fabri­quée par les médias et les États, il y avait les « bons » dic­ta­teurs qui avaient plu­sieurs qua­li­tés dont en pre­mier lieu celui de l’efficacité. C’était notam­ment le cas de Ben Ali, cet allié de la démo­cra­tie occi­den­tale. La répres­sion en Tunisie avait en effet réussi à tout écra­ser pen­dant plus de trente ans. Dans ce silence assour­dis­sant venant des pri­sons secrètes où on fai­sait mourir les dis­si­dents de la plus hor­rible des manières, il y avait la ronde des « ren­contres minis­té­rielles » et des visites de chefs d’état et sur­tout le bour­don­ne­ment des busi­ness­men bien bran­chés sur les cir­cuits de la voyou­cra­tie. Tout cela était archi connu mais on n’en disait rien. Quelquefois des sur­sauts de dignité fai­saient dire à cer­tains res­pon­sables offi­ciels qu’il était quand même gênant de se faire voir avec des tueurs. Mais qu’importe, les bons dic­ta­teurs per­met­taient d’assurer la « sta­bi­lité » tout en appuyant les aven­tures mili­ta­ristes états-uniennes et israéliennes.

La brute

Quelque fois cepen­dant, ces bons dic­ta­teurs fai­saient des « erreurs » : des « bavures » comme on le disait à propos de Mubarak qui frau­dait les élec­tions comme un géné­ral d’opérette tout en ver­rouillant l’opposition. Après un temps ainsi, le dic­ta­teur égyp­tien est devenu une « brute » un peu bébête, pas tel­le­ment pour ses poli­tiques « fon­da­men­tales » mais pour la manière de les gérer. Les États occi­den­taux devant ces « dérives » n’ont jamais hésité à flu­sher leurs voyous pré­fé­rés : par exemple dans les der­nières années, ils l’ont fait au Pakistan. À un moment donné, le dic­ta­teur doit être mis sur la touche sur­tout lorsqu’il ne par­vient plus à contrô­ler la colère des peuples, ce qui est évi­dem­ment le cas aujourd’hui en Tunisie et en Égypte, notamment.

Le truand

À côté des « bons » et des « brutes», il y avait aussi dans le dis­po­si­tif idéo­lo­gique des domi­nants des « méchants » ou des « truands ». On dési­gnait ainsi des dic­ta­tures « dis­si­dentes», dépha­sées par rap­port aux objec­tifs de l’empire. Certes sur le ter­rain, ces truands, en Iran par exemple, ne fai­saient rien de plus ou rien de pire que les « bons » ou les « mau­vais » dic­ta­teurs. La répres­sion exer­cée par ces « truands » ne déran­geait pas vrai­ment les capi­tales occi­den­tales, mais ce qui déran­geait vrai­ment était le fait que l’Iran (ou la Syrie) refu­sait de se subor­don­ner aux États-Unis dans leur utopie san­glante de « réin­gé­nie­rie » du Moyen-Orient.

Qui est dupe ?

Même si la plu­part des gens dans cette région du monde n’ont jamais vu le film de Sergio Leone, l’opinion est assez éclai­rée sur ce jeu mor­bide et cette atroce poli­tique de deux poids deux mesures pra­ti­quée par l’impérialisme. Les « révé­la­tions » de Wikileaks ces der­niers temps ont confirmé l’information qui cir­cu­lait depuis long­temps sur la conni­vence des États impé­ria­listes et des dic­ta­tures via les sites inter­net et les réseaux satel­li­taires comme Al-Jazeera. On le sait sur le ter­rain, la lutte pour la démo­cra­tie au Maghreb et au Moyen-Orient est orga­ni­que­ment liée au rejet des puis­sances impé­ria­listes et de leurs relais comme Israël. Ces deux luttes ne sont pas déta­chables. On sait aussi au Caire, à Tunis et ailleurs que l’impérialisme cherche à impo­ser une « tran­si­tion » qui est en fait un sau­ve­tage des régimes voyou­crates. Reste à voir si la résis­tance popu­laire pourra impo­ser un autre cours.

Le truand

À côté des « bons » et des « brutes», il y avait aussi dans le dis­po­si­tif idéo­lo­gique des domi­nants des « méchants » ou des « truands ». On dési­gnait ainsi des dic­ta­tures « dis­si­dentes», dépha­sées par rap­port aux objec­tifs de l’empire. Certes sur le ter­rain, ces truands, en Iran par exemple, ne fai­saient rien de plus ou rien de pire que les « bons » ou les « mau­vais » dic­ta­teurs. La répres­sion exer­cée par ces « truands » ne déran­geait pas vrai­ment les capi­tales occi­den­tales, mais ce qui déran­geait vrai­ment était le fait que l’Iran (ou la Syrie) refu­sait de se subor­don­ner aux États-Unis dans leur utopie san­glante de « réin­gé­nie­rie » du Moyen-Orient.

Qui est dupe ?

Même si la plu­part des gens dans cette région du monde n’ont jamais vu le film de Sergio Leone, l’opinion est assez éclai­rée sur ce jeu mor­bide et cette atroce poli­tique de deux poids deux mesures pra­ti­quée par l’impérialisme. Les « révé­la­tions » de Wikileaks ces der­niers temps ont confirmé l’information qui cir­cu­lait depuis long­temps sur la conni­vence des États impé­ria­listes et des dic­ta­tures via les sites inter­net et les réseaux satel­li­taires comme Al-Jazeera. On le sait sur le ter­rain, la lutte pour la démo­cra­tie au Maghreb et au Moyen-Orient est orga­ni­que­ment liée au rejet des puis­sances impé­ria­listes et de leurs relais comme Israël. Ces deux luttes ne sont pas déta­chables. On sait aussi au Caire, à Tunis et ailleurs que l’impérialisme cherche à impo­ser une « tran­si­tion » qui est en fait un sau­ve­tage des régimes voyou­crates. Reste à voir si la résis­tance popu­laire pourra impo­ser un autre cours.

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