Emprisonnement des trois chefs syndicaux du Front commun

Le 9 mai 72 reste gravé dans la mémoire syndicale du Québec

Par Mis en ligne le 10 mai 2012

Cette photo fut prise, le 25 mai 1972, à 6 heures du matin, à la sortie de prison des trois chefs qui en appe­laient de leur sen­tence. Elle a été prise par le pho­to­graphe François Demers et a ensuite été trai­tée par le gra­phiste Jean Gladu pour en faire un auto-col­lant. Plusieurs dizaines de mil­liers de cet auto­col­lant ont été impri­més et dis­tri­bués à tous les syn­di­qué-es durant la cam­pagne qui suivit la libé­ra­tion des trois chefs. Sur la photo de gauche à droite : Louis Laberge, pré­sident de la FTQ, Marcel Pepin, pré­sident de la CSN, et Yvon Charbonneau, pré­sident de la CEQ.

Le 9 mai 1972, les 3 chefs syn­di­caux Marcel Pepin (CSN), Louis Laberge (FTQ) et Yvon Charbonneau (CEQ) sont empri­son­nés pour avoir encou­ragé leurs membres à déso­béir à la loi spé­ciale met­tant fin au débrayage des 210 000 syn­di­qués qué­bé­cois du front commun intersyndical.Le front commun, a pris son essor en 1971, lors de la grève des syn­di­qués FTQ du quo­ti­dien La Presse. La FTQ et la CSN s’allient alors et orga­nisent une mani­fes­ta­tion de soli­da­rité regrou­pant plus de 12 000 per­sonnes en appui aux gré­vistes de La Presse.

Le Québec tra­verse une grande période d’effervescence et de remise en ques­tion sociale, où tous les espoirs sont permis, y com­pris celui de chan­ger les choses et sortir le Québec de son alié­na­tion envers les grandes entre­prises étran­gères. Chacune des trois orga­ni­sa­tions venaient de publier d’importantes réflexions sociales, dont le mani­feste « Ne comp­tons que sur nos propres moyens » du pré­sident de la CSN, Marcel Pepin.

Le 11 avril, les employés du sec­teur public et para­pu­blic délenchent la grève géné­rale. Les tra­vailleuses et les tra­vailleurs réclament un mini­mum de 100 $ par semaine pour tous les fonc­tion­naires.

Le 20 avril, le pre­mier ministre Robert Bourassa sus­pend le droit de grève des tra­vailleuses et tra­vailleurs de la fonc­tion publique et para­pu­blique et impose toutes les condi­tions de tra­vail à moins d’une entente, en recou­rant à la loi 19.

À comp­ter du 22 avril, les employé(e)s reprennent pro­gres­si­ve­ment le tra­vail. Le 8 mai l’agitation reprend au Québec, alors que les trois chefs sont condam­nés à purger un an de prison pour avoir encou­ragé les membres à ne pas res­pec­ter les injonc­tions de la cour obte­nues par les direc­tions d’hôpitaux.

L’annonce de l’emprisonnement des chefs sème la colère des syndiqué(e)s du sec­teur public et privé. Dans plu­sieurs petites villes du Québec, les syndiqué(e)s s’emparent des sta­tions de radio pour dif­fu­ser leurs mes­sages. La crise éclate au sein du cabi­net de Robert Bourassa qui confiera le dos­sier à son ministre du Travail, Jean Cournoyer.

Le 25 mai, les chefs syn­di­caux sont libé­rés, et reviennent à la table cen­trale de négo­cia­tions. De nou­velles conven­tions col­lec­tives sont signées. Les syn­di­qués auront 100 $ par semaine, mais après 3 ans.

Le 2 février 1973, les chefs du Front commun inter­syn­di­cal doivent retour­ner en prison pour purger la fin de leur sen­tence. Ils res­te­ront der­rière les bar­reaux de la prison d’Orsainville jusqu’en mai, après l’obtention d’une libé­ra­tion condi­tion­nelle.

Le Grand tumulte, un docu­men­taire à voir ou revoir 
Le docu­men­taire de Magnus Isacsson « Le Grand Tumulte », est dis­po­nible à l’ONF. Lors de la grève géné­rale du Front commun de 1972, les trois chefs syn­di­caux ont été empri­son­nés après avoir invi­tés les syn­di­qué-es à défier une loi spé­ciale. Ce film est d’autant plus inté­res­sant que le gou­ver­ne­ment Charest a uti­lisé le bras judi­ciaire pour tenter mettre fin à la grève des étu­diants. À plu­sieurs reprises, les tri­bu­naux ont émis des injonc­tions qui, les unes après les autres, ont été défiées. >>

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