Le 7 avril, verra-t-on un reversement de la volonté populaire comme aux élections de 1998, 1966 et 1944

Par Mis en ligne le 17 mars 2014

Selon les deux plus récents son­dages, qui mettent le Parti qué­bé­cois et le Parti libé­ral à éga­lité dans les inten­tions de vote, il se pour­rait que les libé­raux recueillent plus de votes que les péquistes le 7 avril pro­chain mais fassent élire moins de dépu­tés et donc demeurent dans l’opposition. Ce phé­no­mène s’explique par le fait que le PQ est consi­dé­ra­ble­ment en avance sur le Parti libé­ral dans les nom­breuses cir­cons­crip­tions à majo­rité fran­co­phone. Les appuis au Parti libé­ral, eux, se concentrent dans l’Ouest de Montréal et dans l’Outaouais où ce der­nier obtient des majo­ri­tés éle­vées

Mais il s’agirait là d’un ren­ver­se­ment de la volonté popu­laire du au mode de scru­tin majo­ri­taire de type anglais qui régit nos élec­tions. Des résul­tats aussi aber­rants sont sur­ve­nus trois fois lors des élec­tions qué­bé­coises. En 1998, le PQ dirigé le pre­mier ministre Lucien Bouchard avait vaincu le Parti libé­ral dirigé par Jean Charest. En 1966, l’Union natio­nale diri­gée par Daniel Johnson avait vaincu le Parti libé­ral dirigé par le pre­mier ministre Jean Lesage, arti­san de la Révolution tran­quille. Et en 1944, l’Union natio­nale dirigé par Maurice Duplessis avait vaincu le Parti libé­ral dirigé par le pre­mier ministre Adélard Godbout. Ce parti est resté au pou­voir 16 ans par la suite. On a sur­nommé cette période celle de la « grande noir­ceur ».

Lorsque sur­viennent de tels ren­ver­se­ments de la volonté popu­laire, qui consti­tuent une per­ver­sion de la démo­cra­tie, les diri­geants poli­tiques des autres pays en prennent acte. Mais ce n’est pas ce qui s’est pro­duit au Québec jusqu’ici. Il arrive sou­vent aussi qu’on rem­place le mode de scru­tin majo­ri­taire par un scru­tin de type pro­por­tion­nel. C’est ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande dans les années 1990.

Mais au Québec, après l’élection de 1998, Lucien Bouchard a plutôt fait repor­ter une réforme du mode scru­tin après « l’accession du Québec à la sou­ve­rai­neté » même si le PQ, à l’instigation de René Lévesque, avait ins­crit cet enga­ge­ment dans son pro­gramme dès 1969. On se rap­pelle que le fon­da­teur du parti s’apprêtait à dépo­ser un projet de loi ins­tau­rant un scru­tin pro­por­tion­nel de type régio­nal en 1984 lorsqu’il qu’il en a été empê­ché par le caucus de ses dépu­tés. Toute réfé­rence au scru­tin pro­por­tion­nel a d’ailleurs été biffée de la pla­te­forme péquiste, avec l’assentiment de Pauline Marois, lors du congrès de 2011.

La pos­si­bi­lité d’un gou­ver­ne­ment majo­ri­taire s’estompe

Le son­dage Léger Marketing du 15 mars place les péquistes et les libé­raux a éga­lité avec 37% des inten­tions de vote. Il n’en accorde que 14% à la CAQ et 9% à Québec soli­daire.

Selon les pro­jec­tions éta­blies par la site « Too close to call », le PQ ferait alors élire 61 dépu­tés, les libé­raux 57, les caquistes 5 et Québec soli­daire 2. Le PQ serait donc mino­ri­taire puisqu’il lui man­que­rait deux dépu­tés pour obte­nir la majo­rité abso­lue qui est de 63. Dans cette éven­tua­lité, la CAQ et Québec soli­daire détien­draient la balance du pou­voir.

Autre faits saillant décou­lant des pro­jec­tions : Le chef caquiste François Legault serait défait par le can­di­dat péquiste Pierre Paquette dans l’Assomption. Le chef libé­ral Philippe Couillard serait en avance dans Roberval où il livre une lutte serrée au député péquiste sor­tant Denis Trottier.

Par ailleurs, les pro­jec­tions pré­voient sept gains du PQ sur la CAQ dont six dans le 450 et l’autre dans le Centre du Québec ; soit Blainville, Drummond-Bois-Francs, Groulx, La Prairie, L’Assomption, Montarville et St-Jérôme. Elle pré­voient éga­le­ment cinq gains du PLQ sur la CAQ, tous dans la région de Québec ; soit Arthabaska, Charlesbourg, Lévis, Montmorency et Vanier-Les-Rivières

Ces mêmes pro­jec­tions pré­voient aussi des luttes ser­rées dans 17 cir­cons­crip­tions. Neuf cir­cons­crip­tions jusqu’ici déte­nues par les libé­raux sont mena­cées par les péquistes, soit Jean-Lesage, Maskinongé, Mégantic, Mille-Îles, Papineau, Richmond, Soulanges, Trois-Rivières et Verdun. Par contre, cinq cir­cons­crip­tions jusqu’ici déte­nues par les péquistes sont mena­cées par les libé­raux, soit Abitibi-Est, Laval-des-Rapides, Roberval, Saint-François et Sainte-Rose.

Par ailleurs, les péquistes sont mena­cés par Québec soli­daire dans Sainte-Marie Saint-Jacques. Dans Nicolet-Bécancour, déte­nue par la CAQ, il y a une lutte serrée entre les libé­raux et les péquistes. La CAQ est absente du tableau. Et dans Laurier-Dorion, déte­nue par les libé­raux, il y a une lutte à trois entre ces der­niers, les péquistes et Québec soli­daire,

Montréal, le 15 mars 2014

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