Le 7 avril, verra-t-on un reversement de la volonté populaire comme aux élections de 1998, 1966 et 1944

Selon les deux plus récents sondages, qui mettent le Parti québécois et le Parti libéral à égalité dans les intentions de vote, il se pourrait que les libéraux recueillent plus de votes que les péquistes le 7 avril prochain mais fassent élire moins de députés et donc demeurent dans l’opposition. Ce phénomène s’explique par le fait que le PQ est considérablement en avance sur le Parti libéral dans les nombreuses circonscriptions à majorité francophone. Les appuis au Parti libéral, eux, se concentrent dans l’Ouest de Montréal et dans l’Outaouais où ce dernier obtient des majorités élevées

Mais il s’agirait là d’un renversement de la volonté populaire du au mode de scrutin majoritaire de type anglais qui régit nos élections. Des résultats aussi aberrants sont survenus trois fois lors des élections québécoises. En 1998, le PQ dirigé le premier ministre Lucien Bouchard avait vaincu le Parti libéral dirigé par Jean Charest. En 1966, l’Union nationale dirigée par Daniel Johnson avait vaincu le Parti libéral dirigé par le premier ministre Jean Lesage, artisan de la Révolution tranquille.  Et en 1944, l’Union nationale dirigé par Maurice Duplessis avait vaincu le Parti libéral dirigé par le premier ministre Adélard Godbout. Ce parti est resté au pouvoir 16 ans par la suite. On a surnommé cette période celle de la «grande noirceur».

Lorsque surviennent de tels renversements de la volonté populaire, qui constituent une perversion de la démocratie, les dirigeants politiques des autres pays en prennent acte. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit au Québec jusqu’ici. Il arrive souvent aussi qu’on remplace le mode de scrutin majoritaire par un scrutin de  type proportionnel. C’est ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande dans les années 1990.

Mais au Québec, après l’élection de 1998, Lucien Bouchard a plutôt fait reporter une réforme du mode scrutin après «l’accession du Québec à la souveraineté»  même si le PQ, à l’instigation de René Lévesque, avait inscrit cet engagement dans son programme dès 1969. On se rappelle que le fondateur du parti s’apprêtait à déposer un projet de loi instaurant un scrutin proportionnel de type régional en 1984 lorsqu’il qu’il en a été empêché par le caucus de ses députés. Toute référence au scrutin proportionnel a d’ailleurs été biffée de la plateforme péquiste, avec l’assentiment de Pauline Marois, lors du congrès de 2011.

La possibilité d’un gouvernement majoritaire s’estompe

Le sondage Léger Marketing du 15 mars place les péquistes et les libéraux a égalité avec 37% des intentions de vote. Il n’en accorde que 14% à la CAQ et 9% à Québec solidaire.

Selon les projections établies par la site «Too close to call», le PQ ferait alors élire 61 députés, les libéraux 57, les caquistes 5 et Québec solidaire 2. Le PQ serait donc minoritaire puisqu’il lui manquerait deux députés pour obtenir la majorité absolue qui est de 63. Dans cette éventualité, la CAQ et Québec solidaire détiendraient la balance du pouvoir.

Autre faits saillant découlant des projections : Le chef caquiste François Legault serait défait par le candidat péquiste Pierre Paquette dans l’Assomption. Le chef libéral Philippe Couillard serait en avance dans Roberval où il livre une lutte serrée au député péquiste sortant Denis Trottier.

Par ailleurs, les projections prévoient sept gains du PQ sur la CAQ dont six dans le 450 et l’autre dans le Centre du Québec; soit Blainville, Drummond-Bois-Francs, Groulx, La Prairie, L’Assomption, Montarville et St-Jérôme. Elle prévoient également cinq gains du PLQ sur la CAQ, tous dans la région de Québec; soit Arthabaska, Charlesbourg, Lévis, Montmorency et Vanier-Les-Rivières

Ces mêmes projections prévoient aussi  des luttes serrées dans 17 circonscriptions. Neuf circonscriptions jusqu’ici détenues  par les libéraux sont menacées par les péquistes, soit Jean-Lesage, Maskinongé, Mégantic, Mille-Îles, Papineau, Richmond, Soulanges, Trois-Rivières et Verdun. Par contre, cinq circonscriptions jusqu’ici détenues par les péquistes  sont menacées par les libéraux, soit Abitibi-Est, Laval-des-Rapides, Roberval, Saint-François et Sainte-Rose.

Par ailleurs, les péquistes sont menacés par Québec solidaire dans Sainte-Marie Saint-Jacques. Dans Nicolet-Bécancour, détenue par la  CAQ, il y a une lutte serrée entre les libéraux et les péquistes. La CAQ est absente du tableau. Et dans Laurier-Dorion, détenue par les libéraux, il y a une lutte à trois entre ces derniers, les péquistes et Québec solidaire,

Montréal, le 15  mars 2014