Lancement-Fête du Numéro 52 d'À bàbord

Chomsky multiforme

Par Mis en ligne le 10 décembre 2013

-Lancements no 52 7 x5

L’économiste états-unien Michael Albert a sou­vent raconté avoir décou­vert, lors de son séjour dans l’Europe de l’Est com­mu­niste dans les années 1980, que bien des gens pen­saient qu’il y avait deux Noam Chomsky, homo­nymes.

Le pre­mier était le fameux lin­guiste, pro­fes­seur au pres­ti­gieux MIT. Le deuxième était le mili­tant et théo­ri­cien liber­taire et le plus célèbre dis­si­dent des États-Unis.

Il n’y a bien entendu qu’un seul Noam Chomsky. Mais il a signé tant de livres et tant d’articles, a pro­noncé tant de confé­rences, accordé tant d’entrevues, aussi bien à titre de scien­ti­fique qu’à titre de mili­tant, que devant l’immensité et la diver­sité de l’œuvre, cette erreur est com­pré­hen­sible.

À vrai dire, et nous nous en sommes aper­çus en pré­pa­rant ce dos­sier en hom­mage à Chomsky à l’occasion de son 85e anni­ver­saire, on pour­rait même dire qu’il n’y a pas deux, mais bien cinq, six, Chomsky, voire plus encore.

Nous ne pré­ten­dons pas, bien entendu, sur­vo­ler l’immense ter­ri­toire cou­vert par les écrits de Chomsky. Nous vou­lons plutôt, ici, modes­te­ment, donner aux mili­tantes et mili­tants un aperçu de son œuvre scien­ti­fique et phi­lo­so­phique, sou­vent moins connue, et aux phi­lo­sophes et scien­ti­fiques une idée de l’œuvre du pen­seur liber­taire et du mili­tant.

En ouver­ture de dos­sier, François Doyon dresse un por­trait du par­cours de ce mili­tant pour la liberté, un por­trait qui permet de tracer les contours de l’immense ter­ri­toire cou­vert par l’œuvre scien­ti­fique et mili­tante de celui qui se décrit comme un « enfant du siècle des Lumières ».

Chomsky, bien entendu, est d’abord un lin­guiste : plus exac­te­ment, il a pro­vo­qué un chan­ge­ment de para­digme dans cette dis­ci­pline, comme l’explique ici la lin­guiste Anne-Marie Di Sculio : on parle à ce propos de « révo­lu­tion chom­skyenne ». Di Sculio permet au néo­phyte de com­prendre en quoi a consisté cette impor­tante révo­lu­tion.

Mais ces tra­vaux ont eu aussi, et conti­nuent d’avoir, de pro­fondes réper­cus­sions sur d’autres dis­ci­plines, en par­ti­cu­lier dans les sciences cog­ni­tives et en phi­lo­so­phie, comme le rap­pelle James McGivray, qui montre com­ment Chomsky invite à penser la ques­tion de la liberté humaine.

On peut déjà comp­ter ici trois Chomsky : un lin­guiste, un influent pen­seur des sciences cog­ni­tives (et même l’un de ses fon­da­teurs) et un phi­lo­sophe.

Mais Chomsky, on l’a vu, est aussi un mili­li­tant et un théo­ri­cien liber­taire et Alison Edgley rap­pelle quelques grands thèmes de sa pensée sociale et poli­tique, son « socia­lisme sans Marx », comme elle le dit et son ins­pi­ra­tion liber­taire.

Chomsky a encore été un théo­ri­cien des médias et de leur rôle dans nos socié­tés : un texte de Normand Baillargeon rap­pelle à ce propos en quoi consiste ce fameux modèle pro­pa­gan­diste des médias qu’il a pro­posé avec Edward Herman.

Baillargeon rap­pelle enfin l’idée que Chomsky se fait et défend de l’université, un réflexion par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nente en ces heures où cette ins­ti­tu­tion est en proie à des trans­for­ma­tions dont on peut penser qu’elles ne sont pas tou­jours consen­ties ou com­prises dans toutes leurs impli­ca­tions.

Nous voici donc avec trois autres Chomsky : un théo­ri­cien de l’anarchisme, un pen­seur de l’université et de l’éducation et un ana­lyste des médias.

Il n’est donc pas du tout exa­géré de dire que Chomsky est un des pen­seurs les plus impor­tants de notre temps. Et dire que le pré­sent dos­sier n’a pas pu tout cou­vrir…

Chacun des textes de ce dos­sier est accom­pa­gné par une ques­tion que l’auteur.e a adres­sée à Chomsky, qui a eu la gen­tillesse de répondre à chacun.e : on lira ici ses réponses.

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