Élections 2011

L’agenda de libre-échange du Canada mine la démocratie et récompense les despote

Par Mis en ligne le 29 avril 2011

MONTRÉAL et OTTAWA, le 27 avril /CNW/ – Depuis son arri­vée au pou­voir, le gou­ver­ne­ment mino­ri­taire de Stephen Harper a mis de l’avant une poli­tique de libre-échange avec des des­potes tout en minant la démo­cra­tie ici même au Canada. De nom­breuses orga­ni­sa­tions cana­diennes et qué­bé­coises demandent de revoir la poli­tique étran­gère du Canada et d’adopter une nou­velle approche en matière d’échanges com­mer­ciaux.

C’est dans le plus pur secret et avec un empres­se­ment déme­suré que le gou­ver­ne­ment Harper cherche en ce moment même à conclure une entente glo­bale de libre-échange avec l’Union euro­péenne. Il s’agit sans doute de l’accord le plus ambi­tieux qu’ait jamais négo­cié le Canada. Il pour­rait non seule­ment trans­for­mer en pro­fon­deur notre éco­no­mie au niveau local et natio­nal, mais aussi miner nos poli­tiques envi­ron­ne­men­tales, nos ser­vices publics et nos méca­nismes démo­cra­tiques de prise de déci­sion. 
Ce même gou­ver­ne­ment Harper « récom­pense » les inves­tis­seurs étran­gers qui pour­suivent l’État cana­dien grâce aux dis­po­si­tions inves­tis­seur-État de l’Accord de libre-échange nord-amé­ri­cain. Pendant ce temps, il négo­cie avec les gou­ver­ne­ments du conti­nent ayant les pires feuilles de route en matière de vio­la­tions des droits humains, tels la Colombie et le Honduras.

Non aux dis­po­si­tions inves­tis­seur-État

D’une seule voix, les réseaux et orga­ni­sa­tions de la société civile du Canada et du Québec disent « Ça suffit ! ». Pour Common Frontiers-Canada et le Réseau qué­bé­cois sur l’intégration conti­nen­tale (RQIC), tous les accords de libre-échange cal­qués sur l’ALÉNA com­portent un risque inac­cep­table, celui de res­treindre la capa­cité de nos gou­ver­ne­ments de mener à bien leurs poli­tiques publiques. Le ver­se­ment par Ottawa, en août 2010, d’une somme record de 130 mil­lions $ à AbitibiBowater est le der­nier exemple en lice.

Rappelons qu’AbitibiBowater a fermé son usine de pâte et papier à Grand Falls-Windsor, Terre-Neuve et Labrador (T.-N.-L.) en 2008, avec la pré­ten­tion de vendre tous ses actifs, incluant les licences d’exploitation de la forêt et les permis d’utilisation de l’eau qui lui avaient été octroyés. Or, en tant que conces­sions publiques, ces permis sont la pro­priété de la Province, et non celle d’entreprises pri­vées. Lorsque le gou­ver­ne­ment de T.-N.-L. a entre­pris de les reprendre, AbitibiBowater a contourné le sys­tème juri­dique cana­dien en pour­sui­vant le gou­ver­ne­ment de T.-N.-L. devant un tri­bu­nal de l’ALÉNA. Au lieu de défendre le prin­cipe de pro­priété publique, le gou­ver­ne­ment fédé­ral a opté pour un arran­ge­ment avec AbitibiBowater avant même que la cause ne soit enten­due.

Nous deman­dons au pro­chain gou­ver­ne­ment du Canada de suivre l’exemple de l’Australie et d’éliminer les dis­po­si­tions inves­tis­seur-État de tous ses accords de libre-échange, incluant l’ALÉNA.

Non au péri­mètre de sécu­rité

En février der­nier, Stephen Harper et le pré­sident des États-Unis, Barack Obama, annon­çaient la créa­tion d’un ‘péri­mètre de sécu­rité’, un plan concocté en cati­mini dont les détails ne peuvent être expo­sés devant le Parlement, ni être révé­lés au public, malgré ses risques pour la sou­ve­rai­neté cana­dienne.

Depuis les évé­ne­ments du 11 sep­tembre 2001, le monde des affaires ne cesse de récla­mer que le Canada et le Mexique adoptent l’agenda des États-Unis en matière de sécu­rité. Le plan « Par-delà la fron­tière » de Harper-Obama en 2011 parle d’une com­pré­hen­sion com­mune du « contexte de la menace » qui, selon nous, sera inévi­ta­ble­ment défini en fonc­tion des inté­rêts états-uniens. L’idée d’un péri­mètre de sécu­rité implique la défi­ni­tion d’un péri­mètre exté­rieur patrouillé conjoin­te­ment mais sous le contrôle des États-Unis. Une autre résul­tante pourra être la fusion des infor­ma­tions per­son­nelles cana­diennes au sein de bases de don­nées conjointes qui seront acces­sibles aux auto­ri­tés états-uniennes de sécu­rité et d’application de la loi.

Nous deman­dons aux Canadiennes et Canadiens de s’opposer à de telles ini­tia­tives.

Non aux accords avec des des­potes

Le fait de négo­cier des accords de libre-échange (ALÉ) avec des pays comme la Colombie, le Panama et le Honduras envoie au reste du monde un signal que le Canada est un pays où l’on accepte que l’exploitation minière et les pro­fits des banques pié­tinent les droits humains. Malgré la per­sis­tance d’assassinats sys­té­ma­tiques de plu­sieurs dou­zaines de syn­di­ca­listes chaque année en Colombie, les Conservateurs et les Libéraux ont fait équipe en 2010 pour accé­lé­rer la rati­fi­ca­tion d’un ALÉ Canada-Colombie au Parlement avant que les tra­vaux de la Chambre ne soient sus­pen­dus pour l’été. En outre, le Canada a signé un accord avec le Panama, un para­dis fiscal reconnu pour ses acti­vi­tés de blan­chi­ment d’argent asso­cié au nar­co­tra­fic. Le Canada pour­suit actuel­le­ment en secret des pour­par­lers com­mer­ciaux avec le gou­ver­ne­ment illé­gi­time du Honduras, un pays qui a perdu son siège au sein de l’Organisation des États amé­ri­cains en raison du récent coup d’État mili­taire et des abus per­sis­tants en matière de droits humains. L’image de « bon voisin » que le Canada s’est bâti au fil des années s’effrite sérieu­se­ment, et le récent vote reje­tant l’inclusion du Canada au sein du Conseil de sécu­rité de l’ONU en consti­tue une preuve on ne peut plus claire.

Parlons poli­tique étran­gère

Le Réseau qué­bé­cois sur l’intégration conti­nen­tale et Common Frontiers-Canada déplorent l’absence de dis­cus­sions sur la poli­tique étran­gère au cours de la pré­sente cam­pagne élec­to­rale. Il est temps que les can­di­dats accordent une atten­tion et prennent posi­tion sur cet agenda libre-échan­giste qui fait du Canada et du monde un lieu de plus en plus inégal, et qui détruit notre pres­tige sur la scène inter­na­tio­nale. Le pro­chain gou­ver­ne­ment du Canada doit enga­ger un débat de fond sur la créa­tion d’un modèle alter­na­tif d’intégration, qui favo­rise la répar­ti­tion équi­table de la richesse et garan­tisse la pré­séance des droits éco­no­miques, sociaux, cultu­rels et envi­ron­ne­men­taux des popu­la­tions, par-delà les ambi­tions des cor­po­ra­tions trans­na­tio­nales et leur recherche du profit à tout prix.

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