La violence symbolique, qu’est-ce que c’est ?

Par Mis en ligne le 23 avril 2012

La violence symbolique est une domination sociale

C’est un pro­ces­sus de sou­mis­sion par lequel les domi­nés per­çoivent la hié­rar­chie sociale comme légi­time et natu­relle. Les domi­nés intègrent la vision que les domi­nants ont du monde. Ce qui les conduit à se faire d’eux-mêmes une repré­sen­ta­tion néga­tive. La vio­lence sym­bo­lique est source chez les domi­nés d’un sen­ti­ment d’infériorité ou d’insignifiance.

  • Les domi­nants assignent aux domi­nés un statut d’infériorité.
  • Ce statut engendre des situa­tions déva­lo­ri­santes pour les domi­nés
  • Les domi­nés éprouvent un sen­ti­ment d’infériorité ou d’insignifiance
  • ils sont soit invi­sibles (ils exercent des métiers aux­quels peu de gens prêtent atten­tion par exemple)
  • soit stig­ma­ti­sés. (Bourdieu les qua­li­fient d’êtres perçus, alors que les domi­nants sont ceux qui per­çoivent…)
  • Ces réa­li­tés sociales confirment les repré­sen­ta­tions men­tales
  • que les domi­nants se font des domi­nés
  • Si bien que la hié­rar­chie sociale appa­raît “logique” aux yeux de tous.
  • Les domi­nants ont le pou­voir d’imposer leur propre vision comme objec­tive et col­lec­tive. Si bien que les domi­nés ne dis­posent pas d’autres modes de pensée que celui des domi­nants ; ils ne peuvent donc pas échap­per à la vio­lence sym­bo­lique. Tout se fait de façon impli­cite et non consciente. Cela rend toute contes­ta­tion ou toute révolte extrê­me­ment dif­fi­cile.

    La violence symbolique, influence ou manipulation ?

    La vio­lence sym­bo­lique n’est ni un pro­ces­sus d’influence, ni une vaste mani­pu­la­tion. C’est une croyance col­lec­tive qui permet de main­te­nir les hié­rar­chies. Elle a pour effet la sou­mis­sion des domi­nés sans que les domi­nants aient besoin d’avoir recours à la force.
    La vio­lence sym­bo­lique consacre l’ordre établi comme légi­time. Elle dis­si­mule de ce fait, les rap­ports de force qui sous-tendent la hié­rar­chie sociale. Elle sert à paci­fier les rela­tions au sein de la struc­ture sociale.

    Finalement, la violence symbolique, ça a du bon ou pas ?

    Un monde sans vio­lence sym­bo­lique est un monde où les rap­ports de force sont visibles et donc bru­taux : soit c’est la guerre civile, soit c’est la dic­ta­ture. Dans le monde de l’entreprise, c’est la culture d’entreprise qui fait office de vio­lence sym­bo­lique. Et lorsqu’elle n’est pas assez forte pour donner une légi­ti­mité au “lea­der­ship” des mana­gers, c’est à ce moment-là que les conflits ouverts et par­fois vio­lents font leur appa­ri­tion. Lorsque le patron tape du poing sur la table et dit : “c’est moi qui com­mande !”, il a déjà tout perdu….

    La théo­rie géné­rale de la vio­lence sym­bo­lique a été déve­lop­pée à partir des années 70 par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron.
    A lire abso­lu­ment : La domi­na­tion mas­cu­line aux Editions du Seuil

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