La Tricontinentale socialiste

Face aux crises à Cuba et au Venezuela et au capitalisme

Par Mis en ligne le 12 décembre 2010

La fonc­tion posi­tive de toute crise est qu’elle révèle la non-via­bi­lité d’un modèle. Elle revient sur les illu­sions et les décombres idéo­lo­giques qui bloquent la vision stra­té­gique du futur. En ce sens, les crises sys­té­miques du capi­ta­lisme mon­dial, du modèle de Cuba et du modèle du Venezuela ouvrent le chemin au socia­lisme du XXIe Siècle.

Dans l’actuel dépas­se­ment du capi­ta­lisme, ce para­digme est le mode de pro­duc­tion du XXIe siècle, c’est-à-dire le génome de l’économie et de la société post-capi­ta­listes.

Dialectique de la crise

La fonc­tion posi­tive de toute crise est qu’elle révèle la non-via­bi­lité d’un modèle. Elle revient sur les illu­sions et les décombres idéo­lo­giques qui bloquent la vision stra­té­gique du futur. En ce sens, les crises sys­té­miques du capi­ta­lisme mon­dial, du modèle de Cuba et du modèle du Venezuela ouvrent le chemin au socia­lisme du XXIe Siècle.

Fin des illu­sions et options

Europe/Etats-Unis : la crise capi­ta­liste a mis en évi­dence que les gou­ver­ne­ments du Premier Monde ne sont rien d’autre que les laquais du grand capi­tal. Pendant que des cen­taines de mil­lions de per­sonnes ont sombré dans la pau­vreté, les entre­prises états-uniennes ont enre­gis­tré au troi­sième tri­mestre 2010 les plus gros béné­fices de leur his­toire, grâce à la poli­tique de l’administration Obama. Dans l’Union Européenne, le démon­tage de l’État pro­vi­dence s’accompagne de la menace, for­mu­lée par son plus haut fonc­tion­naire, J.D. Barroso, pré­sident de la Commission Européenne, d’installer des dic­ta­tures mili­taires au Portugal et en Espagne, si les syn­di­cats résistent trop. En consé­quence, deux idéo­lo­gies fon­da­men­tales du Premier monde vacillent sur leurs fon­de­ments :

  • Que la lutte de classes est ter­mi­née
  • Que l’Etat bour­geois garan­tit la paix sociale, le bien-être et la démo­cra­tie pour tous.

Cuba : les ultimes illu­sions sur la via­bi­lité du socia­lisme du XXe Siècle dis­pa­raî­tront avec les mesures dras­tiques d’économie de marché intro­duites dans l’île ; la recon­nais­sance dans Granma que la majo­rité du pays pra­tique une “éco­no­mie de sub­sis­tance”, et l’affirmation du Président de l’Assemblée Nationale, Ricardo Alarcon, en Chine, que Cuba “approu­vera l’expérience de déve­lop­pe­ment en réforme et ouver­ture” de la Chine.

Venezuela : La crise du modèle véné­zué­lien… qui dérive sur la mer de ses contradictions…en finit avec les illu­sions “socia­listes” du déve­lop­pe­ment bour­geois latino-amé­ri­cain. Le mérite d’Hugo Chavez à l’égard du socia­lisme reste limité à la divul­ga­tion du concept de socia­lisme du XXIe Siècle, sans aucun sou­tien ins­ti­tu­tion­nel ou scien­ti­fique pos­té­rieur. C’est le mérite que Marx et Engels concèdent à Hegel.

Les options poli­tiques struc­tu­relles sont, par consé­quent : pour le Premier Monde, dic­ta­tures ouvertes du capi­tal, régimes par­le­men­taires néo­li­bé­raux ou socia­lisme du XXIe Siècle ; pour le Tiers-monde, déve­lop­pe­ment de type socia­liste (NEP/​Lénine, Chine) ou bour­geois (Venezuela) avec socia­lisme du XXIe Siècle. C’est entre ces options que classes sociales, partis, États ont à choi­sir.

La Tricontinentale du Socialisme du XXIe Siècle

Dans un récent débat du Bloc Régional de Pouvoir Populaire-Scientistes pour une Economie Politique Socialiste (BRPP/SSPE), on s’est accordé sur la néces­sité, pour le pro­grès du Socialisme du XXIe Siècle de trois cata­ly­seurs :

  1. Une plus grande inté­gra­tion des forces anti-capi­ta­listes d’Amérique latine, d’Europe et d’Asie ;
  2. La conso­li­da­tion d’une avant-garde scien­ti­fique mon­diale qui tra­vaille sur le mode de pro­duc­tion post-capi­ta­liste et la tran­si­tion ;
  3. Le lien du Socialisme du XXIe Siècle avec les masses.

Les axes géo­po­li­tiques de la Tricontinentale

L’importance de l’Amérique latine dans le déve­lop­pe­ment du projet mon­dial post-capi­ta­liste réside dans le fait qu’elle dis­pose des mou­ve­ments sociaux les plus actifs, les plus conscients et les plus com­ba­tifs de tous les conti­nents. L’Europe, de son côté, apporte la connais­sance scien­ti­fique la plus avan­cée sur l’économie poli­tique et le mode de pro­duc­tion socia­liste du XXIe Siècle (Ecole d’Ecosse/Ecole de Brême). La Chine détient une posi­tion clé, car elle est l’un des deux déci­deurs du G-20 et l’unique pays puis­sant gou­verné par un Parti Communiste. Si la réac­ti­va­tion de la lutte des masses se confirme en Europe, il est néces­saire d’intégrer aussi sa gauche – partis, syn­di­cats et jeu­nesse – au tri­angle stra­té­gique de l’évolution post-capi­ta­liste.

Avant-garde et épis­té­mo­lo­gie naïve

Un des plus grands succès de l’idéologie bour­geoise et du dog­ma­tisme du socia­lisme du XXe Siècle a été la des­truc­tion de la théo­rie révo­lu­tion­naire de l’État et de l’avant-garde. Le résul­tat de cet anéan­tis­se­ment est double : d’une part, la sou­mis­sion au leader his­to­rique des masses et des membres du Parti à la tête de l’Etat, acri­tique et quasi reli­gieuse, et de l’autre l’idolâtrie acri­tique et anar­chi­sante de la “démo­cra­tie de base”. Ces deux atti­tudes sont naïves parce qu’elles nient la dia­lec­tique entre les néces­saires hié­rar­chies de pou­voir.

Avant-garde, vérité et majo­ri­tés

L’authentique lea­der­ship d’avant-garde naît de la vérité. Pour cette raison, il peut arri­ver qu’il ne coïn­cide pas avec la logique des majo­ri­tés. Si Einstein sou­tient que l’espace est courbé et cent phy­si­ciens pré­sents disent le contraire, Einstein a raison parce qu’il exprime la vérité objec­tive face à un retard dans la connais­sance de ses col­lègues. Lénine a raison quand il démet le Comité Central et convoque, en octobre de 1917, l’insurrection armée immé­diate, accu­sant d’idiots et de traîtres ceux qui veulent attendre la “majo­rité for­melle des bol­che­viques” dans un futur Congrès du Parti.

Leader et masses

C’est la dia­lec­tique du lea­der­ship. Dans le domaine poli­tique et mili­taire, la connais­sance et l’audace -supé­rieure à la nor­male- de l’avant-garde sont, avec une forte dose d’intuition, sal­va­trices en temps de crise. De ce talent découle la pré­ten­tion de beau­coup de diri­geants à la péren­nité de leur pou­voir. Les masses doivent recon­naître ce talent, mais elles doivent défendre leur droit à l’autodétermination, pour le bien du pro­ces­sus révo­lu­tion­naire. D’où tiennent-elles ce droit à l’autodétermination ? Du fait qu’en temps normal ne sont pas néces­saires les qua­li­tés de lea­der­ship d’un héros sau­veur -mais bien une direc­tion et un feed­back col­lec­tifs. De là la savante construc­tion de l’autoritarisme romain.

Avant-garde et forums sociaux

Récemment je dis­cu­tais avec notre ami Alexandre Buzgalin, qui a publié en 2000 à Cuba un petit ouvrage inti­tulé El futuro del socia­lismo, sur le pro­blème de la tran­si­tion au post-capi­ta­lisme et l’avant-garde. Il attend beau­coup des forums sociaux tel le Forum social euro­péen (FSE). Après avoir par­ti­cipé aux forums d’Athènes, de Paris, Londres et Quito, je ne par­tage pas son opti­misme et j’ai cessé de me rendre à ces évé­ne­ments. Je ne crois pas que des “uni­ver­si­tés d’été” (comme a dit Ramonet) naisse la Révolution Mondiale anti-capi­ta­liste, et non plus qu’elles inquiètent beau­coup les maîtres du Capital, qui en fait les financent.

Toute avant-garde naît autour d’un para­digme, c’est-à-dire une vérité objec­tive qui sert comme centre de gra­vité épis­té­mo­lo­gique et en son cas, poli­tique, de l’homo sapiens. Dans l’actuel dépas­se­ment du capi­ta­lisme, ce para­digme est le mode de pro­duc­tion du socia­lisme du XXIe Siècle, c’est-à-dire, le génome de l’économie et de la société post-capi­ta­liste. Comme dans tout pro­ces­sus d’évolution, les modèles non adap­tés dis­pa­raissent au cours de l’histoire.



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Date de paru­tion de l’article ori­gi­nal : 01/12/2010
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