LA DROITE : QUELLES DROITES ?

La société américaine hantée par le fascisme culturel, religieux et « doux »

Enjeux nationaux et internationaux

Par Mis en ligne le 11 septembre 2020

État de la situa­tion

L’arrivée au pou­voir de Donald Trump est, pour les États-Unis et pour l’ensemble des socié­tés capi­ta­listes avan­cées, symp­to­ma­tique de la crise et de la fai­blesse de la gou­ver­nance au sein de la classe capi­ta­liste. Cette der­nière ne peut plus répondre aux reven­di­ca­tions des tra­vailleurs et des tra­vailleuses rela­tives aux condi­tions de vie, à l’environnement, à la mili­ta­ri­sa­tion de notre pla­nète et au dépé­ris­se­ment de la démo­cra­tie libé­rale. La colère des classes popu­laires est inti­me­ment liée à la peur d’un avenir incer­tain. Aux États-Unis, cela s’est tra­duit par un res­sen­ti­ment pro­fond envers les élites poli­tiques et une méfiance à l’endroit des ins­ti­tu­tions. Si la Bourse de New York semble en pleine santé, c’est sur­tout au béné­fice de la classe capi­ta­liste et de ses valets au sein de la classe poli­tique. Les faits parlent d’eux-mêmes : baisses d’impôts pour les riches, avan­tages tari­faires pour les com­pa­gnies et socié­tés état­su­niennes et, qui plus est, une Maison-Blanche aux mains des ténors de Wall Street.

Le scep­ti­cisme des tra­vailleurs et des tra­vailleuses en est venu peu à peu à remettre en ques­tion un sys­tème démo­cra­tique inca­pable de répondre aux besoins de la classe ouvrière. Il fal­lait donc s’attendre à ce qu’ici, comme en Europe, des franges de plus en plus impor­tantes de la popu­la­tion se mettent à cher­cher de nou­velles ave­nues de trans­for­ma­tion sociale, voire une nou­velle utopie. Si cer­tains et cer­taines ont choisi de donner leur voix à une gauche ouver­te­ment socia­liste aux élec­tions de mi-mandat de 2018, plu­sieurs ont été séduits par le dis­cours réac­tion­naire d’une droite radi­cale qui se pré­sente comme la solu­tion à tous les maux de la société état­su­nienne. Cet extré­misme de droite ne cache ni sa miso­gy­nie, ni son isla­mo­pho­bie, ni son homo­pho­bie et exa­cerbe les sen­ti­ments anti-immi­gra­tion.

À cet effet, les mani­fes­ta­tions de Charlottesville en 2017[1] témoignent de manière expli­cite du retour en force d’un machisme et d’un racisme ouverts que conso­lident quo­ti­dien­ne­ment les médias pou­belles qui dominent les ondes à l’extérieur des grands centres urbains de la côte est et de la côte ouest. La remise en ques­tion du droit à l’avortement s’inscrit dans une même logique.

Le popu­lisme d’extrême droite semble mani­fes­te­ment bien ancré dans l’esprit de nombre de citoyennes et de citoyens état­su­niens cyni­que­ment déçus par l’effritement du sys­tème démo­cra­tique. Pour cer­taines et cer­tains, ce cou­rant idéo­lo­gique et social carac­té­ri­se­rait la montée d’une forme de néo­fas­cisme « typi­que­ment état­su­nien » qui ne serait pas l’apanage de l’Amérique pro­fonde, peu ins­truite et por­teuse d’une vision pas­séiste et mytho­lo­gique de la nation. Des membres de la bour­geoi­sie et de l’élite poli­tique ne cache­raient pas l’attrait qu’exerce sur eux une solu­tion auto­ri­taire. On peut rap­pe­ler à titre d’exemple que la famille Koch et les Ted Cruz de ce monde appuient sans réserve la stra­té­gie de Trump axée sur une gou­ver­nance auto­ri­taire des­ti­née à assu­rer l’hégémonie impé­ria­liste état­su­nienne sur l’ensemble de la pla­nète.

Mais pour­quoi évo­quer le fas­cisme ? L’histoire des États-Unis est par­se­mée de dis­cours et de per­son­na­li­tés qui ont posé les jalons d’un fas­cisme aux cou­leurs du pays. Durant la crise des années trente, un prêtre catho­lique, le Father Coughlin, saluait les prouesses du régime de Benito Mussolini dans son émis­sion radio­pho­nique heb­do­ma­daire, pen­dant que le séna­teur popu­liste de la Louisiane, Huey Long, invi­tait le pays à s’inspirer du pro­gramme du Duce pour com­battre la crise. Dans les années 1950, George Lincoln Rockwell, le chef du Parti nazi état­su­nien, para­dait encore dans les grandes villes des États-Unis. C’est à cette époque que le grand écri­vain état­su­nien Sinclair Lewis a écrit It Can’t Happen Here[2] (Ça ne peut pas arri­ver chez nous), un roman dans lequel il décrit la venue au pou­voir, par la voie élec­to­rale, d’un pré­sident qui, une fois en poste, réus­sit à contour­ner la Constitution amé­ri­caine pour ins­tau­rer un régime fas­ciste. Publié en 1935, ce livre consti­tue un aver­tis­se­ment sur le danger de la montée du fas­cisme au cœur des démo­cra­ties libé­rales. Le fas­cisme était à l’époque de type mili­ta­riste et revan­chard, assez proche des concep­tions de Gentile[3] et des futu­ristes ita­liens qui fai­saient l’éloge de la mas­cu­li­nité et de la Première Guerre mon­diale.

Le livre de Sinclair Lewis peut faire penser, dans sa des­crip­tion du per­son­nage du pré­sident fas­ciste, au com­por­te­ment actuel de Donald Trump. On y voit le même mélange d’arrogance et de suf­fi­sance d’une per­son­na­lité carac­té­rielle tra­vaillée par de fré­quentes sautes d’humeur. Il s’agit d’une anti­ci­pa­tion lit­té­raire d’une actua­lité stu­pé­fiante, ce qui nous permet de tracer des paral­lèles entre fas­cisme ancien et nou­veau.

Aujourd’hui, des com­men­ta­teurs et des com­men­ta­trices, des jour­na­listes et intellectuel·le·s de gauche comme de la droite modé­rée tentent de com­prendre le com­por­te­ment d’un Donald Trump et de le situer sur l’échiquier idéo­lo­gique. Or, le mot « fas­ciste » ou « néo­fas­ciste » est devenu le pivot sur lequel reposent de nom­breuses ana­lyses contem­po­raines. Dylan Riley, dans son article « What is Trump ?[4] », nous ren­voie à une série d’auteurs qui disent una­ni­me­ment que Trump est ouver­te­ment fas­ciste. Mais le fas­cisme qui nous guette aujourd’hui n’est-il pas dif­fé­rent de celui du passé, n’est-il pas plus subtil ? À suivre ces réflexions, on com­prend que le fas­cisme état­su­nien du XXIe siècle se construit autour de nou­veaux outils et sur­tout de nou­velles stra­té­gies com­mu­ni­ca­tion­nelles et visuelles.

Donald Trump est à la fois de droite et d’extrême droite, selon les cir­cons­tances et la poli­tique qu’il défend, mais il semble plus dif­fi­cile de le qua­li­fier de fas­ciste au sens où on l’entendait il y a un siècle. En fait, il nous faut redé­fi­nir l’idéologie fas­ciste selon les condi­tions cultu­relles d’aujourd’hui. Le cor­po­ra­tisme d’État est l’une des carac­té­ris­tiques du fas­cisme, ce qui n’est pas le cas de la gou­ver­nance de Trump, qui ren­voie au capi­ta­lisme sau­vage du début de la révo­lu­tion indus­trielle. De plus, Trump n’a pas, à pro­pre­ment parler, une milice indé­pen­dante pour le sou­te­nir. Ces réa­li­tés nous forcent donc à mettre de côté les vieux para­mètres pour saisir en quoi l’idée du fas­cisme demeure tou­jours vivante aujourd’hui.

L’enjeu consiste ici à redé­fi­nir cette idéo­lo­gie à partir d’une culture de masse cen­trée sur la consom­ma­tion et le maté­ria­lisme, d’où l’idée d’une « mas­si­fi­ca­tion » de la société amé­ri­caine. Jamais la liberté ne s’est autant défi­nie par une uni­for­mi­sa­tion des désirs autour de l’accumulation maté­rielle. Idéologie déshu­ma­ni­sante, le fas­cisme contem­po­rain pro­dui­rait donc une défi­ni­tion de la liberté fondée sur une culture consu­mé­riste qui tend à dépo­li­ti­ser les citoyens et les citoyennes tout en les iso­lant. En somme, le type de fas­cisme qui nous guette est plutôt un fas­cisme cultu­rel, un fas­cisme dit « doux », presque sym­pa­thique, assez carac­té­ris­tique de la « société du spec­tacle », laquelle, comme l’explique Guy Debord dans son oeuvre[5], a été pro­pul­sée par le déve­lop­pe­ment de l’industrie des com­mu­ni­ca­tions. CNN et Fox jouent un rôle fon­da­men­tal dans cette vaste entre­prise d’abrutissement de la société état­su­nienne, parce qu’ils réin­ventent l’actualité quo­ti­dienne et la trans­forment en pur spec­tacle comme s’il s’agissait de regar­der un pro­gramme musi­cal de détente sans qu’il soit néces­saire de réflé­chir sur la nou­velle.

Le film de Fritz Lang, Metropoplis (1927), fait état de la mili­ta­ri­sa­tion des ouvriers qui rentrent et sortent de leur lieu de tra­vail. Dans Les temps modernes de Charlie Chaplin (1936), un ouvrier est pri­son­nier de l’engrenage d’une machine qui contrôle l’ensemble des tra­vailleurs. Ce sont deux méta­phores emblé­ma­tiques de la mili­ta­ri­sa­tion fas­ci­sante de la classe ouvrière à l’époque indus­trielle. Le fas­cisme ancien repo­sait sur la mili­ta­ri­sa­tion de la société et l’usage de la vio­lence phy­sique, deux élé­ments indis­pen­sables à la struc­tu­ra­tion du pou­voir d’État et à la mise au pas de la société. Le fas­cisme contem­po­rain n’a plus besoin de milices ou de menaces. La « mas­si­fi­ca­tion » est désor­mais entre­te­nue par le spec­tacle des fake news et une culture de la consom­ma­tion qui joue le rôle d’une idéo­lo­gie ; c’est ce qui permet de parler d’un fas­cisme cultu­rel, carac­té­risé par l’adhésion des masses à des conduites conformes aux exi­gences des pou­voirs éco­no­miques et poli­tiques sans contrainte expli­cite et sans conscience de ce qui se passe. Ce fas­cisme cultu­rel est for­cé­ment plus dif­fi­cile à recon­naître et en cela plus per­ni­cieux.

George Orwell décrit dans son célèbre roman 1984[6] une femme à la maison qui doit se pré­sen­ter devant son écran de télé­vi­sion inter­ac­tive pour par­ti­ci­per, comme figu­rante, à une sorte de télé­ro­man. À un moment précis, elle doit dire deux mots et la scène se pour­suit. Cette femme par­ti­cipe, à son insu, à la fabri­ca­tion du fas­cisme cultu­rel, ce qui la rend pri­son­nière du sys­tème et fait croire que sa par­ti­ci­pa­tion la rend libre. Avec les médias sociaux, nous sommes, d’une cer­taine manière, les acteurs et les bâtis­seurs de notre propre domi­na­tion et de la péren­nité d’un régime fas­ciste d’un type nou­veau. Neil Postman[7], dans Se dis­traire à en mourir, nous dit que nous fai­sons, de nous-mêmes, appel à la figure mythique du « Big Brother ». Notre culture de masse nous a tel­le­ment infan­ti­li­sés que nous devons, pour nous sentir vivants, faire appel de façon incons­ciente à une figure que nous pou­vons décrire comme pater­na­liste, apte à prendre en main nos vies et à régler tous nos pro­blèmes. C’est ce type de fas­cisme qui s’installe aux États-Unis, et Trump incarne un capi­ta­lisme rendu à un autre stade de son déve­lop­pe­ment, où il n’est plus simple méca­nique éco­no­mique mais culture.

Le fas­cisme reli­gieux, une nou­velle utopie ?

Les États-Unis consti­tuent une puis­sance fondée sur une véri­table mytho­lo­gie (liberté indi­vi­duelle, réus­site per­son­nelle et éga­lité) qui a contri­bué à main­te­nir vivant leur excep­tion­na­lisme et fait du rêve amé­ri­cain un idéal dont la force d’attraction est indé­niable. Or, le sen­ti­ment de tra­hi­son à l’égard des élites met en péril ce rêve fon­da­teur et enclenche la quête d’une nou­velle orien­ta­tion sus­cep­tible de redon­ner de la « gran­deur » (comme le pro­met­tait Trump) à un pays qui semble se cher­cher. Cela explique pour­quoi les droites état­su­niennes, quelles qu’elles soient, se rejoignent sur le ter­rain des dis­cours sal­va­teurs. Après la droite mili­cienne, répu­bli­caine et poli­tique, l’extrême droite reli­gieuse peau­fine son dis­cours. Il n’est plus ques­tion de sauver les âmes et de servir le Christ, mais de construire, en terre des croyants, une utopie reli­gieuse exclu­sive des­ti­née à pré­ser­ver la pureté du sol et de la nation des menaces venues d’ailleurs.

Chris Hedges[8] nous dit que l’extrême droite reli­gieuse a une peur malé­fique de perdre ses cer­ti­tudes morales dans un pays envahi par d’autres reli­gions. La menace est à ses yeux un peu par­tout. Elle pro­vient des scien­ti­fiques, jugés « sata­niques » et au ser­vice de l’incroyance, et des juges qui refusent de sanc­tion­ner l’avortement et pavent la voie à l’immoralité. Manichéenne, la droite reli­gieuse se repré­sente le monde comme pro­fon­dé­ment divisé entre ceux qui craignent de tout perdre, y com­pris leur liberté de croyance, et les enne­mis de Dieu. Cette peur de la chute pousse la droite reli­gieuse à relan­cer l’idée d’un nou­veau rêve amé­ri­cain qui ne repo­se­rait plus sur les idées des Lumières et le libé­ra­lisme poli­tique. La « recon­quête » du Nouveau Monde s’inspire d’un chris­tia­nisme ultra­con­ser­va­teur animé par une pul­sion revan­charde à l’endroit du mel­ting-pot qui aurait nui aux « vraies » valeurs état­su­niennes. Inspirés par l’Ancien Testament et l’image d’un dieu ven­geur, ses adeptes attendent – pour ainsi dire – la venue d’un homme assez fort pour empê­cher le déclin. Cette ver­sion chré­tienne de la droite dure s’accommode par­fai­te­ment d’un fas­cisme à l’italienne mis au goût du jour, qui ferait obs­tacle à une immi­gra­tion jugée dan­ge­reuse au sein d’une Amérique renais­sante[9].

Un fas­cisme dit « doux »

Bertram Gross a publié en 1980 un livre inti­tulé Friendly Fascism[10]. Au moment de sa publi­ca­tion, le livre de Gross a été vu, à l’instar du roman de Sinclair Lewis, comme une fable un peu fan­tai­siste. L’arrivée de Trump au pou­voir redonne à son propos toute sa per­ti­nence.

La concen­tra­tion du pou­voir finan­cier – avant la der­nière crise immo­bi­lière de 2006 à 2010, il y avait six très grandes banques alors qu’aujourd’hui il n’y en a que quatre – reflète assez bien aujourd’hui la concen­tra­tion du capi­tal en géné­ral, réa­lité que per­sonne n’a contes­tée, pas même l’économiste soi-disant pro­gres­siste Paul Krugman. Le silence est com­plet parce que les banques ne sont pas vues comme des enne­mies, mais comme des pour­voyeurs de cette fabu­leuse éco­no­mie capi­ta­liste qui nous enri­chit tous. Barack Obama n’a-t-il pas contri­bué à la survie des banques et donné 700 mil­liards de dol­lars à Wall Street ? En fait, la concen­tra­tion du capi­tal et le déve­lop­pe­ment des grandes for­tunes à l’origine de l’empire finan­cier état­su­nien, celles des Rockefeller, Dupont, Carnegie et plus récem­ment des Gates, Koch, Adler, jouissent d’une sur­pre­nante accep­ta­bi­lité sociale qui confirme la thèse d’un « fas­cisme doux » au sens où les oli­garques, tel le « géné­reux » Bill Gates, sus­citent admi­ra­tion et sym­pa­thie. Une majo­rité de per­sonnes alié­nées par un sys­tème qui les dépos­sède attend des pri­vi­lé­giés de ce même sys­tème des réponses à ses mal­heurs. En face, les élites pro­mettent des chan­ge­ments et parlent de refon­da­tion sans rien perdre de leur posi­tion et de leur pres­tige.

La Maison-Blanche illustre très bien le phé­no­mène. Le pré­sident et son Bureau exé­cu­tif[11], indé­pen­dam­ment du parti au pou­voir, consti­tuent le sym­bole le plus impor­tant de la démo­cra­tie amé­ri­caine. Si nous consi­dé­rons les pou­voirs que pos­sède un pré­sident, nous com­pre­nons pour­quoi les Étatsuniens se réfèrent sans cesse au pré­sident et à son Bureau exé­cu­tif. Ainsi, quand le séna­teur Barry Goldwater a convaincu Richard Nixon de quit­ter la pré­si­dence, ce n’était pas pour pro­té­ger Nixon, mais pour pro­té­ger le Bureau exé­cu­tif de la pré­si­dence. C’est la raison pour laquelle Gross écri­vait que l’amour qu’éprouve la popu­la­tion envers le Bureau de la pré­si­dence pour­rait faci­le­ment être mani­pulé par un pré­sident qui s’en ser­vi­rait pour ins­tau­rer, par un dis­cours séduc­teur et pro­tec­teur, des mesures fas­ci­santes. Toute la ques­tion de l’immigration illé­gale à la fron­tière mexi­caine et le dis­cours du pré­sident Trump pour conso­li­der sa pré­si­dence autour de cet enjeu sont des exemples frap­pants de ce type de fas­cisme et de son influence sur la popu­la­tion état­su­nienne.

Une société sur la voie du fas­cisme ?

Si nous pre­nons en compte les trois variantes du fas­cisme qui tra­versent la société état­su­nienne, nous pou­vons affir­mer que la société état­su­nienne (y com­pris la classe capi­ta­liste et la classe poli­tique) est sur la voie d’un fas­cisme d’un nou­veau genre, à la fois cultu­rel et reli­gieux. C’est cette culture fas­ciste qui rend pos­sible un Donald Trump dont la pos­ture miso­gyne, raciste et agres­sive (envers la presse notam­ment) semble aujourd’hui bana­li­sée. Désormais apôtre de la « droite alter­na­tive » en Europe, l’ancien conseiller du pré­sident état­su­nien, Steve Bannon, a su recon­naître un ter­reau fer­tile en sol amé­ri­cain et s’assurer de la péren­nité des alliances néces­saires à la conso­li­da­tion de ce fas­cisme entre la classe éco­no­mique domi­nante et la classe poli­tique, ce qui garan­tit aux franges les plus dures du Parti répu­bli­cain la main mise sur le pou­voir. Cela explique pour­quoi l’opposition de gauche, dont le Parti démo­crate, et les orga­ni­sa­tions pro­gres­sistes ont devant elles un immense défi quant à leur capa­cité à tra­duire en un mou­ve­ment large les frus­tra­tions des per­sonnes les plus mar­gi­na­li­sées des États-Unis encore séduites par le chant des sirènes de l’extrême droite.

Donald Cuccioletta est rédac­teur des Nouveaux Cahiers du socia­lisme


  1. L’extrême droite amé­ri­caine a orga­nisé à Charlottesville en Virginie (États-Unis) les 11 et 12 août 2017 un ral­lie­ment Unite the Right (Unifier la droite) pour pro­tes­ter contre le retrait de la statue du géné­ral sudiste Robert Lee, diri­geant des forces des États confé­dé­rés lors de la guerre de Sécession. NdR
  2. Sinclair Lewis, It Can’t Happen Here, New York, Penguin Classics, [1935] 1963.
  3. Giovanni Gentile fut ministre sous Mussolini et membre du Grand Conseil fas­ciste. NdR
  4. Dylan Riley, « What is Trump ? », New Left Review, n° 114, 2018. Max Boot, un conseiller des répu­bli­cains, écrit : « Je ne dis pas que Trump est Hitler, néan­moins, il est fas­ciste ». Le néo­con­ser­va­teur Robert Kagan a écrit dans le Washington Post du 18 mai 2016 : « C’est ainsi que le fas­cisme est venu en Amérique ». Et Mark Bray, un anar­cho-syn­di­ca­liste : « Je ne dirais pas que Trump est un fas­ciste, mais il démontre qu’il a les carac­té­ris­tiques d’un fas­ciste ». Dans le Monthly Review d’avril 2017 (vol. 68, n° 11), John Bellamy Foster, un membre du comité de rédac­tion de la revue, écrit « Neofascism in the White House ». Mediapart suit aussi la ten­dance ; Christian Salmon y écrit dans le numéro du 18 décembre 2016 : « Judith Butler : “Pourquoi Trump est un phé­no­mène fas­ciste” ».
  5. Guy Debord, La société du spec­tacle, Paris, Gallimard, [1967] 1992.
  6. Georges Orwel, 1984, Paris, Gallimard, 1950.
  7. Neil Postman, Se dis­traire à en mourir, Paris, Pluriel, 1985.
  8. Chris Hedges, American Fascists. The Christian Right and the War on America, New York, Free Press, 2006.
  9. Depuis 2002, il y a eu une aug­men­ta­tion de 41 % des ins­crip­tions dans les écoles chré­tiennes et conser­va­trices et 72 % des parents qui se déclarent chré­tiens et conser­va­teurs estiment que la nou­velle utopie passe par l’enseignement moral et reli­gieux. Ibid., p. 156.
  10. Bertram Gross, Friendly Fascism. The New Face of Power in America, New York, M. Evans, 1980.
  11. En anglais : Executive Office of the President of the United States.

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