La saison du mépris

Par Mis en ligne le 24 avril 2012

Le gou­ver­ne­ment Charest a misé sur l’usure, il a refusé toute dis­cus­sion sou­hai­tant de toute évi­dence qu’exaspérés les étu­diants dérapent et que la lutte dégé­nère. La ministre Lyne Beauchamps nous rejoue le film de 2005 où le ministre de l’époque Jean-Marc Fournier avait réussi à créer une divi­sion au sein des asso­cia­tions étu­diantes. Pendant ce temps Jean Charest fait des blagues avec ses amis, au sujet de l’émeute qui se déroule à l’extérieur des murs du Palais des Congrès, alors que des mani­fes­tant-e-s parmi les­quels des étu­diants et des étu­diantes se font poi­vrer et tabas­ser par la police.

Durant les der­niers jours, des dizaines d’étudiants et étu­diantes et même des pro­fes­seurs ont été molesté-e-s et arrêté-e-s par la police, par­fois à l’intérieur même des locaux uni­ver­si­taires comme à Gatineau. Jean Charest ne se bat pas pour les quelques dol­lars d’augmentation qui selon Simon Tremblay-Pepin de l’institut IRIS, lui rap­por­tera moins de 1% (0,97%) du budget total du minis­tère de l’Éduction. Selon lui la valeur de la hausse pour le gou­ver­ne­ment serait réduite de 332M$ à envi­ron 146 M$ si on tient compte des cor­rec­tifs des coûts sous-éva­lués appor­tés par l’IREC ainsi que de la mise en place d’un éven­tuel rem­bour­se­ment pro­por­tion­nel au revenu (RPR) annoncé il y a quelques semaines par la ministre de l’Éducation Line Beauchamp et le ministre des Finances Raymond Bachand.

Charest se bat pour impo­ser le prin­cipe néo­li­bé­ral de l’utilisateur-payeur et main­te­nant plus que jamais pour écra­ser la résis­tance. Une percée du mou­ve­ment étu­diant à l’heure actuelle pour­rait signi­fier l’amorce d’un mou­ve­ment de lutte contre toute la poli­tique de tari­fi­ca­tion et de pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics, et cela il le com­prend très bien. Ses choix sont clairs, le parti Libéral est un parti au ser­vice des finan­ciers et des bien nantis et il en fait encore la preuve.

Les propos qu’il a tenus au Palais des Congrès dépassent toute mesure. C’était le dis­cours d’un gars qui s’amuse avec ses chums. Et c’est bien le cas. Le Plan Nord est un bar ouvert pour les com­pa­gnies minières qui vien­dront s’enrichir à même nos res­sources tout en détrui­sant la vie des peuples autoch­tones et des familles qui seront déra­ci­nées par les hausses de loyers décou­lant de la spé­cu­la­tion. Amir Khadir décla­rait cette semaine à l’assemblée natio­nale, suite au repor­tage Enquête de Radio-Canada : « Dans la coupe de bois, sans appel d’offres, pour La Romaine, la part du lion va à Jolina, un fonds d’investissement qui appar­tient à la famille Saputo. Le mil­liar­daire Saputo est dans les affaires avec son beau-frère Borsellino, baron de l’immobilier à Montréal. » Rappelant que d’autres « gros contrats d’infrastructure du chan­tier de La Romaine ont aussi été donnés à la famille Fava, col­lec­teur de fonds libé­ral », il a ajouté ceci : « Est-ce que le ministre peut sou­mettre les grands contrats de La Romaine à un examen en com­mis­sion par­le­men­taire pour savoir à qui pro­fite le chan­tier ? »

Le Plan Nord dans sa forme actuelle lais­sera des villes fan­tômes et des régions détruites éco­no­mi­que­ment et éco­lo­gi­que­ment. D’ailleurs pour­quoi n’a-t-il pas invité des repré­sen­tantes des femmes Innu qui marchent vers Montréal pour dénon­cer cette catas­trophe ? Pourquoi ne pas avoir invité des repré­sen­tant-e-s des citoyens et citoyennes, de tous ceux et celles qui se ques­tionnent et qui sont concerné-e-s. Non, il a invité ses amis. La mani­fes­ta­tion du ven­dredi 20 avril ras­sem­blait des mili­tants et mili­tantes opposé-e-s au plan nord dont une bonne partie d’étudiants et étu­diantes qui dénon­çaient en ces termes, « Non à la gra­tuité minière, oui à la gra­tuité sco­laire ». Avant de se rendre au Palais des Congrès, ils ont mani­festé à juste titre devant les bureaux de SNC Lavalin et de Rio Tinto Alcan, ceux-là même qui béné­fi­cient le plus des lar­gesses du gou­ver­ne­ment Libéral et qui en sont les plus gros contri­bu­teurs finan­ciers.

Les Jean Charest, André Pratte et com­pa­gnie ne craignent pas sur­tout les actes de débor­de­ment et de « vio­lence », qui leur servent de pré­texte, ce qu’ils craignent le plus c’est la lutte sociale. S’il y a débor­de­ment aujourd’hui c’est véri­ta­ble­ment à ce niveau. La lutte étu­diante a dépassé par la force des choses ce qui était à l’origine une lutte contre l’augmentation des frais de sco­la­rité, elle est deve­nue une lutte qui dénonce la col­lu­sion, qui dénonce les poli­tiques d’appauvrissement de la popu­la­tion à l’origine des hausses de tarifs, et qui reven­dique jus­tice et équité. Voilà pour­quoi les repré­sen­tants poli­tiques des bien nantis sont si mépri­sants, ils ne peuvent sup­por­ter qu’une voix forte s’élève contre eux et menace leurs pri­vi­lèges.

L’adversaire dan­ge­reux aujourd’hui ce sont des jeunes de 17 à 22 ans pleins d’idées et d’espoirs, inno­va­teurs dans leurs moyens de mobi­li­sa­tion, tenaces et soli­daires malgré la pres­sion, la répres­sion, et les recours juri­diques. Si le gou­ver­ne­ment est prêt à mettre tout son arse­nal poli­tique, répres­sif et judi­ciaire pour casser ce mou­ve­ment de la jeu­nesse, alors nous devons, syn­di­cats, groupes de pres­sions, citoyens et citoyennes mener la lutte à leurs côtés, il en va de notre propre avenir.

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