La Révolution dans le système mondial du XXI° Siècle

Par Mis en ligne le 20 février 2011
Dans une Réflexion inté­res­sante inti­tu­lée « Le sort de Moubarak est jeté », Fidel Castro Ruz, le leader de la Révolution Cubaine, livre une ana­lyse selon laquelle le monde se trouve confronté, et pour la pre­mière fois, à trois pro­blèmes : la crise cli­ma­tique, la crise ali­men­taire, et la crise poli­tique. Mais dans une Réflexion anté­rieure, en réfé­rence à « La grave crise ali­men­taire », il se deman­dait : « Les Etats-Unis pour­ront-ils arrê­ter la vague révo­lu­tion­naire qui secoue le Tiers Monde ? »

En toute raison, dans ces condi­tions glo­bales de crise cli­ma­tique, crise ali­men­taire et crise poli­tique, les Etats-Unis n’auraient pas beau­coup de pos­si­bi­li­tés et de capa­ci­tés pour résis­ter ou arrê­ter une vague révo­lu­tion­naire qui secoue en per­ma­nence le Tiers Monde. Ses armes nucléaires puis­santes, ses satel­lites, et son pou­voir sur les médias se révè­le­raient impuis­sants et inuti­li­sables face à la fer­veur révo­lu­tion­naire des peuples, indé­pen­dam­ment de la cou­leur de leurs révo­lu­tions et du contenu de leurs reven­di­ca­tions.

Au début du XXI° Siècle, il en coû­tera beau­coup d’efforts aux Etats-Unis pour conte­nir l’effondrement de leur empire, qui cause, en sa condi­tion de pre­mière puis­sance impé­ria­liste, des guerres catas­tro­phiques pour l’humanité et, évi­dem­ment, les trois pro­blèmes essen­tiels énon­cés par Fidel dans sa Réflexion.

Devant la pous­sée d’une situa­tion révo­lu­tion­naire mon­diale face à la crise glo­bale du capi­ta­lisme, la Révolution et son impact dans la trans­for­ma­tion des Relations Internationales revêt une impor­tance vitale pour les peuples. On s’attend à ce que les nou­veaux pro­ces­sus révo­lu­tion­naires qui sur­gissent au XXI° Siècle contri­buent à un chan­ge­ment radi­cal dans les Relations Internationales actuelles, tou­jours sous le contrôle d’une poi­gnée de puis­sants, auto­pro­cla­més « Communauté Internationale » aux fins de main­te­nir en échec les pays du Sud, que ce soit par le contrôle du capi­tal, le Conseil de Sécurité de l’ONU, le pou­voir des médias, ou le pou­voir mili­taire.

D’où l’importance d’étudier la Révolution dans son aspect théo­rico-concep­tuel et ce qu’elle signi­fie pour la trans­for­ma­tion – aujourd’hui plus que jamais – des Relations Internationales. Le concept de Révolution a été abordé de manière rela­ti­ve­ment sys­té­ma­tique par la théo­rie sociale et il existe dif­fé­rentes accep­tions du terme, selon les diverses inter­pré­ta­tions idéo­lo­giques, éli­tistes et his­to­riques.

Depuis l’Antiquité les théo­ri­ciens de la poli­tique se sont inté­res­sés aux pro­blèmes rela­tifs au chan­ge­ment cyclique de pou­voir, aux efforts indi­vi­duels et col­lec­tifs pour abattre un gou­ver­ne­ment par la vio­lence, ainsi qu’à la com­pré­hen­sion des rai­sons morales et éco­no­miques de la Révolution. En géné­ral, ils attri­buent les sen­ti­ments révo­lu­tion­naires qui appa­raissent dans un Etat à une dis­cor­dance entre les désirs du peuple et sa situa­tion concrète, diver­gence qui donne lieu à un désac­cord affirmé concer­nant les fon­de­ments sur les­quelles cette société devrait s’organiser et fonc­tion­ner.

La théo­rie poli­tique contem­po­raine s’est pen­chée sur la dis­tinc­tion entre les révo­lu­tions authen­tiques et d’autres phé­no­mènes qui ont été appe­lés sou­vent du même nom, par exemple :

-le coup d’état de carac­tère mili­taire ou appuyé par les mili­taires,

-la pro­lon­ga­tion illé­gale du mandat d’un leader ou d’un pré­sident et autres prises de pou­voir rela­ti­ve­ment sou­daines par des petits groupes d’individus des strates éle­vées,

-diverses formes de révoltes popu­laires, pay­sannes, urbaines, reli­gieuses

-et jusqu’aux pro­ces­sus de désta­bi­li­sa­tion ou de rup­ture poli­tique connus dans leurs formes diverses : éta­tiques, régio­naux, colo­niaux, eth­niques ou reli­gieux.

Alors qu’aucun de ces phé­no­mènes n’a une rela­tion néces­saire obli­ga­toire et directe avec un véri­table chan­ge­ment révo­lu­tion­naire de la société.

Au XX° siècle, le point de vue des théo­ri­ciens bour­geois de la poli­tique inter­na­tio­nale est d’analyser la Révolution comme une forme de conflit violent dans les Relations Internationales. L’école du « réa­lisme poli­tique »* a déclaré que les révo­lu­tions font partie de la dyna­mique conflic­tuelle des états et de l’inévitable lutte pour le pou­voir des prin­ci­paux pro­ta­go­nistes de la poli­tique inter­na­tio­nale.

Selon la concep­tion à l’évidence réa­liste de Mark N. Hagopian la Révolution se défi­nit comme une crise pro­lon­gée dans un ou plus des sys­tèmes tra­di­tion­nels de stra­ti­fi­ca­tion (classe, condi­tion sociale, pou­voir) d’une com­mu­nauté poli­tique, crise qui implique une action déli­bé­rée et diri­gée par une élite pour abolir ou recons­truire un ou plus des dits sys­tèmes au moyen d’une inten­si­fi­ca­tion du pou­voir et du recours à la vio­lence. [1]

Dans la même ligne de pensée, pour Crane Brinton et d’autres théo­ri­ciens anté­rieurs à la seconde guerre mon­diale, les révo­lu­tions ont lieu quand la brèche entre la répar­ti­tion du pou­voir poli­tique et la répar­ti­tion du pou­voir social dans une société devient insup­por­table.

Dans des cir­cons­tances de ce genre les classes sociales qui fai­saient l’expérience de quelques béné­fices du pro­grès sou­haitent se déve­lop­per d’une manière plus rapide qu’au moyen des pos­si­bi­li­tés concé­dées par le sys­tème et, dès lors, elles se sentent frus­trées, para­ly­sées. Le mécon­ten­te­ment concer­nant la répar­ti­tion des succès éco­no­miques, du pres­tige social et du pou­voir poli­tique s’étendent. Les valeurs tra­di­tion­nelles sont ouver­te­ment remises en ques­tion et un nou­veau mythe social défie l’ancien. Les intel­lec­tuels deviennent étran­gers à la vie poli­tique et petit à petit passent des cri­tiques nou­velles au retrait de la loyauté à l’égard du sys­tème poli­tique. Ceux qui gou­vernent com­mencent à perdre confiance en eux-mêmes et en leur capa­cité à gou­ver­ner et à résoudre les pro­blèmes sociaux. Les anciennes élites deviennent trop rigides pour entraî­ner les nou­velles der­rière elles et accé­lèrent la pola­ri­sa­tion.

La Révolution se pro­duit aussi quand il y a une contra­dic­tion pro­fonde entre ceux qui veulent un chan­ge­ment rapide et ceux qui sont oppo­sés à ce chan­ge­ment. Selon Crane Brinton, le point de rup­ture est atteint quand les ins­tru­ments de contrôle social tombent, spé­cia­le­ment l’armée, la police, en fai­sant alliance avec les élé­ments mécon­tents, ou quand le gou­ver­ne­ment démontre son inap­ti­tude à uti­li­ser ces ins­tru­ments de contrôle social. [2]

Pour leur part, les points de vues libé­raux ou ins­ti­tu­tion­na­listes per­çoivent aussi dans les révo­lu­tions des faits de nature vio­lente qui per­turbent l’évolution pro­gres­sive, ordon­née, de la société. Ces notions, orien­tées par les théo­ries du fonc­tion­na­lisme, ont trouvé leur apogée dans l’oeuvre du socio­logue Américain Talcott Persons, qui a sou­li­gné la néces­sité du consen­sus et de l’équilibre dans la société, obser­vant dans le conflit quelque chose de très anor­mal qui vient pré­ci­sé­ment rompre l’ordre social. Parsons s’intéressait plus à l’ordre social qu’au chan­ge­ment social, à la sta­bi­lité sociale plus qu’à la dyna­mique des pro­ces­sus, parce que, pour son école le conflit a pour consé­quences des per­tur­ba­tions et des dys­fonc­tion­ne­ments de la société.

En Europe, un autre ver­sant de ce cou­rant, qui tente de conci­lier l’étude de l’équilibre et du consen­sus social avec celle du conflit, a eu une influence mar­quante de par l’oeuvre des socio­logues Max Weber, Ralf Dahrendorf et Emile Durkheim. En dépit de ses contri­bu­tions théo­riques recon­nues concer­nant le com­por­te­ment col­lec­tif, les croyances de la société, le lea­der­ship poli­tique et les pro­ces­sus d’intégration, la pensée fonc­tion­na­liste ne se carac­té­rise pas par son carac­tère révo­lu­tion­naire, mais par ses buts prag­ma­tiques et diri­gés vers la solu­tion des pro­blèmes immé­diats de la société, pour par­ve­nir à pré­ser­ver l’ordre social capi­ta­liste.

D’une manière ou d’une autre la majo­rité des socio­logues influen­cés par les idées de Karl Marx ont consi­déré que le conflit pou­vait servir des buts sociaux posi­tifs ou pro­gres­sistes. Le conflit violent (révo­lu­tion­naire) a été classé comme un moyen utile pour la réso­lu­tion de désac­cords à l’intérieur d’une société ou entre les états-nations sur la scène inter­na­tio­nale. C’est ainsi que de nom­breux poli­to­logues de notre temps tiennent le conflit pour une caté­go­rie expli­ca­tive cen­trale dans l’analyse du chan­ge­ment social ou de sa pro­gres­sion, à partir d’une théo­rie com­plète de la société dans ses aspects de conti­nuité et de chan­ge­ment qui fait de l’analyse des condi­tion­ne­ments de classe et des condi­tion­ne­ments éco­no­miques les fon­de­ments de toute contra­dic­tion sociale et du conflit révo­lu­tion­naire mon­dial.

Cette concep­tion scien­ti­fique fon­da­men­tale de la Révolution est expo­sée dans l’oeuvre de Marx, Engels et Lénine. Un des pré­misses fon­da­men­taux du mar­xisme a été que l’accentuation des contra­dic­tions du capi­ta­lisme crée les condi­tions de la Révolution qui aura à l’abattre et à ouvrir la voie à une société plus juste et soli­daire – si l’on prend en compte la pro­po­si­tion conte­nue dans « Le Manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels » [3]

A tra­vers l’analyse de la situa­tion des Relations Internationales au milieu du XIX° siècle, Marx et Engels ont diag­nos­ti­qué que la Révolution serait pro­pul­sée par le pro­lé­ta­riat des pays indus­tria­li­sés et, des années plus tard, Engels a prévu com­ment le déve­lop­pe­ment de l’Europe Occidentale avait oeuvré contre la lutte vio­lente et en faveur de l’action par­le­men­taire pour la classe ouvrière. Plus tard, Lénine a conduit le parti Bolchevique à rompre « le maillon le plus faible de la chaîne impé­ria­liste » dans l’idée que ce serait une contri­bu­tion à la révo­lu­tion mon­diale, laquelle aurait son centre en Allemagne, selon la logique de la pensée de Marx. [4]

Les révo­lu­tions sociales sont déter­mi­nées par les lois objec­tives du déve­lop­pe­ment social et, en même temps ont leur ori­gine dans les contra­dic­tions éco­no­miques, sociales, poli­tiques, internes au sys­tème capi­ta­liste. Lénine était convaincu que « les révo­lu­tions ne se font pas sur com­mande, on ne peut pas les faire coïn­ci­der avec tel ou tel moment, mais elles mûrissent dans le pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment de l’Histoire et éclatent à un moment déter­miné par des fac­teurs internes et externes ». [5]

C’est ainsi que l’interprétation léni­niste des Révolutions nous montre que, depuis le XIX° siècle et jusqu’à main­te­nant, la phi­lo­so­phie de Marx consti­tue une théo­rie géné­rale valide pour étu­dier le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire des socié­tés grâce à l’utilisation d’un cer­tains nombre d’outils spé­ci­fiques, de caté­go­ries ou de variables de base, parmi les­quelles il y a fon­da­men­ta­le­ment les concepts de Mode de Production et de Lutte des Classes entre Exploités et Exploiteurs. L’influence de Marx trans­cende de beau­coup celle des théo­ri­ciens et des his­to­riens qui, jusqu’à pré­sent, ont inter­prété le climat natio­nal et inter­na­tio­nal en s’inspirant de ses idées, car son oeuvre four­nit une vue d’ensemble métho­do­lo­gique com­plète et cohé­rente pour l’analyse de la dyna­mique des pro­ces­sus sociaux dans un mode de pro­duc­tion capitaliste.L’historien mar­xiste Anglais Eric Hobsbawm a fait remar­quer que le monde capi­ta­liste glo­ba­lisé, qui a émergé dans les années 90 du XX° siècle, s’est montré étran­ge­ment sem­blable à bien des égards à ce qu’avait pro­nos­ti­qué Marx en 1948 dans le Manifeste Communiste [6], mais main­te­nant, sans doute, avec davan­tage de com­plexité à cause des conflits et des pro­blèmes glo­baux liés à l’interaction de phé­no­mènes mul­tiples de carac­tère éco­no­mique, finan­cier, mili­taire, tech­no­lo­gique et trans­na­tio­nal, accu­mu­lés par le sys­tème capi­ta­liste lui-même, qui les a engen­dré sans pers­pec­tive ou pos­si­bi­lité réelle de solu­tion.

C’est pour cela qu’il est impor­tant d’avoir recours à Marx et pour cela que son retour inévi­table dans la conjonc­ture inter­na­tio­nale actuelle est un hom­mage juste. [7]

Les condi­tions qui sont source d’un conflit humain en puis­sance, c’est à dire les pro­blèmes socio-éco­no­miques, les pous­sées de vio­lence et d’agressivité qui ont leur ori­gine dans la frus­tra­tion née de la confron­ta­tion entre le rêve et la réa­lité, le retrait ou l’aliénation des struc­tures sociales exis­tantes, en plus d’autres fac­teurs sem­blables à ceux de l’époque de Marx, sont en train de deve­nir très cou­rants à l’échelle de la pla­nète.

Sous quasi toutes les lati­tudes du monde, à cause de l’influence gran­dis­sante des tech­no­lo­gies de l’information et des com­mu­ni­ca­tions, la brèche entre la satis­fac­tion atten­due des besoins et la satis­fac­tion réelle de ceux-ci (aspi­ra­tion ou désirs) est en train de s’élargir pour beau­coup de pays, de peuples et d’individus. Particulièrement dans le Tiers Monde – le Moyen Orient, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique Latine – régions où les pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment social, éco­no­mique et poli­tique sont rare­ment aptes à donner satis­fac­tion aux peuples, compte tenu du rythme crois­sant de ses aspi­ra­tions.

A l’époque actuelle d’un sys­tème capi­ta­liste glo­ba­lisé et de pro­grès impres­sion­nants de la révo­lu­tion scien­ti­fico-tech­nique, les pro­blèmes de classe et les pro­blèmes éco­no­miques, ras­sem­blés dans le conflit ou l’opposition Nord-Sud, occupent une posi­tion de pre­mier plan dans la dyna­mique des Relations Internationales.

Le conflit Nord-Sud a pris une dimen­sion qui s’est accen­tuée depuis la dis­pa­ri­tion de la confron­ta­tion Est-Ouest, qui a dominé le contexte inter­na­tio­nal au cours de la longue « Guerre Froide ». La brèche entre les riches et les pauvres ou entre le Nord et le Sud tend à s’élargir à une vitesse sans pré­cé­dent, parce que les pays capi­ta­listes déve­lop­pés, où habitent un peu plus de 20% de la popu­la­tion mon­diale, s’approprient ou béné­fi­cient de 80% des richesses pro­duites ou natu­relles de la pla­nète. Dans les der­nières décen­nies du XX° siècle et dans la pre­mière du XXI°, les poli­tiques éco­no­miques néo­li­bé­rales ont creusé l’abîme et accru le pillage qui éloigne les pays sous déve­lop­pés des puis­sances cen­trales du capi­ta­lisme mon­dial.

En rela­tion avec le conflit Nord-Sud, appa­raissent de grave pro­blé­ma­tiques glo­bales, telles que la crois­sance démo­gra­phique expo­nen­tielle dans les pays du tiers-monde, la pénu­rie ali­men­taire, pré­ci­sé­ment quand la pla­nète entre dans une phase cri­tique à cause de l’épuisement des res­sources natu­relles non renou­ve­lables, la crise éco­lo­gique par la dété­rio­ra­tion de l’environnement, la conta­mi­na­tion des mers, des fleuves, la réduc­tion des forêts, les atteintes à la couche d’ozone dans l’atmosphère supé­rieure et la mise en évi­dence du chan­ge­ment cli­ma­tique par la fonte des grandes masses de glace des calottes polaires de la Terre et du réchauf­fe­ment global qui l’accompagne, qui sont la menace d’une ter­rible catas­trophe, aux consé­quences impré­vi­sibles pour la survie de l’espèce humaine.

Ces pro­blèmes qui frappent l’humanité sont la consé­quence directe de l’exploitation sans frein et de la bar­ba­rie capi­ta­liste. La res­pon­sa­bi­lité majeure de cet état de choses échoit aux pays les plus déve­lop­pés du sys­tème capi­ta­liste qui ont atteint des niveaux élevés d’expansion éco­no­mique sur la base d’un modèle de vie et d’une éco­no­mie hau­te­ment consu­mé­riste et gas­pilleuse.

Devant le pano­rama de déso­la­tion du sys­tème capi­ta­liste, en par­ti­cu­lier de sa péri­phé­rie pauvre et sous-déve­lop­pée, les sciences sociales reviennent à la pensée de Marx pour adop­ter de nou­veaux modèles socio-éco­no­miques qui tirent profit avec plus d’efficacité des res­sources humaines et natu­relles, contri­buent à les pré­ser­ver, à les renou­ve­ler, par des poli­tiques de déve­lop­pe­ment durable, au béné­fice de l’humanité entière.

Dans le Nord aussi, de vastes sec­teurs popu­laires aux Etats-Unis et en Europe souffrent des inéga­li­tés éco­no­miques et des injus­tices propres aux socié­tés capi­ta­listes divi­sée en classes sociales anta­go­nistes sous la loi de ce qu’on appelle l’ère tech­no­lo­gique ou post-indus­trielle. Même aux temps de la glo­ba­li­sa­tion éco­no­mique le pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment capi­ta­liste pro­duit tou­jours des effets per­vers et dis­sy­mé­triques en ce qui concerne les béné­fices obte­nus par les peuples. Dans les pays du Nord et dans ceux du Sud, la rup­ture ou la décon­nec­tion avec les méca­nismes tra­di­tion­nels de domi­na­tion capi­ta­liste joue un rôle cru­cial dans la crois­sance du poten­tiel de conflit révo­lu­tion­naire engen­dré par l’opposition entre les riches et les pauvres ou entre une mino­rité de pri­vi­lé­giés et la majo­rité sou­mise à la dic­ta­ture du capi­tal.

La Révolution sera inévi­table dans le sys­tème mon­dia­lisé du XXI° siècle car au cours de l’Histoire la lutte des classes a été le moteur du chan­ge­ment social. Les révo­lu­tions consti­tuent l’unique voie pos­sible pour résoudre l’antagonisme entre riches et pauvres à l’intérieur des socié­tés et pour la trans­for­ma­tion des Relations Internationales vers un sys­tème véri­ta­ble­ment démo­cra­tique, juste et humain.

Pour la recherche de cet objec­tif, la théo­rie et la stra­té­gie de la Révolution reposent dans le mar­xisme et les idées de Lénine puisque, comme l’a signalé le Che « en défi­ni­tive, il faut prendre en compte que l’impérialisme est un sys­tème mon­dial, la der­nière étape du capi­ta­lisme, et qu’il faut l’abattre dans une grande confron­ta­tion mon­diale. La fina­lité stra­té­gique de cette lutte doit être la des­truc­tion de l’impérialisme (…) L’élément fon­da­men­tal de cette stra­té­gie sera donc la libé­ra­tion réelle des peuples(…) » [8] Dans la pensée du Che il n’y a que par la Révolution que l’on peut arri­ver à un ordre social plus soli­daire, à l’abolition du capi­ta­lisme et la for­ma­tion d’un « homme nou­veau ». [9]A la lumière des évè­ne­ments actuels au Vénézuéla, en Bolivie, en Equateur et dans d’autres pays d’Amérique Latine, y com­pris les révo­lu­tions paci­fiques latino-amé­ri­caines du XX° siècle, nous pour­rions dire que la Révolution ou la prise du pou­voir poli­tique par les exploi­tés n’entraînent pas for­cé­ment la vio­lence ou la guerre révo­lu­tion­naire. Marx était conscient de ce rôle de la vio­lence dans l’histoire, mais il l’estimait moins impor­tant que les contra­dic­tions inhé­rentes à la société ancienne pour atteindre le but ultime des pro­lé­taires et des exploi­tés : la défaite du capi­ta­lisme.

Marx a prévu une série de chocs d’intensité crois­sante entre le pro­lé­ta­riat et la bour­geoi­sie (entre exploi­tés et exploi­teurs) jusqu’à l’explosion d’une Révolution qui débou­che­rait à la fin sur le ren­ver­se­ment de la bour­geoi­sie et l’édification d’une société socia­liste. Avec sa dyna­mique propre, spé­ci­fique, dans plu­sieurs régions et pays du sys­tème inter­na­tio­nal, la col­li­sion inévi­table entre classes sociales anta­go­nistes sera une variable du chan­ge­ment et de l’émancipation de l’homme au XXI° siècle.

Les Révolutions et le Système des Relations inter­na­tio­nales

Les théo­ries mar­xistes ne nous ont pas fourni une étude ample et sys­té­ma­tique des réper­cus­sions des révo­lu­tions sur le sys­tème des Relations Internationales de notre époque. Quelques poli­to­logues tombent d’accord sur le fait que le sys­tème du monde moderne est formé dans une large mesure par les révo­lu­tions, les conflits et les guerres. [10]

Les quatre der­niers siècles ont été mar­qués par de grandes et his­to­riques révo­lu­tions de carac­tère bour­geois, socia­liste et/​ou de libé­ra­tion natio­nale. Pour la théo­rie mar­xiste les révo­lu­tions sont les loco­mo­tives de l’histoire en ce qu’elles accé­lèrent les pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment et de pro­grès de l’humanité. Depuis le XVII° siècle les révo­lu­tions ont fait des apports impor­tants au déve­lop­pe­ment de la moder­nité. Les révo­lu­tions ont non seule­ment donné l’impulsion aux trans­for­ma­tions poli­tiques et sociales à l’intérieur des nations, mais aussi à la dyna­mique même des Relations Internationales.

Le sys­tème inter­na­tio­nal de dimen­sion pla­né­taire qui existe de nos jours est le résul­tat de l’expansion géo­gra­phique et de la com­plexi­fi­ca­tion du sys­tème des Etats qui a émergé en Europe au XVII° siècle, après un long pro­ces­sus his­to­rique qui, com­mencé approxi­ma­ti­ve­ment aux XIV° et XV° siècles, aurait embrassé plu­sieurs cen­taines d’années et convul­sionné le conti­nent.

En somme, le sys­tème inter­na­tio­nal est la consé­quence du sur­gis­se­ment du capi­ta­lisme qui a établi de nou­velles struc­tures poli­tiques et de la créa­tion des Etats-Nations-Territoires modernes, qui ont mis en pra­tique les aspi­ra­tions poli­tiques des intel­lec­tuels de la Renaissance et de la bour­geoi­sie qui fai­sait son ascen­sion comme classe domi­nante. Les XVII°, XVIII° y XIX° siècles ont été la scène de l’expansion de ce sys­tème qui a été jusqu’à embras­ser les cinq conti­nents.

Le capi­ta­lisme euro­péen triom­phant, avec une tech­no­lo­gie, une science et des ins­ti­tu­tions poli­tiques plus solides, soumit à la domi­na­tion colo­niale les terres « décou­vertes » ,et conquises par la force des armes, en Amérique, Asie et Afrique.

Les révo­lu­tions his­to­riques qui ont marqué ces siècles et ont eu une influence sur l’évolution et la forme prise par le sys­tème des rela­tions inter­na­tio­nales ont été les sui­vantes :

Au XVII° siècle : Les Révolutions hol­lan­daises et anglaises.

Au XVIII° siècle : Les révo­lu­tions nord-amé­ri­caine, fran­çaise, haï­tienne – et les consé­quences de cette der­nière dans les révo­lu­tions d’Indépendance en Amérique Latine, au début du XIX°.

Au XIX° siècle : Les Révolutions euro­péennes de 1848 [11] et la Commune de Paris en 1871. [12]

L’expansion du capi­ta­lisme a créé le marché mon­dial et mis en contact les régions les plus éloi­gnées de la pla­nète sur la base de l’exploitation la plus bru­tale, du pillage, du géno­cide des popu­la­tions autoch­tones et de l’imposition de la culture euro­péenne. Pendant cette période de l’histoire, de nou­veaux Etats ont surgi sur les conti­nents soumis, avec le consen­te­ment de l’Europe ou bien de par la lutte des peuples pour leur indé­pen­dance. L’assimilation des répu­bliques amé­ri­caines au sys­tème inter­na­tio­nal euro­péen qui leur a étendu sa recon­nais­sance de droit, a consti­tué la pre­mière grande expan­sion d’un sys­tème qui, jusqu’à l’orée du XX° siècle main­tien­dra son centre hégé­mo­nique dans l’Europe bour­geoise domi­na­trice.

A la fin du XIX°, en plein essor du capi­ta­lisme mono­po­lis­tique dans sa phase impé­ria­liste, deux nou­velles puis­sances, l’une en Amérique, les Etats-Unis, et l’autre en Asie, le Japon, ont affronté l’Europe sur le ter­rain de la supré­ma­tie inter­na­tio­nale. Le sys­tème inter­na­tio­nal, aux portes du XX° siècle com­mence à deve­nir global et le centre hégé­mo­nique amorce un dépla­ce­ment vers d’autres conti­nents.

Pour l’importance des révo­lu­tions qui ont bou­le­versé le monde – celle d’Octobre 1917, de Chine en 1949 et celle de Cuba en 1959, parmi d’autres révo­lu­tions de libé­ra­tion natio­nale dans le tiers-monde – le XX° siècle inau­gure une nou­velle ère dans la poli­tique inter­na­tio­nale. Le pui­sant mou­ve­ment anti-colo­nia­liste et anti-impé­ria­liste qui s’est par­ti­cu­liè­re­ment déve­loppé depuis 1945 a donné le coup de grâce à l’ancien sys­tème colo­nial des prin­ci­pales métro­poles capi­ta­listes. Ce pro­ces­sus his­to­rique a conduit à la for­ma­tion de nou­veaux états indé­pen­dants, prin­ci­pa­le­ment dans le tiers-monde.

Les révo­lu­tions ont une influence immé­diate bien au delà des fron­tières natio­nales des Etats, elles intro­duisent des sauts his­to­riques et des bou­le­ver­se­ments sociaux qui déter­minent ou condi­tionnent la poli­tique exté­rieure des pays en un scé­na­rio de chan­ge­ment et de conti­nuité qui a un impact sur le climat géné­ral des rela­tions inter­na­tio­nales et contri­bue à l’évolution et à la for­ma­tion du sys­tème inter­na­tio­nal.

Pour la pre­mière fois dans l’histoire des Relations Internationales, le sys­tème mon­dial a atteint une dimen­sion effec­ti­ve­ment glo­bale ou pla­né­taire. Actuellement, c’est un sys­tème auquel sont inté­grés plus de 190 Etats en inter­ac­tion, aux­quels s’ajoute une mul­ti­pli­cité d’entités mul­ti­na­tio­nales, non direc­te­ment éta­tiques, avec une influence poli­tique dans cer­tains cas plus grande que celle de la poli­tique exté­rieure indi­vi­duelle de nom­breux d’Etats.

Le sys­tème inter­na­tio­nal a conti­nué sur des bases hété­ro­gènes en dépit de l’effondrement ou du renon­ce­ment stra­té­gique de l’Union Soviétique et du bloc euro­péen socia­liste qui ont déter­miné la fin de la confron­ta­tion Est-Ouest et un chan­ge­ment conjonc­tu­rel dans la cor­ré­la­tion des forces favo­rables au sys­tème capi­ta­liste avec les Etats-Unis, grisés par leur domi­na­tion uni­po­laire. Ces modi­fi­ca­tions abruptes de la carte géo­po­li­tique mon­diale situèrent la for­ma­tion éco­no­mico sociale capi­ta­liste dans une posi­tion de supré­ma­tie non remise en ques­tion pen­dant une période his­to­rique déter­mi­née du sys­tème mon­dial.

Cependant, à gauche, nous pen­sons que le sys­tème inter­na­tio­nal va vers une période de tran­si­tion du capi­ta­lisme au socia­lisme vu qu’y coexistent tou­jours, dans un dilemme de coopé­ra­tion et d’hostilité, des Etats capi­ta­listes, impé­ria­listes, socia­listes, déve­lop­pés et sous-déve­lop­pés avec des régimes de divers types : réac­tion­naires et révo­lu­tion­naires. On doit prendre en compte que la dyna­mique de la poli­tique inter­na­tio­nale ne se déve­loppe pas seule­ment entre états car la soli­da­rité inter­na­tio­nale entre les peuples, les socié­tés et les dif­fé­rents sec­teurs sociaux, qui luttent pour un monde meilleur et pos­sible, ont com­mencé à débor­der des cadres natio­naux pour se trans­for­mer en une force essen­tielle de la trans­for­ma­tion révo­lu­tion­naire des Relations Internationales.

Avec les crises mul­tiples que tra­verse l’humanité, crise du climat, crise ali­men­taire et crise poli­tique, le scé­na­rio de la poli­tique mon­diale pour­rait être signé par de nou­veaux pro­ces­sus révo­lu­tion­naires au niveau de ce que Lénine appelle « les maillons les plus faibles de la chaîne impé­ria­liste ». Les carac­té­ris­tiques spé­ci­fiques de ces chan­ge­ments pour­raient appor­ter des élé­ments qua­li­ta­ti­ve­ment nou­veaux pour la construc­tion d’un sys­tème inter­na­tio­nal pluri polaire comme alter­na­tive à la recom­po­si­tion mul­ti­po­laire des Relations Internationales à l’initiative des Etats-Unis et de l’Union Européenne – puis­sances inté­res­sées par l’obtention d’un équi­libre au niveau du pou­voir mon­dial qui serve à per­pé­tuer la domi­na­tion des Etats les plus faibles du sys­tème et la pra­tique d’une poli­tique coor­don­née de manière à conte­nir ou faire recu­ler le phé­no­mène révo­lu­tion­naire global.

Dans ce scé­na­rio, les révo­lu­tions à Cuba, au Vénézuéla, en Bolivie et en Equateur repré­sentent la concer­ta­tion pour l’avancée du pôle sud-amé­ri­cain vers la construc­tion de cinq pôles de pou­voir plu­riels et idéaux qui favo­risent un authen­tique pro­ces­sus révo­lu­tion­naire jusqu’au Socialisme du XXI° siècle, tandis que l’impérialisme conti­nue encore à être l’antichambre de la Révolution sociale, comme l’avait observé Lénine en 1917, mais aujourd’hui dans la dimen­sion plus glo­bale du conflit Nord-Sud, dans les rela­tions inter­na­tio­nales.

Les très récents exemples d’insurrection en Tunisie et en Egypte en attestent. Et c’est seule­ment une avan­cée.

Source : rebe­lion

Traduction : Alma CSL Cuba Si Lorraine

* Ecole des USA qui voit les rela­tions inter­na­tio­nales a partir de la lutte pour le pou­voir entre les Etats

Notes :[1] Referencia de su obra : “The Phenomenon of Revolution and International Politics”, New York, Dodd, Mead, 1974, p. 1, citado por James E. Dougherty, Robert L. Pfaltzgraff en : Teorías en pugna en las rela­ciones inter­na­cio­nales, Grupo Editor Latinoamericano, Buenos Aires, 1993, p. 323. [2] Alusiones sobre la Revolución toma­das de la obra de Crane Brinton : “Anatomy of Revolution”, New York, Norton, 1938. Véase tam­bién sobre el tema de Lyford P. Edward : “The Natural History of Revolution”, Chicago, 1927, y George Pettee : “The Process of Revolution”, New York, Harper & Row, 1938. Ibídem. [3] Para Marx y Engels la abo­li­ción de la pro­pie­dad pri­vada es un obje­tivo esen­cial de la revo­lu­ción Véase “El Manifiesto del Partido Comunista”. Editora Política, La Habana , 1982, p. 31. [4] Lenin conti­nuó los estu­dios de Marx sobre la revo­lu­ción en la época de una nueva fase del capi­ta­lismo, véase entre otros tra­ba­jos : “El impe­ria­lismo, fase super­ior del capi­ta­lismo, Obras Escogidas, tomo I, Editorial Progreso, Moscú, p. 689 ; y sobre la doc­trina mar­xista y las tareas del pro­le­ta­riado en la revo­lu­ción, véase “El Estado y la Revolución ”, Editora Política, La Habana, 1963. [5] Informe en la Conferencia pro­vin­cial de Moscú de los comi­tés fabriles, 23 de julio de 1918, Obras Completas, Editorial Progreso, Moscú, t. 36, p. 475. [6] Breve artí­culo titu­lado “Marx y la glo­ba­li­za­ción”, que consti­tuye la inter­ven­ción del célebre his­to­ria­dor mar­xista en un debate sobre Marx con el escri­tor Jacques Attali, el 2 de marzo del 2006, durante la Semana del Libro Judío en Londres. Véase en Rebelión : www.Rebeli o n.org [7] Véase el fol­leto : “Efectivamente Marx está regre­sando : un artí­culo en la prensa nor­tea­me­ri­cana y pre­ci­siones indis­pen­sables”, que contiene el artí­culo de John Cassidy, “El regreso de Carlos Marx, publi­cado en The New Yorker, 20-27 de octubre de 1997, y los comen­ta­rios de Raúl Valdés Vivó, sobre ese reve­la­dor artí­culo, Editora Política, La Habana , 1998. [8] Ernesto Che Guevara. Mensaje a los pue­blos del mundo a través de la conti­nen­tal. 1967. Escritos y dis­cur­sos. Editorial de Ciencias Sociales, La Habana , 1977, t. 9, p. 397 [9] Véase esa concep­ción en el tra­bajo de Ernesto Che Guevara : “El Socialismo y el hombre en Cuba”. 12 de marzo de 1965, Ibídem, t. 8, p. 256. [10] Véase de Hannah Arendt : “On Revolution”, Nueva York, Viking, 1965. Sobre la Revolución y las Relaciones Internacionales, consúl­tese del teó­rico mar­xista britá­nico Fred Halliday, el capí­tulo 6 de su impor­tante obra “Rethinking International Relations, The Macmillan Press, Ltd, London, 1994. [11] La his­to­ria de Europa de 1789 a 1848 es la his­to­ria de las grandes trans­for­ma­ciones econó­mi­cas, sociales y polí­ti­cas que asen­ta­ron, de forma defi­ni­tiva, el capi­ta­lismo indus­trial, véase de Eric Hobsbawn, “Las Revoluciones Burguesas”, Selección de Lecturas, Editorial Pueblo y Educación, La Habana , 1982. [12] Marx y Engels uti­li­za­ron amplia­mente la expe­rien­cia del movi­miento revo­lu­cio­na­rio durante el último tercio del siglo XIX para desar­rol­lar su teoría de la Dictadura del Proletariado. Durante ese período de la vida de Marx y Engels apa­re­cie­ron obras clá­si­cas tales como : La guerra civil en Francia y Crítica del Programa de Gotha, de Marx, los tomos II y III de El Capital, obra fina­li­zada por Engels des­pués de la muerte de Marx, Anti-Duhring, Ludwig Feuerbach y el fin de la filo­sofía clá­sica ale­mana y Origen de la fami­lia, la pro­pie­dad pri­vada y el estado, de Engels, entre las obras prin­ci­pales. Marx y Engels acom­paña­ron su obra teó­rica de una intensa acti­vi­dad revo­lu­cio­na­ria prác­tica.

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