La résistance des mouvements sociaux et la construction des alternatives

Mis en ligne le 24 août 2007

Les mou­ve­ments sociaux sem­blent les seuls rem­parts effi­ca­ces contre le capi­ta­lisme néo­li­bé­ral. Un peu par­tout, ils met­tent de gros grains de sable dans l’engrenage. Ils résis­tent, pro­po­sent, construi­sent des alter­na­ti­ves. Est-ce assez pour vrai­ment blo­quer le bull­do­zer ? Est-ce qu’un réel pro­ces­sus de construc­tion des alter­na­ti­ves est en marche ?

Par Pierre Beaudet

La « guerre de l’eau »

À Cochabamba en Bolivie il y a peu de temps, des masses inédi­tes se sont mises en mou­ve­ment contre un capi­ta­lisme voyou qui vou­lait condam­ner les gens à tra­vers un infâme projet de pri­va­ti­sa­tion des ser­vi­ces d’eau pota­ble. Non seule­ment les domi­nés ont dit basta, mais ils ont entre­pris la recons­truc­tion des forces socia­les et poli­ti­ques, ce qui a abouti, quel­ques années plus tard, au ren­ver­se­ment du gou­ver­ne­ment et à l’élection d’une coa­li­tion tout à fait ori­gi­nale, le MAS.

Non à la mar­chan­di­sa­tion de la vie

Un peu par­tout dans le monde sous mille ban­niè­res et reven­di­ca­tions sur­vien­nent des « batailles de l’eau » pour résis­ter à la mar­chan­di­sa­tion de la vie pro­po­sée par le néo­li­bé­ra­lisme. On l’a vu lors de la splen­dide grève (2005) de 300 000 étu­diant-es qué­bé­cois-es contre la mar­chan­di­sa­tion de l’éducation. On l’a vu en France avec la résis­tance des jeunes et des syn­di­qués contre le projet dit des « CPE » dont le but était de « flexi­bi­li­ser » (dua­li­ser) le marché du tra­vail. Partout, des masses se met­tent en mou­ve­ment en refu­sant leurs condi­tions d’exclus, et en pen­sant aux alter­na­ti­ves qui per­met­tront à long terme de recons­truire une société pour les vivants. Les condi­tions dans les­quel­les ces mou­ve­ments sont évi­dem­ment dif­fi­ci­les, si c’est que par l’hostilité et la vio­lence des domi­nants.

Géométrie varia­ble

Les mou­ve­ments sociaux sont un pro­ces­sus à géo­mé­trie varia­ble, qui expri­ment les trans­for­ma­tions de la société et qui per­met­tent aux domi­nés de s’exprimer. À la lumière de l’expérience du Forum social, ils peu­vent, dans cer­tai­nes condi­tions s’«agglomérer», sans se fusion­ner ni perdre leurs iden­ti­tés. À la dicho­to­mie tra­di­tion­nelle entre mou­ve­ments sociaux défi­nis par une iden­tité locale et des mou­ve­ments sociaux « trans­na­tio­naux » ou glo­baux se sub­sti­tue peu à peu une nou­velle hybri­da­tion. Celle-ci fait en sorte que les fron­tiè­res des résis­tan­ces devien­nent flui­des.

Révolution dans la révo­lu­tion ?

À tra­vers les réseaux, les mou­ve­ments pro­dui­sent à la fois des résis­tan­ces loca­les et des résis­tan­ces inter­na­tio­na­les. Ces luttes dures de longue portée ouvrent un hori­zon immense. Pour cela, une recher­che est en cours, de l’intérieur des mou­ve­ments la plu­part du temps, pour se recon­fi­gu­rer et adap­ter les struc­tu­res qui ren­dent les actions pos­si­bles. Le fait n’est plus un secret ni un tabou, les mou­ve­ments de trans­for­ma­tion sociale lut­tent aussi contre eux-mêmes. Tout en repro­dui­sant les codes et les cultu­res qui s’expriment dans les socié­tés d’où ils émer­gent, ils essaient de les sub­ver­tir. Pour des maté­ria­lis­tes que nous sommes, les humains font leur his­toire, mais dans un monde qu’ils n’ont pas eux-mêmes créé, comme l’a expli­qué Marx. Une fois dit cela, la société change. Des idées nou­vel­les émer­gent, à l’encontre des idées domi­nan­tes et ainsi va l’humanité.

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