La résistance des mouvements sociaux et la construction des alternatives

Les mouvements sociaux semblent les seuls remparts efficaces contre le capitalisme néolibéral. Un peu partout, ils mettent de gros grains de sable dans l’engrenage. Ils résistent, proposent, construisent des alternatives. Est-ce assez pour vraiment bloquer le bulldozer ? Est-ce qu’un réel processus de construction des alternatives est en marche ?

Par Pierre Beaudet

La  «guerre de l’eau»

À Cochabamba en Bolivie il y a peu de temps, des masses inédites se sont mises en mouvement contre un capitalisme voyou qui voulait condamner les gens à travers un infâme projet de privatisation des services d’eau potable. Non seulement les dominés ont dit basta, mais ils ont entrepris la reconstruction des forces sociales et politiques, ce qui a abouti, quelques années plus tard, au renversement du gouvernement et à l’élection d’une coalition tout à fait originale, le MAS.

Non à la marchandisation de la vie

Un peu partout dans le monde sous mille bannières et revendications surviennent des «batailles de l’eau» pour résister à la marchandisation de la vie proposée par le néolibéralisme. On l’a vu lors de la splendide grève (2005) de 300 000 étudiant-es québécois-es contre la marchandisation de l’éducation. On l’a vu en France avec la résistance des jeunes et des syndiqués contre le projet dit des «CPE» dont le but était de «flexibiliser» (dualiser) le marché du travail. Partout, des masses se mettent en mouvement en refusant leurs conditions d’exclus, et en pensant aux alternatives qui permettront à long terme de reconstruire une société pour les vivants. Les conditions dans lesquelles ces mouvements sont évidemment difficiles, si c’est que par l’hostilité et la violence des dominants.

Géométrie variable

Les mouvements sociaux sont un processus à géométrie variable, qui expriment les transformations de la société et qui permettent aux dominés de s’exprimer. À la lumière de l’expérience du Forum social, ils peuvent, dans certaines conditions s’«agglomérer», sans se fusionner ni perdre leurs identités. À la dichotomie traditionnelle entre mouvements sociaux définis par une identité locale et des mouvements sociaux «transnationaux» ou globaux se substitue peu à peu une nouvelle hybridation. Celle-ci fait en sorte que les frontières des résistances deviennent fluides.

Révolution dans la révolution ?

À travers les réseaux, les mouvements produisent à la fois des résistances locales et des résistances internationales. Ces luttes dures de longue portée ouvrent un horizon immense. Pour cela, une recherche est en cours, de l’intérieur des mouvements la plupart du temps, pour se reconfigurer et adapter les structures qui rendent les actions possibles. Le fait n’est plus un secret ni un tabou, les mouvements de transformation sociale luttent aussi contre eux-mêmes. Tout en reproduisant les codes et les cultures qui s’expriment dans les sociétés d’où ils émergent, ils essaient de les subvertir. Pour des matérialistes que nous sommes, les humains font leur histoire, mais dans un monde qu’ils n’ont pas eux-mêmes créé, comme l’a expliqué Marx. Une fois dit cela, la société change. Des idées nouvelles émergent, à l’encontre des idées dominantes et ainsi va l’humanité.