La politique a horreur du vide

Par , Mis en ligne le 27 septembre 2011

Même quand tout semble bouché, la scène poli­tique ne peut pas s’« arrê­ter ». Si des for­ma­tions et des pro­jets s’écroulent, inévi­ta­ble­ment d’autres prennent la place.

Le PLQ au bord du gouffre

Le Parti Libéral (PLQ) ne pourra pas se remettre, du moins à court terme, du gâchis dans lequel Charest l’a mis. En réa­lité depuis les années 1960, le PLQ est devenu une « machine à pro­jets » pour ses nom­breux amis. Il a perdu sa raison d’être si ce n’est que d’être l’« alter­nance » au PQ. Il est arrivé au pou­voir, comme en 1985 ou en 2003, parce qu’il a drainé la majo­rité du vote des mino­ri­tés anglo­phones et allo­phones, ce qui lui donne en par­tant 25-30% de l’électorat. Mais sur­tout, le PLQ a été élu quand les élec­teurs péquistes se sont abs­te­nus, ce qui arrive régu­liè­re­ment puisque la ten­dance pour le PQ est de s’épuiser dans une ges­tion timide de la gou­ver­nance pro­vin­ciale. Au bout d’un temps, les gens se lassent et alors le PLQ passe par défaut. Mais aujourd’hui, le ras-le-bol est tel que les mino­ri­tés pour­raient prendre le chemin de l’abstention alors que le reste de l’électorat pour­rait déci­der de voter tout sauf le PLQ.

Le ni-ni de Pauline Marois

Le PQ est éga­le­ment devant un mur. Il a gâché son prin­ci­pal avan­tage qui était de se pré­sen­ter comme le parti pou­vant remettre l’administration en marche. En plus du désastre entou­rant le stade de Labeaume, le PQ a rejoint trop peu et trop tard l’indignation citoyenne contre le pillage des res­sources et les pro­jets déli­rants dans le genre gaz de schiste (main­te­nant promus par deux anciens chefs du PQ!). Entre-temps, Pauline Marois conti­nue de jouer le « ni-ni ». On cri­tique la voyou­cra­tie du PLQ, mais on est inca­pables de pro­po­ser quelque chose de concret pour en sortir. On dit que le sys­tème poli­tique actuel ne fait pas de place aux gens, mais on ne veut pas dis­cu­ter de réforme. On est contre le fédé­ra­lisme, mais on pro­pose de l’administrer « humai­ne­ment ». Si Gilles Duceppe arrive dans le décor (ce qui est pro­bable), il fera face aux mêmes obs­tacles fondamentaux.

La droite peut-elle prendre le pouvoir ?

La droite se réor­ga­nise autour de la Coalition sur l’avenir du Québec (CAQ). Legault sait que le Québec n’est pas l’Oklahoma et que malgré les ges­ti­cu­la­tions de ce qui reste de l’ADQ et des médias pou­belles, le monde n’est pas assez décer­velé pour vou­loir déman­te­ler l’édifice de la révo­lu­tion tran­quille. Il s’en tient donc à un dis­cours cen­triste, en fai­sant la pro­mo­tion de Québec inc, notam­ment. Mais voilà le hic. En réa­lité, Québec inc veut jus­te­ment pro­cé­der à une vaste « restruc­tu­ra­tion », à l’image de ce que Harper veut faire à Ottawa, tout en enter­rant la ques­tion natio­nale (pas juste pour la « repor­ter » comme le pro­pose Legault). Résultat, le CAQ com­mence à battre de l’aile, en dépit de l’immense pro­pa­gande dont il béné­fi­cie à Quebecor. On ne peut pas tou­jours parler des deux coins de la bouche et on ne peut pas non plus dire qu’on est de gauche quand on pro­pose des poli­tiques de droite.

La gauche peut-elle prendre sa place ?

Reste l’alternative de gauche qui s’esquisse autour de Québec Solidaire. QS a de sérieux défis à rele­ver. D’abord c’est la cible de tous les autres partis, pour des rai­sons évi­dentes. Ensuite c’est un projet qui com­mence à peine à sortir du cocon. Issu des mou­ve­ments sociaux, QS doit apprendre à se com­por­ter dif­fé­rem­ment d’un groupe de pres­sion, ce qui est dif­fi­cile car sa popu­la­rité tient éga­le­ment au fait qu’il veut rester proche de la base et des luttes sociales. De plus, le parti doit se conso­li­der au-delà de la popu­la­rité de ses porte-paroles et atti­rer les diverses géné­ra­tions qui com­posent l’univers poli­tique au Québec, ce qui n’est pas encore fait. Résultat, QS est encore perçu par beau­coup de gens comme un (gros) grain de sable sym­pa­thique qui enraye le bull­do­zer néo­li­bé­ral, mais pas comme une alter­na­tive réelle. Il manque le pro­gramme en voie d’élaboration d’ou devrait émer­ger deux ou trois idées force

Que peut-il se passer ?

Ce por­trait explique en partie pour­quoi les citoyens et citoyennes sont de plus en plus scep­tiques, ce qui n’enlève rien à leur colère et à leur capa­cité de se mobi­li­ser. Mais l’idée de s’investir dans la poli­tique glisse, comme le démontrent la crois­sance des taux d’abstention élec­to­rale. Pour autant d’ici les pro­chaines élec­tions pro­vin­ciales, les astres risquent de se réali­gner et pour finir par le com­men­ce­ment, la poli­tique va se « rem­plir » à nouveau.

La droite pour­rait se recom­po­ser autour de la CAQ, sur­tout si une partie des Libéraux font défec­tion. Pour le moment, c’est assez tran­quille de ce côté, mais ça pour­rait chan­ger. Le défi sera de ne pas aller trop à droite et de mettre en des­sous du tapis toutes les ques­tions liti­gieuses (la ques­tion natio­nale y com­pris) pour se pré­sen­ter sim­ple­ment sous le label du « bon gou­ver­ne­ment pro­vin­cial » comme lui demandent les élites. On verra donc si Legault pourra réus­sir le miracle.

La gauche doit éga­le­ment se recom­po­ser, mais c’est plus com­pli­qué. L’aile popu­laire du PQ irait dans le sens de sortir des sen­tiers battus, mais l’establishment du parti rêve encore de se fau­fi­ler au pou­voir, en niant le fait que le PQ pour­rait être rayé de la carte (comme le Bloc Québécois). Entre-temps, une volonté de chan­ge­ment appa­raît, sur­tout sous l’influence des dis­si­dents qui ont pris leurs dis­tances. Pour avoir une chance de consti­tuer un pôle de regrou­pe­ment cepen­dant, un PQ « renou­velé » devra tenir compte de Québec Solidaire qui lui aussi devra déli­mi­ter ce qui est pos­sible de ce qui est idéal. Une telle conver­gence n’estomperait pas les dif­fé­rences fon­da­men­tales qui existent entre les deux partis, mais per­met­trait peut-être de créer une sorte d’entente ad hoc fai­sant contre­poids au projet de droite évoqué plus haut et d’attirer la par­ti­ci­pa­tion active de cen­taines de mil­liers de Québécois et de Québécoises qui en ont assez du vide actuel.

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