L’art de la fuite

La philosophie politique de Julian Assange par lui-même.

Par Mis en ligne le 21 décembre 2010

A titre de document et de contribution au débat, Contretemps publie un texte écrit par Julien Assange en 2006, au moment de la fondation de Wikileaks. Ce texte théorique éclaire rétrospectivement sa visée stratégique. Contrairement à ce qu’une lecture hâtive peut laisser penser, ce qui est proposé ici n’est pas tant une théorie du complot – du moins pas sous la forme classique de la dénonciation paranoïaque – qu’un usage heuristique du modèle organisationnel de la conspiration : un réseau de pouvoir dont on peut tracer la carte. Assange est un hacker. S’il modélise la structure d’un pouvoir, c’est pour en découvrir les failles. Son but n’est pas de crier à la conspiration, mais de trouver les instruments à même de rendre tout « pouvoir conspiratif » – c’est-à-dire toute gouvernance autoritaire fondée sur le secret partagé – impossible. Que faire pour qu’un pouvoir de ce type ne puisse plus exister ? Ce moyen, ce contre-dispositif, il l’entrevoit dans ces lignes. Ce sera l’organisation de « fuites » massives, ceci dans une stratégie de désorganisation et d’affaiblissement cognitif des régimes de gouvernance autoritaire. Par l’organisation de fuites de masse, produire des effets structurels sur ces régimes, alors supposés être contraints, par pression adaptative, par modification de leur environnement informationnel, de se réformer ou de s’écrouler.

Préambule : Des effets non-linéaires des fuites sur les sys­tèmes de gou­ver­nance injustes.
Il se peut que vous lisiez La route d’Hanoï ou La conspi­ra­tion comme mode de gou­ver­nance, un texte d’orientation obscur, à peu près inutile tiré de son contexte, et peut-être même dès le départ. Mais si vous pensez, en lisant ce docu­ment, à la façon dont dif­fé­rentes struc­tures de pou­voir peuvent être diver­se­ment affec­tées par des fuites (la défec­tion de l’intérieur vers l’extérieur), les moti­va­tions vous appa­raî­tront peut-être plus clai­re­ment.

Plus une orga­ni­sa­tion est secrète ou injuste, plus des fuites vont entraî­ner de la peur et de la para­noïa dans son lea­der­ship et dans la cote­rie qui le dirige. Il en résul­tera imman­qua­ble­ment un affai­blis­se­ment de ses méca­nismes effi­caces de com­mu­ni­ca­tion interne (un alour­dis­se­ment de la « taxe du secret » cog­ni­tive) et une dété­rio­ra­tion cog­ni­tive sys­té­mique entraî­nant pour cette orga­ni­sa­tion une capa­cité moindre à conser­ver le pou­voir dans un contexte où l’environnement exige son adap­ta­tion.

Ainsi, dans un monde où les fuites deviennent faciles, les sys­tèmes secrets ou injustes sont tou­chés de façon non-linéaire par rap­port à des sys­tèmes justes et ouverts. Puisque des sys­tèmes injustes engendrent par nature des oppo­sants, et qu’ils ont bien du mal à garder la haute main sur un grand nombre de domaines, les fuites de masse les rendent déli­cieu­se­ment vul­né­rables à ceux qui cherchent à les rem­pla­cer par des formes plus ouvertes de gou­ver­nance.

L’injustice ne peut trou­ver de réponse que lorsqu’elle est révé­lée, car, pour que l’homme puisse agir intel­li­gem­ment, il lui faut savoir ce qui se passe réel­le­ment.

La conspi­ra­tion comme mode de gou­ver­nance.


« Conspiration, conspi­rer : faire de façon concer­tée des plans secrets pour com­mettre un acte nui­sible ; tra­vailler ensemble à pro­duire un résul­tat, géné­ra­le­ment au détri­ment de quelqu’un. Origine : moyen Anglais tardif, de l’ancien Français conspi­rer, du latin conspi­rare, s’accorder, intri­guer, de con-, ensemble, et de spi­rare, res­pi­rer. »

« Le meilleur parti n’est rien qu’une forme de conspi­ra­tion contre le reste de la nation. » (Lord Halifax)

« La sécu­rité cède le pas à la conspi­ra­tion ». (Jules César, acte 2, sc. 3. Message du devin, mais César est trop occupé pour y prêter atten­tion)

Introduction.

Pour chan­ger radi­ca­le­ment le com­por­te­ment d’un régime, nous devons penser clai­re­ment et cou­ra­geu­se­ment car, si nous avons appris quelque chose, c’est que les régimes ne veulent pas être chan­gés. Il nous faut penser plus loin que ceux qui nous ont pré­cé­dés et être capables de décou­vrir les muta­tions tech­no­lo­giques sus­cep­tibles nous doter de moyens d’action dont nos pré­dé­ces­seurs ne dis­po­saient pas. Nous devons com­prendre quelle struc­ture-clé engendre la mau­vaise gou­ver­nance [1][1] [1]. Nous devons déve­lop­per une concep­tion de cette struc­ture qui soit suf­fi­sam­ment forte pour nous sortir du bour­bier des morales poli­tiques rivales et pour accé­der à une posi­tion de clarté. Plus impor­tant encore, nous devons nous servir de ces vues pour ins­pi­rer, en nous et en d’autres, un plan d’action noble et effi­cace qui nous per­mette de rem­pla­cer les struc­tures qui conduisent à la mau­vaise gou­ver­nance par quelque chose de mieux.

La conspi­ra­tion comme mode de gou­ver­nance dans les régimes auto­ri­taires.

Lorsque l’on se penche sur les détails du fonc­tion­ne­ment interne des régimes auto­ri­taires, on observe des inter­ac­tions de type conspi­ra­tif au sein l’élite poli­tique, non seule­ment afin d’obtenir de l’avancement ou les faveurs du régime, mais aussi en tant que prin­ci­pale méthode pour pla­ni­fier le main­tien ou le ren­for­ce­ment du pou­voir auto­ri­taire. Les régimes auto­ri­taires, en ce qu’ils contre­carrent dans le peuple la volonté de vérité, d’amour et de réa­li­sa­tion de soi, engendrent des forces qui leur résistent. Une fois révé­lés, les plans qui sous-tendent l’action d’un régime auto­ri­taire pro­voquent une résis­tance accrue. Les pou­voirs auto­ri­taires vic­to­rieux sont par consé­quent ceux qui par­viennent à dis­si­mu­ler leurs plans jusqu’à ce que toute résis­tance soit deve­nue futile ou dépas­sée face à l’efficacité sans fard d’un pou­voir nu. Cette pra­tique du secret col­la­bo­ra­tif, exer­cée au détri­ment d’une popu­la­tion, suffit pour qua­li­fier leur com­por­te­ment de conspi­ra­tif.

« Même chose arrive dans les affaires d’Etat : en les pré­voyant de loin, ce qui n’appartient qu’à un homme habile, les maux qui pour­raient en pro­ve­nir se gué­rissent tôt ; mais quand pour ne les avoir pas prévus, on les laisse croître au point que tout le monde les aper­çoit, il n’y a plus de remède. ». (Nicolas Machiavel, Le Prince)

Les conspi­ra­tions ter­ro­ristes comme graphes connexes.

Avant et après les atten­tats du 11 sep­tembre, le « Maryland Procurement Office » [2][2] [2], entre autres, a financé les recherches de mathé­ma­ti­ciens visant à étu­dier les conspi­ra­tions ter­ro­ristes comme des graphes connexes (pré­ci­sons qu’aucune connais­sance en mathé­ma­tiques n’est requise pour suivre la suite cet article). Nous élar­gis­sons cette façon de conce­voir les orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes et nous l’appliquons à des orga­ni­sa­tions telles que celle qui a financé la recherche en ques­tion. Nous l’utilisons comme un scal­pel pour dis­sé­quer les conspi­ra­tions qui per­mettent à des struc­tures de pou­voir auto­ri­taires de se main­te­nir.

Nous allons nous servir du modèle des graphes connexes afin d’appliquer nos facul­tés de rai­son­ne­ment spa­tial aux rap­ports poli­tiques. Ces graphes sont très faciles à visua­li­ser. Prenez d’abord quelques clous (les « conspi­ra­teurs ») et enfon­cez-les au hasard dans une planche. Ensuite, prenez de la ficelle (la « com­mu­ni­ca­tion ») et reliez les clous entre eux, en boucle, de façon conti­nue. Le fil qui relie deux clous s’appellera un lien. Un fil continu signi­fie qu’il est pos­sible de passer de n’importe quel clou à n’importe quel autre via le fil et des clous inter­mé­diaires. Les mathé­ma­ti­ciens disent que ce type de graphe est connexe. L’information cir­cule de conspi­ra­teur à conspi­ra­teur. Tout conspi­ra­teur ne connaît pas tous les autres, ni ne fait confiance à tous, même si tous sont connec­tés. Certains sont en marge de la conspi­ra­tion, d’autres sont au centre et com­mu­niquent avec un grand nombre de conspi­ra­teurs, d’autres encore ne connaissent peut-être que deux conspi­ra­teurs mais consti­tuent un véri­table pont entre des sec­tions ou des groupes majeurs de la conspi­ra­tion.

Scinder une conspi­ra­tion.

Si tous les conspi­ra­teurs sont assas­si­nés ou si tous les liens entre eux sont détruits, alors la conspi­ra­tion n’existe plus. Cela exige ordi­nai­re­ment plus de res­sources que nous n’en pou­vons déployer, d’où notre pre­mière ques­tion : quel est le nombre mini­mum de liens qui doivent être sec­tion­nés afin de scin­der la conspi­ra­tion en deux groupes égaux ? (Diviser pour mieux régner). La réponse dépend de la struc­ture de la conspi­ra­tion. Parfois, il n’existe pas de canaux de com­mu­ni­ca­tion alter­na­tifs pour que l’information conspi­ra­tive puisse conti­nuer à cir­cu­ler entre les dif­fé­rents conspi­ra­teurs, par­fois il en existe de nom­breux. Il s’agit là d’une carac­té­ris­tique utile et inté­res­sante pour une conspi­ra­tion. Il peut par exemple être pos­sible de divi­ser une conspi­ra­tion en assas­si­nant un conspi­ra­teur fai­sant office de « pont ». Mais notre propos est de dire quelque chose qui vaille en géné­ral pour toutes les conspi­ra­tions.

Certains conspi­ra­teurs dansent plus serré que d’autres.

Les conspi­ra­teurs font sou­vent preuve de pers­pi­ca­cité : cer­tains se font confiance et dépendent les uns des autres, tandis que d’autres parlent peu. Les infor­ma­tions impor­tantes cir­culent sou­vent via cer­tains liens déter­mi­nés, et les infor­ma­tions tri­viales à tra­vers d’autres. Nous éten­dons donc notre modèle de graphe connexe simple afin d’y inclure non seule­ment des liens, mais aussi leur « impor­tance ».

Mais reve­nons à notre ana­lo­gie du tableau et des clous. Imaginez une grosse corde entre cer­tains clous et un fil très fin entre d’autres. L’importance, l’épaisseur ou la lour­deur d’un lien, s’appellera son poids. Entre des conspi­ra­teurs qui ne com­mu­niquent jamais, le poids est égal à zéro. L’ « impor­tance » de la com­mu­ni­ca­tion qui tran­site par un lien est dif­fi­cile à éva­luer a priori, puisque sa valeur réelle dépend de l’issue de la conspi­ra­tion. Nous disons sim­ple­ment que « l’importance » de la com­mu­ni­ca­tion déter­mine à l’évidence le poids d’un lien, que le poids d’un lien est pro­por­tion­nel à la quan­tité de com­mu­ni­ca­tions impor­tantes qui y tran­sitent. S’interroger sur les conspi­ra­tions en géné­ral ne néces­site pas de connaître le poids de chaque lien, sachant celui-ci change d’une conspi­ra­tion à l’autre.

Les conspi­ra­tions sont des dis­po­si­tifs cog­ni­tifs. Leur capa­cité de pensée excède celle du même groupe d’individus agis­sant seuls.

Les conspi­ra­tions recueillent des infor­ma­tions au sujet du monde dans lequel elles opèrent (l’environnement conspi­ra­tif), les trans­mettent aux conspi­ra­teurs, et agissent ensuite en consé­quence. Nous pou­vons consi­dé­rer les conspi­ra­tions comme un type de dis­po­si­tif ayant des inputs (les infor­ma­tions au sujet de l’environnement), un réseau com­pu­ta­tion­nel (les conspi­ra­teurs et les liens qui les relient les uns aux autres) et des out­puts (les actions visant à modi­fier ou à conser­ver l’environnement).

Tromper les conspi­ra­tions.

Puisqu’une conspi­ra­tion est un type de dis­po­si­tif cog­ni­tif agis­sant sur la base d’informations obte­nues dans son envi­ron­ne­ment, la dis­tor­sion ou la res­tric­tion de ces intrants peut rendre « dépla­cées » les actions qui en découlent. Les pro­gram­meurs appellent ça l’effet « déchets à l’entrée, déchets à la sortie » (« gar­bage in, gar­bage out »). D’habitude, l’effet joue en sens inverse puisque c’est la conspi­ra­tion qui est l’agent de la trom­pe­rie et de la res­tric­tion de l’information. Aux États-Unis, l’aphorisme du pro­gram­meur est aussi par­fois appelé « l’effet Fox News ».

Qu’est-ce que cal­cule une conspi­ra­tion ? Elle cal­cule la pro­chaine action de la conspi­ra­tion.

A pré­sent, la ques­tion est la sui­vante : à quel point un tel dis­po­si­tif est-il effi­cace ? Peut-on le com­pa­rer à lui-même à dif­fé­rents moments ? La conspi­ra­tion se ren­force-t-elle ou s’affaiblit-elle ? Une telle ques­tion implique de com­pa­rer deux valeurs dans le temps.

Peut-on trou­ver une valeur décri­vant le pou­voir d’une conspi­ra­tion ?

Nous pour­rions comp­ter le nombre de conspi­ra­teurs, mais cela ne tien­drait pas compte de la dif­fé­rence cru­ciale entre une conspi­ra­tion et les indi­vi­dus qui la com­posent. En quoi dif­fé­rent-ils ? Dans une conspi­ra­tion, les indi­vi­dus conspirent, alors qu’ils ne le font pas lorsqu’ils sont isolés. La dif­fé­rence appa­raît si l’on fait la somme de toutes les com­mu­ni­ca­tions impor­tantes entre tous les conspi­ra­teurs, la somme de leurs poids. On appel­lera cela le « pou­voir conspi­ra­tif total ».

Le pou­voir conspi­ra­tif total.

Ce nombre est une abs­trac­tion. Le schéma des connexions au sein une conspi­ra­tion est en géné­ral unique. Mais en consi­dé­rant cette valeur, qui est indé­pen­dante de la dis­po­si­tion spé­ci­fique des connexions entre les conspi­ra­teurs, on peut dire quelque chose au sujet des conspi­ra­tions en géné­ral.

Si le pou­voir conspi­ra­tif total est nul, il n’y a pas de conspi­ra­tion.

Si le pou­voir conspi­ra­tif total est égal à zéro, alors il n’y a clai­re­ment aucun flux d’informations entre les conspi­ra­teurs et, par­tant, pas de conspi­ra­tion. Un accrois­se­ment ou une dimi­nu­tion impor­tante du pou­voir conspi­ra­tif total signi­fie presque tou­jours ce à quoi il faut s’attendre, à savoir une aug­men­ta­tion ou une dimi­nu­tion de la capa­cité de la conspi­ra­tion à penser, agir et s’adapter.

Scinder les conspi­ra­tions pon­dé­rées.

Nous reve­nons main­te­nant à notre idée pré­cé­dente, sur la façon de scin­der une conspi­ra­tion en deux. Nous avions pensé pou­voir divi­ser une conspi­ra­tion en deux groupes de même nombre en rom­pant les liens entre les conspi­ra­teurs. Nous voyons à pré­sent appa­raître une idée plus inté­res­sante : frac­tion­ner en deux le pou­voir conspi­ra­tif total. Toute moitié déta­chée pou­vant à son tour être consi­dé­rée comme une conspi­ra­tion en elle-même, nous pour­rons conti­nuer indé­fi­ni­ment à la scin­der sur le même mode.

Etrangler les conspi­ra­tions pon­dé­rées.

Au lieu de couper les liens entre les conspi­ra­teurs afin de scin­der une conspi­ra­tion pon­dé­rée, nous pou­vons obte­nir un résul­tat simi­laire en étran­glant la conspi­ra­tion – par constric­tion, en rédui­sant le poids des liens lourds qui font le pont entre des régions dotées d’un égal pou­voir total de conspi­ra­tion.

Attaques contre les capa­ci­tés cog­ni­tives des conspi­ra­tions.

Un homme enchaîné sait qu’il aurait dû agir plus tôt, car sa capa­cité à influer sur l’action de l’Etat touche à sa fin. Face à de puis­santes actions conspi­ra­trices, nous devons anti­ci­per et nous atta­quer au pro­ces­sus qui les sous-tend, puisque nous ne pou­vons pas prendre pour cible ces actions en elles-mêmes. Nous pou­vons duper ou aveu­gler une conspi­ra­tion en dis­tor­dant ou en restrei­gnant les infor­ma­tions dont elle dis­pose. Nous pou­vons réduire le pou­voir conspi­ra­tif total par des attaques non-struc­tu­rées sur cer­tains liens ou bien en pro­cé­dant par étran­gle­ment et par scis­sion. Une conspi­ra­tion qui aurait été suf­fi­sam­ment atta­quée de cette façon ne serait plus en mesure de com­prendre son envi­ron­ne­ment ni de for­mu­ler un plan d’action cohé­rent.

Conspirations tra­di­tion­nelles / conspi­ra­tions modernes.

Les formes tra­di­tion­nelles d’attaques contre les groupes de pou­voir conspi­ra­tif, telles que l’assassinat, sec­tionnent des liens qui ont un poids impor­tant. L’acte de l’assassinat – le ciblage d’individus visibles, est le résul­tat d’inclinations men­tales for­gées dans le cadre des socié­tés sans écri­ture dans les­quelles notre espèce a évolué. L’essor révo­lu­tion­naire de l’alphabétisation et des com­mu­ni­ca­tions a doté les conspi­ra­teurs de nou­veaux moyens pour conspi­rer, leur per­met­tant d’accroître la vitesse de pré­ci­sion de leurs inter­ac­tions et, par­tant, la taille maxi­male qu’une conspi­ra­tion peut atteindre avant de som­brer.

Les conspi­ra­teurs qui dis­posent de cette tech­no­lo­gie sont en mesure de dis­tan­cer les conspi­ra­teurs qui en sont dépour­vus. Pour le même coût, ils sont en mesure d’atteindre un pou­voir conspi­ra­tif total plus élevé. C’est la raison pour laquelle ils adoptent ces tech­no­lo­gies.

En se rap­pe­lant le mot de lord Halifax, on peut par exemple consi­dé­rer deux groupes de pou­voir qui sont au coude à coude et qui sont lar­ge­ment conspi­ra­tifs : le parti démo­crate et le parti répu­bli­cain aux États-Unis. Que se pas­se­rait-il si l’un de ces partis aban­don­nait ses télé­phones por­tables, ses fax et ses emails – sans parler des sys­tèmes infor­ma­tiques qui gèrent les sous­crip­teurs, les dona­teurs, les bud­gets, les son­dages, les centres d’appels et les cam­pagnes de publi­pos­tage ? Il tom­be­rait immé­dia­te­ment dans une sorte de stu­peur orga­ni­sa­tion­nelle et l’autre l’emporterait.

Une conspi­ra­tion auto­ri­taire qui perd sa capa­cité de penser est impuis­sante à se pré­ser­ver face aux adver­saires qu’elle sus­cite.

Si l’on consi­dère une conspi­ra­tion auto­ri­taire comme un tout, on voit un sys­tème d’organes en inter­ac­tion, une bête avec des artères et des veines dont le sang peut être épaissi et ralenti jusqu’à ce qu’elle s’écroule, stu­pé­faite, inca­pable de com­prendre et de contrô­ler de façon suf­fi­sante les forces qui peuplent son envi­ron­ne­ment.

Nous ver­rons plus tard com­ment les nou­velles tech­no­lo­gies et l’analyse des moti­va­tions psy­cho­lo­giques des conspi­ra­teurs peuvent nous four­nir des méthodes pra­tiques per­met­tant de stop­per ou de réduire les flux de com­mu­ni­ca­tions impor­tantes entre les conspi­ra­teurs auto­ri­taires, de fomen­ter un fort mou­ve­ment de résis­tance contre la pla­ni­fi­ca­tion auto­ri­taire et de créer de puis­santes inci­ta­tions à adop­ter des formes de gou­ver­nance plus humaines.

Traduit par Grégoire Chamayou.

Textes ori­gi­naux : “The non linear effects of leaks on unjust sys­tems of gover­nance”, Sun 31 Dec 2006, et « Conspiracy as Governance », December 3, 2006.

Source : http://web.archive.org/web/20071020051936/http://iq.org/


[3][1] [3] Chaque fois que nous assis­tons à un acte que nous esti­mons être injuste et que nous n’agissons pas, nous nous fai­sons les par­ti­sans de l’injustice. Ceux qui res­tent de façon répé­tée pas­sifs face à l’injustice voient bien­tôt leur carac­tère se cor­rompre dans la ser­vi­lité. La plu­part des actes d’injustice dont nous sommes témoins sont liés à la mau­vaise gou­ver­nance, car lorsque la gou­ver­nance est bonne, l’injustice sans réponse est rare. Par l’affaiblissement pro­gres­sif du carac­tère d’un peuple, l’impact de l’injustice signa­lée mais restée sans réponse est de très loin supé­rieur à ce qu’il semble de prime abord. Les États de com­mu­ni­ca­tion modernes, de par leur échelle, leur homo­gé­néité et leurs excès, four­nissent à leur popu­la­tion un déluge sans pré­cé­dent d’injustices avé­rées, mais sans réplique appa­rente. (Note de l’auteur)

[4][2] [4] Paravent de la NSA pour le finan­ce­ment uni­ver­si­taire. Pour en savoir plus sur ce pro­gramme de recherche, cher­chez sur google le code de bourse « MDA904 ». (Note de l’auteur)

date : 15/12/2010 23:58


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[3] http://​www​.contre​temps​.eu/​i​n​t​e​r​v​e​n​t​i​o​n​s​/​a​r​t​-​f​u​i​t​e​-​p​h​i​l​o​s​o​p​h​i​e​-​p​o​l​i​t​i​q​u​e​-​j​u​l​i​a​n​-​a​s​s​a​n​g​e​-​p​a​r​-​l​u​i​-​m​e​m​e​#​_​f​t​nref1
[4] http://​www​.contre​temps​.eu/​i​n​t​e​r​v​e​n​t​i​o​n​s​/​a​r​t​-​f​u​i​t​e​-​p​h​i​l​o​s​o​p​h​i​e​-​p​o​l​i​t​i​q​u​e​-​j​u​l​i​a​n​-​a​s​s​a​n​g​e​-​p​a​r​-​l​u​i​-​m​e​m​e​#​_​f​t​nref2

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