L’étincelle s’allume dans l’action

La philosophie de la praxis dans la pensée de Rosa Luxemburg

Par Mis en ligne le 12 novembre 2012

Nous pro­fi­tons de la publi­ca­tion, par les édi­tions Agone, du deuxième tome des Oeuvres com­plètes de Rosa Luxemburg, pour mettre à la dis­po­si­tion de tou-te-s ce texte de Michael Löwy sur la pensée de Rosa Luxemburg, texte paru dans le numéro 8 de la revue Contretemps, qui contient d’ailleurs un dos­sier sur la révo­lu­tion­naire.

Dans sa pré­sen­ta­tion des Thèses sur Feuerbach (1845) de Marx, qu’il a publiés, à titre post­hume, en 1888, Engels les qua­li­fiait de « pre­mier docu­ment dans lequel se trouve déposé le germe génial d’une nou­velle concep­tion du monde ». En effet, dans ce petit texte Marx dépasse dia­lec­ti­que­ment – la célèbre Aufhebung : négation/​conservation/​élévation – le maté­ria­lisme et l’idéalisme anté­rieurs, et for­mule une nou­velle théo­rie, qu’on pour­rait dési­gner comme phi­lo­so­phie de la praxis.

Tandis que les maté­ria­listes fran­çais du 18ème siècle insis­taient sur la néces­sité de chan­ger les cir­cons­tances maté­rielles pour que les êtres humains se trans­forment, les idéa­listes alle­mands assu­raient que, grâce à la for­ma­tion d’une nou­velle conscience chez les indi­vi­dus, la société serait chan­gée. Contre ces deux per­cep­tions uni­la­té­rales, qui condui­saient à une impasse – et à la recherche d’un « Grand Educateur » ou Sauveur Suprême – Marx affirme dans la Thèse III :

« La coïn­ci­dence du chan­ge­ment des cir­cons­tances et de l’activité humaine ou auto-chan­ge­ment ne peut être consi­dé­rée et com­prise ration­nel­le­ment qu’en tant que pra­tique  (Praxis) révo­lu­tion­naire »1.

En d’autres termes : dans la pra­tique révo­lu­tion­naire, dans l’action col­lec­tive éman­ci­pa­trice, le sujet his­to­rique – les classes oppri­mées – trans­forme en même temps les cir­cons­tances maté­rielles et sa propre conscience. Marx revient à cette pro­blé­ma­tique dans L’Idéologie Allemande  (1846), en écri­vant ceci :

« Cette révo­lu­tion n’est donc pas seule­ment rendue néces­saire parce qu’elle est le seul moyen de ren­ver­ser la classe domi­nante, elle l’est éga­le­ment parce que seule une révo­lu­tion per­met­tra à la classe qui ren­verse l’autre de balayer toute la pour­ri­ture du vieux sys­tème qui lui colle après et de deve­nir apte à fonder la société sur des bases nou­velles »2.

Cela veut dire que l’auto-émancipation révo­lu­tion­naire, c’est la seule forme pos­sible de libé­ra­tion : c’est seule­ment par leur propre praxis, par leur expé­rience dans l’action, que les classes oppri­mées peuvent chan­ger leur conscience, en même temps qu’elles sub­ver­tissent le pou­voir du capi­tal. Il est vrai que dans des textes pos­té­rieurs – par exemple, la célèbre Préface de 1857 à la Critique de l’Economie Politique – nous trou­vons une ver­sion beau­coup plus déter­mi­niste, qui consi­dère la révo­lu­tion comme le résul­tat inévi­table de la contra­dic­tion entre forces et rap­ports de pro­duc­tion ; cepen­dant, comme l’attestent ses prin­ci­paux écrits poli­tiques, le prin­cipe de l’auto-émancipation des tra­vailleurs conti­nue à ins­pi­rer sa pensée et son action.

C’est Antonio Gramsci, dans ses Cahiers de Prison des années 1930, qui va uti­li­ser, pour la pre­mière fois, l’expression « phi­lo­so­phie de la praxis » pour se réfé­rer au mar­xisme. Certains pré­tendent qu’il s’agissait sim­ple­ment d’une ruse pour trom­per ses geô­liers fas­cistes, qui pou­vaient se méfier de toute réfé­rence à Marx ; mais cela n’explique pas pour­quoi Gramsci a choisi cette for­mule, et pas une autre, comme « dia­lec­tique ration­nelle » ou « la phi­lo­so­phie cri­tique ». En réa­lité, avec cette expres­sion il défi­nit, de façon pré­cise et cohé­rente, ce qui dis­tingue le mar­xisme comme vision du monde spé­ci­fique, et se dis­so­cie, de manière radi­cale, des lec­tures posi­ti­vistes et évo­lu­tion­nistes du maté­ria­lisme his­to­rique.

Peu de mar­xistes du 20ème siècle ont été plus proches de l’esprit de cette phi­lo­so­phie mar­xiste de la praxis comme Rosa Luxemburg. Certes, elle n’écrivait pas de textes phi­lo­so­phiques, et n’élaborait pas des théo­ries sys­té­ma­tiques ; comme l’observe avec raison Isabel Loureiro, « ses idées, éparses en articles de jour­nal, bro­chures, dis­cours, lettres (…) sont beau­coup plus des réponses immé­diates à la conjonc­ture qu’une théo­rique logique et inter­ne­ment cohé­rente »3. Il n’empêche : la phi­lo­so­phie de la praxis mar­xienne, qu’elle inter­prète de forme ori­gi­nale et créa­trice, est le fil conduc­teur – au sens élec­trique du mot – de son œuvre et de son action comme révo­lu­tion­naire. Mais sa pensée est loin d’être sta­tique : c’est une réflexion en mou­ve­ment, qui s’enrichit avec l’expérience his­to­rique. Nous essaye­rons ici de recons­ti­tuer l’évolution de sa pensée à tra­vers quelques exemples.

Il est vrai que ses écrits sont tra­ver­sés par une ten­sion entre le déter­mi­nisme his­to­rique – l’inévitabilité de l’écroulement du capi­ta­lisme – et le volon­ta­risme de l’action éman­ci­pa­trice. Cela s’applique en par­ti­cu­lier à ses pre­miers tra­vaux (avant 1914). Réforme ou Révolution (1899), le livre grâce auquel elle est deve­nue connue dans le mou­ve­ment ouvrier alle­mand et inter­na­tio­nal, est un exemple évident de cette ambi­va­lence. Contre Bernstein, elle pro­clame que l’évolution du capi­ta­lisme conduit néces­sai­re­ment vers l’écroulement (Zusammenbruch) du sys­tème, et que cet effon­dre­ment est la voie his­to­rique qui conduit à la réa­li­sa­tion du socia­lisme. Il s’agit, en der­nière ana­lyse, d’une variante socia­liste de l’idéologie du pro­grès inévi­table qui a dominé la pensée occi­den­tale depuis la Philosophie des Lumières. Ce qui sauve son argu­ment d’un éco­no­misme fata­liste c’est la péda­go­gie révo­lu­tion­naire de l’action : « ce n’est qu’au cours de longues luttes opi­niâtres, que le pro­lé­ta­riat acquerra le degré de matu­rité poli­tique lui per­met­tant d’obtenir la vic­toire défi­ni­tive de la révo­lu­tion »4.

Cette concep­tion dia­lec­tique de l’éducation par la lutte est aussi un des prin­ci­paux axes de sa polé­mique avec Lénine en 1904 : « ce n’est qu’au cours de la lutte que l’armée du pro­lé­ta­riat se recrute et qu’elle prend conscience des buts de cette lutte. L’organisation, les pro­grès de la conscience (Aufklärung) et le combat ne sont pas des phases par­ti­cu­lières, sépa­rées dans le temps et méca­ni­que­ment, (…) mais au contraire des aspects divers d’un seul et même pro­ces­sus »5.

Bien entendu, recon­naît Rosa Luxemburg, la classe peut se trom­per au cours de ce combat, mais, en der­nière ana­lyse, « les erreurs com­mises par un mou­ve­ment ouvrier vrai­ment révo­lu­tion­naire sont his­to­ri­que­ment infi­ni­ment plus fécondes et plus pré­cieuses que l’infaillibilité du meilleur ‘Comité cen­tral’ ». L’auto-émancipation des oppri­més implique l’auto-transformation de la classe révo­lu­tion­naire par son expé­rience pra­tique ; celle-ci, à son tour, pro­duit non seule­ment la conscience – thème clas­sique du mar­xisme – mais aussi la volonté :

« Le mou­ve­ment his­to­rique uni­ver­sel (Weltgeschichtlich) du pro­lé­ta­riat vers son éman­ci­pa­tion inté­grale est un pro­ces­sus dont la par­ti­cu­la­rité réside en ce que, pour la pre­mière fois depuis que la société civi­li­sée existe, les masses du peuple font valoir leur volonté consciem­ment et à l’encontre de toutes les classes gou­ver­nantes (…). Or, les masses ne peuvent acqué­rir et for­ti­fier cette volonté que dans la lutte quo­ti­dienne avec l’ordre consti­tué, c’est-à-dire dans les limites de cet ordre »6.

On pour­rait com­pa­rer la vision de Lénine avec celle de Rosa Luxemburg avec l’image sui­vante : pour Vladimir Ilitch, rédac­teur du jour­nal Iskra, l’étincelle révo­lu­tion­naire est appor­tée par l’avant-garde poli­tique orga­ni­sée, du dehors vers l’intérieur des luttes spon­ta­nées du pro­lé­ta­riat ; pour la révo­lu­tion­naire juive/​polonaise, l’étincelle de la conscience et de la volonté révo­lu­tion­naire s’allume dans le combat, dans l’action de masses. Il est vrai que sa concep­tion du parti comme expres­sion orga­nique de la classe cor­res­pond plus à la situa­tion en Allemagne qu’en Russie ou Pologne, où se posait déjà la ques­tion de la diver­sité des partis se réfé­rant au socia­lisme.

Les évé­ne­ments révo­lu­tion­naires de 1905 dans l’Empire russe tsa­riste vont lar­ge­ment confir­mer Rosa Luxemburg dans sa convic­tion que le pro­ces­sus de prise de conscience des masses ouvrières résulte moins de l’activité édu­ca­trice –Aufklärung – du parti que de l’expérience d’action directe et auto­nome des tra­vailleurs :

« Le brusque sou­lè­ve­ment géné­ral du pro­lé­ta­riat en jan­vier, déclen­ché par les évé­ne­ments de Saint-Pétersbourg, était, dans son action exté­rieure, un acte poli­tique révo­lu­tion­naire, une décla­ra­tion de guerre à l’absolutisme. Mais cette pre­mière lutte géné­rale et directe des classes eut un impact encore plus puis­sant à l’intérieur, en éveillant, pour la pre­mière fois, comme par une secousse élec­trique (einen elek­tri­schen Schlag), le sen­ti­ment et la conscience de classe chez des mil­lions et des mil­lions d’individus (…). C’est par le pro­lé­ta­riat que l’absolutisme doit être ren­versé en Russie. Mais le pro­lé­ta­riat a besoin pour cela d’un haut degré d’éducation poli­tique, de conscience de classe et d’organisation. Il ne peut apprendre tout cela dans les bro­chures ou dans les tracts, mais cette édu­ca­tion il l’acquerra dans l’école poli­tique vivante, dans la lutte et par la lutte, au cours de la révo­lu­tion en marche »7.

Il est vrai que la for­mule polé­mique sur les « bro­chures et les tracts » semble sous-esti­mer l’importance de la théo­rie révo­lu­tion­naire dans le pro­ces­sus ; d’autre part, l’activité poli­tique de Rosa Luxemburg, qui consis­tait, dans une large mesure, dans la rédac­tion d’articles de jour­naux et de bro­chures – sans parler de ses œuvres théo­riques dans le champ de l’économie poli­tique – démontre, sans aucun doute, la signi­fi­ca­tion déci­sive qu’elle accor­dait au tra­vail théo­rique et à la polé­mique poli­tique dans le pro­ces­sus de pré­pa­ra­tion de la révo­lu­tion.

Dans cette célèbre bro­chure de 1906 sur la grève de masses, la révo­lu­tion­naire polo­naise uti­lise encore les argu­ments déter­mi­nistes tra­di­tion­nels : la révo­lu­tion aura lieu « selon la néces­sité d’une loi de la nature ». Mais sa vision concrète du pro­ces­sus révo­lu­tion­naire coïn­cide avec la théo­rie de la révo­lu­tion de Marx, tel qu’il l’a pré­sen­tée dans L’Idéologie Allemande (œuvre qu’elle ne connais­sait pas, puisqu’elle ne fut publiée qu’après sa mort) : la conscience révo­lu­tion­naire ne peut se géné­ra­li­ser qu’au cours d’un mou­ve­ment « pra­tique », la trans­for­ma­tion « mas­sive » des oppri­més ne peut se géné­ra­li­ser qu’au cours de la révo­lu­tion elle-même. La caté­go­rie de la praxis – qui est, pour elle comme pour Marx, l’unité dia­lec­tique entre l’objectif et le sub­jec­tif, la média­tion par laquelle la classe en soidevient pour soi – lui permet de dépas­ser le dilemme para­ly­sant et méta­phy­sique de la social-démo­cra­tie alle­mande, entre le mora­lisme abs­trait de Bernstein et l’économicisme méca­nique de Kautsky : tandis que, pour le pre­mier, le chan­ge­ment « sub­jec­tif », moral et spi­ri­tuel, des « êtres humains » est la condi­tion de l’avènement de la jus­tice sociale, pour le deuxième, c’est l’évolution éco­no­mique objec­tive qui conduit « fata­le­ment » au socia­lisme. Cela permet de mieux com­prendre pour­quoi Rosa Luxemburg s’oppose non seule­ment aux révi­sion­nistes néo-kan­tiens, mais aussi, à partir de 1905, à la stra­té­gie d’ « atten­tisme » passif défen­due par l’ainsi nommé « centre ortho­doxe » du parti.

Cette même vision dia­lec­tique de la praxis lui permet aussi de dépas­ser le tra­di­tion­nel dua­lisme incarné par le Programme d’Erfurt du SPD, entre les réformes, ou le « pro­gramme mini­mum », et la révo­lu­tion, ou « le but final ». Par la stra­té­gie de grève de masses en Allemagne qu’elle pro­pose en 1906 – contre la bureau­cra­tie syn­di­cale – et en 1910 – contre Karl Kautsky – Rosa Luxemburg esquisse un chemin capable de trans­for­mer les luttes éco­no­miques ou le combat pour le suf­frage uni­ver­sel en un mou­ve­ment révo­lu­tion­naire géné­ral.

Contrairement à Lénine, qui dis­tingue « la conscience trade-unio­niste (syn­di­cale) » de la « conscience social-démo­crate (socia­liste) », elle sug­gère une dis­tinc­tion entre la conscience théo­rique latente, carac­té­ris­tique du mou­ve­ment ouvrier dans les périodes de domi­na­tion du par­le­men­ta­risme bour­geois, et la conscience pra­tique et active, qui surgit au cours du pro­ces­sus révo­lu­tion­naire, quand les masses elles-mêmes – et non seule­ment les dépu­tés et diri­geants du parti – appa­raissent sur la scène poli­tique ; c’est grâce à cette conscience pra­tique-active que les couches les moins orga­ni­sées et les plus arrié­rées peuvent deve­nir, en période de lutte révo­lu­tion­naire, l’élément le plus radi­cal. De cette pré­misse découle sa cri­tique de ceux qui fondent leur stra­té­gie poli­tique sur une esti­ma­tion exa­gé­rée du rôle de l’organisation dans la lutte de classes – qui s’accompagne géné­ra­le­ment d’une sous-esti­ma­tion du pro­lé­ta­riat non-orga­nisé – en oubliant le rôle péda­go­gique de la lutte révo­lu­tion­naire :

« Six mois de révo­lu­tion feront davan­tage pour l’éducation de ces masses actuel­le­ment inor­ga­ni­sées que dix ans de réunions publiques et de dis­tri­bu­tions de tracts ».8.

Rosa Luxemburg était-elle donc spon­ta­néiste ? Pas tout à fait… Dans la bro­chureGrève géné­rale, parti et syn­di­cats (1906), elle insiste, en se réfé­rant à l’Allemagne, sur le fait que le rôle de « l’avant-garde la plus éclai­rée » n’est pas d’attendre « avec fata­lisme », que le mou­ve­ment popu­laire spon­tané « tombe du ciel ». Au contraire, la fonc­tion de cette avant-garde c’est pré­ci­sé­ment de « devan­cer  (vorau­sei­len) le cours des choses, de cher­cher à le pré­ci­pi­ter ». Elle recon­nait que le parti socia­liste doit prendre la direc­tion poli­tique de la grève de masses, ce qui consiste à « four­nir au pro­lé­ta­riat alle­mand pour la période des luttes a venir, une tac­tique et desobjec­tifs » ; elle va jusqu’à pro­cla­mer que l’organisation socia­liste est « l’avant-garde de toute le masse des tra­vailleurs » et que « le mou­ve­ment ouvrier tire sa force, son unité, sa conscience poli­tique de cette même orga­ni­sa­tion »9.

Il faut ajou­ter que l’organisation polo­naise diri­gée par Rosa Luxemburg, le Parti Social-Démocrate du Royaume de Pologne et de Lithuanie (SDKPiL), clan­des­tine et révo­lu­tion­naire, res­sem­blait beau­coup plus au parti bol­che­vik qu’à la social-démo­cra­tie alle­mande… Finalement, un aspect méconnu doit être pris en consi­dé­ra­tion : il s’agit de l’attitude de Rosa Luxemburg envers l’Internationale (sur­tout après 1914), qu’elle conce­vait comme un parti mon­dial cen­tra­lisé et dis­ci­pliné. Ce n’est pas la moindre des iro­nies que Karl Liebknecht, dans une lettre à Rosa Luxemburg, cri­tique sa concep­tion de l’Internationale comme étant « trop cen­tra­liste-méca­nique », avec « trop de ‘dis­ci­pline’, trop peu de spon­ta­néité », consi­dé­rant les masses « trop comme ins­tru­ments de l’action, non comme por­teurs de la volonté ; en tant qu’instruments de l’action voulue et déci­dée par l’Internationale, non en tant que vou­lant et déci­dant elles-mêmes »10.

Parallèlement à ce volon­ta­risme acti­viste, l’optimisme déter­mi­niste (éco­no­mique) de la théo­rie du Zusammenbruch, l’écroulement du capi­ta­lisme vic­time de ses contra­dic­tions, ne dis­pa­raît pas de ses écrits, au contraire : il se trouve au centre même de son grand ouvrage éco­no­mique, L’Accumulation du Capital (1911). Ce n’est qu’après 1914, dans la bro­chure La crise de la social-démo­cra­tie, écrite en prison en 1915 – et publiée en Suisse en jan­vier 1916 avec le pseuy­do­nyme « Junius » – que cette vision tra­di­tion­nelle du mou­ve­ment socia­liste du début du siècle sera dépas­sée. Ce docu­ment, grâce au mot d’ordre « socia­lisme ou bar­ba­rie » est un tour­nant dans l’histoire de la pensée mar­xiste. Curieusement, l’argument de Rosa Luxemburg com­mence par se réfé­rer aux « lois inal­té­rables de l’histoire » ; elle recon­naît que l’action du pro­lé­ta­riat « contri­bue à déter­mi­ner l’histoire », mais semble croire qu’il s’agit seule­ment d’accélérer ou de retar­der le pro­ces­sus his­to­rique. Jusqu’ici, rien de nou­veau !

Mais dans les lignes sui­vantes elle com­pare la vic­toire du pro­lé­ta­riat à « un bond qui fait passer l’humanité du règne animal au règne de la liberté », en ajou­tant : ce saut ne sera pas pos­sible « si, de l’ensemble des pré­misses maté­rielles accu­mu­lées par l’évolution, ne jaillit pas l’étincelle incen­diaire (zün­dende Funke) de la volonté consciente de la grande masse popu­laire ». On trouve ici la célèbre Iskra, l’ étin­celle de la volonté révo­lu­tion­naire qui est capable de faire explo­ser la poudre sèche des condi­tions maté­rielles. Mais qu’est-ce que pro­duit cette zün­dende Funke ? C’est seule­ment grâce à une « longue série d’affrontements » que « le pro­lé­ta­riat inter­na­tio­nal fait son appren­tis­sage sous la direc­tion de la social-démo­cra­tie et tente de prendre en main sa propre his­toire (seine Geschichte)… »11. En d’autres termes : c’est dans l’expérience pra­tique que s’allume l’étincelle de la conscience révo­lu­tion­naire des oppri­més et exploi­tés.

En intro­dui­sant l’expression socia­lisme ou bar­ba­rie , « Junius » se réfère à l’autorité d’Engels, dans un écrit datant d’il y a « une qua­ran­taine d’années » – sans doute une réfé­rence à l’ Anti-Dühring  (1878) :« Friedrich Engels a dit un jour : ‘La société bour­geoise est placée devant un dilemme : ou bien pas­sage au socia­lisme ou rechute dans la bar­ba­rie’ »12. En fait, ce qu’écrit Engels est bien dif­fé­rent :

« Les forces pro­duc­tives engen­drées par le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste moderne, ainsi que le sys­tème de répar­ti­tion des biens qu’il a créé, sont entrés en contra­dic­tion fla­grante avec le mode de pro­duc­tion lui-même, et cela à un degré tel que devient néces­saire un bou­le­ver­se­ment du mode de pro­duc­tion et répar­ti­tion, si l’on ne veut pas voir toute la société moderne périr »13.

L’argument d’Engels – essen­tiel­le­ment éco­no­mique, et non poli­tique, comme celui de « Junius » – est plutôt rhé­to­rique, une sorte de démons­tra­tion par l’absurde de la néces­sité du socia­lisme, si l’on veut éviter le « péris­se­ment » de la société moderne – une for­mule vague dont on ne voit pas très bien la portée. En fait, c’est Rosa Luxemburg qui a inventé, au sens fort du mot, l’expression « socia­lisme ou bar­ba­rie », qui aura tel­le­ment d’impact au cours du 20ème siècle. Si elle se réfère à Engels c’est peut-être pour tenter de donner plus de légi­ti­mité à une thèse assez hété­ro­doxe. Evidemment c’est la guerre mon­diale, et l’écroulement du mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal en août 1914, qui a fini par ébran­ler sa convic­tion de la vic­toire inévi­table du socia­lisme.

Dans les para­graphes sui­vants « Junius » va déve­lop­per son point de vue inno­va­teur :

« Nous sommes placés aujourd’hui devant ce choix : ou bien triomphe de l’impérialisme et déca­dence de toute civi­li­sa­tion, avec pour consé­quence, comme dans la Rome antique, le dépeu­ple­ment, la déso­la­tion, la dégé­né­res­cence, un grand cime­tière ; ou bien, vic­toire du socia­lisme, c’est-à-dire de la lutte consciente du pro­lé­ta­riat inter­na­tio­nal contre l’impérialisme et contre sa méthode d’action : la guerre. C’est là un dilemme de l’histoire du monde, un ou bien – ou bien encore indé­cis dont les pla­teaux balancent devant la déci­sion du pro­lé­ta­riat conscient »14.

On peut dis­cu­ter de la signi­fi­ca­tion du concept de « bar­ba­rie » : il s’agit sans doute d’une bar­ba­rie moderne, « civi­li­sée » – donc la com­pa­rai­son avec la Rome ancienne n’est pas très per­ti­nente – et dans ce cas l’affirmation de la bro­chure Junius s’est révé­lée pro­phé­tique : le fas­cisme alle­mand, mani­fes­ta­tion suprême de la bar­ba­rie moderne, a pu prendre le pou­voir grâce à la défaite du socia­lisme. Mais le plus impor­tant dans la for­mule « socia­lisme ou bar­ba­rie » c’est le terme ou : il s’agit de la recon­nais­sance de que l’histoire est un pro­ces­sus ouvert, que l’avenir n’est pas encore déci­dée – par les « lois de l’histoire » ou de l’économie – mais dépend, en der­nière ana­lyse, des fac­teurs « sub­jec­tifs » : la conscience, la déci­sion, la volonté, l’initiative, l’action, la praxis révo­lu­tion­naire. Il est vrai, comme le sou­ligne Isabel Loureiro dans, son beau livre, que même dans la bro­chure « Junius » – ainsi que dans des textes pos­té­rieurs de Rosa Luxemburg – on trouve encore des réfé­rences à l’écroulement inévi­table du capi­ta­lisme, à la « dia­lec­tique de l’histoire » et à la « néces­sité his­to­rique du socia­lisme »15. Mais en der­nière ana­lyse, la for­mule « socia­lisme ou bar­ba­rie » jette les bases d’une autre concep­tion de la « dia­lec­tique de l’histoire », dis­tincte du déter­mi­nisme éco­no­mique et de l’idéologie illu­mi­niste du pro­grès inévi­table.

Nous retrou­vons la phi­lo­so­phie de la praxis au cœur de la polé­mique de 1918 sur la Révolution russe – un autre texte capi­tal rédigé der­rières les bar­reaux. La trame essen­tielle de ce docu­ment est bien connue : d’une part, le sou­tien aux bol­ché­viks, et à leurs diri­geants, Lénine et Trotsky, qui ont sauvé l’honneur du socia­lisme inter­na­tio­nal, en osant la Révolution d’Octobre ; d’autre part, un ensemble de cri­tiques dont cer­taines – sur la ques­tion agraire et la ques­tion natio­nale – sont bien dis­cu­tables, tandis que d’autres – le cha­pitre sur la démo­cra­tie – appa­raissent comme pro­phé­tiques. Ce qui inquiète la révo­lu­tion­naire juive/​polonaise/​allemande, c’est avant tout la sup­pres­sion, par les bol­ché­viks, des liber­tés démo­cra­tiques – liberté de presse, d’association, de réunion – qui sont pré­ci­sé­ment la garan­tie de l’activité poli­tique des masses ouvrières ; sans elles « la domi­na­tion des vastes couches popu­laires est par­fai­te­ment impen­sable ». Les tâches gigan­tesques de la tran­si­tion au socia­lisme « aux­quelles les bol­ché­viks s’étaient atte­lés avec cou­rage et déter­mi­na­tion » – ne peuvent être réa­li­sées sans que « les masses reçoivent une édu­ca­tion poli­tique très inten­sive et accu­mulent des expé­riences », ce qui n’est pas pos­sible sans liber­tés démo­cra­tiques. La construc­tion d’une nou­velle société est un ter­rain vierge qui pose « mille pro­blèmes » impré­vus ; or, « seule l’expérience permet les cor­rec­tions et l’ouverture de nou­velles voies ». Le socia­lisme est un pro­duit his­to­rique « issu de l’école même de l’expérience » : l’ensemble des masses popu­laires (Volksmassen) doit par­ti­ci­per de cette expé­rience, sinon « le socia­lisme est décrété, octroyé par une dou­zaine d’intellectuels réunis autour d’un tapis vert ». Pour les inévi­tables erreurs du pro­ces­sus de tran­si­tion le seul remède est la pra­tique révo­lu­tion­naire elle-même : « la révo­lu­tion en soi et son prin­cipe réno­va­teur, la vie intel­lec­tuelle, l’activité et l’autoresponsabilité (Selbstverantwortung) des masses qu’elle sus­cite, en un mot, la révo­lu­tion sous la forme de la liberté poli­tique la plus large est le seul soleil qui sauve et puri­fie »16.

Cet argu­ment est beau­coup plus impor­tant que le débat sur l’Assemblée Constituante, sur lequel se sont concen­trées les objec­tions « léni­nistes » au texte de 1918. Sans liber­tés démo­cra­tiques, la praxis révo­lu­tion­naire des masses, l’auto-éducation popu­laire par l’expérience, l’auto-émancipation des oppri­més, et l’exercice du pou­voir lui-même par la classe des tra­vailleurs sont impos­sibles.

György Lukacs, dans son impor­tant essai « Rosa Luxemburg mar­xiste » (jan­vier 1921), mon­trait avec une grande acuité com­ment, grâce à l’unité de la théo­rie et de la praxis – for­mu­lée par Marx dans ses Thèses sur Feuerbach – la grande révo­lu­tion­naire avait réussi à dépas­ser le dilemme de l’impuissance des mou­ve­ments sociaux-démo­crates, « le dilemme du fata­lisme des lois pures et de l’éthique des inten­tions pures ». Que signi­fie cette unité dia­lec­tique ?

« De même que le pro­lé­ta­riat comme classe ne peut conqué­rir et garder sa conscience de classe, s’élever au niveau de sa tâche his­to­rique – objec­ti­ve­ment donnée – que dans le combat et l’action, de même le parti et le mili­tant indi­vi­duel ne peuvent s’approprier réel­le­ment leur théo­rie que s’ils sont en état de faire passer cette unité dans leur praxis »17.

Il est donc sur­pre­nant que, à peine une année plus tard, Lukacs rédige l’essai – qui va lui aussi figu­rer dans Histoire et Conscience de Classe (1923) – inti­tulé « Commentaires cri­tiques sur la cri­tique de la révo­lu­tion russe en Rosa Luxemburg » (jan­vier 1922), qui rejette en bloc l’ensemble des com­men­taires dis­si­dents de la fon­da­trice de la Ligue Spartacus, en pré­ten­dant qu’elle « se repré­sente la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne sous les formes struc­tu­relles des révo­lu­tions bour­geoises »18 – une accu­sa­tion peu cré­dible, comme le démontre Isabel Loureiro19. Comment expli­quer la dif­fé­rence, dans le ton et dans le contenu, entre l’essai de jan­vier 1921 et celui de jan­vier 1922 ? Une rapide conver­sion au léni­nisme ortho­doxe ? Peut-être, mais plus pro­ba­ble­ment la posi­tion de Lukacs par rap­port aux débats au sein du com­mu­nisme alle­mand. Paul Levi, le prin­ci­pal diri­geant du KPD (Parti Communiste Allemand), s’était opposé à l’ « Action de Mars 1921 », une ten­ta­tive échouée de sou­lè­ve­ment com­mu­niste en Allemagne, sou­te­nue avec enthou­siasme par Lukacs (mais cri­ti­quée par Lénine…) ; exclu du Parti, Paul Levi décide en 1922 de publier le manus­crit de Rosa Luxemburg sur la Révolution russe, que l’auteure lui avait confié en 1918. La polé­mique de Lukacs avec ce docu­ment est aussi, indi­rec­te­ment, un règle­ment de comptes avec Paul Levi.

En réa­lité, le cha­pitre sur la démo­cra­tie de ce docu­ment de Luxemburg est un des textes les plus impor­tants du mar­xisme, du com­mu­nisme, de la théo­rie cri­tique et de la pensée révo­lu­tion­naire au 20ème siècle. Il est dif­fi­cile d’imaginer une refon­da­tion du socia­lisme au 21ème siècle qui ne prenne pas en consi­dé­ra­tion les argu­ments déve­lop­pés dans ces pages fébriles. Les repré­sen­tants les plus lucides du léni­nisme et du trots­kysme, comme Ernest Mandel ou Daniel Bensaïd, recon­nais­saient que cette cri­tique de 1918 au bol­ché­visme, en ce qui concerne la ques­tion des liber­tés démo­cra­tiques, était en der­nière ana­lyse jus­ti­fiée. Bien entendu, la démo­cra­tie à laquelle se réfère Rosa Luxemburg est celle exer­cée par les tra­vailleurs dans un pro­ces­sus révo­lu­tion­naire, et non la « démo­cra­tie de basse inten­sité » du par­le­men­ta­risme bour­geois, dans laquelle les déci­sions impor­tantes sont prises par des ban­quiers, entre­pre­neurs, mili­taires et tech­no­crates, hors de tout contrôle popu­laire.

La zün­dende Funke, l’étincelle incen­diaire de Rosa Luxemburg a brillé une der­nière fois en décembre 1918, lors de sa confé­rence au Congrès de fon­da­tion du KPD (Ligue Spartacus). Certes, on trouve encore dans ce texte des réfé­rences à la « loi du déve­lop­pe­ment objec­tif et néces­saire de la révo­lu­tion socia­liste », mais il s’agit en réa­lité de « l’expérience amère » que doivent faire les diverses forces du mou­ve­ment ouvrier avant de trou­ver le chemin révo­lu­tion­naire. Les der­nières paroles de cette mémo­rable confé­rence sont direc­te­ment ins­pi­rées par la pers­pec­tive de la praxis auto-éman­ci­pa­trice des oppri­més : « C’est en exer­çant le pou­voir que la masse apprend à exer­cer le pou­voir. Il n’y a pas d’autre moyen de lui apprendre. Nous avons fort heu­reu­se­ment dépassé le temps où il était ques­tion d’enseigner le socia­lisme au pro­lé­ta­riat. Ce temps n’est appa­rem­ment pas encore révolu pour les mar­xistes de l’école Kautsky. Eduquer les masses pro­lé­ta­riennes, cela vou­lait dire : leur faire des dis­cours, dif­fu­ser des tracts et des bro­chures. Non, l’école socia­liste des pro­lé­taires n’a pas besoin de tout cela. Leur édu­ca­tion se fait quand ils passent à l’action (zur Tat grei­fen) ». Ici Rosa Luxemburg va se réfé­rer à une célèbre for­mule de Goethe : « Am Anfang war die Tat ! » (Au début de tout ne se trouve pas le Verbe mais l’Action !). Dans les mots de la révo­lu­tion­naire mar­xiste : “Au com­men­ce­ment était l’Action, telle est ici notre devise ; et l’action, c’est que les conseils d’ouvriers et de sol­dats se sentent appe­lés à deve­nir la seule puis­sance publique dans le pays et apprennent à l’être »20. Quelques jours plus tard, Rosa Luxemburg sera assas­si­née par les Freikorps – « corps francs » para­mi­li­taires – mobi­li­sés par le gou­ver­ne­ment social-démo­crate, sous la hou­lette du Ministre Gustav Noske, contre le sou­lè­ve­ment des ouvriers de Berlin.

Rosa Luxemburg n’était pas infaillible, elle a commis des erreurs, comme tout être humain et n’importe quel mili­tant, et ses idées ne consti­tuent pas un sys­tème théo­rique fermé, une doc­trine dog­ma­tique qui pour­rait être appli­quée à tout lieu et à toute époque. Mais sans doute sa pensée est une boîte à outils pré­cieuse pour tenter de démon­ter la machine capi­ta­liste et pour réflé­chir à des alter­na­tives radi­cales. Ce n’est pas un hasard si elle est deve­nue, au cours des der­nières années, une des réfé­rences les plus impor­tantes dans le débat, notam­ment en Amérique Latine, sur un socia­lisme du 21éme siècle, capable de dépas­ser les impasses des expé­riences se récla­mant du socia­lisme dans le siècle der­nier – aussi bien la social-démo­cra­tie que le sta­li­nisme. Sa concep­tion d’un socia­lisme en même temps révo­lu­tion­naire et démo­cra­tique – en oppo­si­tion irré­con­ci­liable au capi­ta­lisme et à l’impérialisme – fondé sur la praxis auto-éman­ci­pa­trice des tra­vailleurs, sur l’auto-éducation par l’expérience et par l’action des grandes masses popu­laires gagne ainsi une éton­nante actua­lité. Le socia­lisme de l’avenir ne pourra pas se passer de la lumière de cette étin­celle ardente.

Notes

  1. K. Marx, « Thèses sur Feuerbach », 1845 in L’Idéoologie Allemande,  Paris, Ed. Sociales, 1968, p. 32.
  2. K. Marx, F. Engels, L’idéologie alle­mande, p. 68.
  3. Isabel Loureiro, Rosa Luxemburg. Os dile­mas da açâo revo­lu­cio­na­ria, S.Paulo, Unesp, 1995, p. 23.
  4. Rosa Luxemburg, Reforme ou Révolution ?  1899 in Œuvres, I, Paris, Maspero, 1969, p. 79.
  5. Rosa Luxemburg, „Questions d’organisation de la social-démo­cra­tie russe“, 1904, in Marxisme contre dic­ta­ture,  Paris, Spartacus, 1946, p. 21.
  6. Ibid,  pp. 32-33. Cf. Rosa Luxemburg, « Organisationsfragen der rus­si­schen Sozialdemokratie » (1904), in Die Russische Revolution, Frankfurt, Europäische Verlaganstalt, 1963, pp. 27-28, 42, 44.
  7. R. Luxemburg, Grève de masse, parti et syn­di­cats“ 1906, in Oeuvres, I, pp. 113-114, tra­duc­tion revue d’après l’original : « Massenstreik, Partei und Gewerkschaften » in Gewerkschaftskampf und Massenstreik, Eingeleitet und Bearbeitet von Paul Frölich, Berlin, Vereinigung Internationaler Verlagsanstalten, Berlin, 1928, pp. 426-427. Il s’agit d’un recueil d’essais de Rosa Luxemburg sur la grève de masses, orga­nisé par son dis­ciple et bio­graphe Paul Frölich, exclu dans les années 1920 du Parti Communiste Allemand. J’ai trouvé ce livre dans un bou­qui­niste à …Tel-Aviv ; l’exemplaire por­tait un tampon : « Kibutz Ein Harod, Seminaire d’Idées, Bibliothèque Centrale ». Le pro­prié­taire du livre était sans doute un juif de gauche alle­mand qui a émigré en Palestine vers 1933 et l’a donné à la biblio­thèque du kib­butz où il s’est établi. Avec la mort des vieux mili­tants du kib­butz, comme la nou­velle géné­ra­tion ne lit pas l’allemand, le biblio­thé­caire a vendu au bou­qui­niste son stock de livres dans la langue de Marx…
  8. Ibid, p. 150.
  9. Ibid. pp. 147, 150.
  10. Voir K. Liebknecht, « A Rosa Luxemburg : Remarques à propos de son projet de thèses pour le groupe ‘Internationale’ », inPartisans, no 45, jan­vier 1969, p. 113.
  11. Rosa Luxemburg, La crise de la social-démo­cra­tie, Bruxelles, Editions La Taupe, G1970, p. 67, cor­rigé d’après le texte alle­mand Die Krise der Sozialdemokratie von Junius, Bern, Unionsdruckerei, 1916, p.11. Cette copie de l’édition ori­gi­nale du livre a appar­tenu à mon regretté pro­fes­seur et direc­teur de thèse Lucien Goldmann, que sa veuve, Annie Goldmann, m’a géné­reu­se­ment cédé.
  12. Rosa Luxemburg, La crise de la social-démo­cra­tie,  p. 68.
  13. F. Engels, Anti-Dühring, Paris, Ed. Sociales, 1950, p. 189, sou­li­gné par nous ML.
  14. Ibid.  p. 68.
  15. Isabel Loureiro, Rosa Luxemburg. Os dile­mas da açâo revo­lu­cio­na­ria, S.Paulo, Unesp, 1995, p. 123.
  16. Rosa Luxmeburgo, La Révolution russe (1918), Œuvres I, pp. 82-86. Cf. Die Russische Revolution, Frankfurt, Europäische Verlagsanstalt, 1963, pp. 73-76.
  17. G.Lukacs, Histoire et Conscience de Classe (1923), Paris, Minuit, 1960, p. 65.
  18. Ibid. p. 321.
  19. I.Loureiro, Rosa Luxemburg, pp. 85-88.
  20. Rosa Luxemburg, “Notre pro­gramme et la situa­tion poli­tique. Discours au Congrès de fon­da­tion du PCA (Ligue Spartacus), 31.12.1918, Oeuvres, II, p127. Corrigé d’après l’original alle­mand, “Rede zum Programm der KPD (Spartakusbund)”, Ausgewählten Reden und Schriften, Berlin, Dietz Verlag, 1953, Band II, p. 687. L’exemplaire de l’édition alle­mande que j’utilise ici a une his­toire curieuse. Il s’agit d’un recueil de textes de Rosa Luxemburg, édité par le « Marx-Engels-Lenin-Stalin Institut beim ZK der SED », avec une pré­face de Wilhelm Pieck, diri­geant sta­li­nien de la RDA, suivie d’introductions de Lénine et Staline, cri­ti­quant les « erreurs » de l’auteure. J’ai acheté ce livre chez un bou­qui­niste et j’ai décou­vert qu’il por­tait une dédi­cace à la main, en anglais, datée de 1957, deman­dant des excuses pour ne pas avoir trouvé une autre édi­tion sans toutes ses « intro­duc­tions » super­flues. La dédi­cace est signée de « Tamara et Isaac », sans doute Tamara et Isaac Deutscher…
Michael Löwy
06/11/2012 
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