La non-violence : le mythe et les réalités

Mis en ligne le 05 mars 2010

Dans un ouvrage à paraître aujourd’hui en Italie, La non-vio­lenza. Una storia fuori dal mito, le pro­fes­seur Domenico Losurdo explore le concept de non-vio­lence et son usage dans l’histoire contem­po­raine. Loin des idées reçues, il montre ses ambi­va­lences. Souvent exi­gence paci­fiste, elle peut-être aussi une fuite des res­pon­sa­bi­li­tés, et devient aujourd’hui un habillage de pro­pa­gande pour toutes sortes d’ingérences. Il répond ici aux ques­tions de Marie-Ange Patrizio.

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Mohandas Karamchand Gandhi

Marie-Ange Patrizio : Le concept de non-vio­lence nous fait immé­dia­te­ment penser à Gandhi : quel juge­ment exprimes-tu sur cette grande per­son­na­lité his­to­rique ?

Domenico Losurdo : Il faut dis­tin­guer deux phases dans l’évolution de Gandhi. Au cours de la pre­mière phase, il ne pense pas du tout à une éman­ci­pa­tion géné­rale des peuples colo­niaux. Il appelle au contraire la puis­sance colo­niale, la Grande-Bretagne, à ne pas confondre le peuple indien —qui à l’instar des Anglais peut faire état d’une antique civi­li­sa­tion et d’origines raciales « aryennes »— avec les noirs, avec, même, les « gros­siers cafres, dont l’occupation est la chasse et dont la seule ambi­tion est de ras­sem­bler une cer­tain nombre de têtes de bétail pour conqué­rir une femme et mener ensuite une exis­tence d’indolence et de nudité » (sic).

Afin d’obtenir la coop­ta­tion par la race domi­nante, par le peuple des sei­gneurs (aryens et blancs), Gandhi appelle au début du 20ème siècle ses co-natio­naux à se mettre au ser­vice de l’armée impé­riale enga­gée dans une répres­sion féroce contre les Zoulous.

Surtout, durant la Première Guerre mon­diale, le pré­sumé cham­pion de la non-vio­lence se pro­pose de recru­ter 500 000 hommes pour l’armée bri­tan­nique. Il le fait avec tel­le­ment de zèle qu’il écrit au secré­taire per­son­nel du vice-roi : « J’ai l’impression que si je deve­nais votre recru­teur en chef, je pour­rais vous sub­mer­ger d’hommes ». Lorsqu’il s’adresse à ses co-natio­naux ou au vice-roi, Gandhi insiste de façon qua­si­ment obsé­dante sur sa dis­po­ni­bi­lité au sacri­fice dont tout un peuple est appelé à faire preuve : il faut « offrir notre appui total et décidé à l’Empire » ; l’Inde doit être prête à « offrir, à l’heure cri­tique, ses fils valides au sacri­fice à l’Empire », à « offrir en ce moment cri­tique tous ses fils aptes à com­battre comme offrande à l’Empire » ; « nous devons, pour la défense de l’Empire donner tout homme dont nous dis­po­sons ».

Avec une cohé­rence d’acier, Gandhi sou­haite que ses propres fils s’enrôlent et par­ti­cipent à la guerre.

Marie-Ange Patrizio : À ce propos, tu confrontes l’attitude de Gandhi avec celle prise par le mou­ve­ment anti­mi­li­ta­riste d’inspiration socia­liste et mar­xiste, et c’est ce der­nier qui va le mieux s’en sortir.

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Karl Liebknecht

Domenico Losurdo : Oui, je réfute le mythe selon lequel le mar­xisme serait syno­nyme de culte de la vio­lence. Je ren­voie en par­ti­cu­lier à la figure de Karl Liebknecht, qui fut par la suite un des fon­da­teurs du Parti com­mu­niste alle­mand, avant d’être assas­siné avec Rosa Luxembourg. Après avoir lon­gue­ment lutté contre le réar­me­ment et les pré­pa­ra­tifs de guerre, alors qu’il est appelé au front, avant d’être arrêté à cause de son paci­fisme, Liebknecht envoie une série de lettres à sa femme et à ses enfants : « Je ne tire­rai pas […] Moi je ne tire­rai pas même si on me l’ordonne. On pourra me fusiller à cause de cela ».

Marie-Ange Patrizio : Reste le fait que Liebknecht finit par saluer la vio­lence de la Révolution d’octobre déclen­chée par Lénine.

Domenico Losurdo : Il ne faut pas perdre de vue qu’au début de la Première Guerre mon­diale, Lénine, bien loin de célé­brer à la manière de Gandhi la valeur de la vie mili­taire et du combat au front, exprime sa « pro­fonde amer­tume ». L’espoir, moral avant d’être poli­tique, renaît chez lui grâce à un phé­no­mène qui pour­rait peut-être enrayer la machine infer­nale de la vio­lence : c’est la « fra­ter­ni­sa­tion entre les sol­dats des nations bel­li­gé­rantes, jusque dans les tran­chées ». Lénine écrit : « C’est bien que les sol­dats mau­dissent la guerre. C’est bien qu’ils exigent la paix. La fra­ter­ni­sa­tion peut et doit deve­nir fra­ter­ni­sa­tion sur tous les fronts. L’armistice de fait sur un front peut et doit deve­nir un armis­tice de fait sur tous les fronts ».

Malheureusement, cet espoir aussi sera déçu : les gou­ver­ne­ments bel­li­gé­rants traitent la fra­ter­ni­sa­tion à l’instar d’une tra­hi­son. A ce point-là, il s’agit de choi­sir non pas entre vio­lence et non-vio­lence, mais bien entre la vio­lence de la conti­nua­tion de la guerre d’une part et la vio­lence de la révo­lu­tion appe­lée à mettre fin au car­nage insensé, d’autre part.

Les dilemmes moraux de Lénine ne sont pas dif­fé­rents des dilemmes moraux aux­quels font face aux Etats-Unis les paci­fistes chré­tiens des pre­mières décen­nies du 19ème (c’est de ce cha­pitre de l’histoire que part mon livre). Opposés à toute forme de vio­lence et à l’esclavage des noirs (lui-même expres­sion de vio­lence), tandis que la Guerre de séces­sion se pro­file puis fait rage, les paci­fistes chré­tiens sont appe­lés à opérer un choix tra­gique : appuyer direc­te­ment ou indi­rec­te­ment la conti­nua­tion de cette forme par­ti­cu­liè­re­ment hor­rible de vio­lence qu’est l’institution de l’esclavage ou bien adhé­rer à cette sorte de révo­lu­tion abo­li­tion­niste que finit par être la guerre de l’Union ? Les paci­fistes les plus matures choi­sissent cette seconde alter­na­tive. Ils se situent de manière simi­laire à celle qui carac­té­ri­sera plus tard Lénine, Liebknecht et les bol­che­viques dans leur ensemble.

Marie-Ange Patrizio : Nous avons laissé Gandhi dans son rôle de chef recru­teur au ser­vice de l’armée bri­tan­nique. Tu as parlé cepen­dant d’une seconde phase de son enga­ge­ment. Quand et com­ment advient-elle ?

Domenico Losurdo : Deux évé­ne­ments l’ont déter­mi­née : l’un de carac­tère inter­na­tio­nal, l’autre natio­nal. La Révolution d’octobre et la dif­fu­sion de l’agitation com­mu­niste dans les colo­nies et en Inde même consti­tuent un for­mi­dable coup de but­toir à l’idéologie de la pyra­mide raciale et rendent obso­lète l’aspiration à la coop­ta­tion dans la race blanche ou aryenne, qui doit main­te­nant faire face à la révolte géné­ra­li­sée des peuples de cou­leur.

Mais ce qui va sur­tout jouer un rôle déci­sif est avant tout une expé­rience directe et dou­lou­reuse pour le peuple indien. Celui-ci avait espéré amé­lio­rer sa condi­tion en se bat­tant vaillam­ment dans l’armée bri­tan­nique au cours de la Première Guerre mon­diale. Si ce n’est que, à peine les célé­bra­tions de la vic­toire ter­mi­nées, le pou­voir colo­nial se rend res­pon­sable au prin­temps 1919 du mas­sacre d’Amritsar. Cette répres­sion non seule­ment coûte la vie à des cen­taines d’Indiens sans armes, mais com­porte aussi une ter­rible humi­lia­tion natio­nale et raciale par l’obligation édic­tée aux habi­tants des villes rebelles de devoir se traî­ner à quatre pattes pour ren­trer chez eux ou en sortir. Pour le dire avec Gandhi, « des hommes et des femmes inno­cents furent obli­gés de se traî­ner comme des vers, sur le ventre ». Il en résulte une vague d’indignation à cause des humi­lia­tions, de l’exploitation et de l’oppression infli­gées par l’Empire bri­tan­nique : son com­por­te­ment est un « crime contre l’humanité, qui ne trouve peut-être pas de paral­lèle dans l’histoire ». Tout ceci fait dis­pa­raître chez les Indiens le désir d’être coop­tés dans une race domi­nante qui leur appa­raît main­te­nant odieuse et capable de toute infa­mie.

Marie-Ange Patrizio : À partir de quand Gandhi prend-il réel­le­ment au sérieux sa pro­fes­sion de non-vio­lence ?

Domenico Losurdo : En réa­lité, chez le second Gandhi, rien n’a moins dis­paru que la dis­po­ni­bi­lité à appe­ler ses co-natio­naux à accou­rir sur les champs de bataille aux côtés de la Grande-Bretagne ; mais il pose main­te­nant comme condi­tion à cet appel aux armes la conces­sion de l’indépendance de l’Inde. Il est par contre dif­fi­cile d‘imaginer le second Gandhi faire la pro­mo­tion de la par­ti­ci­pa­tion de ses co-natio­naux à la répres­sion d’une révolte comme celle des Zoulous (un peuple cruel­le­ment opprimé par le colo­nia­lisme). A partir de la révo­lu­tion d’octobre et de la répres­sion d’Amritsar le mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste indien est une part inté­grante du mou­ve­ment de libé­ra­tion natio­nale des peuples oppri­més. Et Gandhi s’identifie plei­ne­ment avec ce mou­ve­ment sans pro­cé­der à une lacé­ra­tion entre vio­lents et non-vio­lents. En juin 1942, il exprime sa « pro­fonde sym­pa­thie » st son « admi­ra­tion pour la lutte héroïque et les sacri­fices infi­nis » du peuple chi­nois, décidé à défendre « la liberté et l’intégrité » du pays. C’est une décla­ra­tion conte­nue dans une lettre adres­sée à Tchang Kai-chek, qui à ce moment-là est allié avec le Parti com­mu­niste chi­nois. En sep­tembre 1946 encore —c’est-à-dire après que Churchill eut ouvert la Guerre froide avec son dis­cours de Fulton— Gandhi exprime sa sym­pa­thie pour le « grand peuple » de l’Union Soviétique, diri­gée par « un grand homme comme Staline ».

Marie-Ange Patrizio : Alors que tu livres un juge­ment posi­tif, sur le second Gandhi et sur Martin Luther King, tu te montres très cri­tiques sur le Dalaï Lama, qui est pour­tant célé­bré de nos jours comme l’héritier de la tra­di­tion non-vio­lente.

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Tenzin Gyatso et Barack Obama

Domenico Losurdo : Dans mon livre je cite un ex-fonc­tion­naire de la CIA, qui déclare tran­quille­ment que la non-vio­lence était un « écran » dont le Dalaï Lama se ser­vait pour les rela­tions publiques de la révolte armée qu’il sti­mu­lait au Tibet, grâce aux finan­ce­ments et aux arse­naux états-uniens [1]. Cependant, cette révolte a échoué à cause du manque de sou­tien de la popu­la­tion. Cet ex-fonc­tion­naire de la CIA ajoute que, malgré cet échec, cette opé­ra­tion a fourni aux Etats-Unis des ensei­gne­ments qui trou­vèrent ensuite leur appli­ca­tion « dans des lieux comme le Laos et le Vietnam », c’est-à-dire au cours de guerres colo­niales qui ont été parmi les plus bar­bares du 20ème siècle.

Tandis qu’en récom­pense le Dalai Lama rece­vait à Washington recon­nais­sances et hom­mages, Martin Luther King orga­ni­sait la contes­ta­tion contre la guerre au Vietnam, et finis­sait par mourir assas­siné pour cette raison jus­te­ment.

L’antithèse entre Gandhi et le Dalaï Lama n’est pas moins nette. Le pre­mier parle de « méthodes hit­lé­riennes » et d’ « hit­lé­risme » à propos du bom­bar­de­ment ato­mique de Hiroshima et Nagasaki. Et ouvrons main­te­nant le Corriere della Sera du 15 mai 1998 : à côté d’une photo du Dalaï Lama les mains jointes en signe de prière on trouve un petit article dont le sens est clair dès son titre : « Le Dalaï Lama se range aux côtés de New Delhi : ‘Eux aussi ont droit à la bombe ato­mique’ », afin de contre­ba­lan­cer —est-il pré­cisé ensuite— l’arsenal nucléaire chi­nois. Evidemment pas un mot sur la menace que fait peser le puis­sant arse­nal nucléaire états-unien, face auquel a été conçu le modeste arse­nal chi­nois.

Et l’on pour­rait conti­nuer sur cette voie…

Marie-Ange Patrizio : Il y a autre chose ?

Domenico Losurdo : L’identification de Gandhi avec le mou­ve­ment anti-colo­nia­liste est si forte que le 20 novembre 1938, tout en dénon­çant la bar­ba­rie de la Nuit de cris­tal et des « per­sé­cu­tions anti­juives » qui « semblent n’avoir aucun pré­cé­dent dans l’histoire », Gandhi n’hésite pas à condam­ner la colo­ni­sa­tion sio­niste de la Palestine en tant qu’« incor­recte et inhu­maine » et contraire à tout « code moral de conduite ». Il ne me semble pas que le Dalaï Lama ait jamais exprimé de sym­pa­thie à l’égard des vic­times de la colo­ni­sa­tion sio­niste per­sis­tante, et il ne pour­rait en être autre­ment étant donné que les pro­tec­teurs états-uniens de « Sa Sainteté » sont les prin­ci­paux res­pon­sables, avec les diri­geants israé­liens, de l’interminable mar­tyre infligé au peuple pales­ti­nien.

Marie-Ange Patrizio : Outre le Dalaï Lama, tu t’exprimes en termes assez cri­tiques aussi sur les « révo­lu­tions colo­rées », en les fai­sant d’ailleurs partir des inci­dents de la Place Tienanmen.

Domenico Losurdo : Les docu­ments que nous avons à pré­sent à notre dis­po­si­tion, et qui ont été publiés et célé­brés en Occident comme révé­la­tion ultime de la vérité, les dits Tienanmen Papers, démontrent sans l’ombre d’un doute que les mani­fes­ta­tions qui se sont dérou­lées à Pékin (et en d’autres villes de la Chine) au prin­temps 1989 ont été tout autre que paci­fiques. Les mani­fes­tants avaient eu recours même à des gaz asphyxiants et avaient à leur dis­po­si­tion des outils tech­niques sophis­ti­qués au point de pou­voir fal­si­fier l’édition du Quotidien du peuple. Il s’est clai­re­ment agi d’une ten­ta­tive de coup d’Etat. [2]

Les « révo­lu­tions colo­rées » suc­ces­sives [3]ont tiré profit de cet échec et ont mis au point des tech­niques plus sophis­ti­quées, expo­sées et ensei­gnées avec une patience péda­go­gique dans un manuel états-unien tra­duit dans les dif­fé­rentes langues des Etats à désta­bi­li­ser, et dif­fusé gra­tui­te­ment et mas­si­ve­ment [4]. Ce manuel est une sorte d’ « Instructions pour le coup d’Etat » à effec­tuer avec l’aide des ambas­sades et de cer­taines fon­da­tions états-uniennes et occi­den­tales. Je l’ai ana­lysé minu­tieu­se­ment dans mon livre.

Je m’interroge —en fai­sant aussi réfé­rence aux évé­ne­ments récents en Iran [5], et en me ser­vant tou­jours en majo­rité de sources et témoi­gnages occi­den­taux— sur la signi­fi­ca­tion stra­té­gique qu’ont désor­mais pris, dans le cadre de la poli­tique des chan­ge­ments de régimes, des outils comme Internet, Facebook, Twitter les télé­phones por­tables etc. [6]

Marie-Ange Patrizio : Dans ton livre tu ana­lyses aussi le débat théo­lo­gique et phi­lo­so­phique sur la vio­lence, qui se déve­loppe au 20ème siècle et dont les pro­ta­go­nistes sont de grands théo­lo­giens comme Reinhold Niebuhr et Dietrich Bonhoeffer et de grands phi­lo­sophes comme Hannah Arendt et Simone Weil. On a l’impression que tes sym­pa­thies vont aux théo­lo­giens…

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Dietrich Bonhoeffer

Domenico Losurdo : Oui, je recon­nais le charme de Dietrich Bonhoeffer qui, tout en ayant été pen­dant quelques temps admi­ra­teur et dis­ciple de Gandhi, conspire pour orga­ni­ser un atten­tat contre Hitler ce qui le conduit à la potence, quand il affronte l’horreur du Troisième Reich. A ceux qui vou­draient liqui­der comme une orgie de sang l’épisode his­to­rique qui a com­mencé en Octobre 1917 et s’est pour­suivi avec les autres grandes révo­lu­tions du 20ème siècle, je vou­drais sug­gé­rer de réflé­chir sur la polé­mique de Bonhoeffer avec celui qui « choi­sit l’asile de la vertu privée ». En réa­lité, ce n’est « qu’en se trom­pant lui-même [qu’il peut] garder pure sa propre irré­pro­cha­bi­lité privée et éviter qu’elle ne soit tâchée en agis­sant de façon res­pon­sable dans le monde ». C’est l’attitude — affirme le théo­lo­gien chré­tien — du « fana­tique », lequel « croit être capable de s’opposer au pou­voir du mal avec la pureté de sa volonté et de son prin­cipe ». En réa­lité, « il pose sa propre inno­cence per­son­nelle au-dessus de sa res­pon­sa­bi­lité pour les hommes ».

Marie-Ange Patrizio : Partant du Dalaï Lama et des « révo­lu­tions colo­rées », tu dénonces la trans­for­ma­tion du mot d’ordre de la non-vio­lence en une idéo­lo­gie de la désta­bi­li­sa­tion, du coup d’Etat et en der­nière ana­lyse de la guerre. Mais ton livre contient-il aussi un mes­sage posi­tif ?

Domenico Losurdo : Le livre se conclut en appe­lant à donner une nou­velle force à la lutte pour la paix, en réac­tua­li­sant la grande tra­di­tion du mou­ve­ment anti-mili­ta­riste. Au cours de l’histoire, jamais peut-être comme de nos jours n’a-t-on rendu un hom­mage aussi insis­tant au prin­cipe de la non-vio­lence. Nimbé d’une auréole de sain­teté, Gandhi jouit d’une admi­ra­tion et jusque d’une véné­ra­tion incon­tes­tées et uni­ver­sel­le­ment répan­dues ; les héros de notre époque trouvent leur consé­cra­tion dans la mesure où, sur la base de moti­va­tions réelles ou de cal­culs de real­po­li­tik, ils sont placés au pan­théon des non-vio­lents. Ce n’est pas pour autant que la vio­lence réelle a dimi­nué, et elle se mani­feste non seule­ment dans les guerres et menaces de guerre, mais aussi dans les blocus, les embar­gos etc. La vio­lence conti­nue à être aux aguets jusque dans ses formes les plus bru­tales.

On pou­vait récem­ment lire sur le Corriere della Sera un illustre his­to­rien israé­lien évo­quer tran­quille­ment la pers­pec­tive d’« une action nucléaire pré­ven­tive de la part d’Israël » contre l’Iran. Le para­doxe est que, pour être effi­cace, la lutte pour la paix doit savoir démas­quer la trans­for­ma­tion, promue par l’impérialisme, du mot d’ordre de la non-vio­lence en une idéo­lo­gie appe­lée à jus­ti­fier la pré­va­ri­ca­tion et la loi du plus fort dans les rap­ports inter­na­tio­naux, et, en der­nière ana­lyse la guerre.


Entretien réa­lisé en ita­lien.

L’ouvrage de Domenico Losurdo, La non-vio­lenza. Una storia fuori dal mito, n’est actuel­le­ment dis­po­nible qu’en ita­lien. Il peut être com­mandé par cor­res­pon­dance auprès des édi­tions Laterza (287 p., 22 euros).


[1] « Le Dalaï Lama et Obama : ren­contre entre deux Prix Nobel du men­songe », par Domenico Losurdo, Réseau Voltaire, 5 février 2010. [2] « Tienanmen, 20 ans après », par Domenico Losurdo, Réseau Voltaire, 9 juin 2009. [3] « La tech­nique du coup d’État coloré », par John Laughland, Réseau Voltaire, 4 jan­vier 2010. [4] « L’Albert Einstein Institution : la non-vio­lence ver­sion CIA » et « Impérialistes de droite et impé­ria­listes de gauche », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007 et 25 août 2008. [5] « La CIA et le labo­ra­toire ira­nien » et « Pourquoi devrais-je mépri­ser le choix des Iraniens ? », par Thierry Meyssan ; « Iran : le bobard de l’« « élec­tion volée » », par James Petras, Réseau Voltaire 17, 19 et 21 juin 2009. [6] « La « révo­lu­tion colo­rée » échoue en Iran », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 juin 2009.

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