La montée des indignés et l’avenir du Forum social mondial

Par Mis en ligne le 02 décembre 2011

1. L’année 2011 a révélé une véri­table ava­lanche de luttes popu­laires cer­tai­ne­ment beau­coup plus ori­gi­nales, dif­fuses et vigou­reuses que les mobi­li­sa­tions de ces der­nières décen­nies, y com­pris celles de l’après Seattle sur­ve­nues entre 1999 et 2001. Les mobi­li­sa­tions poli­tiques ont affecté le monde arabe, elles ont ren­versé plu­sieurs gou­ver­ne­ments et ont gagné de nou­veaux pays. Tandis que les indi­gnés

pre­naient les places d’Espagne et de plu­sieurs pays euro­péens, Occupy Wall Street se répan­dait aux États-Unis en influant sur le cadre poli­tique du pays – un son­dage du jour­nal The Times du 13 octobre montre que le mou­ve­ment obtient la sym­pa­thie de 54% des nord-amé­ri­cains, contre 27% pour le Tea Party. Les pro­tes­ta­tions et les mobi­li­sa­tions indi­gènes, appa­rues depuis plus long­temps déjà, génèrent une grande effer­ves­cence dans la région andine en for­mu­lant de nou­velles demandes à leurs gou­ver­ne­ments natio­na­listes. Des pays comme le Chili (avec les mani­fes­ta­tions étu­diantes pour l’éducation publique), Israël (pro­tes­ta­tions pour la jus­tice sociale) ou le Japon (mobi­li­sa­tions contre l’énergie nucléaire) montrent un degré inha­bi­tuel d’activités des mou­ve­ments de masse. Récemment, la jour­née d’action glo­bale du 15 octobre der­nier a mis en évi­dence la force et la capa­cité d’action de ce mou­ve­ment avec des mobi­li­sa­tions dans près d’un mil­lier de villes répar­ties dans 82 pays. L’analogie qui nous vient aus­si­tôt en tête pour prendre la mesure de ce débor­de­ment n’est-elle pas celle des mou­ve­ments de Mai 1968 ?

2. L’indignation devant les inéga­li­tés et les injus­tices poli­tiques et sociales semble être un déno­mi­na­teur commun à la grande majo­rité de ces mou­ve­ments popu­laires qui ques­tionnent le « sys­tème » ou les « pou­voirs » en place, en s’opposant à la des­truc­ti­vité, la pas­si­vité et l’inertie des décen­nies de poli­tiques néo­li­bé­rales. Dans les faits, les poli­tiques d’austérité ne pro­mettent que davan­tage de misère pour les années à venir et amènent inévi­ta­ble­ment les jeunes à se pré­oc­cu­per pour leur futur. Sur tous les conti­nents, des sec­teurs aupa­ra­vant apa­thiques sur­gissent de façon rela­ti­ve­ment démo­cra­tique, plu­ra­liste, fédé­ra­trice et indé­pen­dante vis à vis du pou­voir. Cette diver­sité des reven­di­ca­tions consti­tue bel et bien une force et leur dif­fu­sion conduit à ren­for­cer d’autres dyna­miques de pro­tes­ta­tions qui viennent à leur tour se com­bi­ner à des dyna­miques régio­nales (comme c’est le cas au Japon et en Bolivie…). Un autre élé­ment mar­quant des pro­tes­ta­tions, presque tou­jours impul­sées par des jeunes révol­tés sans pers­pec­tives, est la méfiance pro­fonde expri­mée à l’égard des ins­ti­tu­tions éco­no­miques et poli­tiques (et des partis). Ces jeunes ne se retrouvent d’ailleurs pas dans l’image reflé­tée par les médias de masse qui les décrivent comme des mou­ve­ments « anti­ca­pi­ta­listes ».

3. Ces mobi­li­sa­tions émergent dans le cadre d’un chan­ge­ment signi­fi­ca­tif de la situa­tion mon­diale depuis la crise de 2007-2008, et contri­buent à appro­fon­dir les trans­for­ma­tions en cours sur le plan géo­po­li­tique, socioé­co­no­mique et sur­tout poli­tique (de manière évi­dente dans le monde arabe). Il s’agit de mou­ve­ments démo­cra­tiques et popu­laires s’enracinant dans des besoins et des aspi­ra­tions vécus « au pré­sent », après trois décen­nies de glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale. Ils opèrent une rup­ture pro­fonde avec le passé, avec ses orga­ni­sa­tions et ses tra­di­tions, et remettent en cause les divi­sions et les cli­vages des mou­ve­ments de gauche. Les tech­no­lo­gies de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion, les réseaux sociaux et les pra­tiques digi­tales de la nou­velle géné­ra­tion font partie de leur outillage, ce qui permet de mieux expli­quer leur connexion avec un large public, leur simul­ta­néité mon­diale et leur rapide déploie­ment. La jeu­nesse qui les com­posent pro­vient d’une géné­ra­tion poli­tique influen­cée par des expé­riences inter­na­tio­nales et n’a pas connu le poids des défaites des géné­ra­tions anté­rieures. Elle porte des valeurs humaines essen­tielles qui ont été mar­gi­na­li­sées durant les années néo­li­bé­rales, telles que l’empathie pour la souf­france de l’autre, la soli­da­rité, la défense de l’égalité, la recherche de jus­tice, la recon­nais­sance de la diver­sité, la cri­tique de l’homogénéisation mer­can­tile du monde, la valo­ri­sa­tion de la nature – toutes essen­tielles à la construc­tion d’un projet contre-hégé­mo­nique. Notons enfin que ces mou­ve­ments popu­laires nou­veaux enfreignent encore plus les cli­vages géo­po­li­tiques héri­tés du monde bipo­laire de la période d’avant 1991.

4. Il est inté­res­sant de rap­pro­cher les évo­lu­tions qui s’opèrent dans le champ social avec celles liées au niveau des rela­tions entre États sur le plan géo­po­li­tique. La crise de l’économie capi­ta­liste est une crise struc­tu­relle aux États-Unis, dans l’Union Européenne et au Japon. Le main­tien de la crois­sance dans les pays émer­gents semble indi­quer un déclin rela­tif de l’empire nord-amé­ri­cain et un rôle crois­sant des pays du BRICS, agen­cés autour de la Chine. Dans les anciens pôles impé­ria­listes, les mesures d’austérité réac­tivent la conflic­tua­lité sociale et un désordre qui libèrent en retour des forces réac­tion­naires, racistes et xéno­phobes. Le main­tien des vieilles rela­tions du pou­voir impé­rial ou des rela­tions entre les pôles capi­ta­listes se fait en oppo­si­tion aux mou­ve­ments sociaux et poli­tiques pro­gres­sistes – comme nous l’avons vu dans le monde arabe. D’un côté, il est clair que la Chine crée un souffle de déve­lop­pe­ment en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie – struc­turé autour de l’exportation de matières pre­mières. Même si celui-ci est pro­fon­dé­ment pré­da­teur à l’égard de la bio­sphère, la crois­sance éco­no­mique qui en résulte vient ren­for­cer la légi­ti­mité des gou­ver­ne­ments sur ces trois conti­nents, les­quels béné­fi­cient de l’appui de leur popu­la­tion. Et d’un autre côté, on voit que le pas­sage du glo­ba­li­ta­risme du marché et de l’unilatéralisme de Georges W. Bush à un mul­ti­la­té­ra­lisme « dif­fé­ren­cié » ouvre des brèches pour réac­ti­ver les pro­ces­sus de trans­for­ma­tion sociale. Il est fort pro­bable qu’aucun pays ne res­tera à l’abri de l’onde de mobi­li­sa­tion popu­laire ayant la magni­tude qu’on lui connaît actuel­le­ment, et tôt ou tard, la sta­bi­li­sa­tion de l’économie chi­noise refroi­dira le dyna­misme éco­no­mique des pays émer­gents.

5. Rien ne nous indique dans le pano­rama actuel que le souffle de ces mou­ve­ments va s’arrêter. Leurs moti­va­tions sont inhé­rentes à la crise et aux réac­tions des gou­ver­ne­ments qui ont opté pour impo­ser le par­tage des pertes du sys­tème finan­cier et le sau­ve­tage des banques et des spé­cu­la­teurs (à tra­vers les poli­tiques d’austérité, de réduc­tion des dépenses de l’État…etc). Aux États-unis, Occupy Wall Street émerge objec­ti­ve­ment comme un contre­point au Tea Party et tend à être sti­mulé par la gauche du Parti Démocrate. Du côté du Printemps arabe, on voit que les mou­ve­ments n’en sont pas seule­ment au début de leur lutte : cer­tains ont atteint des objec­tifs impor­tants, d’autres se trouvent blo­qués par des répres­sions vio­lentes, se décom­posent ou tendent à déri­ver vers des guerres civiles. Ou encore les mou­ve­ments par­viennent juste à effleu­rer la sur­face de la société dans le cas saou­dien. Dans le contexte des luttes indi­gènes en Amérique du Sud, la demande chi­noise en matières pre­mières accen­tue les effets d’invasion des ter­ri­toires des popu­la­tions tra­di­tion­nelles, l’accaparement des biens com­muns et l’extraction des richesses natu­relles. La conjonc­tion de ces élé­ments semblent en défi­ni­tive indi­quer que nous nous trou­vons dans la pre­mière phase d’une trans­for­ma­tion plus vaste dans laquelle dif­fé­rentes socié­tés se sont mises en mou­ve­ment.

6. Les pou­voirs éta­blis four­nissent-ils des réponses concrètes ? La crise envi­ron­ne­men­tale de plus en plus visible à tra­vers la ques­tion cli­ma­tique est en passe d’être igno­rée par les Nations Unies et les grands pou­voirs. Il va sans dire que celle-ci ne sera pas réso­lue à Durban et qu’elle est en train de faire glis­ser l’humanité vers un scé­na­rio catas­tro­phique lais­sant la porte ouverte à des pro­jets déli­rants (notam­ment ceux liés à la géoin­gé­nie­rie). La mar­chan­di­sa­tion de la vie et l’appropriation d’une frac­tion crois­sante de la bio­masse de la pla­nète exercent une pres­sion de plus en plus des­truc­trice sur les éco­sys­tèmes, elles réduisent la bio­di­ver­sité de façon galo­pante. L’aggravation de la crise sociale des éco­no­mies cen­trales, l’indignation contre les inéga­li­tés et le par­tage des pertes du sys­tème finan­cier n’ont pas trouvé de réponses. Ils ont engen­dré au contraire davan­tage de pri­va­ti­sa­tions, de recettes néo­li­bé­rales et d’interventionnisme en faveur de la finance et de la défense des pri­vi­lèges des « sei­gneurs du monde », dont la face la plus visible est cer­tai­ne­ment l’idéologie fas­ci­sante du Tea Party. L’avancée de l’extractivisme avec l’achat des terres et son impact sur les peuples indi­gènes et des popu­la­tions tra­di­tion­nelles en Amérique du Sud et en Afrique, va conti­nuer à ali­men­ter les résis­tances en faveur de la défense de la nature, des biens com­muns et des modes de vie autoch­tones. Tout ceci contri­bue à mettre en lumière, pour de plus en plus de citoyens, la néces­sité de décloi­son­ner l’approche des défis et de construire une réponse à l’échelle d’un sys­tème pro­fon­dé­ment glo­ba­lisé dont la crise concerne l’ensemble de l’humanité. Les mani­fes­tants de Copenhague lors de la der­nière COP15 nous avaient bien aver­tis en affir­mant qu’il fal­lait « chan­ger de sys­tème pour éviter de chan­ger le climat ». Ne peut-on pas affir­mer aujourd’hui qu’il s’agit de chan­ger de sys­tème pour défendre les 99% de l’humanité contre une mino­rité (1%) qui cherche à repor­ter les coûts de la crise sur le reste de la société ?

7. Cette conjonc­ture consti­tue sans doute un moment unique pour se res­sai­sir du sens ori­gi­nal de l’altermondialisme et du Forum Social Mondial. En nous fon­dant sur l’idée qu’un autre monde est pos­sible, en oppo­si­tion aux ins­ti­tu­tions qui gou­vernent la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, nous avons avancé dans la pers­pec­tive de construire des alter­na­tives au déve­lop­pe­ment et à la consom­ma­tion effré­nés (notam­ment au FSM de Belém en 2009 grâce aux contri­bu­tions des popu­la­tions tra­di­tion­nelles de l’Abya Yala – nom indi­gène du conti­nent amé­ri­cain). Cette dyna­mique sociale est main­te­nant enri­chie par les mou­ve­ments d’émancipation dans le monde arabe (qui sou­hai­te­raient d’ailleurs accueillir le Forum Social Mondial en 2013) et par l’expression des indi­gnés du capi­ta­lisme finan­cier aux États-Unis et en Europe. S’il nous était permis d’imaginer une révo­lu­tion mon­diale en 1968 – fina­le­ment avor­tée, pro­duite par une conver­gence de luttes dans les pays cen­traux, les pays dépen­dants et les socié­tés bureau­cra­ti­sées d’Europe de l’Est, il nous est aujourd’hui permis de croire qu’un autre monde ne sera pos­sible que si nous pou­vons orga­ni­ser la conver­gence de ces nou­veaux acteurs en créant des objec­tifs par­ta­gés, une iden­tité et une vision com­mune du futur. C’est ce que pro­met­tait l’altermondialisme il y a une dizaine d’années – au-delà de ce qu’il a réel­le­ment pu mettre en œuvre. Cette conver­gence sera d’autant plus féconde si elle par­vient à dia­lo­guer avec l’expérience des géné­ra­tions poli­tiques anté­rieures de la gauche, selon un mode hori­zon­tal, sans oppo­si­tions ni pré­ju­gés.

8. Les débats du Forum Social Mondial de Belém nous amènent à nous repré­sen­ter la situa­tion mon­diale comme une crise de civi­li­sa­tion, elle-même formée par une conver­gence de crises. Sans reve­nir ici en détail sur ce débat, nous sou­li­gne­rons sim­ple­ment qu’une partie impor­tante des mou­ve­ments actuels remet pré­ci­sé­ment en cause le sys­tème de gou­ver­nance, la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, l’organisation capi­ta­liste de éco­no­mie, et plus lar­ge­ment la société et le pou­voir. Ils ne reven­diquent pas uni­que­ment la pers­pec­tive abs­traite d’un autre monde, mais avant tout la construc­tion de nou­velles fon­da­tions et de stra­té­gies de tran­si­tion, en par­tant des réponses concrètes et immé­diates à la crise actuelle. En Europe, plu­sieurs mou­ve­ments de citoyen­neté glo­bale évoquent l’idée de « dé-glo­ba­li­sa­tion », c’est- à-dire de dépen­dance moindre vis à vis du marché mon­dial, en limi­tant la délo­ca­li­sa­tion des forces pro­duc­tives vers l’Asie. Plusieurs signaux montrent des avan­cées dans cette direc­tion, notam­ment la crois­sance du pro­tec­tion­nisme ou tout au moins l’inversion des ten­dances à la libé­ra­li­sa­tion. Une forte demande s’exprime au sein des mou­ve­ments pour conte­nir le sec­teur finan­cier et repla­cer le marché et le pou­voir des groupes éco­no­miques dans le champ poli­tique, en taxant for­te­ment les pôles de richesse et de puis­sance. Le sen­ti­ment de défiance à l’égard de la repré­sen­ta­tion poli­tique et des partis conduit à favo­ri­ser la par­ti­ci­pa­tion directe à la base, les pra­tiques hori­zon­tales et l’utilisation des nou­velles tech­no­lo­gies de l’information et de la déli­bé­ra­tion démo­cra­tique. La conscience est plus vive que le capi­ta­lisme et son avi­dité sont en train de dévas­ter la nature. La per­cep­tion se fait plus forte que les chan­ge­ments sont urgents à accom­plir et qu’ils doivent être durables sur le plan social et envi­ron­ne­men­tal. De même l’idée fait son chemin que les alter­na­tives doivent pri­vi­lé­gier une dyna­mique éco­no­mique construite de l’intérieur, à l’échelle natio­nale ou régio­nale, qui seule peut amener une redis­tri­bu­tion des reve­nus (plus concen­trés aujourd’hui qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire). Cela suffit-il pour bâtir une alter­na­tive de société ? Non bien sûr. Néanmoins, il s’agit d’un point de départ très concret. Cette mobi­li­sa­tion doit pou­voir s’enrichir du dia­logue avec les thé­ma­tiques et les pro­po­si­tions débat­tues ces der­nières années au sein du pro­ces­sus du FSM et dans d’autres espaces, et venir conso­li­der un lan­gage poli­tique capable de des­si­ner un nou­veau projet de société.

9. La Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable (Rio+20), en juin 2012, offrira une oppor­tu­nité unique pour que la citoyen­neté glo­bale rende visible les défis sys­té­miques et leur carac­tère global sur la scène inter­na­tio­nale. Cette oppor­tu­nité implique de ne pas mini­mi­ser l’ambition de la société civile dans le cadre du pro­ces­sus Rio+20, en ne tra­vaillant pas seule­ment dans une atti­tude de résis­tance et de

dénon­cia­tion. Au contraire, la conver­gence de la société civile par le biais de la confé­rence aura un résul­tat d’autant plus effi­cace si elle se nour­rit d’une vision uto­pique et pro-active du chan­ge­ment, capable d’inspirer les mul­tiples mou­ve­ments. Le groupe arti­cu­la­teur de la société civile pour Rio+20, lors de l’organisation du sémi­naire pré­pa­ra­toire de juin 2011, avait lancé le slogan “Venez réin­ven­ter le monde à Rio+20”. Nous devons nous appuyer sur ce mot d’ordre et construire une ren­contre de la société civile à Rio de Janeiro (mai-juin 2012) sus­cep­tible de ras­sem­bler les acteurs indi­gnés, la voix des peuples ori­gi­naires et des mou­ve­ments anti-sys­té­miques de tous ordres, convain­cus de la néces­sité de sortir de la crise et de bâtir des pers­pec­tives de tran­si­tion. Plus de deux décen­nies après l’effondrement du socia­lisme réel, ceci ne pourra être effec­tif que si nous par­ve­nons à bâtir réel­le­ment un para­digme alter­na­tif de société, à construire un voca­bu­laire commun capable d’articuler les demandes mul­ti­formes por­tées par des larges seg­ments de la popu­la­tion. Préparer cette réflexion plus stra­té­gique et pro­gram­ma­tique pour Rio+20 devrait être – au-delà des ques­tions plus métho­do­lo­giques – le défi du Forum Social Thématique « Crise capi­ta­liste, jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale », qui sera orga­nisé à Porto Alegre du 24 au 29 jan­vier 2012.

10. Ce pro­ces­sus devra poten­tiel­le­ment lais­ser un héri­tage au Brésil qui accueille les deux ren­contres. Cet héri­tage sera d’autant plus consis­tant que nous réus­si­rons à com­bi­ner les demandes glo­bales avec les luttes et les aspi­ra­tions locales. Le fait d’accueillir l’évènement impose au gou­ver­ne­ment bré­si­lien, s’il sou­haite adop­ter un rôle inter­na­tio­nal au sein du monde mul­ti­po­laire en émer­gence, d’ouvrir plus d’espaces dans les­quels l’énergie de ces mou­ve­ments et des orga­ni­sa­tions sociales pourra conver­ger – non seule­ment pour les ini­tia­tives bré­si­liennes mais aussi pour celles des autres pays de la région.

11. Notre défi cen­tral est aujourd’hui de ren­for­cer et d’étendre l’activité de ces nou­veaux acteurs en mou­ve­ment dans un pro­ces­sus ample, ouvert et inté­gra­teur. C’est ce défi qui rend essen­tielle notre recherche d’unité, selon une logique qui doit éviter d’éliminer ou d’exclure les dif­fé­rences et la diver­sité. A l’inverse de ce que les indi­gnés sont en train de mettre en œuvre, les ren­contres ani­mées par les mou­ve­ments de gauche ont sou­vent débou­ché sur des divi­sions sté­riles dans la plu­part des forums inter­na­tio­naux. C’est pour cette même raison que nous devons résis­ter aux ten­dances « cen­tri­fuges » qui pèsent sur beau­coup d’organisations et de mou­ve­ments. Nous devons affir­mer la pri­mauté de l’unité des ques­tions à partir des­quelles avan­cer et construire de nou­veaux rap­ports de forces sociaux. C’est en éla­bo­rant un mou­ve­ment lar­ge­ment rénové, massif et mobi­li­sa­teur que celui-ci devien­dra fécond pour toutes les posi­tions de gauche – qui cher­che­ront de fait à reven­di­quer leur posi­tion par­ti­cu­lière dans un champ poli­tique beau­coup plus vaste. La situa­tion mon­diale actuelle four­nit une quan­tité incom­men­su­rable d’éléments de construc­tion com­mune plus déci­sifs que nos diver­gences. Même s’il y a des points de cli­vage et des diver­gences notam­ment autour de la ques­tion de l’économie verte en Amérique Latine, le débat reste pour le moment rela­ti­ve­ment incom­pré­hen­sible pour une bonne partie des mou­ve­ments vers les­quels nous devons nous diri­ger. De fait, ne per­dons sur­tout pas de vue l’enjeu de valo­ri­ser ce qui nous ras­semble (autour des ques­tions sociales, envi­ron­ne­men­tales, des droits, de la poli­tique…). Des dis­cus­sions seront pro­chai­ne­ment ani­mées de la façon la plus arti­cu­lée pos­sible en France, durant le G20 et à Durban pour la COP17. Espérons que Porto Alegre comme Rio de Janeiro pour­ront rece­voir les indi­gnés de ce monde et créer les espaces pour démul­ti­plier nos luttes com­munes. Il est temps de réin­ven­ter le monde !

Le GRAP est un groupe de réflexion bré­si­lien com­posé de mili­tant-es impli­quées dans la pro­ces­sus du Forum social mon­dial

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