Valleyfield, mémoires et résistances

La lutte pour l’indépendance du Québec Axe stratégique d’une transition émancipatrice

Perspectives

Par Mis en ligne le 30 avril 2020

Depuis le grand bas­cu­le­ment des années 1980, le redé­ploie­ment du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral et le démem­bre­ment des pays dits socia­listes, la donne socio­po­li­tique du monde a changé du tout au tout. Elle nous inter­dit donc de reprendre à notre compte, sans les boni­fier et réac­tua­li­ser, les outils et concepts héri­tés du passé. Et cela, non seule­ment parce que les grands récits poli­tiques qui étaient autre­fois les nôtres (le com­mu­nisme, la social-démo­cra­tie ou le natio­na­lisme popu­laire) ont perdu de leur aura et leur légi­ti­mité, mais aussi parce qu’ont surgi avec une inten­sité inédite de nou­veaux mou­ve­ments sociaux poin­tant du doigt de nou­velles contra­dic­tions géné­rées par le sys­tème global. Cette période de chan­ge­ments majeurs, et par­tant d’incertitudes et de doutes, nous oblige ainsi à penser les idées d’indépendance et de tran­si­tion de manière tota­le­ment renou­ve­lée. Surtout si l’on ajoute à ces pre­mières don­nées contex­tuelles, la for­mi­dable crise de la repré­sen­ta­tion poli­tique que nous connais­sons et, plus glo­ba­le­ment, la crise géné­ra­li­sée des valeurs cultu­relles et col­lec­tives à tra­vers les­quelles avait été pensé jusqu’à pré­sent le chan­ge­ment socio­po­li­tique ou l’action révo­lu­tion­naire : celles par exemple de la sou­ve­rai­neté natio­nale, de l’État dit pro­vi­dence, de la répu­blique (plus ou moins sociale) ou encore du socia­lisme (quelles que soient ses variantes).

Changement de paradigme

Les luttes d’aujourd’hui n’appartiennent donc plus en propre à ce vaste mou­ve­ment his­to­rique de consti­tu­tion pro­gres­sive d’un pou­voir contre-hégé­mo­nique ascen­dant qui avait peu à peu réussi à se consti­tuer entre les années 1848 et 1980, puis à tenir en lisière et même à faire recu­ler les puis­sants pou­voirs hégé­mo­niques des classes domi­nantes. Notamment, en impo­sant – par la consti­tu­tion de syn­di­cats, de partis de gauche, de lois pro­gres­sistes, d’États dits pro­vi­dence, etc. – des espaces démo­cra­tiques gran­dis­sants ayant permis de donner plus de pou­voir d’influence au peuple d’en bas, aux classes popu­laires et subal­ternes. Au Québec, comme dans bien des régions du globe, nous avons pu vivre – à tra­vers les spé­ci­fi­ci­tés qui sont les nôtres – ce mou­ve­ment his­to­rique de consti­tu­tion d’un pou­voir contre-hégé­mo­nique ascen­dant, avec ses moments forts (les années 1940, la Révolution dite tran­quille, les années 1970), mais aussi avec son brutal effon­dre­ment au tour­nant des années 1980. Nous pla­çant aujourd’hui devant un pano­rama poli­tique dans lequel la stra­té­gie « natio­na­liste et popu­laire » que le Parti qué­bé­cois avait mise en œuvre, tout au moins à ses ori­gines, se retrouve en pro­fond déclin, frappé d’une crise majeure. Alors qu’au même moment sur­gissent, paral­lè­le­ment à de nou­velles forces sociales, de nou­veaux défis sociaux et poli­tiques tout à fait inédits : non seule­ment celui de la tran­si­tion éco­lo­gique, mais aussi ceux de nou­velles aspi­ra­tions éman­ci­pa­trices (fémi­nistes, anti­ra­cistes, éco­lo­gistes, néo-indé­pen­dan­tistes, etc.), néan­moins étroi­te­ment imbri­quées à la montée en force de larges sen­ti­ments iden­ti­taires et xéno­phobes par­ti­cu­liè­re­ment inquié­tants.

Comment dans ce contexte penser le renou­vel­le­ment du dis­cours sur l’indépendance du Québec ? Ne serait-ce pas en ima­gi­nant la lutte pour l’indépendance à tra­vers un arc-en-ciel de reven­di­ca­tions spé­ci­fiques réunies stra­té­gi­que­ment autour d’une même cause ? Et ne serait-ce pas en la figu­rant sur le mode de la tran­si­tion, comme un vaste pro­ces­sus de radi­ca­li­sa­tion sociale et popu­laire ? Un pro­ces­sus dont la dyna­mique ascen­dante se pré­pare soi­gneu­se­ment en amont, se cris­tal­lise au moment où s’ouvre la pos­si­bi­lité d’un chan­ge­ment radi­cal d’orientation (grâce à une éven­tuelle prise de pou­voir gou­ver­ne­men­tal ou éta­tique), et se pour­suit ensuite en aval sur de longues années pour main­te­nir en l’état le chan­ge­ment de cap ini­tial. Penser aujourd’hui au Québec la tran­si­tion à tra­vers l’axe stra­té­gique de l’indépendance, c’est donc la penser sur le mode d’une « rup­ture démo­cra­tique » conti­nuée, une rup­ture s’effectuant dans la durée, à tra­vers la mise en marche d’un mou­ve­ment gran­dis­sant de mobi­li­sa­tions sociales et popu­laires plu­rielles qui pro­meut, sou­tient et accom­pagne l’arrivée d’un gou­ver­ne­ment indé­pen­dan­tiste et les mesures ins­ti­tu­tion­nelles qu’il pren­dra pour faire avan­cer son objec­tif.

La question du pouvoir

On le voit ici, contrai­re­ment à l’approche de John Holloway[1], « la prise de pou­voir » gou­ver­ne­men­tal ou éta­tique et « l’exercice d’un pou­voir » contre-hégé­mo­nique construit depuis le bas, peuvent – loin de s’opposer – se conju­guer, pourvu que soient arti­cu­lées entre elles leurs inter­ven­tions res­pec­tives. C’est d’ailleurs dans cette com­bi­nai­son féconde que git la pos­si­bi­lité d’éviter, et les approches chi­mé­riques du chan­ge­ment social (négli­geant l’importance du pou­voir gou­ver­ne­men­tal ou éta­tique), et les tra­giques déra­pages passés incar­nés par le fiasco des pays dits socia­listes (ayant jeté aux orties tout de la démo­cra­tie popu­laire, directe ou par­ti­ci­pa­tive). En n’oubliant cepen­dant pas de rap­pe­ler que l’on doit consi­dé­rer le moment de la prise de pou­voir gou­ver­ne­men­tal ou éta­tique comme étant ce moment char­nière où peut com­men­cer à se concré­ti­ser, s’incarner ins­ti­tu­tion­nel­le­ment ce chan­ge­ment d’orientation radi­cal, qui néan­moins ne pourra garder sa force révo­lu­tion­naire que s’il est accom­pa­gné et talonné depuis le bas par un pou­voir popu­laire contre-hégé­mo­nique chaque fois plus puis­sant. Telle serait la forme géné­rale que devrait prendre – pour ne pas retom­ber dans les tra­vers du passé – ce pro­ces­sus tran­si­toire mené autour de l’indépendance. Mais quel en serait le contenu, quels devraient être les thèmes autour des­quels il pour­rait prendre son envol, se déployer en prio­rité, s’enraciner dans de larges sec­teurs de la popu­la­tion d’aujourd’hui ?

Un projet de pays pour le XXIe siècle

En fait, la lutte pour l’indépendance du Québec per­met­trait de faire face à au moins trois défis pro­duits par la période socio­po­li­tique que nous tra­ver­sons main­te­nant : (1) celui des dyna­miques déré­gu­lées d’une éco­no­mie capi­ta­liste, finan­cia­ri­sée et apa­tride ; (2) celui d’inquiétantes bouf­fées de xéno­pho­bie et de racisme for­te­ment mar­quées à droite ; et enfin (3) celui de la dis­per­sion et de la frag­men­ta­tion des forces sociales et poli­tiques de gauche. Un projet d’indépendance pensé dans une pers­pec­tive de gauche (comme on l’imagine par exemple à Québec soli­daire) pour­rait jus­te­ment trans­for­mer ces trois défis en occa­sions pri­vi­lé­giées pour relan­cer un nou­veau cycle pro­met­teur de trans­for­ma­tions sociales.

Qu’en est-il du pre­mier défi ? Aujourd’hui, la for­ma­tion sociale qué­bé­coise est mal­me­née par une for­mi­dable dépen­dance éco­no­mique que tendent à impo­ser les classes domi­nantes des États-Unis ou de leurs alliés subal­ternes au Canada. C’est ce qu’on peut appe­ler l’axe Toronto-Calgary au tra­vers duquel se nouent étroi­te­ment extrac­ti­visme tous azi­muts, méga­sec­teur finan­cier bran­ché sur les mani­pu­la­tions moné­ta­ristes et accords de libre-échange concoc­tés dans le plus grand secret. Or, l’État cana­dien est le centre névral­gique, le noyau orga­ni­sa­teur de ce projet. Par les pou­voirs réga­liens qu’il mono­po­lise et la fonc­tion de relais des dik­tats de l’économie mon­dia­li­sée qu’il assume sans ver­gogne, il déter­mine toutes les déci­sions clés concer­nant l’avenir du Québec, expres­sion même de la per­sis­tance d’une tutelle poli­tique de type néo­co­lo­nial pesant sur le Québec et le rédui­sant à l’état de nation-crou­pion.

Faire l’indépendance, c’est jus­te­ment mettre fin à ce statut « subal­terne ». C’est s’affirmer col­lec­ti­ve­ment en déci­dant sou­ve­rai­ne­ment des lois aux­quelles on veut obéir. C’est se donner les moyens de mettre à bas la tutelle fédé­rale en ras­sem­blant des forces sociales autour d’un projet poli­tique commun : celui de la défense d’un bien commun qu’on déter­mine ensemble, démo­cra­ti­que­ment, à l’encontre de pres­sions exté­rieures ne répon­dant qu’aux inté­rêts d’une petite mino­rité pri­vi­lé­giée. Ces pou­voirs de la nation pour­raient ainsi deve­nir, une fois récu­pé­rés par le Québec et au nom d’une sou­ve­rai­neté popu­laire active et pro­gres­siste, ce rem­part vis-à-vis des effets per­vers de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale contem­po­raine. Les son­dages nous le disent : il reste encore aujourd’hui – malgré la for­mi­dable offen­sive de la droite – un bon tiers de la popu­la­tion du Québec qui glo­ba­le­ment se dit prêt à choi­sir une option sou­ve­rai­niste. Ce qui repré­sente une base appré­ciable pour recons­ti­tuer un bloc social consé­quent autour de la lutte pour l’indépendance, et sur cette base relan­cer un cycle ascen­dant de recons­ti­tu­tion d’un pou­voir contre-hégé­mo­nique. Mais évi­dem­ment une telle orien­ta­tion indé­pen­dan­tiste requiert d’importantes condi­tions, notam­ment celles de pro­po­ser un projet de pays pour le Québec d’abord pensé en fonc­tion des inté­rêts popu­laires, et donc qui met­trait l’accent non seule­ment sur l’implication popu­laire ali­men­tée par des méca­nismes per­ma­nents de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, mais aussi sur l’a priori que l’âme d’une nation est d’abord celle de ses grandes majo­ri­tés subal­ternes (les 99 %). Il y a à ce niveau une véri­table bataille à mener pour qu’on puisse, par une reprise de pou­voir, se trou­ver au cœur de ce pro­ces­sus de trans­for­ma­tion sociale, en posi­tion hégé­mo­nique. C’est d’ailleurs une des fonc­tions à laquelle pour­rait contri­buer la Constituante, telle que pensée par Québec soli­daire (QS) sur le mode par­ti­ci­pa­tif.

Faire face à la polarisation identitaire et au populisme de droite

Le second grand défi auquel nous sommes aujourd’hui confron­tés au Québec, c’est celui de la montée de la xéno­pho­bie, du racisme et des logiques de bouc émis­saire se foca­li­sant sur le per­son­nage de l’étranger ou du migrant. Or la lutte pour l’indépendance, c’est jus­te­ment ce qui nous per­met­trait de dénouer, à tra­vers la pro­po­si­tion d’une indé­pen­dance ins­pi­rante et source d’affirmation posi­tive, les ten­ta­tions de cris­pa­tion iden­ti­taires actuelles. La lutte pour l’indépendance pour­rait repré­sen­ter une sorte d’antidote déli­bé­ré­ment tourné vers l’avenir et pro­posé à toutes et tous, sous forme d’un projet poli­tique de vivre-ensemble sou­cieux du bien commun qui per­mette la recon­nais­sance forte, citoyenne, plu­rielle et éga­li­taire de toute une col­lec­ti­vité. Comme le dit l’historien fran­çais Patrick Boucheron[2], « il existe une angoisse sourde qu’on doit “aérer”, en fai­sant quelque chose ensemble ». Aujourd’hui, bien des peuples de la terre ont besoin, pour faire face aux dan­gers et angoisses nés de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale, de « faire quelque chose ensemble », et en par­ti­cu­lier de réaf­fir­mer col­lec­ti­ve­ment leur sou­ve­rai­neté sur leurs propres condi­tions d’existence, en réa­li­sant en quelque sorte « une seconde indé­pen­dance ».

Or, au Québec, nous avons peut-être plus faci­le­ment qu’ailleurs la pos­si­bi­lité de redon­ner sens et force à ces volon­tés ou aspi­ra­tions vitales d’affirmation natio­nale et com­mu­nau­taire, jus­te­ment parce que nous pou­vons les enra­ci­ner dans l’histoire et les tra­di­tions d’une petite nation en lutte depuis long­temps contre la domi­na­tion colo­niale.

À la condi­tion, cepen­dant, de le faire en se cam­pant d’abord et avant tout sur le ter­rain poli­tique de la citoyen­neté, pensée de la manière la plus large et inclu­sive pos­sible, en l’armant certes de la défense d’une langue, d’une culture publique com­mune et d’un ter­ri­toire par­tagé, mais aussi – comme l’avaient pensé les Patriotes de 1837 – de valeurs poli­tiques de gauche : celles de la jus­tice sociale, de la démo­cra­tie, du plu­ra­lisme, de la tolé­rance et de l’inclusion. En ima­gi­nant aussi un État qué­bé­cois « plu­ri­na­tio­nal », par qui les Premières Nations du Québec pour­raient être recon­nues en toute éga­lité comme les pre­miers occu­pants de ce ter­ri­toire.

À la condi­tion aussi d’imaginer ce pro­ces­sus d’indépendance, non pas comme un désir de se replier sur soi et de se sépa­rer du reste du monde, mais comme une volonté de renouer – sur les ruines du fédé­ra­lisme cana­dien domi­na­teur – des liens nou­veaux de soli­da­rité et sur­tout de vie com­mune entre peuples et com­mu­nau­tés qui le dési­re­raient, le choi­si­raient démo­cra­ti­que­ment : les Premières Nations, les mino­ri­tés lin­guis­tiques et com­mu­nau­taires, etc.

Faire face à la fragmentation de la gauche

C’est là le troi­sième défi, peut-être le plus per­ni­cieux, dans la mesure où il exige de notre part la consti­tu­tion d’un nou­veau récit éman­ci­pa­teur indé­pen­dan­tiste, en phase avec les temps pré­sents, sus­cep­tible de com­bi­ner dans un ensemble plus vaste, non seule­ment la volonté de sou­ve­rai­neté poli­tique, mais aussi la lutte contre les pré­da­tions subies par la nature et contre les diverses oppres­sions géné­rées par le sys­tème global. C’est là tout l’intérêt de la pers­pec­tive indé­pen­dan­tiste de gauche qui cherche à com­bi­ner pour le Québec « ques­tion natio­nale et ques­tion sociale » : elle nous per­met­trait de penser l’indépendance comme cet axe stra­té­gique – et par consé­quent un axe pra­tique – au tra­vers duquel pour­rait être amor­cée concrè­te­ment, sur le mode tran­si­toire, la lutte contre la tutelle de type néo­co­lo­nial, aussi et en même temps contre ce sys­tème qui ali­mente de manière com­bi­née oppres­sion de genre, de peuples, de classes, de races et de pres­sions mor­ti­fères sur la nature.

La lutte pour l’indépendance pour­rait repré­sen­ter au Québec cette fenêtre entrou­verte, ou encore cette brèche au tra­vers de laquelle les forces sociales de gauche s’engouffreraient en conju­guant leurs efforts pour faire avan­cer la cause de la sou­ve­rai­neté poli­tique popu­laire du Québec, mais aussi, en même temps, celles des luttes sociales pro­gres­sistes d’aujourd’hui : com­mu­nau­taires, syn­di­cales, fémi­nistes, éco­lo­gistes, autoch­tones, etc. Manière de contre­car­rer les ten­dances actuelles à la frag­men­ta­tion des forces de gauche, en par­ti­ci­pant à une lutte com­mune, repre­nant sur le mode plu­riel et inclu­sif, mais à tra­vers un cadre stra­té­gique commun, la mul­ti­pli­cité de ses aspi­ra­tions éman­ci­pa­trices.

Car si la pers­pec­tive inter­sec­tion­nelle permet de faire voir ces dif­fé­rentes oppres­sions, de les dis­tin­guer les unes des autres, elle n’a néan­moins pas la vertu ni de mon­trer ce qui unit toutes ces oppres­sions les unes aux autres ni de des­si­ner le cadre stra­té­gique et poli­tique à tra­vers lequel elles pour­raient être com­bat­tues conjoin­te­ment. Il reste d’ailleurs à ce propos – autre condi­tion à prendre en compte – dans le mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste qué­bé­cois tout un tra­vail d’élaboration col­lec­tif et d’approfondissement à mener autour de cette toile de fond, de cette toile com­mune des luttes sociales et poli­tiques contem­po­raines. À l’heure de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale, la lutte pour l’indépendance poli­tique du Québec ne peut plus se réduire à celle de l’acquisition étroite de la sou­ve­rai­neté poli­tique, tant celle-ci se trouve déter­mi­née par et com­bi­née à une série d’autres fac­teurs (en par­ti­cu­lier éco­no­miques). Il est impos­sible, si on veut reprendre à son compte les inté­rêts popu­laires, de ne pas remettre en cause un cer­tain ordre établi. Et c’est sans doute autour d’une com­pré­hen­sion renou­ve­lée du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral et de la mul­ti­pli­cité des oppres­sions qu’il ne cesse de réali­men­ter qu’il serait pos­sible de com­prendre com­ment « ce mode de pro­duc­tion » et d’échange géné­rant l’exploitation du tra­vail est aussi et en même temps, « un mode de repro­duc­tion » de rela­tions sociales, réali­men­tant en per­ma­nence, de par sa puis­sance même, de mul­tiples autres oppres­sions (néo­co­lo­niale, de genre, de classes, de races, etc.). À la manière d’un sys­tème global dont l’influence se fait sentir par­tout aujourd’hui.

Pour ne pas conclure

La grande tran­si­tion, sur laquelle on a pris l’habitude ces temps-ci de se pen­cher avec atten­tion, pour­rait prendre un sens tout à fait concret et pra­tique pour le Québec. En se conce­vant à tra­vers l’axe stra­té­gique de la lutte pour l’indépendance (une indé­pen­dance éco­so­cia­liste, fémi­niste, plu­ra­liste, démo­cra­tique et inter­na­tio­na­liste), la grande tran­si­tion pour­rait non seule­ment aider à penser l’actualisation d’indispensables trans­for­ma­tions éco­lo­giques et éner­gé­tiques, mais sur­tout, elle per­met­trait aussi le ras­sem­ble­ment stra­té­gique de forces sociales qui, parce que réunies dans un projet poli­tique qui les com­pren­drait toutes, pour­raient sti­mu­ler la remise en route d’un vaste et puis­sant mou­ve­ment de mobi­li­sa­tion sociale et popu­laire, et ainsi rendre effec­tive cette « rup­ture démo­cra­tique » éman­ci­pa­trice pensée dans la durée, et dont nous avons tant besoin pour com­men­cer à nous extraire tant de la dépen­dance poli­tique que des affres du capi­ta­lisme néo­li­bé­ra­lisé d’aujourd’hui.

Pierre Mouterde est socio­logue, phi­lo­sophe et essayiste.


  1. John Holloway, Changer le monde sans prendre le pou­voir. Le sens de la révo­lu­tion aujourd’hui, Paris/​Montréal, Syllepse/​Lux, 2008.
  2. Patrick Boucheron, Conjurer la peur, Paris, Seuil, 2013.

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