La hausse des droits de scolarité : un enjeu qui concerne tout le monde !

L’annonce d’une hausse marquée des droits de scolarité par le gouvernement Charest constitue une décision déplorable. Celle-ci ne concerne pas seulement les étudiantes et étudiants, mais aussi l’ensemble des familles québécoises, car elles devront supporter une hausse des droits de scolarité de l’ordre de 75 % en cinq ans. Pour les années 2007-2017, on obtient une hausse complètement démesurée de 127 % qui, à terme, fera porter la facture globale d’une année universitaire à plus de 4 700 $.

Malgré ce qu’on nous assène, une telle hausse des droits de scolarité aura des conséquences néfastes sur l’accessibilité à l’enseignement supérieur, particulièrement chez les jeunes des régions et les étudiantes et étudiants de première génération. La récente étude du réseau de l’Université du Québec[1] est la dernière en liste à nous le rappeler. Alors que les besoins pour une main-d’œuvre qualifiée sont croissants, comment peut-on manquer autant de vision en freinant délibérément l’accès aux universités à tant de jeunes ? Ceci sans parler des dommages collatéraux sur le plan de l’endettement, qui atteint déjà 14 000 $ en moyenne à la sortie d’un baccalauréat. Quel est l’objectif poursuivi ? Est-ce faire en sorte de doubler ce montant ?

Les universités manquent-elles cruellement d’argent ?

Du côté des partisans d’une telle hausse, le refrain est connu : la hausse des droits de scolarité est indispensable pour renflouer les coffres de nos universités. Pourtant, afin d’en arriver à cette conclusion, la méthode employée par la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) est au mieux discutable, au pire malhonnête. En excluant les fonds de recherche et d’immobilisation de leur calcul, la CREPUQ et le ministère des Finances présentent un portrait comparatif noirci des universités québécoises par rapport à leurs homologues canadiennes. Pourtant, lorsqu’on inclut ces données, le financement par étudiant est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada[2] ! Au lieu de sous-financement, il faudrait plutôt parler de mal-financement. Les récentes dérives immobilières et managériales des universités n’en sont que les plus frappantes manifestations.

Non content de bâcler ses devoirs, le gouvernement Charest enrobe sa décision d’une aura de moralité. De fait, les étudiantes et étudiants, dans un souci d’équité intergénérationnelle, devraient être heureux de faire enfin leur juste part ! Encore une fois, la méthodologie employée par le gouvernement Charest, tout comme le concept de juste part, est on ne peut plus arbitraire. C’est ainsi qu’on décide d’utiliser l’année 1968 comme point de comparaison en prêchant aux jeunes d’aujourd’hui qu’ils devraient payer autant que ce que leurs aînés ont déboursé en 1968. Or, au moins deux choses clochent avec ce raisonnement : la démocratisation de l’enseignement supérieur et les frais afférents. Premièrement, l’actuelle population étudiante diffère grandement de celle qui occupait les bancs des universités en 1968. La plupart des étudiantes et étudiants de l’époque, étant issus d’une certaine élite, avaient une capacité de payer bien plus grande. Deuxièmement, les étudiantes et étudiants d’aujourd’hui, qui ont déjà vu les droits de scolarité augmenter de 30 % depuis 2007, doivent aussi s’acquitter de frais afférents, apparus en 1986, et qui s’élèvent à près de 1 000 $ par année en moyenne. Évidemment, vous comprendrez qu’on a choisi d’exclure les frais afférents aux fins de comparaisons.

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC)[3] nous apprenait récemment que le gouvernement avait mal évalué les coûts associés à une telle augmentation des droits de scolarité. Lorsqu’on observe les coûts engendrés par la hausse en termes d’aide financière aux études, de frais d’intérêts payés aux banques, de coûts de gestion et de pertes fiscales supplémentaires en vertu des crédits d’impôt, on se demande ce qui pousse le gouvernement à s’entêter dans cette voie. À tout le moins, une chose est sûre, cette décision prise à la hâte risque de concourir à freiner une mobilité sociale déjà chancelante.

Représentant le personnel de l’enseignement supérieur (cégeps et universités), nous serons aux côtés des étudiantes et étudiants dans leur lutte contre cette hausse radicale des droits de scolarité universitaires. Nous invitons la population à en faire de même et à dénoncer cette décision faussement pragmatique dont les répercussions n’épargneront personne. De fait, malgré tout ce qu’on peut en dire, la possible hausse des droits de scolarité ne relève pas d’un calcul économique, mais bien idéologique.

Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ)
Bernard Bérubé, président de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ)
Marie Racine, présidente de la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur (FPSES-CSQ)

[1]    UNIVERSITÉ DU QUÉBEC (2011). La participation aux études universitaires dans un contexte de hausse des droits de scolarité, rapport du Comité sur l’accessibilité financière aux études de l’Université du Québec, (décembre).

[2]    QUÉBEC, MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DU LOISIR ET DU SPORT (2010). Rencontre des partenaires de l’éducation. L’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec, (6 décembre).

[3]    INSTITUT DE RECHERCHE EN ÉCONOMIE CONTEMPORAINE (2012). La hausse des droits de scolarité et ses impacts sur le coût de programme de l’Aide financière aux études, (janvier).