La hausse des droits de scolarité : un enjeu qui concerne tout le monde !

Par Mis en ligne le 04 mars 2012

L’annonce d’une hausse mar­quée des droits de sco­la­rité par le gou­ver­ne­ment Charest consti­tue une déci­sion déplo­rable. Celle-ci ne concerne pas seule­ment les étu­diantes et étu­diants, mais aussi l’ensemble des familles qué­bé­coises, car elles devront sup­por­ter une hausse des droits de sco­la­rité de l’ordre de 75 % en cinq ans. Pour les années 2007-2017, on obtient une hausse com­plè­te­ment déme­su­rée de 127 % qui, à terme, fera porter la fac­ture glo­bale d’une année uni­ver­si­taire à plus de 4 700 $.

Malgré ce qu’on nous assène, une telle hausse des droits de sco­la­rité aura des consé­quences néfastes sur l’accessibilité à l’enseignement supé­rieur, par­ti­cu­liè­re­ment chez les jeunes des régions et les étu­diantes et étu­diants de pre­mière géné­ra­tion. La récente étude du réseau de l’Université du Québec[1] est la der­nière en liste à nous le rap­pe­ler. Alors que les besoins pour une main-d’œuvre qua­li­fiée sont crois­sants, com­ment peut-on man­quer autant de vision en frei­nant déli­bé­ré­ment l’accès aux uni­ver­si­tés à tant de jeunes ? Ceci sans parler des dom­mages col­la­té­raux sur le plan de l’endettement, qui atteint déjà 14 000 $ en moyenne à la sortie d’un bac­ca­lau­réat. Quel est l’objectif pour­suivi ? Est-ce faire en sorte de dou­bler ce montant ?

Les uni­ver­si­tés manquent-elles cruel­le­ment d’argent ?

Du côté des par­ti­sans d’une telle hausse, le refrain est connu : la hausse des droits de sco­la­rité est indis­pen­sable pour ren­flouer les coffres de nos uni­ver­si­tés. Pourtant, afin d’en arri­ver à cette conclu­sion, la méthode employée par la Conférence des rec­teurs et des prin­ci­paux des uni­ver­si­tés du Québec (CREPUQ) est au mieux dis­cu­table, au pire mal­hon­nête. En excluant les fonds de recherche et d’immobilisation de leur calcul, la CREPUQ et le minis­tère des Finances pré­sentent un por­trait com­pa­ra­tif noirci des uni­ver­si­tés qué­bé­coises par rap­port à leurs homo­logues cana­diennes. Pourtant, lorsqu’on inclut ces don­nées, le finan­ce­ment par étu­diant est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada[2] ! Au lieu de sous-finan­ce­ment, il fau­drait plutôt parler de mal-finan­ce­ment. Les récentes dérives immo­bi­lières et mana­gé­riales des uni­ver­si­tés n’en sont que les plus frap­pantes manifestations.

Non content de bâcler ses devoirs, le gou­ver­ne­ment Charest enrobe sa déci­sion d’une aura de mora­lité. De fait, les étu­diantes et étu­diants, dans un souci d’équité inter­gé­né­ra­tion­nelle, devraient être heu­reux de faire enfin leur juste part ! Encore une fois, la métho­do­lo­gie employée par le gou­ver­ne­ment Charest, tout comme le concept de juste part, est on ne peut plus arbi­traire. C’est ainsi qu’on décide d’utiliser l’année 1968 comme point de com­pa­rai­son en prê­chant aux jeunes d’aujourd’hui qu’ils devraient payer autant que ce que leurs aînés ont déboursé en 1968. Or, au moins deux choses clochent avec ce rai­son­ne­ment : la démo­cra­ti­sa­tion de l’enseignement supé­rieur et les frais affé­rents. Premièrement, l’actuelle popu­la­tion étu­diante dif­fère gran­de­ment de celle qui occu­pait les bancs des uni­ver­si­tés en 1968. La plu­part des étu­diantes et étu­diants de l’époque, étant issus d’une cer­taine élite, avaient une capa­cité de payer bien plus grande. Deuxièmement, les étu­diantes et étu­diants d’aujourd’hui, qui ont déjà vu les droits de sco­la­rité aug­men­ter de 30 % depuis 2007, doivent aussi s’acquitter de frais affé­rents, appa­rus en 1986, et qui s’élèvent à près de 1 000 $ par année en moyenne. Évidemment, vous com­pren­drez qu’on a choisi d’exclure les frais affé­rents aux fins de comparaisons.

L’Institut de recherche en éco­no­mie contem­po­raine (IREC)[3] nous appre­nait récem­ment que le gou­ver­ne­ment avait mal évalué les coûts asso­ciés à une telle aug­men­ta­tion des droits de sco­la­rité. Lorsqu’on observe les coûts engen­drés par la hausse en termes d’aide finan­cière aux études, de frais d’intérêts payés aux banques, de coûts de ges­tion et de pertes fis­cales sup­plé­men­taires en vertu des cré­dits d’impôt, on se demande ce qui pousse le gou­ver­ne­ment à s’entêter dans cette voie. À tout le moins, une chose est sûre, cette déci­sion prise à la hâte risque de concou­rir à frei­ner une mobi­lité sociale déjà chancelante.

Représentant le per­son­nel de l’enseignement supé­rieur (cégeps et uni­ver­si­tés), nous serons aux côtés des étu­diantes et étu­diants dans leur lutte contre cette hausse radi­cale des droits de sco­la­rité uni­ver­si­taires. Nous invi­tons la popu­la­tion à en faire de même et à dénon­cer cette déci­sion faus­se­ment prag­ma­tique dont les réper­cus­sions n’épargneront per­sonne. De fait, malgré tout ce qu’on peut en dire, la pos­sible hausse des droits de sco­la­rité ne relève pas d’un calcul éco­no­mique, mais bien idéologique.

Mario Beauchemin, pré­sident de la Fédération des ensei­gnantes et ensei­gnants de cégep (FEC-CSQ)
Bernard Bérubé, pré­sident de la Fédération du per­son­nel pro­fes­sion­nel des col­lèges (FPPC-CSQ)
Marie Racine, pré­si­dente de la Fédération du per­son­nel de sou­tien de l’enseignement supé­rieur (FPSES-CSQ)

[1] UNIVERSITÉ DU QUÉBEC (2011). La par­ti­ci­pa­tion aux études uni­ver­si­taires dans un contexte de hausse des droits de sco­la­rité, rap­port du Comité sur l’accessibilité finan­cière aux études de l’Université du Québec, (décembre).

[2] QUÉBEC, MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DU LOISIR ET DU SPORT (2010). Rencontre des par­te­naires de l’éducation. L’avenir des uni­ver­si­tés et leur contri­bu­tion au déve­lop­pe­ment du Québec, (6 décembre).

[3] INSTITUT DE RECHERCHE EN ÉCONOMIE CONTEMPORAINE (2012). La hausse des droits de sco­la­rité et ses impacts sur le coût de pro­gramme de l’Aide finan­cière aux études, (jan­vier).

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