organisé par les NCS et Transform!

La guerre sans fin

FSM 2016: Espace Émancipation

Par Mis en ligne le 08 août 2016

Vendredi 12 août 2016 à 9 h à l’Université McGill,

Pavillon Bronfman, local 151, 1001 rue Sherbrooke Ouest

Ceux qui aiment la paix doivent apprendre à s’organiser aussi effi­ca­ce­ment que ceux qui aiment la guerre.
Martin Luther King

Dans notre monde « post-bipo­laire », nous assis­tons à l’aggravation des contra­dic­tions inter-impé­ria­listes met­tant aux prises l’empire amé­ri­cain (en déclin rela­tif) et ses alliés-subal­ternes de l’OTAN d’une part, et des puis­sances « émer­gentes » (Chine, Russie, Turquie, Iran, etc.) d’autre part. Entre-temps, une « guerre sans fin », ouverte en 2003 après les inva­sions amé­ri­caines de l’Afghanistan et de l’Irak, tra­verse une sorte d’« arc des crises », de l’Asie cen­trale jusqu’aux confins de l’Afrique, avec comme épi­centre le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Parallèlement, les inter­ven­tions mili­taires de l’OTAN sous com­man­de­ment amé­ri­cain se mul­ti­plient. Dans l’arc des crises, des fac­tions mili­ta­ri­sées appuyées par des puis­sances sèment la ter­reur. Pendant ce temps se déve­loppe un vent de droite qui ravive le racisme et la xéno­pho­bie, et qui cible les réfu­gié-es, les immi­grant-es, par­ti­cu­liè­re­ment les popu­la­tions ara­bo­phones ou musul­manes. En dépit de ces attaques, les résis­tances des peuples se déve­loppent un peu par­tout, sou­vent dans des condi­tions d’une incroyable adver­sité, comme on le voit en Syrie, en Irak, en Palestine et ailleurs. En Europe et en Amérique du Nord, le mou­ve­ment anti-guerre qui s’est envolé en 2003 essaie de reprendre son souffle. De tout cela se dégagent plu­sieurs ques­tions. Est-ce que la mili­ta­ri­sa­tion actuelle va débou­cher sur des conflits majeurs (dans le genre troi­sième guerre mon­diale) ? Ou est-ce que cela va conti­nuer de se jouer par pro­cu­ra­tion à partir de conflits épar­pillés ? Est-ce que la gou­ver­nance va déra­per vers l’autoritarisme et le fas­cisme ? Et sur­tout, que peut-on faire pour blo­quer cette dérive meur­trière ?

Intervenant-e-s

  • Gilbert Achcar (SOAS)
  • Fabio Alberti (Transform!, Italie)
  • Phyllis Bennis (Institute for Policy Studies, États-Unis)
  • Dominique Boisvert (Centre de res­sources sur la non-vio­lence, Québec)
  • Reiner Braun (International Peace Bureau, Suisse)
  • Kamal Lahbib (Forum social magrhé­bin, Maroc)
  • Helmut Scholz (Die Linke, Allemagne)
  • Maite Mola (Gauche euro­péenne)

La guerre « sans fin »

La guerre « sans fin »

La stra­té­gie néo­con­ser­va­trice qui prend sa forme déve­lop­pée dans les années 1990 doit, selon ses pro­mo­teurs états-uniens, se tra­duire par une guerre glo­bale, per­ma­nente et pré­ven­tive :

• La guerre est glo­bale, elle n’a pas de théâtre d’opérations déli­mité. Elle tra­verse toutes les fron­tières. Elle n’est plus sou­mise aux conven­tions inter­na­tio­nales. L’occupation des ter­ri­toires par des forces armées amé­ri­caines est pré­sen­tée comme légi­time et néces­saire, de même que l’utilisation d’armes de des­truc­tion mas­sive. On léga­lise éga­le­ment des pra­tiques qui étaient uti­li­sées de manière semi-clan­des­tine, telles que la tor­ture, la déten­tion sans procès, les assas­si­nats, etc.
• La guerre est per­ma­nente. Elle n’a ni début ni fin. Il y aura tou­jours des conflits et les États-Unis seront tou­jours prêts. La guerre n’est plus régie par des décla­ra­tions for­melles ou des pro­ces­sus soumis à une cer­taine léga­lité inter­na­tio­nale. Elle fait partie du dis­po­si­tif « normal » de la domi­na­tion.
• La guerre est pré­ven­tive. Les États-Unis se réservent le droit d’attaquer avant d’être direc­te­ment mena­cés et donc d’agir en anti­ci­pant les actions d’adversaires réels ou pré­su­més. La Charte des Nations unies est caduque.

En Palestine, la stra­té­gie est de détruire les acquis – par ailleurs limi­tés – engen­drés par l’héroïque résis­tance du peuple pales­ti­nien et conso­li­der le pou­voir de l’État israé­lien, allié-clé des États-Unis. Il faut sub­ju­guer les Palestiniens, ce qui implique de trans­for­mer l’infrastructure poli­tique pales­ti­nienne (OLP) en un appa­reil col­la­bo­ra­teur de contrôle sur la popu­la­tion. Du côté amé­ri­cain, la des­truc­tion totale de ce qui reste de la Palestine ne leur semble pas un impé­ra­tif : c’est ainsi que, de temps en temps, se pré­sentent entre les États-Unis et Israël des lignes de frac­tures, des désac­cords. Cependant, sur le fond, la conver­gence est plus impor­tante que la diver­gence. Pour pré­ser­ver l’impérialisme amé­ri­cain, l’avenir des ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés passe loin der­rière le ren­for­ce­ment d’un dis­po­si­tif mili­taire régio­nal au sein duquel Israël consti­tue un élé­ment essen­tiel.

Michel Warschawski, Alternative Information Center (Jérusalem)

Pour comprendre davantage

• Gilbert Achcar, Le Peuple veut. Une explo­ra­tion radi­cale du sou­lè­ve­ment arabe, Arles, Sinbad, Actes Sud, 2013
• Robert Fisk, La Grande Guerre pour la civi­li­sa­tion : l’Occident à la conquête du Moyen-Orient (1979-2005), Paris, La Découverte, 2005
• Michel Warschawski, Programmer le désastre — La poli­tique israé­lienne à l’œuvre, Paris, La Fabrique, 2008
• Nouveaux Cahiers du socia­lisme, Impérialisme au XXIe siècle, Empires et confron­ta­tions, n° 13, hiver 2015

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