La grève est étudiante, la lutte est populaire

Par Mis en ligne le 20 juin 2014

Arrêtons-nous un court ins­tant sur ce slogan de la CLASSE : la grève est étu­diante, la lutte est popu­laire. Que signi­fie-t-il ? Si une grève part sou­vent d’un point de reven­di­ca­tion précis impli­quant un groupe précis (dans ce cas, la hausse des frais de sco­la­rité impo­sée par le gou­ver­ne­ment Charest), si elle est sou­vent déclen­chée en réac­tion à une mesure impo­sée par un gou­ver­ne­ment ou une admi­nis­tra­tion tou­chant le groupe en ques­tion ; en revanche, la lutte contre cette mesure peut s’élargir à d’autres groupes de la société non tou­chés direc­te­ment par la mesure.

Autrement dit, la lutte peut deve­nir popu­laire et impli­quer des citoyennes et citoyens inter­pe­lés par la grève et dési­rant y appor­ter leur sou­tien en mani­fes­tant aux côtés des gré­vistes. Or, pour que cette lutte d’abord sec­to­rielle devienne popu­laire, il s’agit de faire en sorte que le point de reven­di­ca­tion ini­tial soit un élé­ment déclen­cheur sou­le­vant d’autres enjeux reliés les uns aux autres, autre­ment dit, qu’il s’incorpore dans la défense d’une cer­taine vision de la société contre un ensemble d’attaques per­pé­tuées. Il s’agit donc d’incorporer la reven­di­ca­tion ini­tiale au sein d’une cri­tique plus géné­rale du sys­tème alors défendu.

Retour sur la grève

Et c’est ce qu’a réussi en partie à faire le mou­ve­ment étu­diant de 2012. Ainsi, si le point de reven­di­ca­tion cen­tral a été la hausse des frais de sco­la­rité et si c’est cette reven­di­ca­tion qui a conduit au déclen­che­ment de la grève fin février 2012, l’enjeu s’est élargi et la lutte contre la hausse des frais est deve­nue la pointe de l’iceberg. Or, qu’est-ce qui a par­ti­cipé à cet élar­gis­se­ment du mou­ve­ment et de son point de reven­di­ca­tion ini­tial ? Quels en ont été les consti­tuants ?

Le pre­mier élé­ment impor­tant a été la consti­tu­tion d’un dis­cours ainsi que la dif­fu­sion d’un maté­riel d’information incor­po­rant la reven­di­ca­tion ini­tiale au sein d’une cri­tique plus large. La CLASSE a ainsi effec­tué un tra­vail impor­tant pour illus­trer en quoi cette hausse s’inscrivait dans une vision pro­blé­ma­tique de l’éducation, une édu­ca­tion vue comme inves­tis­se­ment per­son­nel auquel on asso­cie un prix d’achat et non plus une édu­ca­tion comme un ser­vice public col­lec­tif auquel tout citoyen ou citoyenne a droit sans bar­rière tari­faire. Au combat contre la hausse, s’est alors asso­cié un combat contre la mar­chan­di­sa­tion de l’éducation. Il ne s’agissait plus sim­ple­ment de dénon­cer le coût sup­plé­men­taire des études uni­ver­si­taires, mais la concep­tion de l’éducation véhi­cu­lée à tra­vers l’imposition de cette hausse. De façon plus large encore, un des enjeux majeurs a été de tenter de mon­trer en quoi cette hausse s’inscrivait dans le cadre d’une pri­va­ti­sa­tion pro­gres­sive des ser­vices publics et de l’instauration du prin­cipe uti­li­sa­teur-payeur. Ainsi, la trans­for­ma­tion pro­gres­sive de l’éducation en objet de consom­ma­tion n’est pas une évo­lu­tion isolée. Le domaine de la santé subit par exemple les mêmes trans­for­ma­tions à tra­vers l’instauration de la taxe santé. Bref, il s’agissait de mon­trer en quoi cette hausse n’était pas le fruit d’un acte arbi­traire d’un cer­tain gou­ver­ne­ment mais s’inscrivait dans le cadre d’une poli­tique néo­li­bé­rale.

Et il me semble que c’est en fai­sant ces liens néces­saires qu’on peut construire un véri­table mou­ve­ment popu­laire, qu’on peut avoir l’appui des milieux com­mu­nau­taires, des syn­di­cats et des citoyens et citoyennes. Expliquer pour­quoi, alors que c’est actuel­le­ment l’éducation qui est tou­chée, d’autres sec­teurs clés de notre société sont en passe de subir le même sort, et qu’ainsi la lutte n’est pas uni­que­ment sec­to­rielle, est un tra­vail essen­tiel à faire.

La pra­tique démo­cra­tique

Également, par son impor­tance, sa lon­gueur, sa puis­sance créa­tive, la grève a réussi à ques­tion­ner d’autres réa­li­tés sociales et en pre­mier lieu, la démo­cra­tie. Au niveau local, de nou­velles reven­di­ca­tions concer­nant l’exercice de la démo­cra­tie uni­ver­si­taire ont surgi. Pour prendre un cas qui m’est fami­lier, à l’Université de Montréal, très vite un combat interne contre l’administration a pris place aux côtés de la lutte ini­tiale contre la hausse des frais de sco­la­rité. Suite aux nom­breux cour­riels reçus déni­grant l’existence d’une grève sur le campus, puis à la demande d’injonction de la part de l’administration, une prise de conscience du peu de consi­dé­ra­tion envers les étu­diants et de façon géné­rale, envers la com­mu­naut

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